Paris nord-est, le tram de l’angoisse

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Canal de l’Ourcq sortie Parc de la Villette vers Pantin

Ce dimanche après-midi-là, partie découvrir dans le prolongement du Parc de la Villette, le canal de l’Ourcq, direction Pantin et ses moulins restaurés,  je ne pensais pas en revenir aussi déprimée.

Oh la balade fut sympathique, berges piétonnières et jolis petits bateaux de location sur l’eau, le retour, en revanche, plus éprouvant.

Avant de prendre le tram du retour, direction Porte de Vincennes, je m’offre un petit arrêt dans la Cité des Sciences et de l’Industrie, quand soudain je tombe sur une petite famille, un père et ses enfants dont une fillette d’environ 9 ans, soigneusement voilée. Une enfant si jeune qui ne devrait avoir en tête que de s’amuser librement, dans ce musée ludique. Dépitée de constater une fois de plus, que si de plus en plus de femmes sont voilées, les fillettes n’échappent pas  non plus à cette mode politico-religieuse qui sur elles toutes, étend son voile d’invisibilité. Le voilement des fillettes est terriblement choquant, c’est un formatage idéologique qui les assigne à une obscure ségrégation sexuelle et sexiste. De plus en plus de fillettes sont ainsi marquées du sceau communautaire et religieux imposé par leur famille, c’est de la maltraitance, la République pourtant, ferme les yeux.

Attristée, je me dirige vers la station de tram Porte de la Villette où j’aperçois une autre fillette d’environ 7 ans cette fois, abandonnée sur le quai et prise en charge par la sécurité RATP. La petite fille semble être Rom ou Syrienne, oubliée sur un quai, pour quelles raisons, par quels « parents » ? Pauvre bout de chou aux grands yeux emprunts d’un insondable sérieux. La brigade RATP appelle la police qui la prendra en charge, la rame arrive, je la regarde une dernière fois.

Assise, préoccupée, j’observe attentivement les gens dans la rame, autant que les extérieurs que nous traversons sur le trajet de la Porte de la Villette jusqu’à la Porte de Vincennes. Un parcours dans Paris, même si à sa périphérie, que nos politique et décideurs publics,  ne doivent pas souvent emprunter. De chaque côté, on aperçoit pour l’essentiel, des HLM et des citées plus ou moins délabrées, grises, sales, laidement taguées (pas franchement du street art !), affublées de balcons débarras.

Sur les trottoirs comme dans la rame, circule une population très majoritairement immigrée essentiellement d’origine africaine et maghrébine, difficile de parler de mixité sociale ; les garçons sont en bandes, les filles entre copines, les pitbulls en liberté, les tensions sont palpables. De nombreuses femmes âgées mais aussi de toutes jeunes filles-femmes sont voilées, certaines portent abaya, niqab, d’autres les vêtements traditionnels des campagnes de leur pays d’origine ; les personnes des deux sexes sont soumises à des règles communautaires, hiérarchiquement séparées, la domination masculine règne en maître. 

Abattue, j’ai envie de quitter la rame avant mon arrêt. J’ai beau ne rien ignorer de cette situation, ce dimanche de fin juillet, l’accumulation m’oppresse. Comment a-t-on pu en arriver là ? Un tel retour arrière, aussi phénoménal et à si grande échelle ? 

Le dernier centre de dé-radicalisation a fermé, à quoi servirait d’en ouvrir de nouveaux ? Dans toutes les villes et pas seulement quelques banlieues, des zones entières de territoire républicain sont plus ou moins livrées à elles-mêmes et ne ressemblent plus guère aux villes françaises que nous connaissions encore il y a peu. Bien sûr des personnes et des lieux résistent, mais trop souvent les lois de la République, et  le « vivre ensemble » sont balayés par des comportements communautaires qui prévalent ; se jaugent aussi entre elles,  les différentes communautés ; la délinquance et la violence prospèrent, s’imposent aux habitants qui les subissent. Ces comportements de fermeture à d’autres cultures, aux modes de vie d’un pays dont on attend pourtant beaucoup, engendrent des incompréhensions et un rejet des valeurs républicaines et laïques quand ils ne nourrissent pas une haine trop souvent encouragée par des médias, intellectuels et politiques condescendants et démagogiques. Le projet n’est alors plus de vivre en France parce que l’on a choisi de connaître, participer et enrichir sa culture, mais de se refermer sur des logiques séparatrices.Ces enfermements communautaires servent bien sûr des dessins politico-religieux qui se cachent à peine. 

Des politiques d’urbanisme, de logement social, sociales, ont favorisé  l’illusion d’un refuge dans des traditions conservatrices qui enferment. L’islam politique a la tâche facile.  Le clientélisme politique a dangereusement enfoncé le clou et je ne vois pas comment nous pourrions maintenant en sortir, à moins d’une sérieuse prise de conscience et d’une action politique volontariste, intensivement soutenue.

Mais j’ai l’intuition que la situation nous a déjà échappé,  le gouvernement, les Maires, les pouvoirs publics ont-il seulement réalisé l’ampleur des dégâts ? Qui, quand, comment seraient mises en oeuvre des actions capables de redresser la barre et nous éviter les terribles écueils sur lesquels nous ne manquerons pas de nous échouer ? La lucidité, rien de plus déprimant.

Christine Le Doaré

 

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Le hasard faisant hélas dans ce cas, bien les choses, 48 heures après avoir posté ce texte sur mon blog, je prends le métro vers 17h20 sur la ligne 8 et je tombe pile nez à nez avec un groupe d’enfants en centre aéré. Dans le groupe d’enfants qui s’amuse, une fillette voilée. Mais bien sûr il ne s’agit une fois de plus, que d’une hallucination visuelle islamophobe ! Quand le déni confine à la collaboration, les déni-oui-oui, deviennent complices d’un système d’oppression.

4 Responses to “Paris nord-est, le tram de l’angoisse”


  1. 1 Thierry Gibert 02/08/2017 à 21:24

    A reblogué ceci sur thierry gibertet a ajouté:
    Merci, Christine, pour cette ballade bucolique dans le Nord-Est parisien…

  2. 3 Polluxe 03/08/2017 à 18:00

    A reblogué ceci sur le blog de polluxeet a ajouté:
    Malheureusement exact…

  3. 4 Christine Le Doaré 03/08/2017 à 21:16

    Je remercie toutes les personnes qui ont lu ce témoignage. Comme justement il s’agit d’un témoignage, exceptionnellement, je ne souhaite pas qu’il soit commenté, ni pour corroborer, ni pour critiquer. Une fois n’est pas coutume.
    C’est assez pénible comme ça de voir les quartiers nord/est d’une capitale dans laquelle on réside depuis 1982 devenir des lieux où des femmes s’enferment en nombre significatif dans des règles religieuses communautaires patriarcales, où des enfants sont en situation de maltraitance (enfants Roms et Syriens mendiants, jeunes marocains sous l’emprise de la drogue, afghans prostitués, jeunes filles voilées…).
    Plus pénible encore de devoir faire le travail des journalistes si peu courageux, à leur place, en espérant qu’enfin, les responsables politiques prennent leurs responsabilités et agissent.


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