Les violeurs de Nirbhaya condamnés à mort : solution de facilité !

3477202_3_cc0e_un-rassemblement-d-etudiantes-contre-le-viol-a_9c85684797097afaaae067e386f1f606A New Delhi, les 4 violeurs de Nirbhaya condamnés à mort , la solution patriarcale par excellence !

La sanction est tombée ce vendredi 13 septembre 2013 : les 4 violeurs de l’étudiante de New Delhi sont condamnés à mort. L’un des agresseurs, mineur à l’époque des faits échappe à la peine de mort, et le chauffeur s’est depuis, suicidé en prison.

Les faits sont d’une violence inouïe, la jeune femme et son compagnon avaient été séquestrés dans un bus, la jeune étudiante y a subi un viol collectif commis par chacun des six agresseurs, mais également avec une barre de fer. Nirbhaya et son compagnon avaient ensuite été laissés pour mort sur le bord de la route, la jeune femme est décédée à l’hôpital, et son compagnon est depuis handicapé.

Les avocats de la défense avaient annoncé en début de semaine, leur intention d’interjeter appel, le tribunal ayant déclaré les violeurs coupables de viol et de meurtre « de sang froid ». A l’évidence, la sanction est hautement symbolique, elle a été saluée avec joie par la famille et la population rassemblée devant le tribunal, dans l’attente du verdict. On s’en souvient, de nombreuses manifestations avaient été organisées pour dénoncer l’incompétence des pouvoirs publics en matière de protection des personnes et en particulier des femmes, par une population excédée.
Ces manifestations avaient pris une ampleur historique, les groupes féministes se mobilisant fortement et l’indignation de la population étant à son comble.

Sous toute cette pression, les opposants au gouvernement n’étant pas en reste, le gouvernement avait agit rapidement, travaillant parallèlement au procès, à un projet de loi pour durcir les sanctions et prévenir les violences sexuelles. Les aspects culturels des violences de genre avaient bien été reconnus et les besoins éducatifs nécessaire à l’évolution des mentalités mesurés. A l’issue de cet état des lieux et des recommandations qui en ont découlé, une loi a été votée pour aggraver la peine en cas de viol et la porter à 20 ans au minimum et pouvant aller jusqu’à perpétuité. En outre, en cas de récidive ou de décès de la victime, la peine de mort, qui n’est pas abrogée en Inde, mais qui fait l’objet d’un moratoire, peut être prononcée.

Le plus étrange malgré tout, est qu’après les manifestations et le durcissement de la loi, les plaintes pour viol ont augmenté, mais il est toujours difficile de savoir si cette augmentation est due à une plus grande médiatisation et sévérité de la peine, ce qui aide les victimes à se sentir légitimes et à dénoncer leurs agresseurs ou s’il y a un plus grand nombre de viols commis.

Le verdict prononcé ce jour, semble satisfaire une grande partie de la population, dégoutée par la violence déchainée à l’occasion de ces viols et galvanisée par les partisans de la peine de mort, mais le mouvement pour son abolition est aussi mobilisé et ne va pas rester sans réaction. En outre, rien ne dit aujourd’hui que le second jugement confirmera le premier.

Dans tous les cas, et à l’évidence, la peine de mort ne peut pas être la solution.
Tout d’abord parce que la barbarie en réponse à la barbarie, l’humanité peut faire mieux.
Ensuite, parce que condamner à mort des violeurs et des tueurs, même des tortionnaires coupables d’actes d’une sauvagerie inouïe, ne fera jamais évoluer la société, ni les mentalités, durablement et en profondeur.
En Inde, comme sur toute la planète, chaque jour, des hommes violent et tuent des femmes. Au moins 6 états ont déjà reconnu le crime de fémicide.
Alors bien sûr, il nous arrive à toutes et à certains, parfois, de haïr les violeurs et tueurs de femmes, d’avoir des envies de meurtre à leur encontre, mais de là à penser sérieusement que la peine de mort pourrait être une solution, il y a un gouffre que peu d’entre nous franchiront et c’est tant mieux. Evitons d’ajouter de la violence à la violence.

Non, la solution consiste plutôt à admettre, puis déconstruire, pour mieux la combattre et la dépasser, la domination masculine et son cortège de violences sexistes, les violences sexuelles et les autres aussi. Le patriarcat est destructeur, il en a fait la démonstration. Une société sexiste n’a pas grand-chose de bien civilisé ni juste à offrir à ses membres.
Pour se revendiquer des sociétés humaines, les états devront tôt ou tard, adopter une grille de lecture féministe de la vie collective et mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour que prévention, éducation et répression soient enfin, non pas de simples concepts et arguments électoraux, mais bien des programmes prioritaires destinés à transformer tous les aspects de la vie sociale et culturelle, avec des valeurs d’égalité et de respect.

Bien entendu, les sanctions pénales doivent être proportionnelles et à la hauteur du crime insoutenable et indéfendable qu’est le viol – et à fortiori tout acte de barbarie, allant souvent jusqu’au meurtre, contre les femmes -.
Bien entendu, la fin de peine, la liberté conditionnelle, bref, toute sortie de prison après des violences sexuelles doit être encadrée, organisée afin d’exclure toute possibilité de récidive. C’est même à cette seule condition qu’un prédateur sexuel devrait être relâché, on en est tellement loin !
Tout ça demande beaucoup de moyens et donc de conviction politique.
Il ne s’agit pas de bricoler des solutions pour avoir la paix sociale, mais bien de changer une société, d’abolir une domination systémique, tout un système de pensée et de vie en commun.

Mais, se contenter de condamner à mort les violeurs, c’est la solution de facilité, c’est s’intéresser aux conséquences sans remédier aux causes.
Bien entendu, des sanctions individuelles doivent prononcées à l’encontre des hommes coupables, mais c’est bien toute la société patriarcale qui est malade de ses violences sexuelles.
Les industries du sexe, de plus en plus influentes, invitent à tout va, à consommer sans scrupules leurs violences pornographiques et la prostitution, elles banalisent la culture du viol et de toutes les violences sexuelles.
En face, la peur des lois répressives, un rapport de force porté en permanence par les luttes féministes, sont bien insuffisants pour nous éviter le pire et surtout nous permettre d’avancer vers une société de progrès et de lumière à laquelle nous aspirons toutes et tous.

Le viol est un crime commis par certains hommes, beaucoup trop d’hommes, parce que notre culture patriarcale ne le condamne que contrainte et forcée par une exigence d’ordre public, ni par conviction ni motivée par un projet de société féministe d’égalité et de respect.

Christine Le Doaré

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