Pussy Riots – faut pas pousser !

Mobilisation pour la liberté d’expression et la démocratie oui,

au nom du féminisme, faut pas pousser !

En février dernier, le groupe de punk les Pussy Riots était arrêté pour avoir chanté dans la cathédrale St Sauveur de Moscou,  un texte aux paroles provocatrices s’en prenant à Poutine comme au patriarche orthodoxe.

Les 3 jeunes femmes risquaient une peine d’emprisonnement de 7 ans pour hooliganisme, 3 ans ont été requis lors de leur procès.

A l’évidence, cette incarcération est disproportionnée, il s’agit d’une atteinte à la liberté d’expression et les Pussy Riots doivent être libérées.

La Russie est particulièrement zélée lorsqu’il s’agit de faire taire les opposants à son régime  autoritaire ; le droit de rassemblement et d’expression des minorités est régulièrement bafoué, les Marches des fiertés LGBT sont réprimées, des journalistes sont assassinés, etc.

Toutefois, si je comprends bien pourquoi la mobilisation internationale est motivée par les valeurs de liberté et plus précisément de liberté d’expression, je comprends moins, la revendication féministe qui lui est associée.

Les Pussy Riots sont le versant musical punk du groupe anarchiste Voina (qui veut dire la guerre en Russe). Voina déclare se battre  pour l’émancipation politique et sexuelle en Russie.  A priori, on ne peut que les encourager à persévérer.

Les performances de ce collectif ne donnent pas dans le subtil, elles sont particulièrement explicites et provocatrices. Plus gênant, elles consistent notamment à présenter des orgies sexuelles dans un musée, à se masturber avec une carcasse de poulet dans une épicerie, à uriner sur les policières, etc.

En résumé, ce mode d’expression délibérément choisi, est une arme artistico-anarchiste anti-Poutine mais ce sont aussi des exhibitions sexuelles pornographiques en public et en présence de mineurs. Face à un régime autocrate et corrompu, la provocation pour susciter l’attention internationale peut être vitale, mais faut-il pour autant que les femmes soient traitées comme des objets sexuels et payent ainsi de leur personne ?   Le débat est ouvert.

Pussy Riots « émeute de minous » est-il féministe ou pas et par conséquent, faut-il ou non s’associer au nom du féminisme, à la mobilisation internationale ? Selon moi, les performances pornographiques de leur mouvement sont assez éloignées des valeurs du féminisme. Dans les photos et vidéos pornographiques, la sexualité exposée n’a vraiment rien de subversive. Au contraire, elle est  hyper normative, hétérocentrée et hétérosexiste en diable ! Les femmes y sont toutes soumises, enceintes ou pas, exclusivement prises en levrettes, etc. ; nécrophilie, zoophilie, tout y passe. Selon moi, qu’elles soient consenties ou non, ces pratiques sexuelles performées en public et devant des mineurs, ne sont en rien libératrices pour les femmes, or le féminisme est un mouvement de libération des femmes. Oui, je sais, beaucoup l’ont oublié !

C’est la tendance depuis quelques années déjà, le féminisme des années 2000 est récupéré par des mouvements mixtes issus de groupes anarchistes, de certaines tendances d’extrême gauche et aussi de quelques militants Verts qui se revendiquent du mouvement Queer tendance « sexe-positive ».

Dans les années 80, la récupération était médiatique, Elle en tête, et un peu chasse gardée d’une élite intellectuelle ;  les temps changent…

Leur féminisme consiste à s’assurer que les privilèges masculins ne soient pas trop mis à mal ; les femmes peuvent se libérer tant qu’elles ne remettent pas sérieusement en cause les fondements du patriarcat. Il s’agit toujours de contrôler les modalités de l’émancipation, de maintenir possible la mise à disposition du corps des femmes et de délivrer le tampon du bon ou du mauvais féminisme à leurs yeux. Bien entendu, ils doivent disposer pour cela de quelques cautions féminines, mais il faut bien le dire, elles ne manquent pas.

Vous pouvez ne pas être d’accord avec ma vision des choses, néanmoins, vous devez bien l’admettre, ce groupe a beau être mixte, ce sont bien les femmes qui ont été envoyées à la casse et  payent de leur liberté.

Et puis laissez-moi rire, qui peut croire un seul instant à une mobilisation internationale mainstream en faveur du féminisme ? L’occident qui se lève comme un seul homme pour sauver le féminisme russe ?!

Pourquoi, par exemple,  ne se mobilise t’il pas pour les femmes qui,  après les révolutions arabes, subissent le backlash ?

Selon moi, cette mobilisation n’est en rien féministe, en revanche et c’est bien le paradoxe, les Pussy Riots sont en effet victimes du patriarcat dont leurs compagnons sont les complices ; elles sont emprisonnées pour être allées plus loin que ceux qui les ont instrumentalisées comme « chair à partouze de la révolution ».

Ce qui serait intéressant c’est que les Pussy Riots le réalisent et se libèrent de l’exploitation sexuelle machiste de Voina ; elles sont peut-être déjà sur cette voie, mais pour l’instant rien ne le laisse penser.

Alors, mobilisation internationale et libération des Pussy Riots de Voina au nom de la liberté  et plus précisément de la liberté d’expression et de la démocratie, oui sans aucun doute, mais au nom du féminisme, quelle confusion, quelle superbe arnaque médiatique !

Christine Le Doaré

article en russe mais photos de la performance dans le musée explicites : http://plucer.livejournal.com/55710.html

http://nataly-lenskaya.livejournal.com/348825.html

et des liens, il y en a d’autres, il suffit de chercher…

9 Responses to “Pussy Riots – faut pas pousser !”


  1. 1 beyourownwomon 15/08/2012 à 21:08

    Merci pour cet article et cette clarification des choses. Y’en a marre du féminisme coppoté par les phallocrates, et plus encore de l’individualisation du féminisme qui le fait passer pour un peu ce que l’on veut, même l’antiféminisme le plus évident triomphe sous couvert de féminisme ! De plus, comme on le sait, habituellement  » the free speech of men silence the free speech of women » (C.Mackinnon), donc il est bien de préciser que leur « libération’ ne peut avoir lieu au nom du féminisme, dont les valeurs sont différentes de celles de la suprématie masculine à travers le porno en l’occurence.


  1. 1 Actus féministes d’août : Pussy riots, harcèlement sexuel, Tunisie, stop Porn « A dire d'elles Rétrolien sur 15/08/2012 à 12:58
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  3. 3 Pussy Riot: whose freedom, whose riot? | Radfem News Service Rétrolien sur 20/08/2012 à 21:59
  4. 4 Pussy Riot : whose freedom ? whose riot ? | | Féministes radicalesFéministes radicales Rétrolien sur 21/08/2012 à 01:53
  5. 5 Pussy Riot: Whose Freedom, Whose Riot? | The Red Hammer Rétrolien sur 21/08/2012 à 19:00
  6. 6 Pussy Riot: Whose Freedom, Whose Riot? | Wrong Kind of Green | the NGOs & conservation groups that are bargaining away our future Rétrolien sur 23/08/2012 à 01:25
  7. 7 Pussy Riot: Whose Freedom, Whose Riot? [#Feminist Friday] | People Of Color Organize! Rétrolien sur 24/08/2012 à 10:07
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