Quelle mixité ?

La présidence de SOS homophobie puis du Centre LGBT Paris IdF, une participation au Bureau exécutif de l’ILGA-Europe, m’ont forgé une solide connaissance de la mixité dans les mouvements LGBT.

Lesbienne féministe, j’ai pourtant longtemps choisi de militer au sein du mouvement mixte LGBT.

On ne peut pas, selon moi, parler honnêtement de mixité, sans poser ce postulat de base : nous vivons toutes et tous dans une société patriarcale. Elle s’est construite et organisée dans un système de domination masculine et si nous constatons des évolutions positives, les changements sont très lents et ce n’est pas demain la veille que nous parviendrons à une égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Même si on adopte une grille de lecture queer, ambition théorique de gommer le genre, il est impossible de ne pas tenir compte du fait que l’écrasante majorité de la  population est toujours sous influence. Le sytème patriarcal vise à s’approprier le corps des femmes pour contrôler la sexualité et la reproduction.
Le sexisme est un outil du système patriarcal ; il engendre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie.  Le mépris du féminin est l’un des ressorts des LGBTphobies. La sexualité prétendument «féminine » des homosexuels (tante, tarlouze, pédale…) et la sexualité immature des lesbiennes qui sans organe sexuel masculin ne peuvent que s’adonner à des caresses puériles, est dévalorisée et ridiculisée. L’homophobie et la lesbophobie sont des manifestations de peur et donc de rejet d’alternatives qui ne sont pas prévues et qui sont vécues comme des menaces du système.

La question est, pourquoi ne sommes nous pas parvenus à une véritable mixité LGBT et avons même plutôt régressé ?

A mon avis la réponse se trouve dans la motivation ou l’absence de motivation des gays. Pour une bonne part des revendications, il y a bien transversalité objective des luttes, en particulier pour la lutte contre les discriminations et les violences, et pour l’égalité des droits (mariage et adoption). Mais déjà, en matière de GPA c’est moins évident, nos objections portent sur la question de l’appropriation du corps des femmes. Mais tout le reste ne se recoupe pas et les problématiques spécifiques des lesbiennes n’intéressent pas les gays. La question des inégalités femmes-hommes est cruciale. Combien de gays admettent bénéficier de privilèges ? Même discriminés en tant que gays, ils bénéficient malgré tout en tant qu’hommes, des avantages de leur groupe et disposent de plus de ressources et de pouvoir. Comment faire prendre conscience à un gay qu’il contribue à reproduire un système s’il ne le combat pas ? Quel pourrait bien être son intérêt à se désolidariser du groupe des hommes dont il a déjà tant de mal à être accepté ; groupe qu’il souhaite tant convaincre et séduire, s’il ne comprend pas que c’est sa seule chance de vivre un jour dans une société égalitaire, libre de sexisme et donc d’homophobie ?

Il faut bien le dire, nombre de lesbiennes sont aussi complices du système. Certaines opèrent un raccourci opportuniste, se désolidarisent du groupe des femmes pour s’identifier à celui des hommes. J’en ai tellement rencontré, en particulier engagées à 100% aux côtés des gays dans la lutte contre le sida, qui niaient leur double oppression de femmes et de lesbiennes et ne s’intéressaient pas aux spécificités des revendications lesbiennes et féministes. Elles pensaient obligatoire de tout savoir en matière de prévention-sexualité gay, mais pensez-vous que la réciproque existe ? Pas du tout, la plupart du temps, elles ignorent même l’essentiel, les concernant elles ! Comment faire comprendre à une lesbienne qu’elle aura beau jouer les « tomboys», sans solidarité avec le groupe des femmes, tant que l’égalité réelle ne sera pas achevée, elle n’aura jamais que l’illusion de sa propre libération. L’aliénation des autres femmes l’entravera ou la menacera toujours.

A la marge du mouvement LGBT, prospèrent des groupuscules radicaux qui se croient subversifs mais en réalité, s’avèrent être de redoutables alliés du système patriarcal. Ils ont parfaitement intégré les fonctionnements de l’oppresseur : confisquant, parfois violemment la parole des féministes, ils répandent des thèses néolibérales « post-féministes ». Complices des industries du sexe, pornographie et prostitution notamment, dont ils prétendent se réapproprier les scénarios, ils vantent la marchandisation et l’aliénation des êtres humains. Rien n’est plus facile que d’instrumentaliser la libération sexuelle des femmes, que des femmes s’affirment libérées par le porno ou la prostitution ne va rien changer à l’ordre établi ! L’influence de ceux que l’on appelle à tort « pro-sexe », « trans-activistes » en tête, s’est même révélée être l’une des menaces les plus virulentes à l’encontre de féministes ou de groupes féministes (Annulation conférence Rad-Fem, harcèlement de militantes, etc.). Les associations de santé communautaires, financées pour la lutte contre le sida, sont leur relais dans le mouvement LGBT.

Face à ces obstacles, gays sexistes et parfois même masculinistes, lesbiennes non féministes, pro-sexe, etc. nombre de lesbiennes politiques n’approchent pas ou ne font que traverser le mouvement mixte LGBT. En revanche, elles sont nombreuses dans des groupes féministes et dans les groupes lesbiens non mixtes. Rares sont les militantes lesbiennes féministes qui travaillent dans le mouvement mixte, y occupent une position de « leadeuse », portent les revendications communes tout en s’affichant féministes et en challengeant le sexisme. Les féministes dérangent, en revanche, les post-féministes, sont de sympathiques compensations narcissiques pour les gays, ils adorent, un peu comme les copines hétéros qu’ils exhibent comme des faire-valoir. En général isolées, le risque est pour elles, harcelées, attaquées, discréditées, de s’épuiser dans une trop grande adversité au regard du peu de résultats probants obtenus.

Néanmoins, je comprends qu’il est possible de penser que dans une société mixte, il n’y a pas d’autre alternative que la mixité, ce fut mon cas pendant de longues années. Selon moi, s’exclure dans la non-mixité, n’était pas efficace pour combattre la domination masculine. Aujourd’hui, je n’affirmerais plus rien de tel. L’effort à produire pour surnager et assurer un minimum de visibilité lesbienne et féministe au sein du mouvement LGBT est vraiment démesuré. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait conjuguer deux facteurs, le premier : plus de lesbiennes féministes investies en même temps et le deuxième: plus de gays concernés par l’abolition du patriarcat. En réalité, je crois qu’il leur appartient de s’informer et de se former (les outils théoriques, les expériences et les expertes sont disponibles) pus de travailler efficacement en ce sens. Nous verrons ensuite.

Le mouvement LGBT qui a fortement contribué à l’évolution des mœurs en France a les moyens de devenir un véritable mouvement de libération et d’émancipation. Il peut jouer un rôle majeur dans la lutte pour l’égalité Femmes/hommes, encore faudrait-il qu’il le veuille et s’en donne les moyens. Pour l’instant, il n’a même pas commencé.

Christine Le Doaré

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