L’universalisme est inhérent au féminisme

IMG_1929Le féminisme a toujours été pluriel : qui s’intéresse au féminisme a entendu parler des clivages dans les années 70, entre la tendance essentialiste de psychanalyse et politique d’Antoinette Fouque, la tendance universaliste opposée au différentialisme le jugeant consécutif de constructions sociales, et la tendance matérialiste des féministes lutte de classes.

Plus récemment, les féministes, qu’elles soient engagées pour l’abolition de la prostitution ou contre le voile islamique des employées de crèche (affaire babyloup) et celui des mères accompagnatrices scolaires, témoignent que les oppositions actuelles sont infiniment plus violentes que celles des années 70. Les théories Queers américaines ont inspiré un féminisme dit «pro-sexe» (comme si le féminisme était contre la sexualité !), ses activistes peuvent être très virulent.e.s contre les féministes cisgenres (par opposition à transgenre) et les militantes abolitionnistes de la prostitution. Le sont tout autant les activistes relativistes des mouvements indigénistes et racialistes qui malgré des contradictions flagrantes, se prétendent féministes. 

Dès la fin des années 90, avec la montée des intégrismes religieux et l’influence grandissante au sein des institutions internationales, de pays tel que l’Iran ou l’Arabie Saoudite, émergent des groupes dits «féministes musulmans» ; généreusement financés, ils s’emploient à contester l’universel des droits des femmes et à disqualifier le féminisme universaliste. Les féministes universalistes iraniennes, saoudiennes, égyptiennes, et toutes les autres, sont empêchées ou menacées et beaucoup doivent trouver asile en occident pour résister.

En occident, ceci se traduit par un relativiste culturel dont nombre d’intellectuels et politiques de gauche se font hélas les porte-voix. Le relativisme culturel renvoie les femmes à des spécificités communautaires, traditionnelles et religieuses. Ce qui est valable pour les femmes occidentales, ne le serait pas pour celles qui chez nous, ont des origines étrangères. Mettre en avant l’origine, la culture, la religion, pour en faire des instruments de soumission à l’oppression patriarcale, il fallait y penser, les islamo-gauchistes ne s’en sont pas privés et tant pis si le communautarisme pénalise les femmes : le musulman opprimé, la musulmane c’est moins sûr, s’étant substitué au prolétaire, dans l’imaginaire révolutionnaire.

S’il est entendu que le mouvement féministe a toujours été fluctuant, il devient de plus en plus difficile de s’y retrouver, c’est pourquoi il est important de revenir souvent aux fondamentaux :

le groupe des femmes est globalement, toujours en situation d’infériorité par rapport au groupe des hommes :

  • contraception, avortement, le groupe des femmes est essentiellement confronté à ces problématiques, 
  • les carrières, travaux, oeuvres, du groupe des femmes sont globalement moins valorisées et rémunérés que ceux des hommes,
  • les violences sexuelles et les violences conjugales frappent de manière écrasante  le groupe des femmes,

Quelles que soient leur origine, couleur de peau, religion ou absence de religion, classe sociale, ou orientation sexuelle, les femmes subissent toutes et dans le monde entier,  les effets du système patriarcal. Ils sont à peine perceptibles pour certaines, mais dans le pire des cas, des femmes sont privées de toute liberté. Le système patriarcal ne sera plus une menace le jour où nous serons toutes libres. Le féminisme exige une solidarité entre les femmes du monde entier. C’est un mouvement social, universel, d’émancipation, pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Osé, ne trouvez-vous pas ? Croyez-le ou pas, cette vue est amplement contestée de nos jours.

L’universalisme c’est la vocation universelle d’une idée, d’un projet, etc.

En France, l’universalisme républicain est une doctrine qui pose l’égalité en droit entre tous les citoyens et citoyennes, comme constitutionnelle de la République. Les Droits Humains sont constitués d’un corpus de droits et libertés dont peuvent se prévaloir tous les êtres humains. Par définition, ils s’opposent à tout relativisme. Et c’est bien ainsi, que dans le monde entier, le féminisme aussi a été pensé et pratiqué. L’universalisme est inhérent au féminisme.

Nul besoin d’inventer de «nouveaux féminismes» comme le font au 21ème siècle, les médias friands de sensationnalisme : les violences obstétricales ou le harcèlement de rue seraient de nouvelles préoccupations pour les féministes ? Comme si nous ne les avions pas toujours combattues !

Nul besoin d’accoler des adjectifs au féminisme tels que :

  • «féminisme musulman« représenté par : l’association «Femmes dans la mosquée» alors qu’il n’existe pas plus de féminisme musulman que catholique ou juif,  ou par l’association Lallab dont le credo est de rejeter «le féminisme blanc» et d’imposer l’acceptation du voile islamique. L’islam politique veut imposer le voile, c’est un marqueur de sa progression, et la mode dite «pudique» l’aide à y parvenir en le dépolitisant de son caractère religieux. Lallab cautionne les injonctions à la pudeur prescrites aux seules femmes et ce faisant, est un relais efficace du système patriarcal.
  • « afro-féminisme » comme si la couleur de peau avait la moindre incidence sur l’oppression vécue, en tant que femme, dans une société patriarcale,
  • « féminisme inclusif » comme si le féminisme excluait des personnes engagées pour l’élimination du système patriarcal et pour l’égalité femmes-hommes ; comme s’il était incapable de prendre en compte des discriminations et violences spécifiques. Il suffit d’entrer dans une maison des femmes pour voir le nombre de groupes et de thématiques qui y interagissent. En revanche, comme tout mouvement social, le féminisme n’échappe pas aux tensions et dissensions internes. Le féminisme dit inclusif est souvent prétexte à la victimisation, aussi à plus ou moins de complaisance envers des comportements sexistes considérés comme acceptables parce que l’appartenance au groupe communautaire est prépondérante à l’appartenance au groupe des femmes. Ceci ne signifie pas pour autant que le mouvement féministe est exempt de reproches ; il doit se soumettre à la critique, mais il y a des manières constructives de le faire.
  • « féminisme dé-colonial, «féminisme intersectionnel» : certes, les oppressions se surajoutent et à l’évidence, être femme, noire et pauvre par exemple, est sûrement plus difficile que d’être blanche et aisée socialement. Mais une femme blanche, même aisée, est toujours susceptible de subir discriminations et violences de genre.  Le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, tout autant que la pauvreté et les discriminations en général, doivent êtres combattus, mais aucun repli identitaire ne peut affranchir les femmes de la domination masculine qui traverse toutes les communautés, toutes les religions, toutes les cultures et toutes les classes sociales. La domination masculine n’a jamais eu besoin de l’occident ni des colonisateurs pour exister. Le plus souvent, l’intersectionnalité dilue les revendications féministes dans des agendas politiques, et invariablement, elles passent au second plan. Empiler les oppressions, les hiérarchiser en atomisant les femmes et en rendant les femmes blanches responsables de l’oppression des personnes racisées est un renversement des responsabilités qui incombent en réalité, aux systèmes patriarcaux et capitalistes. L’intersectionnalité, dé-construction de la solidarité universelle féministe, ne peut renverser la domination masculine, elle l’entretient.

Accoler des caractéristiques au féminisme n’ajoute rien, au contraire, cela divise. Le différentialisme sépare les femmes les unes des autres. Comment pourrait-il en être autrement : traditions et religions sont empreintes de sexisme, elles ont toujours servi le système patriarcal avec le plus grand zèle. Assigner des femmes à des spécificités plutôt que les rassembler dans une lutte commune, retarde l’émancipation collective du groupe des femmes. 

Le relativiste culturel avec toutes ses variantes, n’est pas seulement une récupération, un dévoiement du féminisme, c’est un contre-féminisme, une forme particulièrement perverse de résistance du système patriarcal.

S’il n’y a jamais eu une seule version du féminisme en effet, certains féminismes ne sont que des impostures,  jamais le féminisme ne s’adapte pas aux règles posées par l’oppresseur, il les renverse.

Le féminisme universaliste est pourtant de plus en plus isolé, régulièrement censuré et pour ainsi dire banni des milieux universitaires et médiatiques qui préfèrent promouvoir le relativisme et ses égéries. Le féminisme universitaire influence intellectuels et médias et exerce une emprise y compris sur le mouvement des femmes. Les relativistes et indigénistes en lutte contre un fantasmagorique « racisme d’état » ont réussi à imprégner tous les mouvements sociaux, et les mouvements antiraciste, féministe et LGBT n’ont pas été épargnés. Il est temps de passer à l’offensive et de réhabiliter le féminisme universaliste, qui seul peut venir à bout du système patriarcal universel. Nous nous y employons nombreuses et déterminées,  et nous y parviendrons.

Christine Le Doaré

et en Vidéo – intervention lors de la Rencontre féministe universaliste pour le 8 mars, le 2 mars 2019 au Château de Nantes : https://www.facebook.com/clr.paysdelaloire.7/videos/pcb.208884030068090/208882783401548/?type=3&theater

 

 

2 Responses to “L’universalisme est inhérent au féminisme”


  1. 1 sisypheinfo 08/03/2019 à 02:25

    Bonjour Christine,

    J’ai affiché le titre de votre article sur Sisyphe en redirigeant vers votre site, c’est-à-dire qu’en cliquant sur le lien, on aboutit à l’article sur votre site.

    Je l’ai aussi annoncé dans le fil de presse de Sisyphe et il le sera dans le communiqué du 8 mars demain.

    Cordialement,

    Micheline Carrier, Sisyphe


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