Non, les droits des musulmanes ne sont pas des Droits des Femmes ! Réponse à la Tribune la libre.be 2/8/18

IMG_7125Non, les droits des musulmanes ne sont pas des Droits des Femmes !

Réponse à la Tribune la libre.be 2/8/18

Selon un article paru jeudi 2 août dans la libre.be , « Les droits des musulmanes font partie des droits des femmes ». D’après ce texte, « l’interdiction de signes ou vêtements religieux dans l’emploi ou le secteur public constitue une discrimination ».

Ce texte n’a pas été écrit par hasard. Sous la pression d’un Collectif de musulmanes qui revendique « un modèle d’inclusion et de pluralisme européen », la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement Européen (mais si, un jour viendra, elles et ils parleront de droits DES femmes et éviteront tout essentialisme) a débattu récemment de la place des femmes musulmanes en Europe.

Ce collectif considère que les restrictions relatives au port des vêtements religieux témoignent d’une suspicion généralisée envers les musulmans. Interpellant les états membres de l’UE, il affirme que le débat qui s’est tenu au sein du Parlement Européen sur la situation d’exclusion des musulmanes, constitue « un soutien à la solidarité féministe avec les femmes musulmanes qui commence à se manifester en Europe ».

Parmi les signataires nous retrouvons Rokhaya Diallo, Lila Charef du Collectif contre l’islamophobie en France, etc.

Je commence par noter que les groupes de pression sur les institutions nationales et européennes ne sont pas sans effet.

Pourtant la façon de faire n’est pas nouvelle : se victimiser « femmes musulmanes exclues » et détourner les référentiels droits humains, droits des femmes «  solidarité féministe « pour obtenir des privilèges spécifiques communautaires et religieux .

Pourtant le risque est grand de compromettre l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes dans chaque pays, comme au niveau européen ainsi que compromettre le principe de neutralité religieuse dans les secteurs privé et public.

Sur le « féminisme » revendiqué dans cet article, je note que la question des violences faites aux femmes est survolée, quasiment accessoire dans le texte ;  elle n’est que prétexte à promouvoir l’idée d’une islamophobie généralisée en Europe. Instrumentalisation des luttes féministes s’il en est !

Le port d’un signe distinctif ostentatoire tel que le voile islamique, hijab, abaya… est un marqueur sexiste puisqu’il ne concerne que les femmes. Il est sensé marqué la pudeur des femmes face à l’avidité sexuelle des hommes, et par voie de conséquence,  accuse les femmes qui ne se voilent pas d’impudeur. Etrange manière de lutter contre les stéréotypes sexuels et sexistes et d’avancer vers l’égalité femmes-hommes. Dans l’espace public, c’est déjà difficile de voir à quel point le nombre de femmes soumises à ce diktat communautaire et religieux patriarcal est en augmentation, mais dans le milieu de l’entreprise ou des services publics, ce serait catastrophique pour les droits et libertés des femmes. Ce marqueur et drapeau de l’islamisme est une entrave à l’émancipation des femmes et la marche vers l’égalité femmes-hommes, nous ne le dirons jamais assez. Les musulmanes ne se voilent pas toutes loin de là, celles qui le font affichent une revendication politique.

Sur « la place des femmes musulmanes en Europe », je pense utile de rappeler que les femmes musulmanes n’ont pas de droits spécifiques en tant que musulmane, pas plus que les catholiques, les juives, les boudhistes, …, elles ont des droits en tant que citoyenne d’un état membre de l’UE, et en France citoyenne d’une République laïque.

Elles ont donc le droit de pratiquer leur culte dans leur sphère privée et intime, culte qui ne doit en rien interférer avec la vie de la République, ses institutions, ses services.

Dans l’entreprise, imagine t’on des salariés organisés et divisés selon leur conviction religieuse ? A quoi veut-on aboutir exactement ici ? A favoriser le vivre ensemble ou à afficher le religieux avant le reste, à exacerber les communautarismes, à diviser les citoyens d’un pays de l’UE, à fragmenter une UE déjà fort fragilisée ?

Des signataires de cet article sont aussi celles qui se revendiquent soit du féminisme essentialiste, relativiste, racialiste, intersectionnel, « pro-sexe »/queer d’une Joan Scott ou d’une Christine Delphy par exemple, ou du « féminisme islamique », aussi celles qui signent les tribunes exigeant la libération de Tariq Ramadan…, étrange coalition, pas étonnant qu’elle ait si peu à voir avec le féminisme. Pour s’y retrouver dans le féminisme, ses « versions » et dérives : https://christineld75.wordpress.com/2016/10/07/combien-y-a-t-il-de-feminismes/

L’action d’un tel Collectif représente un danger pour nos démocraties nationales comme pour l’Union Européenne. Il serait temps d’en prendre pleinement conscience. C’est-à-dire pour les féministes occidentales refuser toute alliance avec cette imposture de « féminisme », et pour les parlements et gouvernements, ne pas se laisser aussi facilement influencer, manipuler, et à l’inverse consolider le socle toujours imparfait mais irremplaçable de valeurs d’égalité sur lequel se fondent nos démocraties.

Christine Le Doaré

2 Responses to “Non, les droits des musulmanes ne sont pas des Droits des Femmes ! Réponse à la Tribune la libre.be 2/8/18”


  1. 1 SMarco (@LaSerenissime) 03/08/2018 à 18:13

    Un grand merci pour cette mise au point, espérant qu’elle aura plus de visibilité que cette tribune ridicule de ce collectif tout aussi ridicule.
    Je souhaite ajouter à cela quelques remarques personnelles :
    – Il est injuste de discriminer quelqu’un pour ce qu’il est dans son essence : on naît avec une couleur de peau, avec un sexe, éventuellement avec un handicap. On ne naît pas avec une religion, et encore moins avec un signe distinctif religieux. Il n’y a donc pour moi aucune raison d’exiger un quelconque aménagement du droit pour ces signes et ces religions.
    – La religion n’étant qu’une conviction sans fondement, je ne vois aucune raison d’en imposer la présence à ses contemporains : si je crois à l’astrologie, trouverait-on acceptable que je demande une législation me permettant de ne côtoyer que des Sagittaires et des Taureaux, car les Scorpions et les Poissons me seraient néfastes ? Bien sûr que non, mais c’est pourtant ce qui se passe quand on accepte qu’un homme ne salue pas une femme, quand on accepte que des femmes et des hommes ne partagent pas les mêmes lieux, les mêmes objets, etc.
    – Dois-je accepter, sur mon lieu de travail ou dans les lieux communs à toute la population (rue, commerces, transports, etc.) que certaines personnes me rappellent constamment une religion ? La religion ne m’intéresse pas, j’ai, moi, le droit de ne pas en subir la visibilité incessante. Imaginez un instant que, n’étant pas intéressé outre mesure par la musique jazz, on vous en impose l’écoute en tout lieu et à toute heure du jour ? Ce qui n’était qu’un manque d’intérêt deviendrait vite de la détestation.
    – Comment peut-on envisager qu’un dieu, dans son omnipotence et dans son éternité, puisse accorder une quelconque importance à un signe religieux ? Il est facile de porter une croix, une barbe, une kippa, un hijab, et cela n’authentifie en aucune façon la vie pieuse de son porteur : je pourrais les porter aussi. En revanche, il n’est pas si facile de vivre dans son coeur selon les doctrines religieuses, mais cela n’est pas visible. De là à penser qu’afficher sa religion au vu de tous n’est qu’une façade masquant l’absence de profondeur, c’est un petit pas que je franchis allègrement.
    – On admet généralement que la langue est une marque identitaire forte. Peut-on envisager comme acceptable une volonté d’imposer de parler cette langue en tout temps et en tout lieu ? Moi qui vous écris de Bretagne, je pourrais à bon droit invoquer que le breton étant la langue de mon pays, je ne parle que breton, y compris dans mon travail, je pourrais accuser ceux qui ne me comprendraient pas, ceux qui ne m’embaucheraient pas, d’être rigoristes et discriminants à mon endroit, je pourrais exiger des services publics qu’ils s’organisent pour que je puisse m’exprimer dans cette langue dans mes démarches auprès d’eux, et tant et tant de situations envisageables. Vous trouveriez ça sectaire, non ? et pourtant, l’Histoire me donnerait raison : le breton est bien la langue originelle et identitaire de la Bretagne. Aurais-je raison pour autant d’en revendiquer mon droit à son usage avec cette rigidité aveugle ? Bien sûr que non : si je veux vivre dans le monde qui m’entoure, si je veux vivre avec les êtres humains autour de moi, je dois m’adapter, même dans cet aspect fondamental de l’identité qu’est la langue que l’on parle. Ou alors, j’ai le choix de m’enfermer avec quelques irréductibles et de refuser le reste du monde. Mais comment appeler ça le vivre-ensemble ? La religion, qui est présentée dans cette tribune idiote comme une essence de l’identité, présente le même cheminement que ces situations linguistiques.
    – Ce collectif absurde affirme qu’accepter la visibilité des signes religieux serait « un moyen puissant d’empêcher les partis les plus xénophobes de gagner en force ». Hormis l’absence de données tangibles confirmant un tel propos (qui peut prouver que ce serait effectif ?), j’assure qu’en ce qui me concerne, ce serait le contraire. Moi qui ai toujours voté à gauche, dans le sens de la liberté, du progrès et des droits de l’Homme, je voterais sans état d’âme pour un parti qui repousserait la religion dans les limites de l’intimité, quand bien même tout le reste du discours serait contre ma conscience. Plus je vois de voiles et de barbes dans les rues, moins j’ai envie d’en voir. Je n’ai pas envie d’aller à la rencontre de mes frères et soeurs humains, lorsque la première chose qu’ils me disent d’eux est le nom de leur ami imaginaire, lorsque je connais leur religion avant même de savoir leur nom. Sachant qu’on peut m’accuser d’islamophobie, je précise immédiatement (afin que si critique il y a, elle sera fondée) que je réponds ici à la tribune d’un collectif de femmes musulmanes (donc islam), et que mon propos serait le même envers n’importe quelle religion qui voudrait obtenir une visibilité publique. J’ai lutté contre l’influence des catholiques pendant le débat sur le mariage pour tous, car ils n’avaient pas à se prononcer dans le débat public (la loi de 1905 est claire : les religions ne doivent pas interférer dans la vie politique), et les arguments religieux n’étaient pas recevables. Je lutte actuellement contre les cloches des églises qui sonnent la messe, avertissant toute une population indifférente qu’un événement religieux va se tenir. Et tutti quanti. On ne peut même pas me qualifier de « religionophobe » : dans mon esprit, chacun fait ce qu’il veut chez lui, tranquillement, dès lors qu’il n’empiète pas sur le respect de la neutralité, de l’indifférence de son prochain. Je suis végétarien, je fais ce que je veux chez moi, mais je ne passe pas ma vie à essayer de convaincre mes contemporains du bien-fondé de mon choix et de les rallier à ma cause, et je ne fais pas un scandale quand un restaurant ne propose pas de plat végétarien : j’assume mon choix, et ce restaurant propose ce qu’il veut à ses clients. Je vois la religion de la même manière.

    J’ai fait bien plus long que je l’avais prévu, je vous présente mes excuses.

  2. 2 Christine Le Doaré 03/08/2018 à 18:26

    Nous sommes bien d’accord. C’est long en effet, c que j’ai voulu éviter, mais ces précisions complètent à merveille ma pensée. Merci.


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