EELV, abrogation du délit de racolage ? Oui, mais pas seulement !

contre prostitutionEn octobre 2012 le groupe écologiste du Sénat déposait une proposition de loi visant à abroger le délit de racolage. Puis retirait sa proposition, admettant que l’abrogation du délit de racolage, devait faire partie d’un projet de loi global sur la prostitution.
Mais considérant que le gouvernement ne va pas assez vite, (c’est vrai qu’en ce moment, il n’a pas tant de problèmes à adresser), EELV, Esther Benbassa en tête, s’impatiente et revient à la charge.

Beaucoup en conviennent, réglementaristes comme abolitionnistes, ce texte doit être abrogé. En revanche, se limiter à son abrogation, sans appréhender la question de la prostitution dans sa globalité, serait une grave erreur. Comme tout le reste, la prostitution s’est mondialisée ces dernières années et les enjeux ont changé d’échelle. La situation est devenue alarmante et ne se limite plus, loin de là, à la seule question des conditions d’exercice de l’activité, en France.

La prostitution forcée, avec ses réseaux de proxénètes et ses mafias très puissantes qui brassent des milliards de devises, est désormais un phénomène de très grande ampleur qui plonge dans un immense désarroi un nombre effarent et toujours croissant de femmes et d’enfants déplacés. Toutes et tous, sont à la merci du crime organisé, des proxénètes et mafias mondialisées, qui sans scrupules aucun, les exploitent après un conditionnement des plus barbares (maisons de tortures et de viols systématiques pour briser toute résistance).
La traite des êtres humains et le proxénétisme mondialisé inquiètent désormais les institutions européennes et les pays qui ont réglementé la prostitution, se voient dépassés par ce qui constitue la troisième industrie criminelle mondiale après la drogue et les armes.

Dans tous les pays confrontés au problème, les décideurs en conviennent, la façon d’endiguer ce phénomène est de protéger les personnes prostituées vulnérables, mais aussi d’adopter des programmes de prévention et d’éducation, de proposer des alternatives aux personnes prostituées, d’éduquer et de pénaliser les clients afin de contraindre la demande. Récemment, plusieurs pays dont l’Irlande et la Norvège, réfléchissent à rejoindre les pays abolitionnistes.

Répétons-le, l’abolition n’étant pas la prohibition, une prostitution résiduelle dite « libre » continuera d’exister le temps que cette nouvelle politique publique produise ses effets et probablement pendant pas mal de temps. Aussi, est-il en effet nécessaire d’abolir le délit de racolage afin que les personnes prostituées qui resteront dans la prostitution puissent bénéficier de conditions sanitaires et sociales satisfaisantes.

Toutefois, on se demande parfois à quoi jouent les élu-e-s d’ELLV et s’il faut leur faire confiance sur les questions de société. D’ailleurs, si l’on en croit les derniers résultats électoraux, ils ont bien du mal à convaincre sur d’autres questions que celles de l’écologie.
L’argumentation du Groupe écologiste qui soutient la réglementation de la prostitution, s’il apparaît naïf est en réalité très idéologique, basé sur la liberté individuelle poussée à son paroxysme.
En réalité, nul n’ignore :
– que la prostitution dite « libre » est marginale (environ 10% de la prostitution en France), qu’elle est le plus souvent liée à des violences sexuelles dans l’enfance et que bien adressés, ces traumatismes pourraient trouver, en tous cas pour une partie des personnes prostituées, d’autres réponses que ces formes de thérapie destructrices ;
– que c’est l’activité prostitutionnelle elle-même, aussi la surenchère d’une offre pléthorique en période de crise économique et la demande des clients qui contraignent les personnes prostituées à accepter des prises de risque inconsidérées qui les exposent aux IST ; il est d’ailleurs peu probable que l’abandon de la politique répressive ait des répercussions spectaculaires (sachant par ailleurs qu’il suffit de passer dans certains quartiers à certaines heures pour constater que la prostitution se pratique déjà sans aucune entrave policière) ;
– que les violences subies (psychologiques et physiques), sont le plus souvent, le fait de clients et ne vont pas pour autant disparaître ; d’ailleurs, la prostitution elle-même est bien la dernière violence faite aux femmes que la loi ne réprime pas ;
– de même, il est peu probable que la prostitution puisse s’exercer au grand jour et dans les endroits fréquentés sans que les riverains et divers mouvements citoyens ne s’y opposent.

Néanmoins, ce délit de racolage public qui n’a jamais prouvé son efficacité, mais qui expose trop souvent les personnes prostituées à des comportements policiers abusifs et aux violences liées à la clandestinité, doit en effet être abrogé.

Si cette position fait l’unanimité, en revanche, ce qui fait bien polémique c’est de ne proposer que cette seule mesure, alors que la situation globale de la prostitution est catastrophique.
C’est bien la preuve d’une position purement idéologique qui ne tient pas compte des réalités et encore moins des risques.
L’industrie criminelle de la prostitution n’attend que des encouragements et considère d’un très bon œil les alliés que sont pour elle, qu’ils en soient conscients ou non, les réglementaristes.
Dans quelle société voulons-nous donc vivre ? Demandez aux populations de la Jonquera espagnole ce qu’elles pensent du déferlement de délinquance et violences en tous genres, généré par la prolifération industrielle des bordels dans la région. Demandez aux populations belges ce qu’elles pensent de ces quartiers entiers, réduits en vitrine où sont exposées des femmes, telles des marchandises. Egalité entre les sexes-genres, dites-vous ? Et surtout, demandez aux familles des femmes des pays de l’Est, d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs, ce qu’elles pensent des chantages et violences qu’elles subissent pour que leurs filles, sœurs, femmes, restent prisonnières des réseaux. Demandez-leur si elles remercient le système prostitueur, c’est-à-dire les proxénètes, les clients sans lesquels le marché n’existerait pas et tous ceux qui le soutiennent, politiques, médias et people en tête.

Alors, abrogation du délit de racolage, oui bien sûr, car les personnes prostituées ne sont pas celles qui profitent du système prostitueur, une minorité d’indépendant-e-s libéraux mis à part. Elles en sont les otages et souvent les victimes. Mais pas d’abrogation sans projet global d’abolition du système prostitueur, c’est-à-dire, l’adoption de programmes alternatifs de réinsertion, de programmes d’éducation, de prévention et de pénalisation des clients, seuls responsables par leur demande d’un immense trafic humain et de son corollaire, le crime organisé.
Merci aux élus d’EELV de nous rassurer, elles et ils veulent bien toujours vivre dans une société d’égalité et de progrès ?

Christine Le Doaré

4 Responses to “EELV, abrogation du délit de racolage ? Oui, mais pas seulement !”


  1. 1 ROCHEDEREUX Evelyne 22/01/2013 à 15:02

    Excellent article qui ne laisse aucun zone d’ombre, aucune ambiguité. Le corps des femmes n’est pas une marchandise. Point, c’est tout. Donc NON à la GPA, NON à la prostitution. Encore bravo.

  2. 2 Didier Bois 13/02/2013 à 21:52

    Entièrement d’accord avec cet article. Quelques données supplémentaires qui montrent que la pénalisation des clients est nécessaire:
    85 à 90% des personnes prostituées sont sous la contrainte d’un proxénète [Chaleil (2002), Giobbe et al. (1990) et Hunter 1994)]
    En France, plus de 80% des personnes prostituées sont étrangères et issues de la traite par des réseaux mafieux (Rapport parlementaire N° 3334, avril 2011) Le client est donc COMPLICE D’ACTIVITÉ CRIMINELLE, alors oui il faut pénaliser le client, qui devrait s’appeler client-prostitueur.

    La prostitution n’est PAS un choix mais un ESCLAVAGE organisé par des criminels pour les enrichir. L’argent va de la poche d’un homme à celle d’un autre homme, la femme n’a pour elle que la violence d’un rapport non désiré, la violence du réseau de traite ou de son proxénète. Comment peut on avoir oublié qu’il s’agit là d’une activité traditionnelle du crime organisé?

    De plus cette mesure est économe en moyen: il faut 15 minutes et deux policiers pour verbaliser un client, alors qu’il faut des dizaines de policiers, et un à deux ans d’investigation pour démanteler un réseau. ce que confirme le rapport Suédois, ou un tout récent rapport américain: « plus efficace de pénaliser le client-prostitueur que d’ arrêter sans cesse de nouveaux proxénètes… »


  1. 1 Anti-abolitionniste et abolitionniste, ce n’est pas pareil… « A dire d'elles Rétrolien sur 23/01/2013 à 09:59
  2. 2 Non, la prostitution n’est pas obligatoire – Dominique Ferrières Rétrolien sur 21/04/2015 à 20:49

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