Inverser la charge pénale et permuter le rapport de force – ou la pénalisation du client

story_wideUne proposition sur l’abrogation du délit de racolage a été déposée au Sénat par Esther Benbassa – EELV (Voir ses liens avec le STRASS qu’elle finance avec des fonds publics : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/ ). Il est probable que la loi passe au Sénat, la plupart des formations politiques étant, comme les abolitionnistes d’ailleurs, favorables à l’abrogation du délit de racolage.

En effet, le texte sur le racolage met en difficulté les personnes prostituées, notamment lors de rafles policières. Les plaintes des riverains ou encore les contraintes d’urbanisme et d’aménagement des quartiers motivent le plus souvent ces brutales initiatives policières, (Néanmoins, la prostitution a bien lieu de jour comme de nuit, et aux yeux de tous, dans nombre de quartiers des grandes villes).

Le Sénat, poussé par Mme Benbassa, va se précipiter et peut-être même adopter des amendements qu’il regrettera, sentant confusément qu’il ne peut pas se contenter de seulement abroger le délit de racolage sans ouvrir la boîte de Pandore, mais ne se donnant pas non plus les moyens d’étudier une loi globale. C’est pourtant ce qu’avaient préconisé les 54 associations du Collectif Abolition 2012 : http://abolition13avril.wordpress.com/2013/03/23/communique-dabolition-2012-non-au-saucissonage/

A l’évidence, il serait préférable d’adopter une politique globale en matière de prostitution. Une politique cohérente et digne d’un pays abolitionniste comme la France doit comporter plusieurs volets et pas seulement l’abrogation du délit de racolage. Dans la proposition de loi Benbassa manquent : des alternatives crédibles à la prostitution avec des programmes de réinsertion et l’adoption de mesures d’éducation et de pénalisation des clients. Mais, espérons-le l’Assemblée Nationale, à la rentrée prochaine, ne cautionnera ni la méthode, ni le contenu, encore moins les conséquences d’un texte par trop réducteur.

En effet, la prostitution dite « choisie » est marginale, en revanche, la prostitution contrainte et d’abatage, à la main des réseaux et des mafias, envahit l’Europe dans un flot incessant et grandissant. Dans ces conditions, la seule solution politique possible dans notre pays abolitionniste depuis 1946 et la promulgation de la loi Marthe Richard, est bien de le rester mais d’évoluer car l’abolition ne se confond pas avec la prohibition, c’est-à-dire la chasse aux personnes prostituées, et ne se conçoit pas non plus, sans un plan de lutte d’envergure contre cette violente exploitation des femmes. Un projet digne de ce nom devrait comporter à la fois l’abrogation du délit de racolage, mais aussi l’adoption de solutions de sortie de la prostitution et la pénalisation du client prostitueur afin d’endiguer les violences sexistes et éduquer à l’égalité entre les sexes.

L’abolition de l’esclavage ne l’a pas éradiqué de la planète, mais il a donné aux esclaves les moyens de se battre et aux politiques ceux d’adopter des politiques répressives et éducatives efficaces. La prostitution est une forme d’esclavage qui demeure pour les femmes, c’est le tribut qu’elles payent au système patriarcal, (quelques hommes également, car tous les hommes ne sont pas hétérosexuels). Nous devons nous donner les moyens de l’abolir, c’est-à-dire de commencer à agir et espérer, tout en étant bien conscients qu’une prostitution résiduelle subsistera, le temps que les mentalités évoluent.

Lorsque des élus EELV ou des groupes tels que le STRASS disent que les personnes prostituées sont en grand danger, craignent des violences, subissent des viols parce que le délit de racolage les pousse à la clandestinité ou à s’isoler en dehors des villes, ils ont raison et ils ont tort. En réalité, dans le cœur des villes ou à leur lisière, dans la sécurité apparente d’un appartement ou dans la précarité et l’isolement d’une voiture, d’une ruelle ou d’un sous-bois, peu importe les modalités de la mise en relation, la personne prostituée est toujours seule et toujours en danger. Mais elle l’est à fortiori si le client n’est pas en infraction.

En effet, il est important de comprendre que pénaliser le client revient à inverser la charge de la preuve. Le délit de racolage étant abrogé, la personne prostituée n’est plus en infraction, en revanche, si l’acte d’achat de sexe est pénalisé, le client lui, commet un acte répréhensible et est passible d’une amende. Le rapport de force lui est défavorable, il le sait, la personne prostituée aussi, elle le tient !

En cas de vol, de violences, de viol, la personne prostituée pourrait alors se retourner contre le client prostitueur. L’inversion de la charte pénale est donc à la fois dissuasive pour le client qui sensibilisé, comprendra peu à peu qu’il n’achète pas du sexe déconnecté d’une personne humaine, mais le consentement d’une femme ou un homme en général en difficulté sociale, mais c’est aussi un moyen d’empowerment et de protection de la personne prostituée.

Dans tous les cas, les personnes prostituées mais surtout les lobbies pro-prostitution qui craignent pour les pauvres clients importunés, doivent comprendre que le projet consiste essentiellement à se donner le droit de les interpeller pour les sensibiliser à l’égalité femmes-hommes et à questionner les abus du système patriarcal, puis le cas échéant, à leur infliger une amende en espérant que d’ici une génération ou deux la société aura évolué et que la prostitution ne sera plus que marginale, comme dans les pays abolitionnistes. En somme rien de bien dramatique pour eux ; en revanche, un espoir de sortir enfin des violences de l’enfer prostitutionnel subi par tant de femmes déplacées, sans parler des nouvelles formes de prostitution dues à la crise économique, comme la prostitution des étudiant-e-s.

Il est vraiment temps d’agir. La France est abolitionniste, mais il ne s’agit que d’une posture ; dans les faits, elle ne déploie pas une véritable politique publique adéquate. Pourtant, l’abolition est bien la seule solution humaniste, féministe et progressiste d’une société toute entière. Nos responsables politiques ne revendiquent-ils pas plus de justice et d’égalité ? En outre, nous venons de le voir, les personnes prostituées elles-mêmes ont tout intérêt à la pénalisation du client et au-delà à un dispositif global qui lui permettra, lorsqu’elles le souhaiteront de bénéficier de programmes de sortie de la prostitution.

Alors, qu’attendons-nous, qu’attendez-vous, pour vous engager pour l’abolition du système prostitueur et nous rejoindre le 13 avril prochain, à la Machine du Moulin Rouge, pour l’abolition citoyenne de la prostitution !

Christine Le Doaré

Retrouvez l’événement sur le blog : abolition13avril.wordpress.com

Twitter : @abolition2012

Facebook : http://www.facebook.com/abolition2012?ref=hl

3 Responses to “Inverser la charge pénale et permuter le rapport de force – ou la pénalisation du client”


  1. 1 MJ 29/03/2013 à 10:44

    Merci pour ce texte, je comprend mieux les enjeux de la pénalisation du client et vous me donnez des arguments que je réutiliserai.

  2. 2 Cécile Lhuillier 19/04/2013 à 14:45

    Ah beh vous avez finalement modifié le titre!!!!

  3. 3 Christine Le Doaré 19/04/2013 à 15:00

    ben oui, vous y teniez tellement !!! sérieusement, je me suis renseignée, ça ne change rien et dans tous les cas, selon moi, le plus important sont la sensibilisation et prévention, car ce sont les mentalités qui doivent changer (en outre, verbaliser un client sur le fait ne sera pas chose facile !)


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