« Putophobe » ou STRASSphobe ?

 « Putophobe » ou STRASSphobe ?   

Brisons le tabou d’une mixité d’apparence !

Le 3 mars dernier,  j’ai publié sur mon blog «Nos combats LGBT » sur Têtue.com, le texte « Non votre féminisme n’est pas nouveau ! ». J’ai volontairement laissé passer deux semaines avant de revenir sur ce document qui a provoqué des réactions dont l’ampleur et la force m’ont étonnée. Je n’avais pas envisagé que ce texte révèlerait de tels clivages.

L’objectif de ce nouveau post est double : dire comment j’ai reçu les diverses réactions ; proposer des hypothèses quant aux raisons de ce petit séisme et tenter d’apporter quelques pistes de réflexion afin de former les alliances nécessaires à un avenir commun.

Des réactions très tranchées !

Il me semble important de préciser que si je suis bien présidente du Centre LGBT Paris idF, je suis également une citoyenne libre de ses convictions, comme tout un chacun. Lorsque je parle au nom du Centre, je signe de mon nom, suivi de ma fonction. Les communications signées au nom du Centre font l’objet d’un communiqué de presse et figurent sur le site Internet. Tel ne fut pas le cas pour ce papier. En outre,  si ce blog m’a été ouvert, c’est parce que je  suis présidente du Centre, mais aussi et surtout parce que j’exerce et ai exercé d’autres fonctions associatives et fréquemment pris position en faveur des droits LGBT. A l’évidence, ce blog donne une visibilité au Centre LGBT et à nos luttes, mais si je me contentais de ne poster que les communications du Centre, je limiterais l’utilité même d’un blog qui sert aussi à exprimer des avis bien plus personnels et sur des sujets plus divers.

A l’exception d’un lecteur appelant à la sérénité,  les réactions reçues sont à ranger en deux catégories distinctes et opposées : d’un côté des commentaires où se disputaient au manque d’arguments construits et à propos, des interprétations, insultes,  menaces, diffamation et haine et de l’autre côté,  des manifestations de soutien, d’affection, des documents ; de rares tentatives de récupération aussi parfois.

Je l’affirme haut et fort, personne n’est légitime à me faire taire, le texte posté constituait un avis tout à fait décent, construit, pesé et partagé par un grand nombre de personnes LGBT et ou féministes ; il n’était en rien provoquant, injurieux ou menaçant. En outre, je pense avoir fait mes preuves en matière de militantisme LGBT. Je suis  engagée publiquement depuis une époque où il n’était pas si facile de s’afficher,  présidente de SOS homophobie un temps, j’ai ensuite contribué à relever le CGL de ses déboires passés pour en faire un Centre LGBT dont le bilan est positif et dont les membres m’ont réélue,  n’en déplaise à quelques bruyants détracteurs.

Je dois bien l’avouer, être traitée de « putophobe » et de « féministe de droite », recevoir des insultes sexistes et lesbophobes,  être menacée et diffamée… toute cette violence stérile n’a fait que décupler ma combativité, naturellement à un niveau déjà très élevé ! Tout ceci doit laisser bien perplexes ceux qui me considèrent comme bien trop à gauche ! Si ce n’était si grave,  cela serait à se tordre de rire !

La fonction expose, mais tout de même,  que de fantasmes et de personnalisation, alors que les questions soulevées par l’article sont éminemment collectives et politiques et que mes positions sont loin d’être particulièrement originales ou  isolées !

L’enjeu du débat

Je doute que le texte ait été lu attentivement par ceux qui m’ont agonie d’injures ; de nos jours, la somme d’informations à digérer rapidement, Internet et les réseaux sociaux, nous conduisent à zapper, cliquer, parcourir et rarement approfondir. Le texte est en ligne et peut toujours être lu, arguments et citations peuvent être relevés ; mais depuis, j’ai approfondi la question et la nature des critiques du STRASS et autres extrémistes, m’ont dévoilé les véritables raisons d’un tel tollé !

Sur la question de la prostitution

Je dois l’avouer, j’ai commis quelques erreurs dans ce premier texte, je n’étais alors que peu informée sur la question, simplement exaspérée par les pressions qui s’exercent dans les sphères associatives et politiques.

Je ne vais pas reprendre ce que j’ai écrit dans mon premier post suffisamment détaillé, il suffit de relire ; mais je ne l’ai pas écrit assez clairement, en France, la prostitution est légale ; le racolage et le proxénétisme sont eux, interdits. Le combat fait donc rage entre tenants de l’abolition de la prostitution et de sa réglementation. Il est très clair qu’un des objectifs du  STRASS (Syndicat des travailleurs du sexe) est de dépénaliser le proxénétisme, c’est ce qu’il avoue en revendiquant « la décriminalisation de l’organisation du travail du sexe dont le racolage », oui dont, et donc aussi du proxénétisme !

Je ne l’ai pas assez dit non plus, je ne suis pas contre les prostituéEs, aucune féministe ne l’est, mais contre le système prostitutionnel, contre l’exploitation capitaliste et mondialisée des industries du sexe.

Je dénonce la loi LSI et le harcèlement des prostituéEs, également, les violences subies.

Dans la réponse publique qu’il m’a adressée, le STRASS tente de tout embrouiller, il accuse je ne sais trop qui d’ailleurs, de valeurs religieuses, de militantisme discret… et même en cherchant bien, je vois mal en quoi ceci répond aux problèmes posés de sexualité oppressive des hommes sur les femmes (rappelons tout de même qu’une écrasante majorité des prostituéEs sont des femmes  même si au STRASS on entend toujours s’exprimer les 2 ou 3 mêmes hommes – j’ai d’ailleurs noté qu’une porte-parole a récemment être mise en avant), de marchandisation du corps humain, d’endettement auprès du mac, de trafic, d’enlèvement, de menaces sur la famille, de maisons d’abattage et de dressage, de drogue pour tenir, d’assassinats … ? Vous voyez,  vous ?

Le STRASS oppose des logiques individualiste et singulière, telle que le droit d’une personne à se prostituer,  à des rapports collectifs et sociaux  de domination/soumission et d’exploitation. Bien logiquement, il défend ses revenus, également en tant que syndicat, alors que nous parlons d’un système prostitutionnel et de ses ravages.

Que le STRASS n’ait pas de conscience politique passe encore, en revanche, le négationnisme dont il fait preuve est proprement inadmissible et terriblement dangereux comme tout négationnisme d’ailleurs.

“Le Doaré nous ressort le petit couplet classique sur les esclaves de l’Est et d’Afrique, et des gamins gays jetés de chez leurs parents, des traumatismes sexuels dans l’enfance, etc. Toujours les mêmes affirmations sans preuves. ”

Mais que fait donc le STRASS des enquêtes et études produites en quantité par Jeffreys, Farley, Dworkin, Russel, Poulin, Legardinier et tous les autres ? Que répond-il à celle-ci : La légalisation de la prostitution, une expérience sociale qui a échoué en Australie : http://sisyphe.org/spip.php?article723 ? ou celle-là : Extraits de l’étude de Bindel et Kelly de la London Metropolitan University ? * en fin de texte.

Hasards de l’actualité,  la semaine dernière, dans Envoyé Spécial, nous était présenté un reportage sur la prostitution des mineurs, fruit d’un sérieux travail d’investigation journalistique. Edifiants, ces témoignages de jeunes Rom à la Gare du Nord, de jeunes nigérianes aux mains des réseaux maffieux… Le STRASS nous répondra probablement que ces faits sont également sortis de  l’imaginaire des journalistes !

Quant au reste de la réponse, jargon incompréhensible, confusions historiques,  mauvaise foi,  et que dire de l’expression « nos partenaires sexuels » ? ! Ah bon, partenaires, même plus clients, mais au juste de quoi parle t’on ici et de qui se moque t’on ?

De quels prostituéEs le STRASS défend t’il donc les intérêts ? Ceux qui sont dans une misère économique et sociale, ceux qui sont plus ou moins forcés d’en passer par là, ceux qui sont victimes de la traite et des mafias ou bien d’une portion congrue de prostitution choisie, escortes ou  fils de bonne famille qui font leur petite révolution ?

Alors non, je ne suis pas putophobe, mais STRASSophobe, s’il faut l’être, et bien soyons-le !

Sur la question « pro-sexe »

Les tenants du « pro-sexe » ou « sexe positif » – récupération par les femmes des métiers du sexe et de la pornographie  (comme s’il n’y avait pas de sexe positif, d’énergie, de désir et de plaisir en dehors de la pornographie et de la prostitution !) –  verraient-ils d’un mauvais œil que l’on ne soit pas convaincu  par la nouvelle norme imposée d’une sexualité qui instrumentalise et déshumanise l’autre ?  N’a-t-on même pas le droit  d’être déçu par ce qui nous est  vendu sous le label  « pro-sexe » pour être créatif, subversif et libérateur ? Ne peut-on, le plus souvent, juger ces prestations ennuyeuses,  tristes, déconcertantes et de piètre qualité sans risquer d’être qualifié de prude ou d’imbécile ? Bien entendu il y a parfois quelques agréables surprises, elles sont si rares ! Tout n’est pas glauque et trash, certaines créations érotiques sont novatrices et offrent un  espace de liberté.

Enfin, je n’ai jamais dit que je souhaitais remplacer le « pro-sexe » par le « no-sexe » en vogue aux Etats-Unis, je les renvoie simplement dos à dos comme étant de simples phénomènes de mode !

Indéniablement,  « pro-sexe » et féminisme ne font que très rarement bon ménage, le féminisme supposant tout de même d’appréhender l’autre dans sa globalité, à égalité, et en dehors de toute exploitation, à fortiori marchande.

Sur la question du relativisme culturel

Je ne parle pas du voile, mais de la burqa ou du niqab, artifices effaçant les femmes pour mieux les isoler.

Le relativisme culturel pratiqué sur cette question à l’égard des femmes n’est selon moi que du sexisme. En quoi cet artifice serait-il respectable au seul motif que la femme qu’il efface n’est pas de culture occidentale ? Comment, une personne progressiste peut-elle ne pas défendre le droit à l’émancipation de toutes les femmes partout dans le monde ?

Pourquoi n’écouter que les intégristes ou celles et ceux qu’ils ont conditionnés ? Chacun le sait, les oppresseurs doivent trouver des relais parmi les opprimés pour que le système fonctionne. Pourquoi ne pas écouter toutes ces femmes laïques ou musulmanes, progressistes, féministes, qui nous demandent l’interdiction de ces outils d’oppression et de négation des femmes ?

Stupéfiant de la part de ceux qui clament à longueur de temps que nous n’écoutons pas les prostituéEs !

Les raisons du séisme, des clivages profonds qu’il nous faudra bien dépasser.

Le plus curieux tout de même, il faut bien le noter, c’est que les pro-réglementation de la prostitution sont aussi le plus souvent pro-sexe, pro-voile, pro-drogues, pro… un peu tout et rien en fait… et le plus souvent, dans une grande démagogie… Une sorte de laboratoire expérimental, dans lequel nous devrions tous nous immerger, peu importe si les dénouements sont pour le moins aléatoires !

Le tabou de la Mixité d’apparence

Je suis une farouche défenseuse des Droits Humains, sociaux et économiques également.

La société est mixte, je crois donc en la mixité ! Pour ceux qui en douteraient, je pense l’avoir incontestablement prouvé, investie depuis des années dans la lutte contre les LGBTphobies et pour l’égalité des droits, à laquelle j’ai amplement pris part ; alors, que les spécialistes du procès d’intention s’abstiennent !

Partisane de la mixité, je n’ai pour autant jamais dissocié cette lutte, des luttes féministes.  Les LGBTphobies s’expliquent selon moi par le sexisme patriarcal de nos sociétés. La contrainte à l’hétérosexualité et les rôles traditionnellement impartis aux hommes et aux femmes se sont maintenus par la domination masculine exercée sur les femmes. Tout est lié et nous ne vaincrons pas l’un sans l’autre.

Pourtant, depuis que je milite dans le mouvement mixte LGBT, il m’est arrivé régulièrement, d’être confrontée à la misogynie, voire à la lesbophobie de certains gays. J’ai toujours voulu considérer ces cas comme isolés et ne pas remettre en cause pour autant mon engagement, convaincue que la plupart de mes compagnons de route avaient analysé les mécanismes liés de toutes nos oppressions, admis ce qu’ils devaient aux luttes féministes,  compris que nous étions des alliés objectifs, bien plus forts ensemble que séparés.  Avec acharnement j’ai partagé, échangé, pour que l’on se rejoigne, toujours.

La mixité en laquelle je crois ne s’improvise pas, ne se décrète pas, c’est un travail, un long chemin. Une mixité authentique, de confrontation, qui déconstruit pour reconstruire et ne se contente pas d’apparence et de juxtaposition.

Et c’est peut-être bien là que réside le problème.   Des gays ont apporté une contribution théorique à la déconstruction du patriarcat et de l’homophobie, certains continuent mais ils sont rares, isolés.

Que constatons-nous aujourd’hui dans la plupart des associations mixtes ?

A de rares exceptions près (SOS homophobie…), les lesbiennes y sont peu nombreuses,  leurs spécificités peu priorisées et surtout, il n’y a guère d’échanges entre les gays et les lesbiennes sur la double oppression de femme et de lesbienne (ni de celle de trans. et de lesbienne ou de gay). Tout le monde fait plus ou moins comme si nous étions à égalité dans une société sans discriminations sexistes, sans privilèges. Je ne vais pas reprendre la plate-forme des revendications élaborées par le CNDF (Collectif National pour les Droits des Femmes) pour la Journée Internationale des Droits des Femmes, il suffit de revenir au post précédant, mais chacun sait parfaitement que cela est faux !

La mixité est le plus souvent une mixité d’apparence, même si certaines associations font plus d’efforts que d’autres pour y remédier.

C’est encore plus flagrant avec les associations de lutte contre le sida, certes, les lesbiennes sont touchées par le sida, mais elles le sont bien plus encore par d’autres IST et par certains cancers ; c’est de gynécologie médicale dont il faut parler dans notre cas, et pour le faire correctement,  il faut des fonds et tout un tas de moyens qui ne sont pas mis en œuvre.

Il me semble que plus les groupes sont radicaux, plus la mixité authentique est un leurre.

Pas étonnant dans ces conditions que les thèses  pro-réglementation de la prostitution et  pro-sexe rencontrent un grand succès parmi leurs membres.

Les filles se fondent dans l’urgence des revendications des garçons ; nécessairement elles se diluent et ce ne sont pas les quelques lesbiennes,  pas nécessairement alibis,  mais qui n’ont pas le temps ni les moyens de travailler sur les questions spécifiquement lesbiennes, ou alors de façon très marginale, qui peuvent y changer quelque chose. Et d’ailleurs le souhaitent-elles ? En discutant avec certaines,  j’ai parfois eu l’impression que par de curieux raccourcis, elles tendaient plutôt à s’identifier aux garçons et à gommer leurs propres spécificités, parce qu’il peut sembler plus facile d’endosser leurs  libertés et modes de vies que d’arracher les leurs. Une illusion qui peut fonctionner à condition de ne pas trop se mêler à la société et de vivre plus ou moins en circuit fermé.

En revanche, j’ai bien noté que nombre de lesbiennes renonçaient à la mixité,  ne trouvant pas leur place parmi nous. Elles militent à la Coordination Lesbienne en France, Cineffable… Au sein de nouveaux groupes féministes comme La Barbe ou Osez le féminisme !… ou de regroupements informels autour d’universitaires… Récemment invitée à un anniversaire, j’ai rencontré en une seule soirée,  environ 75 lesbiennes « politisées », féministes ou radicales, que je n’avais jamais croisées dans les mouvements LGBT.

Ce n’est pas par hasard si le STRASS et les gays et lesbiennes de groupes radicaux  ont violemment rejeté le texte « Non votre féminisme n’est pas nouveau ! », alors que quelques gays et lesbiennes du mouvement mixte attentif à une mixité authentique et surtout les lesbiennes et féministes hors mixité, l’ont approuvé.

Je suggère qu’il est temps de briser les tabous du silence et de l’apparence et de travailler sur la mixité, que les gays nous donnent des signes qu’ils se solidarisent avec nous, aussi avec les femmes progressistes et féministes sur les questions de société qui nous importent ; à défaut, la mixité dans les mouvements LGBT ne profitera pas autant, à tout le monde.

Faut-il le préciser, ce texte est un message de rassemblement et d’espoir.

Christine Le Doaré

* Une étude comparative Australie et Pays Bas réalisée en 2004 par Bindel et Kelly de la London Metropolitan University démontre les effets pervers de la légalisation du proxénétisme. Les liens entre prostitution et crime organisé ne font qu’augmenter : «… En octobre 2003, la mairie d’Amsterdam a décidé de fermer la zone de tolérance ouverte à la prostitution de rue. Le maire a invoqué “un dilemme diabolique” en expliquant qu’il “apparaissait impossible de créer pour les femmes prostituées une zone saine et contrôlable qui ne soit pas récupérée par le crime organisé….”. « … La légalisation ne fait pas disparaître la prostitution de rue ni les dangers qui y sont liés. On a même enregistré une augmentation significative dans le Victoria avec des niveaux plus élevés de viols et de violences.De même, les bordels légaux tendent à être pris en main par les entrepreneurs de l’industrie du sexe et il n’est pas facile pour les femmes elles-mêmes d’organiser et de maintenir des collectifs de prostituées…. » « …Dans le Victoria, entre 2000 et 2002, on a enregistré une augmentation de 91% du nombre de femmes présentant une infection au HIV, pour une augmentation de 56 % dans la population globale…. ».

1 Response to “« Putophobe » ou STRASSphobe ?”


  1. 1 Christine Le Doaré 28/10/2012 à 21:00

    article rapatrié du blog Têtue.com


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