Violences faites aux femmes, un pansement sur une gangrène ?

Les violences faites aux femmes, cette semaine tout le monde en parle, mais peu en parlent vraiment.

C’est vrai, le sujet est si vaste, il semble impossible de l’appréhender dans toute sa globalité. Bien sûr on pense d’abord aux violences extrêmes, aux crimes et fémicides ; à la violence physique, à l’inceste, aux viols, aux coups et blessures, à la maltraitance domestique ; aussi aux violences psychologiques et affectives, au harcèlement, aux injures, aux menaces, aux risques ; etc.

On pense aux infractions et crimes pénalement réprimés. On pense au chemin qu’il reste à parcourir pour que les textes soient appliqués correctement et améliorés, pour que les victimes portent plainte et soient mieux défendues, pour que les agresseurs soient condamnés à la hauteur des actes commis, etc.

Mais surtout, on aimerait tant que ces violences soient contextualisées et combattues comme les conséquences logiques de la domination masculine du système patriarcal.

Toute cette semaine du 25 novembre – journée contre les violences faites aux femmes – j’ai lu et entendu des femmes et des hommes en parler. Le lien avec l’inégalité de genre, avec la domination masculine systémique, n’est établi que partiellement et très marginalement. Pourtant, tout le monde ou presque s’accorde à dire que ces violences ne relèvent pas de la nature masculine. Alors que sont-elles, sinon le produit d’une culture, de valeurs et d’une éducation machistes, distillé, entretenu et cautionné par une société toujours aux prises du système patriarcal.

Naître petite fille, trop souvent subir des violences sexuelles, inceste, viols ou attouchements ;  mais aussi,  grandir affublée de vêtements qui vous entravent ; jouer à faire comme maman avec la reproduction en miniature des instruments de la femme d’intérieur ou de la pin-up de magazine ; ne pas être encouragée à rêver d’indépendance, d’aventures, de sciences et de liberté ; devoir faire plaisir à tout le monde autour de soi, etc. Tout ceci génère une immense violence sociale, physique et psychique, banalisée à l’extrême.

Les violences faites aux femmes, c’est l’histoire d’une emprise séculaire qui laisse des traces fortes et profondes, plus ou moins visibles. Certaines sont subtiles, d’autres moins. Toutes les femmes, vivent sous la menace et prennent un risque systématique quand elles sortent seules dans les rues, de jour comme de nuit. Toutes nous le savons et tout au long de nôtre vie.

Bien sûr certains-e-s vont objecter que des hommes ne sont pas violents ni manipulateurs, alors que des femmes le sont. C’est vrai, mais nous parlons d’un système d’oppression, il génère nécessairement des exceptions. Pour se reproduire, il a aussi besoin de relais chez les opprimées. Certaines femmes, plutôt que de combattre le système vont s’en faire les complices, reproduire les mêmes comportements et en tirer un bénéfice immédiat. Il y a même de la violence conjugale dans les couples lesbiens. La différence, c’est qu’elles subiront néanmoins le mépris machiste et resteront en situation de danger.

Aussi, parler des violences faites aux femmes sans les inscrire dans une politique féministe d’abolition du système patriarcal et de sa domination masculine, c’est un peu comme mettre un pansement sur une gangrène, ou si vous préférez,  comme parler du temps sans parler du climat. Ça n’est pas inutile non, c’est juste impuissant.

Christine Le Doaré

4 Responses to “Violences faites aux femmes, un pansement sur une gangrène ?”


  1. 1 Mchan 25/11/2012 à 12:44

    Je pense qu’à l’école déjà ça se voit. Les gamines de 6e qui portent des tshirt avec le lapin Penthouse ne l’ont pas mis sans l’accord des parents et on voit bien que les garçons traitent de plus en plus mal les filles. Il y a une masculinisation du langage de certaines filles avec les « j’men bas les couilles » mais peu de réél pouvoir alors que jusqu’au lycée par ex il y a bcp de femmes chez les profs. Dans les lycées techniques on reste aussi assez nombreuses mais il faut bien avouer que certains collègues sont très matchos.
    Il faudrait rappeler également qu’on n’a déjà pas le même salaire, quand les femmes risquent d’avoir des rabais sur les assurances auto ça devient une inégalité insupportable mais qu’on soit moins payé ça ne gêne pas l’Europe.
    Voir également article très intéressant sur le fait que l’espace public est fait pour les hommes tiré du Monde.fr

  2. 2 michelcarriere 25/11/2012 à 14:46

    Je partage votre point de vue.
    Ce qui, selon moi, est à interroger et déconstruire, c’est la violence fondatrice des sociétés où se renouvellent les statuts de dominant-e-s/dominé-e-s ; car, rien ne justifie les privilèges accordés à certain-e-s.
    Les compétences que nous avons acquises ne légitiment jamais les privilèges que nous voulons en déduire; bien au contraire elles impliquent partage, transmission et entraide.
    Les sociétés patriarcales se sont construite sur le modèle du pater familias, c’est à dire du mâle dominant, c’est à dire dans nos sociétés occidentale du « paterfamilias ».
    C’est effectivement ce modèle qu’il me paraît nécessaire de déconstruire pour le remplacer par un modèle empathique, coopératif, participatif et égalitaire non seulement entre humain mais dans une relation reconciliée avec les autres espèces, la Nature, Gaia, la Pachamamma et les Univers qui nous entourent.

  3. 3 Franck Castle 02/12/2012 à 10:25

    effectivement les hommes et les femmes n’ont pas le même salaire. Les mannequins femmes gagnent tellement plus que les mannequin hommes. Je n’ai jamais vu des personnes qui revendiquent l’égalité l’évoquer, jamais…

  4. 4 Christine Le Doaré 03/12/2012 à 21:47

    ah l’exception qui confirme la règle, comme c’est intéressant … !


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