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GPA, le juge décide mais ne résout rien, au contraire

imagesLe premier ministre prend acte de la décision de la Cour de Cassation, ce 4 juillet 2015, mais rappelle que la GPA (Gestation pour Autrui) est interdite en France ?!

Alors, elle est interdite ou elle ne l’est pas ?

Si elle l’est, pourquoi la Cour a-t-elle donné  satisfaction à un couple de gays qui a sciemment violé la loi Française en contractant une GPA en Russie ?

Quel parent d’un enfant né de GPA, a rencontré en France, le moindre problème d’autorité parentale ? Aucun.

Et l’enfant me direz-vous ?  Mais l’enfant a bien un acte de naissance établi dès sa naissance dans son pays d’origine, les identités de son  père biologique et de sa  mère porteuse sont portées sur le document, sa filiation est établie. Les enfants  nés d’une  GPA ne rencontrent aucun problème en France, en revanche, les parents qui les ont achetés, oui. Ils veulent contraindre l’état à reconnaître ce qu’il a pourtant interdit. Si la transcription dans l’état civil français n’était pas automatique, c’était pour respecter la loi française qui interdit la GPA. Cohérence juridique et politique toute logique.

Par sa décision, la Cour de Cassation cautionne ceux qui ont  sciemment violé la loi, et encourage  ceux qui ne l’ont pas encore fait,  à emprunter le même chemin. Cette décision fera jurisprudence en la matière et constitue quasiment une légalisation de fait, en attendant mieux.

Quand le juge décide en lieu et place du  législateur, quand la petite loi du contrat commercial prend le pas sur la Loi de la République, c’est en général signe d’égarement voire  de démission politique. Pourtant c’est bien au législateur d’être le garant de la cohérence juridique de nos systèmes politique et juridique, aussi des droits des femmes et des enfants.

Sur le plan du droit pur, la décision de la Cour de cassation crée plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Tout d’abord, comme l’explique si bien Marie-Anne Frison Roche*, professeur de droit à Sciences po, le droit des personnes et le droit des choses / animaux, sont deux droits distincts. La Notion de Droit de la personne qui fonde notre civilisation, est une abstraction juridique qui protège les êtres humains. Par opposition aux choses, les personnes sont indisponibles, incessibles (ne peuvent être dans le commerce). L’enfant est une personne, à ce titre il est incessible, même gratuitement,  et à fortiori, ne peut être acheté. Le droit protège ainsi les personnes les plus faibles contre les désirs de plus puissants, fortunés, etc. La GPA est intrinsèquement contraire au droit de la personne sur lequel est fondée notre civilisation. La Cour de Cassation ne le sait pas ?

La France réglemente drastiquement l’accouchement sous X, l’adoption, mais elle accepterait de retranscrire un acte d’état civil qui résulte du commerce d’un enfant ?

Que penser de la règle posée par la Cour de Cassation qui consiste à exiger de tout père biologique qui demande la transcription de l’acte de naissance à l’état civil français, de fournir un test ADN pour prouver sa paternité ? Quid de l’adoption qui elle,  établit juridiquement  une filiation, sans aucun lien biologique ? La filiation n’a jamais été « tout biologique » en France. Sous prétexte de modernité, on revient à la loi du sang ? La loi du sang et du sperme, il faudrait désormais établir une « filiation spermatique » en lieu et place de la présomption de paternité ?  Le patriarcat en rêvait, le juge la lui offre !

En outre, nous nageons en pleines contradictions, si la filiation est biologique, alors la mère porteuse qui accouche de l’enfant et qui figure également sur le certificat de naissance,  a autant de droit sur l’enfant que le père biologique ! Insécurité juridique totale, la Cour de Cassation ne le voit pas ?

Sur les plans politique et philosophique, la GPA est le reflet d’une société plongée dans une crise de ses valeurs, menée par les lois des marchés financiers, un libéralisme sauvage qui marchandise aussi les êtres humains (la traite, la prostitution, la GPA et les organes, etc.),  les possibilités de profits sont infinies et d’ailleurs la GPA est un gigantesque marché, de plus en plus florissant. Les désirs égocentriques des plus aisés sont satisfaits par celles et ceux qui pour survivre,  n’ont guère d’autre choix que de se vendre, eux ou l’une de leur fonction, organe, etc. Les clients achètent une projection  d’eux-mêmes, exclusivement génétique, on nous parle de père et mère d’intention, mais l’intention consiste surtout à reproduire ses gènes par tout moyen disponible, et malheur à  l’enfant qui naît  du « mauvais sexe », de la « mauvaise couleur », malade, handicapé-e, etc., et à sa mère porteuse, il suffit d’une clause contractuelle pour régler le problème !

Sur le plan des droits des femmes et des enfants, nous sommes clairement en pleine régression. L’appropriation des corps et vies des femmes pour s’assurer une descendance, la transmission de patrimoines financier et génétique, sont de toujours,  les enjeux majeurs de la  domination masculine. La  GPA permet de s’approprier des enfants biologiques, en exploitant des femmes pauvres et leur fonction reproductive ou en payant une fortune des femmes occidentales qui vont agrémenter le niveau de vie de leur famille, renvoyées au seul rôle social qui ne leur a jamais été contesté : mettre au monde des enfants.

Et  au milieu, des entreprises peu scrupuleuses, s’enrichissent à bon compte.

Quant à la notion de don, mise en avant par les personnes « de gauche », elle renvoie à l’esprit de sacrifice associé au féminin dans notre société sexiste,  c’est d’un cynisme !

Ce que les enfants nés de ces trafics et exploitations diverses, penseront plus tard de tout ceci, ne soucie pas grand monde. Voudront-ils retourner dans le pays où ils sont nés, en prendre la nationalité… ?

Que des avocats, associations et même  juges, défendent des intérêts privés ou de groupes, c’est banal ;  que la GPA soit un florissant business  dans nombre de pays,  c’est un fait ; mais la France a le droit de choisir un projet de société dans lequel la marchandisation de l’humain n’a pas sa place. En droit de la famille, la compétence des états membres de l’UE, quand elle n’est pas exclusive, n’est que partagée.

Pour conclure, avec cette décision, la Cour de Cassation vient tout de même de créer une grave incohérence juridique en matière de filiation ; de décider que l’enfant, telle une chose, est désormais cessible et donc de mettre en danger le droit de la personne ;  de valider l’exploitation des femmes au profit d’entreprises de fabrication de bébés. Et tout ça, pour régler des problèmes qui n’existaient pas vraiment !

Il est temps que nos représentants politiques sortent de leurs hésitations et déclarations contradictoires et repoussent tout chantage,  pour rappeler fermement que le droit français est un droit protecteur des personnes qui ne doit jamais encourager le commerce d’êtres humains.

Christine Le Doaré

* Marie-Anne Frison-Roche Le droit à l’épreuve des contrats de maternité de substitution http://mafr.fr/fr/article/le-droit-a-lepreuve-des-contrats-de-maternite-de-s/

Une affiche dont elles ne sont pas FièrEs

 

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Le groupe lesbien FièrEs quitte l’Inter-LGBT, organisateur de la Marche des Fiertés LFBT annuelle. Dans son communiqué, FièrEs incrimine le « sexisme » de l’Inter-LGBT, mais le fait déclencheur de ce départ est l’affiche de la Marche des Fiertés 2015.(*1.)

Je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer de ce différend. Connaissant particulièrement bien le milieu militant LGBT, ayant pris connaissance des arguments des unes et des autres, je les renvoie exactement dos-à-dos.

L’affiche d’abord : quand j’ai vu cette affiche qui représente une Marianne noire ou disons, « racisée », avec le slogan : « Marche des Fiertés LGBT, nos luttes vous émancipent », j’ai pensé : l’Inter-LGBT ne sait plus quoi inventer.

L’association, qui n’a jamais travaillé sérieusement sur la lesbophobie, ni encore moins sur le sexisme, investirait subitement le champ de l’antiracisme ?

Je suis perplexe à plus d’un titre :

–        L’intention ne colle pas avec les pratiques ni travaux de l’Inter-LGBT, on pense inévitablement à de la récupération à bon compte ;

–        La nécessaire lutte contre les discriminations et violences exercées à l’encontre des personnes LGBT ne suffit-elle plus pour interpeler le grand public et mobiliser les LGBT en vue de la Marche des fiertés annuelle ?

–        Les luttes LGBT auraient pu, notamment, contribuer à l’émancipation des femmes, mais hélas, depuis que les gays ont abandonné toute déconstruction du système patriarcal et revendiquent la GPA comme la réglementation de la prostitution, ce n’est plus d’actualité.

Par conséquent, quand l’Inter-LGBT prétend contribuer à l’émancipation d’autres minorités, on est en droit d’émettre quelques doutes.

L’Inter-LGBT nous a habituéEs à ces maladresses. En 2011 déjà, l’affiche qui montrait un coq républicain avec un boa en plumes autour du cou, avait défrayé la chronique.

Cette fois, la fédération aura maladroitement voulu coller à la mode identitaire en vogue.

Cette posture lui aura valu l’effet inversement recherché.

Les curieux motifs de FièrEs ensuite : si FièrEs évoque d’autres sujets de discorde, cette affiche est donc la provocation de trop.

Pourtant, une association lesbienne et « féministe » a bien d’autres raisons de quitter l’Inter-LGBT: le mouvement LGBT est apathique sur les questions d’égalité femmes/hommes, de lutte contre le sexisme, de visibilité lesbienne. En matière d’appropriation et d’exploitation des corps et vies des femmes – prostitution ou Gestation pour autrui (GPA)…-, il  ne se distingue en rien d’hétérosexuels sexistes qui défendent les mêmes privilèges.

Je me demande même si  obtenir l’égalité avec les hommes hétérosexuels dans le mariage et la reproduction,  quitte à écraser sur son passage, les droits et libertés des femmes, n’est pas devenu son seul objectif. Il semble bien en fin de comptes, que le système patriarcal ait trouvé un allié de poids.

Terriblement dommageable quand on sait les discriminations et violences toujours exercées à l’encontre de gays ou de lesbiennes.

Les positions antiféministes de l’Inter-LGBT sur la GPA et la prostitution ont motivé l’an dernier la sortie de la Coordination Lesbienne en France (CLF). Ces positions n’ont jamais   gêné FièrEs qui n’a pas manifesté la moindre solidarité à l’encontre de la CLF, ni d’aucune autre militante lesbienne stigmatisée pour son féminisme, par le mouvement LGBT. Bien au contraire, à les entendre, les féministes « ringardes » allaient être avantageusement remplacées par de jeunes et pertinentes lesbiennes « féministes » queers !

Les gays ont adoré, aujourd’hui ils grimacent ! Voilà, l’égo de FièrEs qui pensait être accueillie à bras ouverts a été mis à rude épreuve,  elles n’ont pas été « écoutées », pire, elles ont été « méprisées ».

FièrEs découvre donc le sexisme de l’Inter-LGBT pourtant souvent décrié, mais ne dit rien des revendications qui posent problème aux féministes ; en revanche elle déclare : « La représentation d’une personne noire, associée à ces symboles républicains, légitime selon nous l’assimilationnisme ou l’intégration forcée que subissent les racisé.e.s, appelé-e-s à rejeter leur culture quand elle n’est pas française et à se fondre dans la République, ses valeurs et sa culture, qui continuent de les discriminer. »

L’influence de théories antirépublicaines d’une certaine gauche identitaire : Ah le concept d’intersectionnalité des luttes mal digéré et mâtiné du discours des identitaires du PIR (Parti des Indigènes de la République) et autres islamo-gauchistes !

Loin de moi l’idée de minimiser le racisme et ses ravages, et plus exactement les racismes, la xénophobie, l’antisémitisme et toutes les formes de rejet qui découlent invariablement de la peur de l’autre, perçu comme différent, pas plus bien sûr que l’implacable nécessité d’en venir à bout,

mais, par quelle vérité :

– une femme noire ne pourrait-elle pas être associée à des symboles républicains ? Qui décide de cette exclusion et à quel titre ? Une femme noire ne doit-t-elle symboliser que le racisme / l’antiracisme ?

– une femme noire serait d’abord noire, puis femme, puis lesbienne ? Qui décide de cette hiérarchie ?

– une femme métisse, est-elle assignée à la « race » noire  ou peut-elle choisir l’autre moitié, voire  s’en moquer ?

– une femme qui a l’apparence d’une femme « non-racisée » mais qui ne l’est pas, va-t-elle devoir présenter son arbre généalogique et certificat de naissance avant de pouvoir  rejoindre les luttes antiracistes ?

– toute femme « racisée » est-elle toujours plus légitime à parler du racisme qu’une femme qui ne l’est pas mais, conscientisée, est engagée pour l’égalité ?

Ces assignations autoritaires basées exclusivement sur la « race » visible / supposée, d’une personne, ont des relents de racisme ; les races n’existent pas, les personnes racistes oui.

Les personnes « racisées » seraient intégrées de force et obligées de se fondre dans la République ?

Les personnes « racisées » sont, dans une grande majorité, françaises depuis des générations. La plupart d’entre elles ont su garder des traditions et religions, ce qui les intéressait et aussi trouver leur compte dans un autre mode de vie.

Croire qu’elles sont toutes attachées à leur culture d’origine, sans distance ni réserve est aussi naïf que de croire que la culture française est intégralement et uniformément adoptée par tous les français-e-s non « racisé-e-s » !

D’ailleurs de quel droit, retire-t-on aux personnes « racisées » le choix de la France et l’adhésion à ses valeurs ? De quel droit les assigne-t-on automatiquement à des cultures et traditions, religions, régimes politiques d’origine… ?

Bien sûr, des personnes « racisées », même si elles ne feraient jamais le choix de retourner dans leur pays d’origine, ont de bonnes raisons de se plaindre de la République, en particulier celles qui vivent dans des zones défavorisées, avec un avenir douteux, mais c’est aussi le cas de nombre de personnes « non racisées ».

Cette sanctuarisation des traditions, des religions, que l’on plaque sur l’étranger-e est d’une condescendance indécente. C’est un peu comme s’il fallait que les descendants des auvergnats ou des bretons continuent de vivre de nos jours avec sabots aux pieds et passent tous leurs dimanches à l’église, puis s’enfilent des litres de calva !

Surtout, comment une association « féministe » telle que FièrEs, fait-elle pour occulter le fait que nombre de traditions, coutumes, religions, sont sources de discriminations et de violences envers les femmes ? Les sacraliser revient le plus souvent à cautionner les traitements sexistes et moyenâgeux qu’elles réservent aux femmes.

Ça me fait penser à ces militantes noires qui bien que féministes, occultaient les violences domestiques et sexuelles, les viols, juste parce qu’ils étaient commis par des hommes noirs ; à ces militantes islamistes qui se disent féministes mais portent la burqa ou le niqab et de la sorte, condamnent celles qui tentent de s’affranchir de cette servitude sexiste en les désignant comme moins parfaites qu’elles, moins soumises aux dictats des hommes et aux règles religieuses qu’ils inventent à leur gré.

Les personnes racisées ont aussi le droit d’être laïques, athées, il faut cesser de les associer systématiquement à une culture, une religion.

L’intersectionnalité des luttes a toujours été utilisée par une certaine gauche libertarienne et ses « féministes » pour impliquer les femmes dans des luttes de libération puis les renvoyer chez elles, une fois la révolution finie ou les revendications obtenues.

Il n’aura échappé à personne que la gauche libertarienne pro-prostitution ne se demande jamais pourquoi les prostituées sont presque toujours des  femmes, pauvres, racisées ! Etonnant comme alors, l’intersectionnalité des luttes ne leur parle plus du tout !

Enfin, selon quelles croyances des personnes « racisées » seraient-elles, contrairement aux autres, irréprochables de xénophobie, racisme, antisémitisme envers des « races », ethnies ou « communautés » autres que les leurs ?

L’Histoire regorge de personnes et groupes qui indépendamment de leur propres origines, se sont engagées contre l’esclavage, le colonialisme et le racisme,  alors que d’autres indifféremment de leur race ou origine, ont défendu d’odieux privilèges.

Comment les champions de l’idéologie identitaire se débrouillent-ils avec le fait que les premiers esclavagistes étaient arabes, mais qu’Olympes de Gouges, femme si je ne m’abuse non « racisée », a tant fait pour la libération des esclaves ?

En conclusion : L’antiracisme perd tout quand il se confond avec le communautarisme, les divisions identitaires, l’exclusion, la haine de la République.

Tous les systèmes économiques et sociaux au monde maintiennent, avec plus ou moins de violence, une organisation basée sur la domination et certaines catégories de population cumulent des oppressions de classe, de sexe et de « race » ou d’origine.

Exercer des solidarités pour mieux contrôler et limiter le pouvoir des états et des systèmes économiques est vital.

La République le permet, alors que d’autres régimes bafouent toute volonté publique et collective d’organisation et de défense des droits et libertés.

La République, qui bien entendu, déçoit plus souvent qu’à son tour,  est néanmoins une démocratie qui institue des règles débattues, votées et connues de tous afin d’organiser le vivre ensemble. C’est l’inverse d’une société morcelée dans une multitude de micro-intérêts égocentriques ou concentrée aux mains d’un régime autocrate.

Elle préserve les citoyens de l’arbitraire des régimes totalitaires et garantit aux personnes des droits et des libertés, individuels et collectifs.

Elle est amplement perfectible mais n’empêche pour autant personne de vivre selon ses goûts, habitudes, traditions ou religions, seulement voilà, elle ne consacre pas tous les particularismes, seulement les règles communes à toutes et tous. Il ne s’agit pas de se fondre dans la République, mais d’adhérer à un projet commun de vivre ensemble sans lequel rien ne peut se construire.

Soyons sérieux, les « Indigènes de la République » (PIR) et autres identitaires qui prétendent combattre le racisme à coups de procès d’intention, d’accusations, d’exclusions, ne valent pas mieux que le front National.

Ce sont les deux faces d’une même haine qui mène à l’impasse, les uns survalorisent la nation française et lui volent son identité, les autres veulent son fractionnement « indigène ».  Dans les deux cas, j’ai la certitude que ni les uns ni les autres ne s’intéressent réellement aux droits et libertés des femmes ni des LGBT.

N’est-il pas terriblement affligeant de voir un groupe lesbien qui se dit féministe adopter à son tour une rhétorique identitaire, par définition hostile aux droits et libertés des femmes, pour contrer le sexisme de l’Inter-LGBT ?!

Si nous n’y prenons pas garde, les dérives – mais on peut aussi écrire délires – identitaires, finiront par nous perdre.

Christine Le Doaré

 

*1 : affiche Marche des Fiertés 2015 :

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Sur l’affaire de l’affiche arborant un coq républicain (et pas seulement) https://christineld75.wordpress.com/2011/04/25/les-ayatollahs-de-linterieur/

Sur les dérives identitaires et/ou  islamo-gauchistes de certains groupes « féministes » et/ ou LGBT

https://christineld75.wordpress.com/2015/03/19/islamo-gauchistes-prenez-nous-pour-des-cruches/

https://christineld75.wordpress.com/2015/01/12/je-suis-feministe-je-suis-charlie/

https://christineld75.wordpress.com/2014/12/17/avec-le-feminisme-abolir-la-haine/

Sur le sexisme du mouvement LGBT

https://christineld75.wordpress.com/2015/02/14/coup-de-gueule-contre-mes-anciens-compagnons-de-route/

https://christineld75.wordpress.com/2014/06/30/qui-voudrait-dun-populisme-identitaire-homosexuel/

https://christineld75.wordpress.com/2014/06/09/feminisme-et-mouvement-lgbt-le-divorce-est-il-prononce/

https://christineld75.wordpress.com/2013/07/18/combien-de-temps-le-mouvement-lgbt-va-t-il-pouvoir-se-cacher-derriere-son-petit-doigt/

https://christineld75.wordpress.com/2012/11/21/masculiniste-et-gay-cest-possible/

https://christineld75.wordpress.com/2012/06/01/les-quatre-lettres-du-sigle-lgbt/

https://christineld75.wordpress.com/2011/11/28/quelle-mixite/

Sur ce « féministe » queer dit « pro-sexe » :

Un 8 mars laïque et universaliste, partout dans le monde, même dans le 20ème ! https://christineld75.wordpress.com/2015/03/02/mon-genre-ton-genre-mais-quel-genre-2/

https://christineld75.wordpress.com/2014/11/03/mon-genre-ton-genre-mais-quel-genre/

https://christineld75.wordpress.com/2014/04/02/des-dechainees-aux-genoux-du-patriarcat-2/

https://christineld75.wordpress.com/2014/03/09/un-etrange-8-mars-2014/

https://christineld75.wordpress.com/2014/03/04/encore-un-8-mars-et-des-questions-qui-fachent/

https://christineld75.wordpress.com/2013/11/22/8marspourtoutes-ou-loubli-dun-enorme-detail-de-lhistoire-feministe/

Coup de gueule contre mes anciens compagnons de route

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Un coup de gueule, lâché comme un cri, dans un souffle, brutal, brouillon, contre mes anciens compagnons de lutte, les militants LGBT.

De nombreux militants LGBT postent sur les réseaux sociaux, une interview réalisée par un média LGBT avec une sociologue américaine qui a publié une étude sur la GPA en Inde. Ils ne retiennent des propos tenus par la sociologue qui pourtant positionne bien  les gestatrices comme des victimes, que ce qui les arrange, à savoir, l’hypothèse que la Gestation pour autrui serait émancipatrice pour les femmes indiennes.

En exploitant cette allégation,  ils cautionnent un système d’exploitation et s’allient aux pires partisans de l’oppression des femmes.

Dire que pendant des années j’ai pensé que les LGBT qui revendiquaient la GPA, aussi   la réglementation de la prostitution, deux  systèmes d’exploitation des femmes au service d’hommes le plus souvent, le faisaient de bonne foi, parce qu’ils n’avaient pas réfléchi au problème et ne l’avaient pas correctement évalué.

Fallait-il que je sois naïve !

Désormais, je sais qu’il n’en est rien : c’est délibérément qu’ils entendent profiter eux-aussi de la condition des femmes, de la misère, de la vulnérabilité des plus faibles.

Nous étions habituéEs à nous battre contre les « pro-vie », contre les intégristes qui veulent contrôler tout ce qui touche à la sexualité des femmes et à la reproduction.

Nous étions habituéEs à nous battre contre l’obscurantisme, les sexistes, homophobes et lesbophobes qui défendent leurs privilèges.

Il faudrait maintenant se battre contre ceux des gays et lesbiennes qui à leur tour, réclament que des femmes soient instrumentalisées et exploitées dans la GPA ; soient déplacées, enlevées, menacées, dressées, agressées, violées, détruites, voire assassinées dans la prostitution.

Je ne peux plus  rester solidaire de militants LGBT qui font comme si le système patriarcal n’existait pas, comme si les privilèges de la domination masculine devaient perdurer  et qui exigent leur part du gâteau.

Quand je vois des activistes LGBT, la plupart d’entre eux et notamment l’APGL (association des parents gays et lesbiens) vanter  l’article d’une sociologue étrangère qui  prétend que la GPA permet aux femmes  indiennes de s’émanciper, ça me donne envie de pleurer.

J’en arrive à penser que si le trafic d’organes pouvait leur être utile, ils trouveraient le moyen de le valoriser.

En outre, les interpeller,  c’est se confronter à des gays arrogants qui vous expliquent ce qu’est le féminisme, celui qu’ils acceptent  parce qu’il ne les remet pas en question.

Des lesbiennes se solidarisent d’eux et justifient le pire, trahissant leur classe de sexe, juste pour s’assurer qu’elles bénéficieront en retour de leur soutien, nécessaire pour l’obtention de leur PMA.

Complices de la domination masculine sur le dos des femmes qu’elles méprisent et enferment dans une condition de reproductrice.

Si ce n’est pas désespérant !

Le tout avec la caution d’universitaires, de  sociologues et autres.

Alors soudain, la raison pour laquelle les études féministes ont été écrasées, remplacées par les études de genre, devient évidente.

Les hommes peuvent plus facilement prendre le contrôle de l’enseignement, décider de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas, et donner le ton à des  générations de jeunes femmes et hommes intéressés par les études de genre.

Peu à peu le féminisme est dénaturé,  remplacé par un post-féminisme « pro-sexe » qui ne fait pas grand mal au patriarcat !

Les fondamentaux historiques du féminisme : lutter contre une appropriation des corps et vies des femmes par les  hommes qui transmettent à leur guise leurs  gènes et leur patrimoine financier, sont  à peine abordés.

Quel intérêt ? Parlons plutôt  d’autre chose : nous sommes tous dans la même galère, nous devons tous nous émanciper et bla bla bla le tour est joué : plus de sexe,  plus d’opprimées, et donc  plus besoin de luttes féministes. Euréka !

En fait le féminisme pour ces post-modernes, militants LGBT en tête,  c’est simple, c’est tout ce qui  leur permet d’expérimenter, de s’amuser et surtout ne les remet pas en question.

Le pire encore, c’est qu’ils parviennent à en convaincre les jeunes lesbiennes nourries aux études de genre façon « pro-sexe » et  « queer »,  à des années- lumière du féminisme et de ses fondamentaux.  La récupération des mouvements de libération est une constante, mais là chapeau !

Je trouve de plus en plus insupportable la bêtise et l’arrogance de trop de LGBT ignorants de l’histoire de l’humanité,  des mouvements sociaux, du mouvement de libération des femmes.

Je suis de plus en plus excédée par leurs  choix, leur manque de pertinence et de solidarité, leur absence de sincérité et d’honnêteté intellectuelle.

Je trouve de plus en plus pénible que si peu de  LGBT plus sensés, de féministes, ne contestent leur incurie ni leur demandent  si vraiment tout va bien dans leur tête.

Je voudrais dire aux LGBT conscients de la domination masculine, ainsi qu’aux féministes qui critiquent les dérives du mouvement LGBT qu’il ne suffit pas de travailler dans un entre soi sécurisant, il faut aussi intervenir pour empêcher que ne s’étendent des idées et revendications odieuses et fortement  préjudiciables aux femmes.

Le nombre de personnes qui se taisent est sidérant.

Nous ne pouvons pas laisser un mouvement de libération écraser un autre mouvement social pour parvenir à ses fins, d’autant plus quand ce mouvement social le précède, l’a aidé à émerger, et concerne tout de même de la moitié de l’humanité !

J’espère seulement que nous n’aurons pas demain en France une conjoncture défavorable aux droits et libertés légitimes des personnes LGBT, ce serait compliqué de se solidariser tout en condamnant des revendications qui  nous mettent en danger !

Des militants LGBT indignes qui nous compromettent toutes et tous dans leur quête égotique et inique.

Ignorent-ils que les féministes  lesbiennes, aussi  les gays pro-féministes, affrontent également les  discriminations et violences sexistes,  lesbophobes et homophobes et sont donc aussi concernéEs par les luttes et revendications LGBT ?

Ne pas pouvoir compter sur le mouvement LGBT,  quel paradoxe tout de même : des gays, des lesbiennes même, alliés du système patriarcal !

Des militants indignes qui dénigrent, diffament, menacent,  attaquent même, celles et ceux d’entre nous qui citoyenNEs engagéEs, de gauche, féministes et luttant pour les droits des minorités avons pourtant amplement contribué à la libération des personnes homosexuelles.

En arriver là, devoir se battre contre d’anciens compagnons de lutte parce qu’à leur tour ils légitiment les violences contre les femmes, il y a vraiment de quoi être dégoûtéEs et très en colère.

Christine Le Doaré

Mon genre, ton genre, mais quel genre ?

sans-titreEn France, tout le monde ou presque se jette à corps perdu dans la polémique sur le genre, mais personne, jamais, ne parle tout à fait, de la même chose.

Je le réalise une fois de plus ce matin en écoutant sur France Inter, François Ozon présenter son dernier film dont le personnage principal est un travesti. Avec Augustin Trapenard, il parle donc de genre et de féminité.

Ozon dit s’intéresser aux femmes car elles restent un mystère, aussi, parce qu’il ne fait pas un cinéma d’action et « qu’on attend des hommes, plus de l’action ».

« On » c’est qui ? L’action aux hommes et la sensibilité aux femmes ?

Ozon pense questionner le genre, oui, mais de quelle façon quand il nous ressert les clichés habituels d’hommes qui, et ce quelle que soit leur orientation sexuelle, pensent le genre d’un point de vue masculin.

Dans « Jeune et jolie », déjà, il met en scène une très jeune femme qui se prostitue comme on irait le dimanche après-midi, faire un tour en forêt, sans que jamais, elle ne nous dise pourquoi.

Pourtant, la question de la prostitution des jeunes est un sujet de société particulièrement inquiétant qui relève plutôt de la protection de l’enfance en danger et de la situation des femmes, que d’une romance éthérée et non problématisée.
Mais revenons au genre.

La manifpourtous dénonce une diabolique « théorie du genre » instrumentalisée dans le seul but de maintenir les privilèges de genre, c’est-à-dire la domination masculine sur les femmes.

Ses partisans ont bien compris que le seul danger en réalité est l’égalité femmes-hommes ; eux, tiennent à maintenir des familles traditionnelles avec une répartition des rôles bien établie qui implique des femmes soumises.

Pour la France réactionnaire, résister à la « théorie du genre », en réalité, c’est se battre contre le féminisme et ses combats pour l’égalité et pour un autre projet de société.

Les théories queers, les gays, les trans. et plus généralement le mouvement LGBT parlent en réalité bien moins d’égalité entre les femmes et les hommes que de confusion des genres.

Théoriquement, c’est intéressant d’abolir les genres, explorer le champ des possibles et tacler les frontières entre les sexes biologiques et les constructions sociales des genres féminin et masculin.

Mais n’est-ce pas un peu comme vouloir devenir champion cycliste avant même d’avoir retiré les petites roues du tricycle ?

Depuis le temps que les théories Queer existent, ne faut-il pas se demander à qui cela sert en réalité quand personne dans ces mouvements, ne travaille sérieusement sur la domination masculine ?

Confrontées à la réalité sociale de nos sociétés hyper-genrées qui entretiennent volontairement les stéréotypes sexistes pour inférioriser et asservir les femmes, ces théories ne servent en réalité, pas à grand-chose.

D’ailleurs, les gays qui n’ont que le mot genre à la bouche, le dissocient parfaitement des luttes féministes et rendent bien trop souvent, mauvais service aux femmes, avec leurs représentations hyper sexistes et hyper sexualisées des femmes.

Leurs icones, égéries, marraines préférées sont toujours des femmes dignes des couvertures de Playboy.

Une vraie femme, à leurs yeux, est souvent une femme-clichée, mode, sexe et glamour, affublée de talons hauts, maquillée et à moitié nue, sinon, c’est une lesbienne et les lesbiennes, ils s’en moquent assez.

En réalité, ils n’ont pas commencé le moindre travail de déconstruction des stéréotypes sexistes, ce qui les intéresse, c’est de ne pas être eux, limités à leur sexe ni genre, et pouvoir s’approprier quand ils le souhaitent, et sous leur contrôle, les caractéristiques dites « féminines ».

En revanche, savoir ce que les femmes – féministes – pensent de la « féminité » comme construction et contrainte sociales, ne les intéresse pas le moins du monde.

Respecter les différences entre les sexes, ne pas en déduire de supériorité ni infériorité, ne pas les hiérarchiser et donc déconstruire les genres sociaux et leurs assignations, rien de tout ceci n’a véritablement été exploré.

Dans le domaine des Etudes de genre, sont volontiers niés :

  • Les effets de la domination masculine à l’œuvre dans les sphères universitaires, intellectuelles et médiatiques. Comment croire dans ce cas, que les droits et libertés des femmes ne soient pas lésés ?

Quels sont les liens entre les Etudes de genre et les représentations Queer hyper-sexualisées des femmes, valorisant les rapports de domination/soumission, la prostitution et autres fantasmes masculins, à la plus grande satisfaction des très vaillantes et lucratives industries du sexe ?

  • Les combats féministes contre des discriminations et violences spécifiques, pour l’égalité et pour la promotion d’autres valeurs de vie en société.

Si les féministes ont longtemps été solidaires des LGBT et le sont encore, le plus souvent, l’inverse n’est pas vrai, ces derniers ne s’investissent pas ou très peu pour les droits des femmes et n’hésitent même plus à les mettre en péril, en particulier dans les domaines qui relèvent de l’appropriation de leurs corps (GPA/prostitution…).

A l’extrême, des trans-activistes, dans les pays anglo-saxons, mais également chez nous, s’autorisent à interdire violemment à des féministes de prendre la parole et même à organiser des conférences non-mixtes.

 

Alors parler de genre, du genre, quel genre, ton genre, mon genre ?

Il est urgent de revenir aux fondamentaux et de définir des priorités utiles.
En tant que féministe, parler du genre, reste et restera, tant que la situation des femmes ne se sera pas améliorée, à peu près partout sur cette planète (éducation, salaires, santé, violences, violences conjugales, viols, féminicides, etc.), parler de l’abolition de la domination masculine, un point c’est tout.

Christine Le Doaré

 

 

 

Pourrait-on débattre de la GPA ? Oui. Et du patriarcat ?

IMG_3006photo Manifpourtous octobre 2014

topicLa grande confusion LGBT

Pourrait-on parler de la GPA ? Oui, on pourrait ; mais pourrait-on également parler du patriarcat et de la domination masculine ? C’est moins sûr.

D’ailleurs, y a déjà eu nombre de débats sur la GPA et toute personne souhaitant s’informer sur la question dispose de nombreux matériaux (débats et nombreux écrits, thèses et anti-thèses).

En ce qui me concerne, en 2011, j’écrivais déjà ce texte, de l’intérieur du mouvement LGBT, à l’époque présidente du Centre LGBT Paris :

https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

Depuis, je n’ai pas changé de position, je l’ai affirmée, confortée par nombre de faits et de témoignages, de plus en plus interloquée par les arguments cyniques et parfois fantaisistes présentés par les pro-GPA.

Pour le fond du débat je renvoie donc au texte ci-dessus.

Mon intention dans ce nouveau texte est seulement de montrer à quel point le débat est dévoyé par des arguments spécieux et fallacieux.

Les partisans de la GPA en appellent désormais à l’origine des temps, prétendent que la GPA a toujours existé et que la Vierge Marie symbolise la première « mère porteuse » de l’histoire.

S’il faut en passer par la fin des temps pour avoir un débat, c’est tout de même un peu compliqué, d’autant plus qu’à cette époque-là, la vie des femmes n’était pas très reluisante, libre arbitre et libre choix n’étaient pas des concepts très en vogue.

A l’époque, la peine de mort et l’esclavage étaient aussi ordinaires, faudrait-il les réhabiliter ?

En appeler à la bible pour défendre des revendications que l’on assimile d’ailleurs à tort, à une égalité de droits entre hétérosexuels et homosexuels, ( la GPA est interdite pour tout le monde), est pour le moins, déconcertant.

La légendaire générosité féminine remise au gout du jour ? « Plus près de toi mon dieu » ?

C’est touchant, mais comme déconstruction du genre et promotion de l’égalité femme-homme, il y a mieux.

Et puis surtout, un peu de bon sens, s’il vous plait !

Marie, mise enceinte sans y avoir consenti (en soi, c’est tout de même glauque), a élevé et vécu avec « son fils ».

Comme mère porteuse, on fait mieux !

Pour rappel une mère porteuse, ou gestatrice, remet l’enfant à la naissance, à ses bénéficiaires.

Autre argument contestable : les français seraient majoritairement en faveur de la GPA.

Oui, c’est aussi le cas pour la peine de mort ; ils sont aussi de plus en plus nombreux à plébisciter le FN, etc.

Si les françaisEs, dans leur majorité, étaient féministes, ça se saurait !

Allons-donc, si de tous temps la GPA a existé, c’est bien parce que nous sommes dans une société patriarcale et que les « Livres saints » sont un des moyens de l’imposer en opprimant les femmes.

En outre, les quelques GPA familiales, amicales, phénomènes ultra-marginaux, ne sont pas en cause ; en revanche, la généralisation de la GPA, marchandisation de l’humain et exploitation de la capacité de reproduction des femmes, est impensable.

La GPA est un artifice qui permet de ne pas s’embarrasser d’une relation et d’acheter sur le marché, comme n’importe quel autre produit prêt à l’emploi, un enfant porté à terme par une inconnue.

Le problème malgré tout c’est que les femmes ne sont pas des unités de production.

Etre favorable à la GPA c’est, comme pour la prostitution,  cautionner la conjonction parfaite des oppressions de genre, de classe, et de « race », d’un libéralisme décomplexé.

Les féministes ne peuvent pas oublier une des raisons d’être majeures du système patriarcal : s’approprier les corps et vies des femmes, afin de contrôler la reproduction.

Ce sont les femmes qui enfantent, par conséquent, contrôler leur sexualité et la reproduction, est indispensable pour s’assurer une descendance à laquelle transmettre ses gênes et son patrimoine.

Le pire encore, c’est qu’à force de parler d’égalité des droits pour la GPA et de tenter de passer en force, les gays compromettent l’extension de la PMA, aux lesbiennes et aux femmes célibataires. Aveuglés par la poursuite de leurs objectifs, ils sont parvenus à associer ce qui pourtant ne se compare en rien.

En outre, la PMA, que l’on y soit favorable ou pas, relève bien de l’égalité de droits puisque les femmes hétérosexuelles en couple peuvent, elles, y avoir recours. Le gouvernement, semble t’il,  attend l’avis du comité national d’éthique.

Les lesbiennes des collectifs mixtes consentent à être instrumentalisées, c’est dommage.

Tout ceci est préjudiciable au mouvement LGBT qui en est tout de même rendu, à amalgamer à la Manifpourtous,  le gouvernement, qui a bien voté le Mariagepourtous et votera probablement la PMA !

Je ne soutiens pas spécialement ce gouvernement qui n’honore pas ses promesses politiques, de là à cautionner des mensonges éhontés.

Dans tous les cas, se proclamer solidaires des lesbiennes pour mieux placer la GPA, n’est pas digne.

Ne pas être solidaires des femmes sur la question de la GPA et plus généralement ne pas se positionner contre la marchandisation de l’humain (Ceci est également vrai pour la question de prostitution portée aux revendications de Marches des Fiertés l’an dernier), c’est se compromettre dans des alliances malsaines et trahir des alliées objectives historiques.

Si ce n’est pas le comble de la mauvaise foi politique pour un mouvement de libération, de conforter le système patriarcal jusqu’à  envisager l’exploitation d’un groupe social encore plus opprimé que le sien !

Contester, c’est risquer être la cible d’amalgames ignobles, des gays n’hésitant plus à insulter les féministes qui s’opposent à la GPA et à la prostitution, en les accusant de soutenir la Manifpourtous !

C’est tout de même invraisemblable, en 2014, au nom de la famille, de l’enfant et de la normalisation sociale, de devoir faire face ainsi à un double front machiste et conservateur :

– le front des pro-GPA qui promeuvent l’exploitation de la fonction reproductrice des femmes,

–  celui des réactionnaires familialistes lesbophobes et homophobes de la Manifpourtous.

Le rassemblement hétéroclite de la Manifpourtous, communiant dans le rejet de l’autre, défile derrière des mots d’ordre absurdes, violemment sexistes, mais aussi, derrière une banderole sur laquelle on peut lire « l’Humain n’est pas une marchandise ».

Pourtant, il ne faut pas prendre ce slogan au pied de la lettre, ces arriérés ne sont en réalité, en rien, opposés à la prostitution ni au trafic d’êtres humains.

Féministes, progressistes, réaffirmons que l’émancipation des femmes passe par la maîtrise de leurs corps et de leurs vies et en aucun cas par une quelconque marchandisation ni de leurs sexualités, ni de leurs fonctions reproductrices.
IMG_3007photo prise lors de la Manifpourtous octobre 2014

Christine Le Doaré

Qui voudrait d’un populisme communautaire homosexuel ?

photo arcenciel[1]

Les personnes homosexuelles ont longtemps eu le choix entre vivre cachées ou risquer le rejet, les discriminations et les violences.

Cette situation s’est améliorée ; dans nombre de pays, la législation réprime depuis des décennies l’homophobie et la lesbophobie, et instaure peu à peu une égalité des droits, partielle ou totale.

Même dans les pays plus progressistes que d’autres où l’homosexualité reste condamnée, tout n’est pas parfait loin de là et dans tous les cas, l’évolution des mentalités reste le véritable challenge. Cependant, c’est indéniable autant qu’irréversible, les gays et les lesbiennes ont redressé la tête et sont désormais des citoyenNEs comme les autres, souvent impliqués dans la vie sociale et politique de leur pays.

Pour gagner cette acceptation, il a fallu passer par des étapes d’affirmation de soi, aussi, parler de « fierté homosexuelle » a eu son utilité. Le risque serait de prendre cette fierté au premier degré car en réalité il n’y a pas plus de fierté à être homosexuelLE, qu’hétérosexuelLE !

La seule fierté pour tout le monde, consiste à être soi et à l’assumer, à respecter les autres et à accepter les différences sans les hiérarchiser.

Vous en conviendrez, la minorité homosexuelle doit être respectée et dispose, comme tout un chacun, de droits, mais n’a pas tous les droits.

Aussi, basculer dans l’arrogance, s’autoriser à écraser d’autres mouvements sociaux qui ne sont pas d’accord avec certaines de ses revendications ou à injurier les politiques qui ne cèdent pas immédiatement à ses attentes, ne pourrait-être que dommageable.

Pourtant, de plus en plus souvent, des positions, propositions, attitudes, défendues par des associations et collectifs, comme par des personnalités représentatives, fleurent bon la démagogie et je me demande si nous n’assistons pas à l’émergence d’un populisme communautaire, dont je pense, personne n’a besoin.

Comme dans tout groupe, toute minorité, il y a toujours eu des extrêmes dont les pratiques sont loin de faire l’unanimité. Mais ce n’est pas à ces extrêmes que je fais ici référence.

Le populisme est une manipulation politique qui consiste à flatter de manière manichéenne et démagogique une population, à encourager ou répondre à des revendications populaires immédiates.

J’ai examiné attentivement les messages véhiculés dans différents médias, en particulier sur les revendications de PMA et de GPA, provenant de gays et de lesbiennes représentatifs et je m’interroge.

 

–          Les réactions à l’annonce de la condamnation par la CEDH de la France, dans l’affaire des enfants nés à l’étranger « par contrats de mères porteuses » ou GPA.

Sur le plan juridique, cette décision est abusive puisque la circulaire Taubira organisait déjà l’inscription dans l’état civil, des enfants nés au moins d’un parent français (droit de la filiation).

Mais surtout, qui peut m’expliquer en quoi, « faire tomber une digue contre le marché international des mères porteuses », comme l’explique la Cour, c’est lutter contre des discriminations à raison de l’orientation sexuelle ?

Est-ce seulement progressiste de favoriser le marché libéral et lucratif de la gestation pour autrui, juste pour que des hommes en couple hétérosexuel ou homosexuel puissent être pères ?

Quel est ce monde dans lequel une Cour de Justice nous enjoint à reconnaître la fabrication d’enfants occidentaux par des femmes pauvres dans des usines reproductrices du tiers monde ou par des femmes américaines ou anglaises dont on rémunère la fonction reproductrice pour les maintenir en dehors du marché du travail, payer les études des enfants ou adjoindre une piscine à la maison familiale ?

Quand la Cour prétend que la France devrait reconnaitre la filiation du parent biologique, bien entendu elle parle du père biologique, mais elle se moque totalement de l’instrumentalisation du corps et de la vie des femmes, elle fait comme si les femmes étaient de simples machines biologiques à enfanter, exactement comme l’industrie produit des marchandises.

Que sait-elle des souhaits de l’enfant ? Qui nous dit, qu’adulte, l’enfant ne souhaitera pas prendre la nationalité de la femme qui l’a mis au monde ? http://nypost.com/2014/06/16/children-of-surrogacy-campaign-to-outlaw-the-practice/

Comment la France va-t-elle pouvoir maintenir une courageuse position éthique et progressiste contre l’économie de marché de la reproduction  alors qu’elle sera contrainte de régulariser automatiquement et à la chaîne, sur son sol, les enfants produits pour des parents qui contournent sciemment sa législation et exercent un odieux chantage ?

Qui peut croire que tout ceci se fait dans l’intérêt de l’enfant ?

L’enfant produit, l’enfant à tout prix, l’enfant sur étagère pour nourrir les fantasmes d’occidentaux alors que la planète se meurt d’une surpopulation galopante et que d’autres enfants par millions sont abandonnés, exploités, etc., et pourraient être adoptés.

Des lesbiennes se désolidarisent de leur classe de sexe pour faire preuve d’un zèle étourdissant dans la perpétuation et même l’invention de nouveaux privilèges masculins.

Cautions féminines, elles vont souvent un peu plus loin que les hommes, afin d’être reconnues.

C’est particulièrement vrai en matière de prostitution et de GPA, deux domaines d’appropriation du corps et des vies des femmes, indispensables au système patriarcal.

Par exemple, Caroline Mécary, avocate et coprésidente de la Fondation Copernic, propose « de disjoindre parentalité et conjugalité et d’organiser juste après le sevrage de l’enfant, une résidence alternée », afin de faciliter à l’avance, la future séparation des conjoints !

Sans le lobby tenace d’associations et de personnes gays et lesbiennes sur la question, la Cour aurait-elle pris cette décision qui bafoue le respect de la personne humaine et les droits des femmes ?

Rien n’est moins sûr.

Ces gays et lesbiennes qui défendent la toute puissance en matière de parentalité, au mépris le plus absolu des droits des femmes, ne font-il pas preuve de populisme communautaire ?

 

–          D’inquiétantes affiches du Collectif Oui-Oui-Oui ! (Oui à la PMA) et du Collectif « Fières », pour la Marche des Fiertés

« PS lesbophobe ! », « Hollande, lesbophobe ! ».

10487582_10152551664479743_8091891247544845155_n[1]La PMA ouverte à toutes les femmes, pourquoi pas ? Après tout, il s’agit d’un don de sperme et pour faire simple on va dire que le sperme se produit rapidement et facilement.

Que le Parti socialiste et plus exactement, le gouvernement Hollande ait une fâcheuse tendance à la reculade et n’honore pas ses promesses de campagne, est un fait ; qu’il soit nécessaire de le rappeler pour faire valoir ses droits, est une conséquence.

Néanmoins, ce collectif oublie que la revendication de la PMA ne concerne pas que les lesbiennes, mais aussi les femmes seules, donc l’accusation de « lesbophobe » n’a guère de sens.

Ensuite, user du suffixe « phobe » n’a en général qu’une finalité : discréditer ses contradicteurs et ce, dans la plus grande malhonnêteté intellectuelle qui soit (sérophobe, putophobe, etc.).

Dans tous les cas, est-ce vraiment indispensable d’injurier en bloc tout le Parti socialiste en le traitant de « lesbophobe » parce que cette mesure n’est pas encore adoptée ?

L’ouverture du mariage aux couples de même sexe date à peine d’un an, a été votée dans des conditions extrêmement difficiles et que personne n’avait imaginées, aussi parce que le PS l’a défendue ; alors prétendre qu’il est lesbophobe est proprement absurde.

Je note que cette avancée (adoptée fin avril 2013) n’a d’ailleurs pas été fêtée par une Marche des Fiertés 2014 à la mémoire un peu courte.

Comment se faire des alliéEs ? C’est simple : cracher dans la soupe, faire pipi par terre, insulter…, tout faire pour acculer ses interlocuteurs à se crisper sur la réputation qui leur est faite.

C’est tout de même affligeant de voir ainsi des gays et des lesbiennes ne pas faire la différence entre des réactions de frustration et des revendications articulées dans un dialogue politique avec l’institution qui peut au Parlement, faciliter l’adoption des droits attendus.

Dans un autre genre, l’affiche produite pour la Marche des Fiertés par le Collectif de jeunes lesbiennes « Fières » : « IVG / PMA Même combat ! », me laisse perplexe. L’interruption volontaire de grossesse, à l’origine de tant d’accidents et de décès de femmes en France avant l’adoption de la loi Veil, mise sur le même plan que la PMA ? Vraiment ? Cette affirmation est aussi mensongère que ridicule.

10502189_816126135078491_6231021827386890894_n[1].jpg Fières

Même l’Inter-LGBT n’hésite plus à flatter ses extrêmes et avec une franche démagogie produit une affiche : « Nos corps, nos droits, ta gueule ! ». Ensuite, ne nous restera plus que les coups, c’est tout de même troublant !

photo[1]

Mais je m’interroge, ces comportements, ces slogans, sont-ils aussi spontanés et sincères qu’il y paraît car après tout, c’est beaucoup plus facile, de se faire remarquer et d’entraîner des partisans, en flattant la propension des gens aux amalgames faciles et à l’outrance, qu’en travaillant sur des dossiers et en entretenant un dialogue politique.

S’agit-il vraiment d’une erreur d’appréciation politique de la situation, sachant que le PS n’est évidemment pas lesbophobe, plutôt peu enclin à combattre les réactionnaires, et que le combat pour la PMA et celui pour l’IVG n’ont strictement rien en commun ?

Non, ces affiches mensongères ne sont pas produites par hasard mais délibérément et pour susciter à bon compte des adhésions.

Ces affiches contre-productives, car mensongères et outrancières, semblent bien elles aussi relever d’un certain populisme communautaire, et ce n’est pas très glorieux.

En Conclusion

Lutter contre les discriminations et les violences à raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, lutter pour obtenir l’égalité des droits ne peuvent en aucun cas se mener en bafouant les droits des femmes (contrôle patriarcal de la sexualité et de la reproduction dont relèvent la prostitution et la GPA) ; si en plus, les gays et les lesbiennes devaient verser dans le populisme communautaire, ce serait tout bonnement inacceptable, au même titre que l’est toute forme de populisme politique.

Quand les féministes aidaient le mouvement homosexuel à émerger en protégeant les gays dans cortèges revendicatifs des années 70/80, elles étaient loin d’imaginer qu’ils feraient aux 20ème et 21ème siècles, des choix qui attestent de leur attachement indéfectible à la classe dominante masculine.

Ils ont oublié en route, quelque part, qu’ils sont aussi responsables de l’oppression des femmes.

Le mot « genre » n’a pas la même signification pour les LGBT qui luttent pour la reconnaissance des personnes transsexuelles (identité de genre veut alors dire Trans. Transgenre et TransexuelLE) et les féministes qui luttent pour l’égalité entre les genres masculins et féminins.

Pour se rejoindre, il faudrait déconstruire les rouages de la domination masculine dans les politiques LGBT, mais l’époque où les gays comprenaient l’imbrication du sexisme et de l’homophobie semble révolue.

Même SOS homophobie a oublié cette année la lesbophobie dans son communiqué de presse, titrant : « La lutte contre l’homophobie, transphobie deux ans après l’élection de François Hollande ». Bien la peine que le mot ait fait son entrée au dictionnaire cette année !

Les féministes qui ont toujours été solidaires des LGBT, sont désormais confrontées à des revendications trop souvent antagonistes de leur part (Prostitution/GPA).

Les lignes de fracture se creusent rapidement et la tendance au populisme communautaire  récemment observée, n’arrange rien.

Tout ceci est inquiétant, d’autant plus que le contexte politique général est désastreux, que rapidement et sûrement, l’extrême droite assoit son emprise sur un pays de plus en plus déboussolé.

Mais c’est heureux, personne, pas moi, ni vous je pense, n’avons besoin d’un quelconque populisme communautaire !

Christine Le Doaré

 

Féminisme et mouvement LGBT, le divorce est-il prononcé ?

163506_3026252351461_1229066125_nEn France, depuis 2010, le contexte politique s’est considérablement durci, et c’est dans une extrême tension qu’a été adopté le mariage pour tous.

A cette occasion, l’homophobie et la lesbophobie se sont déchaînés et les LGBT ont bien besoin de la solidarité des mouvements sociaux, en particulier du mouvement des femmes qui de toujours, a été son meilleur allié.

Pourtant, au fil du temps, le mouvement LGBT, s’acharne à creuser un fossé toujours plus profond entre lui et le mouvement féministe. Il refuse de travailler sur la domination masculine, l’organisation sexiste de la société, la place des femmes et des lesbiennes qui subissent une double discrimination. Il brille par son manque de solidarité, absent des luttes féministes, mobilisations, manifestations. A l’inverse, toujours sous la coupe des associations de lutte contre le sida et de leur vision hygiéniste de la société (pas de « travailleuses » contaminées par une IST, des clients préservés et peu importe le sexisme des violences sexuelles, physiques et mentales de la prostitution), il choisit de s’allier aux divers lobbies pro-sexe qui sont sous l’influence des industries du sexe, en particulier au lobby pro-prostitution.

En revendiquant la légalisation de la prostitution et de la GPA (Gestation pour autrui), il contribue de manière égocentrique et sexiste à enfermer les femmes dans leur double assignation patriarcale, de « pute » ou reproductrice. Les féministes refuseront toujours l’appropriation du corps et des vies des femmes dans la sexualité (prostitution, viol…) et dans la reproduction (GPA, mise en danger de l’avortement et de la contraception…) parce que c’est justement la raison d’être d’un système patriarcal qu’elles combattent. Est-ce le rôle du mouvement LGBT de s’associer au système patriarcal et libéral, contre les femmes ? Pourquoi de telles logiques d’alliances ? Pourquoi choisit-il d’attaquer et diffamer les féministes qui contestent de telles dérives ? Accepterait-il qu’un autre mouvement social redéfinisse pour lui, ce que doivent être les droits et libertés LGBT ?

En juin, en France, c’est le mois des Gay Prides. Gay Pride et non Lesbian and Gay pride comme on les a un temps appelées, si on en croit tant la communication militante que médiatique. A Paris, ce sera la Marche des Fiertés, un nom créé pour n’oublier personne, en réalité, un cache-misère. Je me souviens des moqueries quand en 2011 ou était-ce 2012, j’avais été la seule à réagir dans une réunion de l’Inter-LGBT, à l’idée que la Marraine de la Marche soit une actrice porno mainstream ; comme si l’image des femmes n’est pas dégradée dans la pornographie, comme s’il fallait associer revendication LGBT et industries du sexe, comme si personne d’autre n’était disponible pour nous représenter ! Cette année, la chanteuse choisie comme Marraine est une habituée des Unes des magazines masculins les plus sexistes – je vous laisse juger (2 photos) *1  ; la leçon n’a toujours pas été retenue, la culture dominante sexiste est toujours prisée par le mouvement LGBT.

Dans ces conditions, on se demande quelle peut bien y être la place des lesbiennes, plutôt des lesbiennes féministes car ce mouvement s’y entend pour recruter des groupies à son image qui ne vont pas troubler l’image caricaturale qu’ils ont encore trop souvent des femmes. L’entre soi masculin et l’invisibilité des lesbiennes dans le mouvement LGBT est à l’image de la place des femmes dans la société française. Les lesbiennes et associations lesbiennes ou LGBT, un tant soit peu féministes, politisées et suffisamment expérimentées pour remettre en question la domination masculine au sein du mouvement LGBT, ont échoué à le faire évoluer. Il faut dire que les militants Verts « la Commission LGBT des Verts » et socialistes « homosexualité et socialisme » en particulier, associées à Act-Up et au STRASS, se sont particulièrement désolidarisés des luttes lesbiennes et féministes et au contraire, se sont arc-boutés sur des positions clivantes en matière de prostitution et de GPA.

Il paraît que le « nouveau féminisme lesbien » remplacera avantageusement la Coordination Lesbienne en France (CLF) et les militantes aguerries ; on aimerait bien, mais à voir le choix de la Marraine 2014 à Paris, malgré tout, on en doute ! Si le mot lesbophobie est désormais entré dans le dictionnaire, ce n’est sûrement pas grâce au mouvement LGBT, plutôt aux associations telle la CLF qui d’ailleurs, vient de le quitter en tirant un bilan sans appel. – CP de la CLF *2

En ce qui me concerne, après 12 ans de présidence d’associations LGBT, SOS homophobie d’abord, puis le Centre LGBT Paris, j’avais déjà tiré un sévère bilan en 2012 – 3 articles bilan *3  Bilan évacué d’un revers de manche par des militants suffisants qui auraient mieux fait de s’y intéresser car depuis, la situation n’a fait qu’empirer, dans le mouvement LGBT mais aussi à sa périphérie avec des groupes Queers-trans-féministes issus du STRASS, Act-Up et de groupes extrêmes TPDG (TransPDGouines), tel que 8marspourtoutes – articles sur 8marspourtoutes *4

Au sein même du mouvement LGBT les démissions des personnes et associations lesbiennes féministes sont considérables, la CLF, (La dernière rencontre de la CLF en mai 2014 a tout de même réuni le CEL (Marseille), les caram’elles (Nice), les Voies d’Elles (Grenoble), ELEA (Avignon), Bagdam Espace lesbien (Toulouse), Lesbianisme et solidarité (Clermont Ferrand), La Lune (Strasbourg), de FiEres (Paris), de Cibel (Paris), Les Lesbiennes Dépassent les Frontières (Paris), de CQFD Fierté Lesbienne (Montreuil), la coordination de la CLF (Paris)…), mais désormais, des voix s’élèvent aussi à l’extérieur du mouvement, partout dans le mouvement féministe mais aussi dans l’ensemble du mouvement social pour contester les orientations qui sont prises. Osez-Le-Féminisme 69 est diffamée par la LGP Lyon qui plutôt que de se remettre en question sur un amalgame de revendications qui n’ont rien à voir avec les droits LGBT, préfère se ridiculiser en répondant qu’OLF rejoindrait la Manifpourtous ! Mais quelle honte !

Quand je pense que j’ai milité 15 ans pour ce mouvement ! OLF 69 soutenue, par tout OLF mais surtout par une liste impressionnante d’associations et formations telles qu’ATTAC, la Mutuelle des Etudiants, l’UNEF, la Marche Mondiale des Femmes, le CNDF, la CLF, … rappelle que prostitution et GPA sont des violences intolérables faites aux femmes. « Nous tenons à dénoncer clairement la confusion induite par ce mot d’ordre, entre les luttes contre les LGBTphobies, celles pour les droits reproductifs et sexuels des femmes ET la défense de deux des pires produits des systèmes patriarcal et capitaliste : la Gestation Pour Autrui (GPA) et la prostitution. » – le CP d’OLF 69 et les signataires *5

– Le Parti communiste s’oppose également au mot d’ordre de la LGP Lyon, il sera présent mais refuse de partager le mot d’ordre, trouvant dangereux « l’amalgame entre les luttes contre les homophobies et la GPA et la prostitution, qui entrent dans le système marchand capitaliste. Autoriser la GPA revient à l’égaliser la marchandisation du corps des femmes, surtout des plus pauvres. » Ajoutant : « le PCF est en effet pour l’abolition de la prostitution, qui est une violation des droits humains. Nous refusons de parler de prostitution choisie, quand il est clair qu’elle est majoritairement subie, au sein de réseaux mafieux contre lesquels nous devons lutter activement. » – CP du PCF *6

CertainEs sont surpris que l’on en arrive là, pas moi, tout ceci était annoncé et même dénoncé et depuis 2010 au moins. La fracture est seulement plus nette, les militants LGBT sont de moins en moins challengés sur leur sexisme et de plus en plus crispés sur des revendications égocentriques, un peu comme si subir des discriminations et les violences justifiait l’exploitation de personnes encore moins bien placées que soi dans la hiérarchie sociale. Même l’engagement du mouvement LGBT derrière la revendication de la PMA (Procréation médicalement assistée) n’est pas transparent. Les lesbiennes engagées pour la PMA elles-mêmes ne réagissent pas quand les médias titrent à l’occasion de la parution du manifeste « Avec les 343 fraudeuses » : « PMA pour TOUS ». Allons-donc, la PMA ce n’est pas pour tous, mais pour toutes ! Derrière, la PMA, c’est d’autonomie reproductrice des femmes et des couples lesbiens dont il s’agit. Gageons qu’une bonne partie de ce mouvement rêve, à l’instar de la LGP Lyon, d’un paquet cadeau PMA-GPA pour tous, mais n’ose pas encore le dire, pas encore ! La PMA et la GPA n’ont pourtant rien de commun, une simple technique dans un cas, une année de la vie d’une femme et les risques d’exploitation, dans l’autre – Analyse : Asymétrie reproductrice et gestation pour autrui * 7

A l’évidence, les véritables enjeux liés à l’autonomie reproductrice des femmes n’ont pas du tout été compris ou certains se fichent pas mal de la PMA, instrumentalisée juste pour obtenir ensuite la GPA. En outre, même si j’ai signé ce manifeste, je déplore cette course égocentrique occidentale à reproduire ses gènes, alors que la planète étouffe, surpeuplée, que des millions d’enfants pourraient être adoptés (orphelins de guerre, enfants des rues …) mais désespèrent dans l’indifférence totale de tous, même des LGBT qui trouvent préférable d’exploiter des femmes en payant des GPA. Je trouve facile et limite malhonnête intellectuellement d’utiliser le concept des « 343 salopes » à tour de bras, alors qu’il ne s’agit pas de vie ou de mort, contrairement au manifeste original.

Veiller aux équilibres sur la planète, être solidaire de la moitié de l’humanité plongée dans un féminicide sans fin, des millions d’enfants livrés à eux-mêmes, exploités, embrigadés ou croupissant dans des institutions, etc. n’est pas interdit. Pourquoi ne pas lutter pour une évolution européenne et mondiale des droits de l’adoption et s’occuper des enfants déjà néEs ? Le narcissisme couplé au manque d’analyse politique est tel, que les gens imaginent indispensable de se reproduire et pour cela de recourir à n’importe quelle solution pourvu qu’il y ait un résultat rapide et conforme à leurs caprices. L’égalité n’est pas une fin en soi, encore moins quand elle consiste en une égalité d’adhésion au conformisme !

Ne parlons pas des dérives sectaires violentes, portées par des groupes de TPDG noyautés par le STRASS et Act-up, par 8marspourtoutes, qui attaquent physiquement les féministes qui osent s’exprimer, comme lors du ZAP de Marseille pendant la Lesbopride l’an dernier, avec pour objectif de les museler ou encore lors de l’attaque de Zéromacho à Toulouse, dans une manifestation pour la liberté de l’avortement ! Les mêmes qui prévoient en juin d’attaquer les policiers et policières LGBT de l’association FLAG dans les Prides : à Toulouse, « Riposte radicale » soutenus par Act-Up c’est certain, tant qu’à faire plutôt que de s’attaquer à des policiers ripoux, autant zapper ceux qui ont le courage de lutter dans leur institution et de défiler à visage découvert ! – photo de Riposte Radicale *8

Quelle tristesse tout de même de voir une minorité en prise avec des discriminations et des violences ne rien trouver de mieux à faire que de sacrifier sur son chemin les droits des femmes, moitié de l’humanité victime de la domination masculine et du libéralisme, systèmes d’oppression à l’origine de toutes les discriminations à l’encontre de toutes les minorités. Je me demande tout de même quel électrochoc sera assez fort pour réveiller un mouvement par trop noyauté par des extrêmes et leur idéologie douteuse, négligeant ses liens avec le mouvement féministe et au-delà avec le mouvement social.

Quand on constate que même des militantes « historiques », personnalités, lieux, censés représenter des idées et engagements lesbiens et ou féministes et ou radicaux, pour protéger leurs intérêts, gloire intellectuelle et ou universitaire, ou chiffre d’affaire, sont atones devant toutes ces dérives, voire joignent leurs voix à la confusion politique actuelle et contribuent ainsi au dévoiement du sens même du mot féminisme, de ses fondamentaux, de ses luttes et de son histoire, comment s’étonner que le mouvement LGBT lui-même ne se sente pas tenu à plus de solidarité et de cohérence ?!

Mais où sont donc passées la conscience politique féministe et la solidarité des militants des luttes de libération des années 70/80 ? À quand une prise de conscience salutaire ? Si une minorité n’est plus solidaire des grands mouvements sociaux, à qui fera t-elle appel au moindre retour de bâton ? Gay Prides 2014, marcher parce que les ignobles opposants au mariage sont désormais décomplexés et qu’il faut les remettre à leur place ; ne pas marcher parce que ce mouvement n’est solidaire que de lui-même et des industries du sexe patriarcales sur le dos des femmes ?

Je ne dis pas merci, ni au mouvement LGBT inconséquent, encore moins à ses détestables extrêmes, pour me/nous poser un tel dilemme !

Christine Le Doaré

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*1 : 2 photos de la marraine de la Marche des Fiertés 2014 à Paris 1455985_10152499850094743_3019453888523529746_n (1) 10444757_10152499849929743_5314020272186561870_n (1)

*2 CP de la CLF : http://www.coordinationlesbienne.org/spip.php?article309

*3 3 articles bilan

– Combien de temps le mouvement LGBT va-t-il pouvoir se cacher derrière son petit doigt : https://christineld75.wordpress.com/2013/07/18/combien-de-temps-le-mouvement-lgbt-va-t-il-pouvoir-se-cacher-derriere-son-petit-doigt/

– Les 4 lettres du sigle LGBT : https://christineld75.wordpress.com/2012/06/01/les-quatre-lettres-du-sigle-lgbt/

– Quelle mixité ? : https://christineld75.wordpress.com/2011/11/28/quelle-mixite/

*4 4 articles 8marspourtoutes :

– 8marspourtoutes ou l’oubli d’un énorme détail de l’histoire féministe : https://christineld75.wordpress.com/2013/11/22/8marspourtoutes-ou-loubli-dun-enorme-detail-de-lhistoire-feministe/

– Un étrange 8 mars : https://christineld75.wordpress.com/2014/03/09/un-etrange-8-mars-2014/

– Encore un 8 mars et des questions qui fâchent : https://christineld75.wordpress.com/2014/03/04/encore-un-8-mars-et-des-questions-qui-fachent/

– Des déchaînées aux genoux du patriarcat : https://christineld75.wordpress.com/2014/04/02/des-dechainees-aux-genoux-du-patriarcat-2/

*5 CP du PCF : http://www.lyonmag.com/article/65326/le-parti-communiste-s-oppose-au-mot-d-ordre-de-la-marche-des-fiertes

*6 CP d’OLF 69 : http://osezlefeminisme69.wordpress.com/2014/06/03/desolidarisation-de-la-marche-des-fiertes-de-lyon-du-14-juin-2014/

*7 Analyse PMA – GPA : Asymétrie reproductrice et gestation pour autrui : https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

*8 : photo de « Riposte Radicale » 10371710_10152502571534743_6333835371701202936_n

Instrumentalisation de la sociologie au service de la domination

1000110_401464493297401_428725151_n La sociologie étudie et explique la dimension sociale des comportements et représentations humains. Les sociologues, parfois dans un jargon inabordable voire pédant, traduisent de façon savante, nos vies familiales, professionnelles, etc.
Je ne sais pas vous, mais j’ai noté que trop de sociologues, plutôt que d’étudier de manière factuelle et objective, les systèmes de relations, orientent leurs travaux dans le but d’influencer les politiques publiques.
En l’espace de deux semaines, j’ai relevé dans les médias, cette pratique qui implique au moins 4 sociologues.

Daniel Weizer Lang est un sociologue spécialisé dans l’étude du masculin ; il s’est longtemps présenté comme féministe. Il a démissionné du groupe de recherche sur les rapports sociaux de sexe, à l’Université Toulouse-Le Mirail (UTM) suite à de nombreux témoignages de ses étudiantes qui se plaignaient de harcèlement sexuel et moral. *1.
Il travaille depuis au Centre d’études des rationalités et des savoirs (Cers-CNRS) de l’UTM.

Quand DWL admet l’existence du système patriarcal, il ignore les responsabilités des individus masculins et s’intéresse surtout aux rapports hiérarchiques entre eux.
Dès lors il ne parle pas d’une classe bénéficiant des mêmes privilèges et complice de pratiques d’oppression contre les femmes, mais de différents groupes d’hommes hiérarchisés. Le refus de responsabiliser les agresseurs, de considérer que la violence est un moyen de contrôle social de classe, le conduira à signer en 2007, la pétition lancée par Éric Verdier « Manifeste citoyen pour les garçons, les hommes et les pères ».

DWL vient de publier aux éditions La Musardine un ouvrage intitulé « La putain et le sociologue ». Est-ce utile de le préciser, lui est LE sociologue, elle est LA putain.
Egotisme et fantasme masculin de domination, la littérature et pas seulement de hall de gare en est pleine, alors pourquoi pas la sociologie, me direz-vous ?
Sauf que les universitaires sont en situation d’exercer un pouvoir sur des générations d’étudiants et les rapports qu’ils produisent peuvent éclairer des politiques publiques.

Détaché comme devrait l’être tout bon sociologue, DWL ? Lisez plutôt, elle est « libre et heureuse » et leur double signature l’atteste.
Vous ne trouvez pas étrange vous, que ce soient toujours les prostituées, jamais les coiffeuses, institutrices, factrices ou dentistes qui sont absolument « libres et heureuses » ? D’ailleurs, pourquoi faire des études de sociologie alors que le bonheur, c’est de se prostituer ? J’allais oublier, pour les femmes seulement, bien entendu !
L’association « Putain » et sociologue est mise en scène pour donner à l’ouvrage, un caractère sulfureux ; nous sommes bien loin de la distance et rigueur nécessaires à toute étude sociologique. Résumons le propos de l’ouvrage : le couple hétérosexuel « à la vie, à la mort » ce serait fini ; l’avenir, c’est la « sexualité récréative » notamment dans la prostitution. Bien entendu, il s’agit de sexualité masculine : tant qu’il y aura des esclaves ! Quant à la sexualité des femmes, circulez, il n’y a rien à voir, à moins qu’elle ne se plie aux fantasmes masculins, échangisme, domination, etc.
Les hommes clients de prostituées effrayés par une loi qui n’est pas encore votée, se seraient déjà rabattus sur les clubs échangistes ou gays ! Euh… alors comme ça la loi de pénalisation des clients serait aussi responsable de favoriser l’homosexualité ?
« L’hétérosexualité est en train de se décomposer en une myriade de catégories, de pratiques sexuelles ». L’hétérosexualité se décompose donc, voyez-vous ça !
DWL ignore-t-il vraiment que les clubs échangistes, la multitude de pratiques sexuelles « humaines » (SM, bondage, urologie, zoologie et autres petites fantaisies) existent depuis fort longtemps et ce quelle que soit l’orientation sexuelle ?
Quatre ans pour ça ? ! Moi, je regrette d’avoir fait du droit, la sociologie, c’est autrement plus amusant ! Ne me dites tout de même pas que l’université a payé pour ça, si ? Non !
Pourtant, dans un article de la Dépêche du Midi intitulé « Les passes de luxe ont rendez-vous sur le net » daté du 15 avril 2014, cet ouvrage nous est présenté comme une référence ; le tapis rouge est déroulé pour le grand sociologue local !
Pourquoi ? Parce que le ton et le discours complaisants avec une sexualité masculine dominante plaisent : c’est facile, émoustillant ; les médias apprécient, c’est vendeur.

*1 Daniel Welzer-Lang, faux ami du féminisme : http://lagitation.free.fr/?article80

Lilian Mathieu chargé de recherche au CNRS, travaille sur la prostitution, le Sida, la double-peine et sort aux éditions Bourin éditeurs, « La fin du tapin », un titre nostalgique qui d’emblée nous conseille de sortir les mouchoirs pour consoler les pauvres clients de prostituées.

Cet ouvrage ne porte pas sur les personnes prostituées ni sur les clients, mais sur l’abolition vue par un sociologue dont la défense du système prostitueur est le sujet de prédilection, j’allais dire le gagne-pain.
A eux seuls, les titres des chapitres suintent le parti pris ; le ton est donné mais le sociologue connait son métier alors la méthode « scientifique » est plaquée sur le discours politique.
La distance et la neutralité nécessaires à tout travail sociologique manquent et l’étude est compromise.
Cet ouvrage est clairement un manifeste réglementariste. Jugez plutôt : La croisade contre la prostitution réglementée ; L’abolitionnisme, entre féminisme et puritanisme ; À l’assaut du réglementarisme ; Un usage émotionnel des chiffres ; Une production victimaire ; Le proxénète comme folk devil ; etc.

Lilian Mathieu avait publié sur Rue 89, le 8 octobre 2013 « Avec le PS, la préférence nationale commencera-t-elle par le tapin ? ».
Dans une période politique difficile, quand un sociologue ose, pour défendre le système prostitueur, associer PS et FN, pour moi ce n’est pas autre chose que du populisme. C’est ce que je lui avais déjà répondu dans Rue 89 *2
*2 : « Les femmes étrangères rêvent de devenir putes, c’est ça ? » http://www.rue89.com/2013/10/12/les-femmes-etrangeres-revent-devenir-putes-cest-ca-246484

Maurice Godelier a publié chez Flammarion «Métamorphoses de la Parenté».
Petite variante : lui, est anthropologue, c’est un peu plus complet ; il nous étudie sous tous nos aspects, à la fois physiques et culturels, l’unicité de l’Humain dans toutes les diversités culturelles et sa différence avec les sociétés animales.

Dans un article intitulé «Ne pas prêter à la famille des missions illusoires» publié dans Libération le 11 avril 2014, il déconstruit l’a priori selon lequel la parenté serait le fondement de la société et affirme « qu’il serait illusoire de croire que la famille pourrait restaurer la société ».
Je veux bien le croire, aussi, quand il dit que « dans une démocratie, si une minorité revendique des droits qui n’ôtent rien à ceux dont jouit la majorité de la population, tôt ou tard, ces droits lui seront accordés. Ce qui fut fait – en partie – par la promulgation de la loi sur le mariage pour tous. »

En revanche, quand il explique pourquoi il est favorable à la légalisation des « mères porteuses », il ne tient soudainement plus compte de l’exigence posée ci-dessus : « des droits qui n’ôtent rien à ceux dont jouit la majorité de la population ».
Pourtant, dans le cas de la GPA (Gestation pour Autrui), il ne s’agit pas d’un contrat de couple, ni même d’un simple don anonyme de sperme comme le plus souvent en matière de PMA (Procréation médicalement assistée), mais plutôt de la mobilisation, marchandisation ou pas, des femmes, et ce, parce qu’elles ont la faculté biologique de porter les enfants.
Que fait-il des droits des femmes ? Admettons que nous légiférions pour autoriser des mères porteuses qui ne seraient pas, en France, rémunérées, combien de femmes sacrifieraient plus d’an an de leur vie, juste par altruisme (imaginez tous les aléas afférents à une grossesse/un accouchement) ?
Faut-il l’encourager dans une perspective d’émancipation et d’égalité, faut-il à nouveau des femmes au foyer et en masse ?
La mise à disposition du corps des femmes, reproduction (GPA), sexualité (prostitution) a la vie dure et ce ne sont décidément pas nos intellectuels qui vont y renoncer et encore moins la dénoncer.
Pas un instant la journaliste de Libération ne challenge le « sachant » ; il parle, c’est comme ça et c’est tout.

Irène Théry, Directrice d’études à l’EHESS, est co-auteure du rapport «Filiation, origines, parentalité».
Dans une tribune du 10 avril 2014, elle défend l’engendrement avec des tiers donneurs.
A juste titre, elle conteste l’accusation faite aux couples lesbiens de « vouloir mentir aux enfants sur leur mode de conception, alors que ce sont les seuls couples qui ne sont jamais tentés de le faire », en revanche, «le mensonge est organisé depuis le début en matière de PMA (Procréation médicalement assistée) par la médecine et le droit, les parents hétérosexuels ont tout fait pour faire passer le mari stérile pour le géniteur. ».
Elle parle d’homophobie et de climat social dégradé. Elle n’a pas tort, tout ceci est vérifiable, mais elle aurait pu s’arrêter là, plutôt que de se laisser emporter dans un élan qui n’a plus grand-chose à voir avec le travail d’une sociologue, et aborder la question de la GPA « ne parlons pas de la GPA, c’est le diable en personne ».
A mon avis la GPA qui assure, aux hommes hétérosexuels comme homosexuels, une descendance, (transmettre gènes et patrimoines est indispensable à la survie du patriarcat), n’est pas aussi gênante que la PMA qui donne aux femmes la possibilité de se reproduire en dehors des relations hétérosexuelles. Il faut voir comme le système GPA est organisé et prolifère aux USA et ailleurs.
La question de l’appropriation du corps des femmes et de leur faculté biologique reproductrice, ne perturbe pas grand monde, hormis les féministes.
Alors, ouvrir la PMA aux couples de lesbiennes est l’objet de la tribune, mais une fois de plus, Mme Théry n’a pas pu s’empêcher de placer la GPA et faire allégeance au système patriarcal.
Pourtant, parler de tiers donneur pour la GPA c’est rudement osé quand on y pense. Comme si ces deux moyens reproductifs pouvaient être mis sur le même plan !

Le STRASS, groupuscule de défense du système prostitueur qui se présente comme syndicat de défense des personnes prostituées – on aimerait bien connaître la représentativité du dit syndicat *3 -, est quant à lui traité à hauteur de sociologue.
Un article publié encore dans Libération le 14 avril 2014, s’intitule « Le Strass dénonce une augmentation des agressions de prostituées », comme s’il s’agissait d’une entité ayant autorité sur la question.
Le STRASS défend les personnes prostituées mais nombreuses sont ces dernières qui attendent la loi d’abolition et ses alternatives sociales et reprochent au groupe de défendre une libéralisation au profit du système prostitueur qui, comme en Allemagne, n’a pas aidé les prostituéEs mais plutôt a enrichi les proxénètes et développé la criminalité.
Dans cette dépêche AFP reprise sans le moindre esprit critique, le STRASS annonce que la « discussion sur la pénalisation des clients » aurait à elle seule, précarisé et marginalisé les prostituées. Crédible ? Allons donc !
Comme si la prostitution ne résultait pas le plus souvent de la précarité de populations fragilisées ; comme si les clients et les proxénètes ne constituaient pas un danger permanent, sans même parler des violences sexuelles intrinsèques aux actes prostitutionnels pratiqués contre de l’argent ?
Des proxénètes et des client exploitent, agressent, violent, tuent des personnes prostituées, pas les programmes de réinsertion du modèle suédois !
Oui les violences, agressions et meurtres contre les personnes prostituées sont en augmentation, raison de plus pour agir rapidement et mettre en œuvre toute la loi d’abolition afin que les prostituéEs bénéficient du statut de victime, dénoncent leurs agresseurs et sortent d’un système de violences, comme la plupart le souhaite.
Le Parlement Européen, le Conseil de l’Europe votent à une écrasante majorité des rapports et recommandations pour pénaliser sans tarder les clients prostitueurs, mais les médias français n’en parlent pas et continuent de pleurnicher sur le sort des clients, donnant la parole à un groupe qui ne représente qu’une poignée d’escortes et d’activistes politiques non représentatifs.
Sa porte-parole vient d’écrire un article intitulé « putes, corps désirants et émancipations » 4*, laborieuse tentative d’inversion des responsabilités où les industries du sexe ne sont plus des industries ultra-capitalistes qui s’en mettent plein les poches sur le dos de femmes exploitées, où ni proxénètes ni clients ne sont jamais critiqués, mais où les féministes abolitionnistes deviennent des libérales « des franges répressives » qui mettent en danger les personnes prostituées.
Ce texte hallucinant qui explore le concept d’épanouissement sexuel islamophobe devrait éclairer toute personne qui accordait jusqu’alors le moindre crédit à ce groupe.

*3 Anatomie d’un lobby pro-prostitution, étude de cas, le STRASS en France : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/

 

*4 : STRASS, Morgane Merteuil : inversions et manipulations https://christineld75.wordpress.com/2014/04/08/strass-morgane-merteuil-inversions-et-manipulations/

Je me demande dans quel autre pays occidental, autant de sociologues sont si ouvertement au service de la domination masculine, en particulier sur la question de la prostitution, mais aussi de la GPA.
En France, c’est à eux que les médias déroulent le tapis rouge à longueur de colonnes et c’est tellement flagrant que ça en devient gênant.
Médias qui ne relativisent ni questionnent jamais les allégations du STRASS, ce qui nuit sans conteste, à leur crédibilité.
D’autres matériaux, études, ouvrages ; d’autres experts, associations, auteurEs, informéEs, pertinentEs, intègres, sont disponibles ; ainsi les ostraciser est proprement scandaleux.

Christine Le Doaré

A écouter, une émission sur « Femmes libres »

459124715 TURBULENCES EN FEMINISME
Le 16 avril dernier j’étais invitée dans l’Emission « Femmes libres » pour y parler du 8 mars – journée mondiale de lutte pour les droits des femmes -, du mouvement féministe, du mouvement LGBT, des questions de genre, des mouvances dites « pro-sexe » et pro-prostitution (collectif 8marspourtoutes, STRASS, etc.), du postmodernisme politique, avec Elisabeth CLAUDE co-animatrice de l’émission Femmes libres, l’une des 2 émissions féministes de la bande FM, chaque mercredi de 18h30 à 20h30, sur Radio libertaire.
2 heures à revisiter les textes de ce blog.
Moins facile à l’oral qu’à l’écrit, alors quelques imprécisions : Griselidies l’association de prostituées Trans, gay, etc. dont j’ai un écorché le nom est à Toulouse, etc.
Bonne écoute !

Attention, l’enregistrement de l’émission commence avec le générique de l’émission « l’hymne des femmes » chanté par la chorale de Toulouse, à partir de la minute 6 (00.06.00), avant des chansons, des sons…

http://media.radio-libertaire.org/backup/16/mercredi/mercredi_1830/mercredi_1830.mp3

Rien ne sera plus jamais comme avant

20131205-170451.jpgQue de contrevérités, inepties et injures n’avons-nous pas entendues avant que nos députéEs, forts de l’importance de ce vote historique, ne votent, ce 4 décembre 2013, à une large majorité, l’abolition de la prostitution ?

Enfin, la France l’affirme, cette archaïque forme d’oppression sur les femmes et les personnes les plus vulnérables, n’est pas légitime.
Au 21ème siècle, il était temps d’en prendre conscience : faire peser une servitude sexuelle de genre (dans tous les cas, les clients sont des hommes), sur les personnes les plus vulnérables, femmes, trans., jeunes, gays, étrangerEs, personnes raciséEs, pauvres, etc., est inhumain.
En outre, nos éluEs devaient réaffirmer les principes de non-patrimonialité et de non marchandisation des corps humains qui doivent échapper aux lois des marchés financiers.
Enfin, il n’y a pas d’autre alternative si nous voulons vraiment avancer vers l’égalité entre les femmes et les hommes.

En effet, les personnes prostituées ne sont coupables de rien, mais bien victimes du système prostitueur, bientôt, elles seront aidées à s’en extraire. Celles qui voudront continuer, pourront bénéficier des systèmes sociaux et de soin, se retourner contre les clients violents et /ou proxénètes, sans risquer d’être pénalisées.
Les clients en revanche, alimentent de leur argent les réseaux qu’ils nourrissent, c’est un fait incontournable.
Le second marché criminel en chiffre d’affaire, doit être combattu par tous les moyens possibles ; abroger le délit de racolage et ne pas responsabiliser les clients reviendrait à créer un appel d’air dans lequel ne manqueraient pas de s’engouffrer les réseaux mondiaux de trafic d’êtres humains.
Demain, les jeunes seront élevés dans le respect des relations humaines et d’une sexualité libre et gratuite entre personnes véritablement consentantes.

A l’évidence, la loi ne sera pas si facile à mettre en œuvre, mais elle va dans le bon sens, le seul envisageable. Bien sur, elle est perfectible, par souci de cohérence, il faudrait poser un interdit pénal plus cohérent, comme un délit sans peine d’emprisonnement.
Alors, je m’étonne des atermoiements des médias en particulier, des associations de santé communautaire également.

Pourquoi ces poncifs éculés, ces clichés assenées en boucle et jusqu’à la nausée, alors qu’il a été démontré que tous les fantasmes sur la prostitution ne tenaient pas, face aux arguments rationnels des divers spécialistes informéEs sur la question ?
Je m’interroge sur les véritables raisons d’un tel aveuglement ?
Pourquoi tant de gens qui jusqu’alors se moquaient totalement du sort des personnes prosituéEs s’acharnent à prétendre que l’abolition est un régime similaire à celui de la prohibition ?
Pourquoi l’inversion de la charge pénale, prostituéE versus client les dérange t’ils autant ?
Y aurait-il donc tant de clients en France ?
Les arguments qui visent à prétendre que les prostituéEs vont se trouver dans une plus grande précarité et clandestinité ont été déconstruits :
qui peut encore ignorer que le seul danger c’est le proxénète et aussi le client et ses violences, dans toutes les situations et les lieux possibles ?
que si la santé générale des personnes prostituéEs est déplorable c’est parce que les associations de santé communautaires comme les autorités de santé, ne s’y intéressent que sous un angle hygiéniste, en se limitant à la question de la prévention aux IST ?
Comment se fait-il que nous entendions tant de voix passéistes et conservatrices ?
Par quelles motivations sont donc animés tous ces adeptes de la prostitution, survivance patriarcale de privilèges dignes du temps jadis, quand fleurissaient les bordels à soldat ou quand l’église encourageait les hommes mariés à visiter les prostituées pour garantir la pérennité des mariages ?
Comment se fait-il que dans l’Hémicycle, une députée EELV soit applaudie à tout rompre par la droite et l’extrême droite ?

En réalité, nos députéEs viennent de réaffirmer la position abolitionniste de la France et de lui donner les moyens ce régime. C’est ce que feront aussi demain d’autres pays européens afin d’enrayer la prolifération des trafics.

Comme il est curieux de constater que les plus farouches opposants à l’émancipation des femmes et des personnes les plus vulnérables aussi, se cachent parfois là où on les attend le moins.
Cyniquement, ils n’envisagent pas, ni pour les femmes, ni pour les plus vulnérables, de meilleur avenir que cette désespérante servitude qui pourtant, n’a plus aucune raison d’être à l’époque de l’égalité.
Le vote de la loi signe le désaveu de ces « pleureuses » défaitistes.

Je remercie tous les députéEs progressistes qui pour des motivations humanistes, féministes et /ou politiques ont voté l’abolition, parfois, contre les consignes de leur formation politique.
Je remercie l’engagement de la Ministre des droits des femmes, Mme Najat Vallaud Belkacem, le courage de Catherine Coutelle, Maud Olivier, Ségolène Neuville, et de toutes les autres personnes qui se sont fortement impliquées, à commencer par Danielle Bousquet et Guy Geoffroy.
La politique, c’est œuvrer pour l’émancipation, jamais pour le maintien ou l’instauration d’un esclavage, quel qu’il soit.
L’Assemblée Nationale vient de nous offrir une belle victoire sur l’obscurantisme de la domination masculine, une belle raison d’espérer en l’avenir de l’humanité.

Christine Le Doaré

Combien de temps le mouvement LGBT va-t-il pouvoir se cacher derrière son petit doigt ?

220px-Palco_BolognaPride08Les LGBT vont-ils s’adapter au système ou le changer ?
Mixité, diversité, comment se rejoindre un jour ?

Depuis que l’homosexualité est devenue une question de société, nombre de gays se sont désintéressés des questions d’égalité réelle entre les femmes et les hommes et du féminisme. Il semble qu’ils en ont déjà fini d’interroger leur propre misogynie ? Le mouvement n’a t’il de LGBT que son sigle ?

En matière de discriminations et de violences, d’égalité des droits (mariage et adoption), on peut considérer qu’il y a bien une transversalité de luttes.
Mais déjà, en matière de GPA c’est moins évident, comme à chaque fois qu’il est question de l’appropriation du corps (des vies en réalité), des femmes. Toutes les autres revendications ne se recoupent pas et les problématiques spécifiques des lesbiennes, en général, n’intéressent pas les gays.

La question des inégalités femmes-hommes est centrale. Combien de gays admettent bénéficier de privilèges du fait de leur appartenance au groupe des hommes ? Comment faire prendre conscience à un gay que ne pas combattre un système revient à le conforter ? Peut-il se désolidariser du groupe des hommes dont il cherche tant à se faire accepter ? C’est pourtant bien sa seule chance objective de vivre un jour dans une société égalitaire, libre de sexisme et donc d’homophobie.

Ce manque de motivation à challenger la domination masculine est aussi encouragé par l’attitude de beaucoup de lesbiennes qui par identification, tentent de s’affranchir des contraintes sociales et culturelles liées à leur genre. Qu’elles en soient conscientes ou pas, dans tous les cas, penser se libérer seules, alors que d’autres femmes continuent de subir la domination masculine, est illusoire.

J’en ai rencontré, notamment engagées aux côtés des gays dans la lutte contre le sida, qui niaient leur double oppression de femmes et de lesbiennes. Elles en connaissaient un rayon en matière de prévention-sexualité gay, mais se satisfaisaient du manque de réciprocité et certaines ignoraient même l’essentiel de la prévention lesbienne ! Comment faire comprendre à une lesbienne que sans solidarité avec le groupe des femmes, tant que l’égalité réelle ne sera pas achevée, que le féminisme n’aura pas changé et réinventé la société. elle n’aura jamais que l’illusion de sa propre libération ? Vivre sous domination sous domination masculine l’entravera et la menacera toujours.

Les Trans. quant à eux, se sont à juste titre, plaints du manque d’intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais elles-eux non plus, ne se sont pas intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est rare de croiser un ou une trans féministe.

Au début, n’étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d’être féministes, la plupart adoptaient même les codes sociaux d’une représentation féminine parfaitement sexiste. Incompréhension des lesbiennes, forcément.

Puis ont émergé les transsexuels femmes devenues hommes (F to M), un peu plus conscientes du sexisme et des enjeux de l’égalité femmes-hommes, ayant été des femmes et souvent rejetées car ne se pliant pas aux stéréotypes de genre. Toutefois, une fois installées dans leur sexe de réassignation, la plupart des personnes trans. se fondent dans la masse pour une nouvelle vie et participent moins aux luttes féministes et LGBT.

Puis les personnes transgenres qui questionnent le genre mais ne veulent pas nécessairement s’engager dans les opérations de réassignation de genre, sont devenues visibles, aidées par le mouvement Queer qui, pensait-on, ouvrait une brèche vers plus d’imagination et de libertés.

Dommage, toutes ces différentes façons d’être trans n’ont pas non plus vraiment réussi à se comprendre entre elles. Elles s’accordent sans conteste sur la nécessité d’obtention de papiers d’identité conformes à son genre, en revanche, elles se déchirent, notamment sur la question de l’accompagnement médical et psychologique du parcours de réassignation de genre.

Pire encore, les revendications trans. sont maintenant instrumentalisées par les politiques : assimiler opportunément les questions de genres aux archi minoritaires droits des trans pour mieux freiner les droits des femmes et surtout ne pas avancer trop vite en matière d’égalité Femmes-Hommes, beaucoup de politiciens européens sont déjà rompus à l’exercice.

Les Trans-actvistes, en particulier dans les pays anglo-saxons, sont de plus en plus hostiles à l’égard des féministes. (Attaques conférence radfem pays anglo-saxons).

Peu à peu, le mouvement LGBT, plus à l’aise avec les questions trans. que féministes et lesbiennes, puisqu’elles ne les remettent pas vraiment en question, ont inscrit et priorisé les revendications Trans. à leur agenda.

Quant aux bi(s), elles et ils considèrent n’être que la dernière roue du carrosse, ce qui n’est pas faux, mais il faut bien reconnaître qu’il est assez difficile d’articuler des revendications bi, notamment en matière d’égalité réelle femmes-hommes ou d’égalité des droits LGBT. Quand on discrimine ou agresse une personne, c’est à cause de son orientation sexuelle réelle ou supposée et c’est la relation homosexuelle de la personne bisexuelle qui pose alors problème. La question de l’acceptation de la bisexualité est une intéressante question culturelle mais elle est difficile à traduire en termes politiques.

L’interprétation en France des théories Queer, a aussi joué un rôle. Les théories Queer permettent d’appréhender les questions de genre pour mieux déconstruire les normes et proposer des alternatives. Mais chez nous, elles ont souvent été utilisées pour diluer les luttes et masquer les véritables enjeux de pouvoir.

Ainsi, quand un homme blanc Queer décrète être une « lesbienne noire », parce que c’est ainsi qu’il lui plaît de se définir, c’est intéressant sur le plan théorique, mais seule la lesbienne noire subit vraiment une triple domination sociale et culturelle (femme, lesbienne et racisée) ; ce type de posture n’a aucun d’effet sur la vie quotidienne de l’immense majorité des gens et encore moins ne remet en question l’oppression des femmes.

C’est théoriquement excitant mais socialement inopérant, ça ne change strictement rien aux rapports sociaux de classe.

Les hommes (gays ou pas) qui adorent les Slutwalks et autres manifestations ou représentations « pro-sexe », les qualifient de « seul féminisme valable » ; ils ont raison, elles ne remettent nullement en question la domination masculine, bien au contraire, elles assignent les femmes à de nouveaux rôles tout aussi normés que les précédents mais imposés cette fois, par les performantes et omniprésentes, industries du sexe.

C’est un peu comme si le système patriarcal s’adaptait et engendrait de nouvelles générations d’adeptes au sein même des mouvements qui théoriquement pourraient le mettre en échec.

En effet, les groupuscules radicaux qui prospèrent à la marge du mouvement LGBT se prétendent subversifs mais en réalité, s’avèrent être de redoutables alliés du système patriarcal.

Ayant parfaitement intégré les codes de l’oppresseur, ils répandent des thèses néolibérales « post-féministes » et vont jusqu’à confisquer violemment la parole des féministes.

Complices des industries du sexe, pornographie et prostitution notamment, dont ils prétendent se réapproprier les scénarios, ils glorifient sans ciller la marchandisation et l’aliénation des êtres humains.

Rien n’est plus facile que d’instrumentaliser la libération sexuelle des femmes et « la liberté de disposer de son corps » est passée par la moulinette du libéralisme : à l’évidence, que des femmes s’affirment libérées par le porno ou la prostitution ne va rien changer à l’ordre établi, ni déstabiliser la domination masculine, bien au contraire !

L’influence de ceux que l’on appelle à tort « pro-sexe », « trans-activistes » en tête, s’est même révélée être l’une des menaces les plus virulentes à l’encontre de féministes ou de groupes féministes (Annulation conférence Rad-Fem, harcèlement de militantes, etc.).

Curieusement, ce sont les associations de santé communautaires, financées pour la lutte contre le sida, qui s’en font les meilleurs relais dans le mouvement LGBT.

Face à une telle adversité, nombre de lesbiennes politiques n’approchent pas ou ne font que traverser le mouvement mixte LGBT. Rares sont les militantes lesbiennes féministes qui travaillent dans le mouvement mixte, y occupent une position de « leadeuse », portent les revendications communes tout en s’affichant féministes et en challengeant le sexisme. A quelques exceptions près, elles sont vite isolées, harcelées, discréditées voire menacées et s’épuisent sans obtenir beaucoup de résultats.

Néanmoins, je comprends bien que des lesbiennes soient convaincues que dans une société mixte, il n’y a pas d’autre alternative que la mixité, ce fut mon cas pendant de longues années.

Je pensais que s’exclure dans la non-mixité, n’était pas efficace pour combattre la domination masculine. Aujourd’hui, je n’affirmerais plus rien de tel. L’effort à produire pour surnager et assurer un minimum de visibilité lesbienne et féministe au sein du mouvement LGBT est démesuré. Pour que cet investissement soit viable et productif, il faudrait conjuguer deux facteurs, le premier : plus de lesbiennes féministes investies en même temps et le deuxième: plus de gays concernés par l’abolition du patriarcat. Autant dire une belle utopie !

Dans tous les cas, je pense maintenant que la bonne stratégie consiste à leur demander de s’informer, de se former (les outils théoriques, les expériences et les expertes sont disponibles), de travailler et de faire leurs preuves, nous verrons ensuite.

En conclusion, je dirai que le mouvement LGBT a probablement eu tort de se focaliser exclusivement sur l’égalité des droits, étape certes indispensable, mais impuissante à changer la société en profondeur. Ce sont les LGBT qui vont s’adapter au système et pas l’inverse !

Admettons-le, le mouvement LGBT n’a de mixte que son sigle. Il se défend bien en matière d’égalité des droits, mais fait l’économie de l’essentiel : la lutte contre la domination masculine. Il ne suffit pas de dire : le sexisme engendre l’homophobie ou encore, le mépris du féminin est l’un des ressorts des LGBTphobies, voire même l’homophobie et la lesbophobie sont des manifestations de peur face à des alternatives qui ne sont pas prévues et sont vécues comme des menaces du système, encore faut-il en tirer les conséquences et s’engager dans la lutte contre les systèmes d’oppression, y compris à l’intérieur du mouvement.

Le mouvement LGBT qui a fortement contribué à l’évolution des mœurs en France, aurait les moyens de devenir un véritable mouvement de libération et d’émancipation. Il peut jouer un rôle majeur dans la lutte pour l’égalité Femmes/hommes, encore faudrait-il qu’il le veuille et s’en donne les moyens. Pour l’instant, il n’a même pas commencé, à l’inverse, il s’y oppose souvent.

Ses choix seront déterminants pour l’avenir et il ne pourra pas longtemps continuer de se cacher derrière son petit doigt.

Revenir aux fondamentaux.

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Revenir aux fondamentaux.
« Liberté de choix » ou double peine ?

En écoutant Jean-Michel Carré sur France Inter, j’ai réalisé que lui, comme tous ceux qui font l’apologie du principe de liberté individuelle absolue, aboutissent souvent à cautionner les pires déviations et systèmes d’exploitation, des femmes en particulier.
Jean-Michel Carré était invité le 30 avril dernier sur France-Inter pour parler de son dernier documentaire sur la Chine. Ce cinéaste est aussi l’auteur « Des travailleurs du sexe », documentaire pro-réglementariste qui selon moi, fait l’apologie d’une « libre » prostitution. Alors j’écoutais avec intérêt pour tenter d’en savoir plus sur sa personnalité et ses centres d’intérêt.

Il s’est présenté comme libertaire et ancien maoïste ce qui selon moi est contradictoire puisque les libertaires prônent une liberté absolu et la négation de tout principe d’autorité et de contrainte, alors que Mao a instauré un système autoritaire digne des pires dictatures.
Il a n’a pas hésité à dire que nous n’étions pas fondés à parler des Droits de l’Homme en Chine ni à leur donner de leçon car nous traitons mal les Roms. Certes, cependant, la nuance est tout de même de taille entre ne pas traiter comme nous le devrions les Roms chez nous, et maintenir à l’échelle d’un pays tout entier, une dictature corrompue et brutale !

Il a ensuite expliqué qu’il était « maoïste libertaire » parce qu’il voulait vivre la libération sexuelle de 68 et qu’il se sentait toujours concerné par la lutte contre le patriarcat. La fameuse « libération sexuelle de 68 » ! Bien sûr, les femmes en ont bénéficié mais, nombreuses sont celles qui ont fini par l’admettre, la libération sexuelle bénéficiait surtout aux hommes, les femmes se devaient d’être en permanence disponibles et enthousiastes, sinon considérées comme coincées. Libération sexuelle oui, mais dans les limites du système patriarcal qui n’avait pas disparu pour autant. Monsieur Carré, elles ne vous ont pas dit en 68, que la sexualité était libre, gratuite et désirée ?!

Le système patriarcal, Jean-Michel Carré le défend d’ailleurs efficacement avec sa propagande pour le « travail du sexe ». Tout comme Mao n’était pas un libertaire mais un dictateur, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, mais bien la plus vieille arnaque patriarcale, puisqu’elle vise à maintenir un quota de femmes (et de quelques hommes pour satisfaire une minorité homosexuelle) sacrifiées aux exigences sexuelles et aux besoins de domination des hommes. Dans leur immense majorité, ces femmes sont de classes défavorisées, racisées et /ou ont subi des violences sexuelles dans leur enfance. Merci monsieur le maoïste libertaire de leur réserver la plus belle place dans nos sociétés !
Et puis, comment faites-vous pour nous parler de la Chine sans nous dire que ce pays a commis le plus grand massacre génocidaire de toute l’histoire de l’humanité en éliminant plusieurs dizaines de millions de femmes, et en en déportant d’autres dizaines de millions à des fins de mariage forcé et de prostitution ?

Mais Jean-Michel Carré n’est pas le seul dans ce cas ; ils sont très nombreux les hommes et les femmes aussi, qui considèrent que la liberté de choix prime et que si quelques femmes disent : » je veux être « pute », » j’ai choisi la prostitution », il faut le croire et s’en contenter, voire même en déduire que c’est le cas du plus grand nombre d’entre elles. Rassuré-e-s, ils peuvent se rendormir sur leurs deux oreilles, ainsi va le monde et si des femmes se prostituent c’est parce qu’elles aiment ça, en ont rêvé, une vocation, en sorte. En outre, quelle aubaine, vu que l’égalité femmes-hommes c’est tout de même une utopie et qu’il faudra toujours des femmes dont les hommes pourront disposer !

Je me demande parfois ce qui les empêche de voir l’égocentrique violence de cette opinion ? Comment font-ils pour, au nom du principe du « libre choix », cautionner les pires exploitations et violences ?
Comment font-ils pour ignorer que personne, jamais, n’est libre complètement, ni de son corps, ni de ses envies, ni de sa vie ? Notre cadre de vie dès la naissance, nos rencontres, nous font et nous défont constamment. Les institutions sont déterminantes, l’enseignement, les valeurs républicaines et/ou religieuses, politiques, syndicales sont des moules. Bien sûr chaque personne dispose d’une marge de manœuvre et fera des choix tout au long de sa vie, des choix cruciaux, mais toujours dans un cadre collectif et jamais en dehors du regard des autres et des codes des groupes d’appartenance et/ou de rejet. Un « sans abri » est aussi libre que moi, mais de quoi est-il ou elle libre exactement ? Suis-je aussi libre que d’autres qui détiennent des moyens que je n’ai pas (âge, revenus, formation, qualifications, réseaux, etc.) ?

Dans bien des situations, ce n’est pas la liberté qui protège les personnes, en particulier les personnes vulnérables ou fragiles, c’est la loi, le cadre social, les références culturelles et »morales », etc. Eriger le principe de liberté absolue en système politique, me semble, bien que je sois farouchement attachée à ma liberté, infantile et égocentrique.
Au nom d’un principe de « libre choix » dont la réalisation est parfaitement hypothétique, les gens qui justifient, maintiennent, renforcent le système prostitueur au nom du « libre choix », en réalité, se font les complices d’un système d’exploitation et de violences inouïes qui génèrent d’énormes profits et une criminalité toujours plus importante. La double peine ne leur fait pas peur, puisqu’ils la légitiment par la « liberté de choix ». Ainsi ils peuvent condamner en leur âme et conscience celles et ceux qui ont eu le mauvais goût de naître dans les basses classes, ont été victimes d’un accident de la vie, ont subi des violences sexuelles dans l’enfance, ou ont été victimes d’un proxénète ou d’un réseau, à se prostituer pour tenter de s’en sortir.

Ces « libertaires » et révolutionnaires aux contradictions effarantes sont les mêmes qui encouragent l’émergence des micro-identités, toutes les micro-libertés devant être promues. C’est aussi le cas dans le mouvement homosexuel devenu Mouvement L, G, B, T, Q, I, A, etc. ; à chaque fois qu’une poignée de personnes a une spécificité bien à elle et juge être plus gravement discriminée que les autres, il faut ajouter une lettre et sinon subir un constant harcèlement. Les droits de la lettre L (lesbiennes) sont toujours amplement ignorés par le Mouvement LGBTQIA… mais il faut prioriser, par exemple, les droits des I (Intersexués).
Ce principe de saupoudrage est le même pour toutes les catégories, de genre/sexe, mais aussi religieuses, ethniques, etc. Les micro-identités peuvent diviser les forces, seules les personnes concernées s’intéressant à leur micro-problème, pendant ce temps-là, d’autres ne se gênent pas pour continuer d’exploiter et opprimer massivement les populations !

Le plus important surtout, c’est de bien gommer qu’il y a toujours la moitié de l’humanité qui vit sous domination masculine, qu’il y a des systèmes d’oppression économique majeurs, etc. J’ai relevé de telles dérives, particulièrement en matière d’égalité de Genre : les études de genre, les Droits des femmes, ne devraient plus seulement être féministes et porter sur l’analyse et la déconstruction du système patriarcal, mais prendre en compte les droits des Trans. , les questions de genre n’étant plus seulement comprises comme une problématique d’égalité femmes-hommes mais comme une déconstruction du genre au profit d’un « troisième genre ». La question est intéressante mais ne devrait pas pour autant gommer les luttes féministes. Pourtant c’est bien ce qui se passe et l’on glisse d’une lutte contre les violences de masse du genre masculin à l’encontre du genre féminin, vers une problématique minoritaire, celle des personnes Trans. Comme si les rapports sociaux de sexe n’existaient plus, comme si l’écrasante majorité de la population n’était pas toujours pas plongée dans la dichotomie d’un monde dans lequel les femmes et les hommes n’ont toujours pas la même valeur ni la même place. Les personnes Trans. rencontrent en effet des discriminations avant, au cours de leur parcours de transition, et après (papiers d’identité conformes, etc.), ces problèmes doivent être adressées et résolus, mais pas au détriment des luttes féministes. Pourtant, même au niveau européen, les programmes et agendas des Gender issues (Egalité de genre) sont perturbés par la place disproportionnée accordée à des questions touchant des micro-communautés. Des conférences féministes sont sabotées par des trans./queer activists. Mon propos n’est pas de dire que les minorités n’ont pas de problèmes qui ne doivent pas être adressés bien entendu, mais que les équilibres doivent être maintenus et les efforts proportionnellement consentis.

Des jeunes LGBT, mais pas seulement, sont séduits par ces dérives issues des théories queers. Ils peuvent s’isoler un temps des réalités sociales, vivre entre eux, prétendre s’affranchir des rapports sociaux de sexe, choisir le genre qui leur convient, celui du « milieu ». Ils seront rattrapé-e-s par les réalités sociales, les plus lucides en tireront les conclusions qui s’imposent, mais certains tenteront d’imposer leurs revendications et plutôt que de contribuer à déconstruire le système patriarcal et la domination masculine en reconnaissant aux femmes le droit de s’organiser de façon autonome et prioritaire, s’attaqueront aux féministes, comme les queers trans-activistes qui ont cette année compromis la tenue d’une conférence féministe radicale, au Royaume-Uni.

L’instrumentalisation, la mise en valeur, la prolifération de micro-communautés au détriment d’une lutte de masse contre les systèmes d’oppression dominants, qui en bénéficie sinon le système patriarcal et ses bénéficiaires ? Jean-Michel Carré, tous les chantres de la « liberté de choix «, dans une société phallocrate et dépolitisée, en utilisant de la sorte ce concept de liberté, qu’ils en soient conscients ou non, empêchent les femmes de s’organiser pour revendiquer et obtenir l’abolition du patriarcat.

Ce qui m’étonne encore le plus c’est que tant d’intellectuels les cautionnent ; faut-il qu’ils aient démissionné devant l’indigence et la démagogie de ce « prêt à penser » ! Notre société de consommation, d’apparences et d’indifférences, malade de son individualisme, vide de sens collectif, encourage ceux qui sous couvert de subversion, contribuent au maintien et renforcent les systèmes de domination.

Il va pourtant bien falloir sortir de cet éclatement qui profite aux systèmes et revenir aux fondamentaux.

Christine Le Doaré

Fêter l’égalité citoyenne, se mobiliser pour l’égalité réelle !

4d0b6d1f8296150ad74f4af9df82f3c723 avril 2013, c’est fait ! Quelle histoire ! Des années de luttes associatives pour l’égalité des droits et si près du but, alors que tout semblait acquis, une violente vague d’homophobie que personne n’avait imaginée aussi tenace.

Personnellement, ce n’est pas tant l’égalité matrimoniale que je veux fêter, car l’institution du mariage m’importe peu, mais cette étape enfin franchie vers l’égalité des droits et une acceptation citoyenne formelle, des personnes homosexuelles. L’égalité des droits et des devoirs républicains supposait, dans des conditions identiques, l’ouverture au mariage, au divorce et à l’adoption pour les couples de même sexe.

Une injustice est réparée. Pour autant, je doute que cette loi change fondamentalement nos valeurs et notre culture profondément patriarcale. Le fait d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe aura peut-être des conséquences positives sur l’institution et l’ensemble de la société mais rien n’est moins sûr. L’institution est conservatrice, contraignante et de moins en moins prisée. Les français vont s’habituer à voir des couples de même sexe se marier et n’en parleront plus guère dans quelques années. Ce qui serait intéressant, c’est que des gays ou des lesbiennes en se passant la bague au doigt, éprouvent et désarment le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, qui gangrènent profondément notre société.

En effet, une bonne partie de l’opinion publique française, par ignorance ou par peur des différences a toujours beaucoup de mal à considérer l’homosexualité comme aussi simple et ordinaire que l’hétérosexualité. Si la réaction, orchestrée par une UMP méprisant les institutions républicaines, complice des exactions de l’extrême droite, a pu atteindre une telle ampleur, c’est bien parce que pour tant de gens, une personne homosexuelle ne vaut pas tout à fait une personne hétérosexuelle et d’ailleurs, il y a fort à parier, que marié-e-s ou pas, beaucoup de gays et de lesbiennes, dans leur famille, sur leur lieu de travail ou dans l’espace public, continueront de subir des discriminations, du rejet et parfois des violences.

J’ai milité des années pour l’égalité des droits car je juge inadmissible que des citoyens soient différentiés sur la seule base de leur orientation sexuelle et j’exige une acceptation et reconnaissance pleine et entière de l’homosexualité, néanmoins j’ai toujours été consciente que mon engagement féministe était plus déterminant pour parvenir à une société d’égalité réelle entre les personnes.
Tant que notre société ne se sera pas libérée de la domination masculine qui engendre le sexisme et l’homophobie, tant que le système patriarcal n’aura pas été vaincu, rien ne changera vraiment, en profondeur.

C’est tellement vrai qu’à la « Une » des journaux aujourd’hui, on ne parlait que de mariage GAY, ni par exemple, de mariage ouvert aux couples de même sexe, ni de mariage des gays et des lesbiennes ; et quasiment toutes les photos ou dessins publiés représentaient des couples d’hommes. Parce que malgré tout, dans une société phallocrate ce qui compte surtout c’est ce que vivent les hommes. Comme toujours, l’invisibilisation des lesbiennes est pour ainsi dire totale. Le mouvement LGBT en est bien responsable, lui qui peine tant à mettre la lutte contre le sexisme au cœur de la lutte contre les LGBTphobies.
Le mouvement homosexuel a bénéficié de la solidarité des féministes, à l’avenir, les lesbiennes et plus globalement les femmes, pourront-elles compter sur lui pour abolir le système patriarcal ? L’avenir nous le dira.

Ce 23 avril 2013, une étape est franchie, arrachée à une triste adversité grâce à un gouvernement déterminé, alors sachons l’apprécier et la fêter comme il se doit. N’oublions pas aussi de remercier les pionniers et les pionnières qui à l’époque se battaient dans une société ouvertement et fièrement homophobe. Enfin, admettons que ce n’est qu’une étape, d’autres luttes pour une égalité réelle et décisive, restent à gagner.

Christine Le Doaré

Avec ou sans récupération politique, le 23 avril, c’est « mariagepourtous » !

-Mardi 23 avril, pour les personnes LGBT et tous les progresssistes, ce sera un jour à marquer d’une pierre blanche ! Ce jour-là les institutions du mariage et du divorce seront aussi ouvertes aux couples homosexuels et lesbiens. Il aura fallu des décennies de luttes au mouvement LGBT pour parvenir à ce résultat, cette dernière année n’étant que la partie immergée d’un combat de longue haleine et d’un espoir soutenu, porté par un grand nombre de militant-e-s depuis les années 90. Pourtant, et c’est bien le plus choquant de l’histoire, personne ne s’attendait à ce que l’ouverture du mariage aux couples de même sexe serait aussi laborieux à obtenir, en France, en 2013.

Dans l’hémicycle, la gauche s’est montrée à la hauteur, portant haut et fort le projet de loi ; le gouvernement aura tout de même quelque peu tardé à dénoncer officiellement, les violences homophobes. En revanche, à droite, rien ne nous aura été épargné, ni l’ignorance, la mauvaise foi, l’irresponsabilité, ni la haine de l’extrême droite avec ses groupuscules fascisants du GUD et de CIVITAS prêts à tout pour jouer du bâton. Tous ces débordements, toute cette violence aura été le fait d’extrémistes comme l’intégriste catholique Christine Boutin et d’obscures personnalités en quête d’éclairage médiatique comme Frigide Barjot. Ils auront su mobiliser dans leur sillage des opposants, pour l’essentiel issus des milieux catholiques, les autres religions n’étant pas en reste, et de la droite bien pensante.

L’instantanéité de l’information et sa multiplication exponentielle par les réseaux sociaux auront considérablement amplifié ce phénomène d’opposition à une mesure que plus de 80% de l’opinion publique, soutient pourtant. En effet, la majorité représentative nationale tout comme l’opinion publique ont toujours et très majoritairement en faveur du projet de loi. Bien sûr il y a des homophobes en France et les nombreuses associations LGBT n’ont pas fini de lutter contre les LGBTphobies, discriminations et violences ; ni de déployer un travail pédagogique de fond et à long terme pour faire évoluer les mentalités. Les pouvoir publics auront certainement pris conscience de l’importance de les soutenir plus encore et de prendre en charge une partie de cette lourde charge.
A l’évidence, dans un tel contexte, les opposants mobilisent toujours plus et surtout de façon plus visible et spectaculaire que ceux qui attendent une mesure légitime et soutenue par une immense majorité.
Aussi, organiser des contre-rassemblements et manifestations de personnes favorables au projet était-il périlleux car si les gens se mobilisent plus facilement contre les mesures qu’ils jugent injustes, ils sont moins enclins à le faire pour une nouvelle disposition. En outre, sur ce sujet précis, la plupart des personnes concernées et leurs soutiens, ne pensaient pas que l’opposition se radicaliserait autant.
Avant le vote des deux assemblées parlementaires, il était judicieux de mobiliser et rassembler les personnes favorables au projet de loi. Si ce n’était pas indispensable à son adoption, il était utile de rappeler l’attachement des personnes LGBT et des citoyen-ne-s de notre pays à ce projet et surtout de dénoncer l’homophobie nauséabonde qui se manifestait à l’occasion.

En revanche, une fois la loi acquise, c’est-à-dire votée par les deux assemblées et n’étant plus qu’une formalité pour la seconde lecture à l’Assemblée Nationale, prendre le risque de rassemblements d’une ampleur prévisible bien inférieure à la mobilisation des opposants fortement radicalisés, c’est prendre le risque de ne rien démontrer de bien convaincant mais c’est aussi donner l’occasion de nouvelles violences aux extrémistes qui n’attendent que ça pour s’illustrer dans des actes inqualifiables.

Ceci relève d’une stratégie politique et associative. Vaut-il mieux attendre mardi et le vote solennel qui sera, que l’on soit ou non favorable au mariage en général, l’occasion d’une immense fête pour l’égalité des droits ou vaut-il mieux mobiliser à nouveau contre les opposants qui de toute façon ont perdu, avec tous les risques prévisibles ? Personnellement mon choix est fait, mais je comprends bien que d’autres puissent avoir un avis différent.

En tous cas et cela ne me surprend pas, ce n’est pas le choix qu’a fait Act-Up et quelques groupuscules qui en début de semaine, appelaient à un nouveau rassemblement dimanche. A ce moment précis du processus, c’est-à-dire à deux jours du vote solennel, je ne comprends vraiment pas à quoi ce rassemblement peut servir. Manifestation contre manifestation, surtout quand le nombre n’est pas en faveur de ceux qui pourtant ont toute légitimité à revendiquer, on a bien vu où ça menait.
En outre, selon moi, c’est le rôle des fédérations représentatives et qui ont mené à bien la lutte pour l’adoption de ce projet de loi, de proposer puis conduire une stratégie gagnante.
Il est très difficile de ne pas remarquer que ces fédérations, sachant qu’elles avaient la loi pour elles, n’étaient pas à l’origine, partie prenante de cette initiative mais ont fini par s’y rallier, probablement pour ne pas être en reste ni être accusées, bien à tort d’ailleurs, de faiblesse ; elles qui pourtant, ont effectué tout le travail de fond.

Dans les milieux politiques et associatifs, il y a toujours des groupes et/ou des personnes qui avec opportunisme, savent récupérer sur le fil, les fruits d’un travail. Dans le cas d’Act-Up, n’est-ce pas là l’occasion rêvée de se refaire une crédibilité LGBT alors que l’association, en perte de vitesse, n’est pas franchement représentative du Mouvement LGBT ? Difficile d’évaluer son bilan en matière de lutte contre le sida, les contaminations au VIH-Sida étant toujours aussi problématiques dans les populations gays et trans, mais elle n’en n’est pas la seule responsable ; en revanche, elle s’est beaucoup transformée ces dernières années, adoptant des pratiques qui ont été dernièrement dénoncées dans le texte publié à l’étranger : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/.

Pour beaucoup de féministes, et pas seulement, elle passe pour un modèle de misogynie. La lutte contre l’homophobie doit passer par la lutte contre le sexisme, mais Act-Up préfère se concentrer et s’illustrer dans des actions communes avec le STRASS.
Samedi dernier encore, ses militants jetaient du faux sang partout sur le trottoir devant la Machine du Moulin rouge où avait lieu la convention « Abolition citoyenne de la prostitution » du 13 avril, pour tenter d’impressionner les femmes prostituées qui courageusement avaient pris la décision de venir témoigner, ces femmes qu’ils prétendent représenter mais musèlent constamment dés qu’elles ne défendent pas leurs thèses néolibérales et patriarcales sur la prostitution. 11 membres du STRASS et d’Act-Up, leur co-présidente salariée en tête, tentaient d’impressionner les 500 participant-e-s venus s’engager pour un projet qu’Act-Up comme le STRASS s’acharnent à dénaturer et discréditer violemment.
Ils rabâchent sans cesse et malgré toutes les évidences, les mêmes mensonges, à savoir que le projet abolitionniste c’est la prohibition de la prostitution, alors que c’est justement l’inverse : les abolitionnistes veulent eux-aussi, l’abrogation du délit de racolage, mais également des alternatives sociales et économiques à la prostitution, des mesures d’éducation et de pénalisation du client prostitueur afin de les conscientiser à l’égalité femme-homme, au respect de la personne humaine et à une sexualité libre et hors des lois du marché, et enfin, des mesures de lutte sans merci contre la traite et les réseaux qui inondent nos trottoirs.
Tout le projet est exposé avec transparence sur ce blog : http://abolition13avril.wordpress.com/2013/04/17/systeme-prostitueur-apres-labolition-citoyenne-labolition-legislative/
Et puis, la liberté dont ils nous parlent, qu’elle est-elle ? La liberté d’exploiter, d’aliéner, de briser des femmes au nom d’une prétendue « créance » patriarcale à la sexualité ? Et toute cette souffrance pour enrichir qui ?

Les thèses patriarcales et néolibérales d’Act-Up sont préjudiciables aux femmes. Alors si nous sommes habitué-e-s à la récupération politique de ceux qui sont habiles à ramasser les lauriers que d’autres ont semés et pouvons dans certains cas et notamment quand l’intérêt collectif l’exige, faire preuve d’indulgence, vis-à vis de tels soutiens de l’exploitation des femmes, pour moi, c’est non et ce sera toujours non, d’autant plus si ça ne présente aucun intérêt stratégique.

Bien entendu, l’important n’est pas là. Ce qui compte c’est que le mardi 23 avril et même si beaucoup reste à faire, toutes les générations de militant-e-s qui ont œuvré à cet objectif, toutes les lesbiennes et les gays de ce pays, s’approcheront un peu plus de l’égalité des droits en France.

Christine Le Doaré

Le feu ça brûle !

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Il n’était pas difficile d’imaginer que dimanche 24 mars, « la manif pour tous » des opposants à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ne se déroulerait pas, sans mal.

Un mélange hétéroclite de français avait rendez-vous, autant pour rejeter le mariage pour tous, que la politique du gouvernement. A les regarder de prés, autant de conservateurs « bon teint » et « bon enfant », juste un peu sexistes, comme ceux qui offrent des poupées et des jupons roses aux fillettes et des camions et de la layette bleue aux garçonnets à Noël, que de déterminés réactionnaires, bien marqués UMP, croyants moralisateurs, sans oublier, à l’extrême, des membres du FN, des catholiques intégristes, tendance GUD ou Civitas.

Ce mouvement est financé et coordonné, comme tous les mouvements. Par qui et comment, c’est plutôt confus et la plupart des associations membres du collectif n’ont pas d’existence légale.
Ce qui est clair en revanche, c’est que dimanche, ils n’ont pas été débordés, ils ont organisé ces débordements. En effet, des autocollants appelant à investir les Champs-Elysées avaient été apposés en masse les jours précédents.
Pourtant, ils le savaient pertinemment, les Champs-Elysées, n’étaient pas sur le parcours autorisé par la préfecture. Ils appelaient donc sciemment les manifestants, hommes, femmes, enfants, à bafouer la loi, à leurs risques et périls. En France, le parcours d’une manifestation est négocié avec la préfecture, ensuite, les organisateurs s’engagent en le signant. Les forces de l’ordre ont certes pour mission de garantir aux manifestants de défiler librement et selon les modalités convenues, sans être importunés par des contre-manifestants notamment, mais elles doivent également veiller à ce que les manifestants remplissent leur partie du contrat et défilent paisiblement, sur le parcours prévu.

Des membres de l’extrême droite, du GUD et autres, ont tenté de déborder les organisateurs eux-mêmes, puis le dispositif policier. Les images parlent d’elles-mêmes, approchant de la Place de l’Etoile, ils ont insulté et frappé des CRS, tout en incitant des manifestants à les suivre, y compris ceux qui étaient accompagnés d’enfants pour s’en servir comme boucliers ; les CRS ont riposté en lâchant des gaz lacrymogènes. Ce n’est certes pas glorieux, mais c’est la règle. Personne ne va comme ça à l’Elysée, même en prenant l’espace public pour un vaste théâtre où dérouler un script pathétique « Versaillais debout, défendons nos privilèges », rehaussé d’une Marseillaise bramée entre deux tirs de gaz lacrymogène !
Qui à gauche, n’a pas un jour, été aspergé par ces gaz, lors d’une manifestation étudiante ou autre ? Il faut vraiment faire partie du peuple de droite pour ne pas savoir comment les forces de l’ordre font respecter la loi !

Une telle mauvaise foi est confondante, seule une population privilégiée et à l’abri des avatars des luttes de classe pouvait tomber dans un tel panneau. Qu’elle s’en prenne aux organisateurs imprévoyants et qui pour faire nombre, se sont compromis dans des alliances honteuses.

En revanche, quand Mme Boutin demande le lendemain de la manifestation, le retrait de la loi, on se demande si les gaz n’ont pas quelque peu atteint son cerveau ?! Allons voyons, Madame, reprenez-vous et plongez vous dans votre Constitution ! Pour quelles raisons, le Parlement devrait-il renier son vote ou le gouvernement l’annuler ? C’est tout simplement grotesque et vous le savez. C’est le propre même du fonctionnement démocratique de nos institutions et dans notre pays, la rue n’a jamais gouverné.
Mme Boutin, rappelez-vous que vous avez perdu les élections, que les chambres sont souveraines et que même si 300 000 personnes dans la rue, ce n’est pas quantité négligeable, ça ne représente jamais qu’une infime partie des électeurs et de l’opinion publique.

Mais surtout, souvenez-vous que l’opinion publique française est favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, elle s’est exprimée à de nombreuses reprises sur la question ; elle a voté à gauche aux dernières élections et pour un programme qui comportait bien cette mesure. Dites-vous bien que les français n’ont pas envie d’être ridiculisés en Europe ni dans le monde ; ils n’assumeront pas cette réputation de pauvres bigots, rétrogrades, couards, incultes, que vous leur faites ; vous croyez vraiment que nos concitoyens sont assez misogynes et homophobes pour cautionner une telle inégalité des couples devant la loi ?

Et puis voyez-vous, cette carte, vous l’avez déjà jouée, à l’époque du PaCS. Vous nous avez alors mis la France à feu et à sang, avec une homophobie et lesbophobie indignes d’un pays qui s’est si longtemps revendiqué exemplaire en matière de défense des Droits Humains. Vous recommencez, et pourtant vous le savez, ce n’est qu’une question de temps, ce texte sera adopté, mieux encore, personne ne reviendra dessus et dans quelques années vous prétendrez l’avoir soutenu.

Dimanche, dans cette pathétique et désespérée manifestation de force, toute la droite s’est discréditée. Elle était prévenue, seul l’irréparable pouvait être commis.

Limpidité d’un mouvement, opacité d’un lobby

k8475715Masquer une absence de représentativité, le véritable enjeu du lobby pro-prostitution et de son syndicat « libéral » ?

Un article est paru la semaine dernière sur le lobby pro-prostitution en France : Anatomie d’un lobby pro-prostitution – Étude de cas: le STRASS, en France. (http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/)
Il contient des révélations gênantes pour ce lobby et ses alliés politiques, ses financeurs ; certaines informations, à la marge sont erronées, mais pour l’essentiel, les renseignements sont exacts et compromettants. La question qui n’est pas traitée en revanche, c’est pourquoi ? Pourquoi ce lobby se comporte t’il ainsi et surtout pourquoi s’arroge t’il le droit de parler au nom des femmes prostituées ? Pourquoi, doit-il se comporter d’une façon aussi abusive et disproportionnée, face au mouvement abolitionniste ? Quels sont les enjeux qu’il entend préserver ?

Les abolitionnistes n’ont qu’une seule motivation : la défense des personnes prostituées. Quoi d’autre ? Cherchez bien, pour quelles autres raisons, est-on abolitionniste ? Des raisons religieuses ? Pour certains, mais la plupart de ceux que je connais sont athées, (au début du siècle dernier, les fondateurs du mouvement abolitionniste avaient des motivations religieuses, mais c’étaient des prêtres ouvriers, pas des cardinaux !) J’ai beau chercher, je ne vois pas d’autres motivations. Les abolitionnistes savent que l’argent de la survie et/ou l’emprise d’un proxénète ou le rapt d’un réseau maffieux sont les seules raisons de la prostitution. Ils ne peuvent accepter que des êtres humains, et à plus de 95% des femmes, soient ainsi condamné-e- s à se faire violence pour sortir de la misère et /ou condamnées à subir la contrainte des souteneurs ou de la traite.

Les abolitionnistes n’ont donc qu’un seul objectif : que cessent les violences, l’exploitation et l’esclavage sexuel des femmes sacrifiées à la domination masculine et à sa légendaire incontrôlable sexualité. La prostitution est en réalité, bien moins affaire de sexualité que de pouvoir et de contrôle. Les phallocrates pensent avoir un droit, une créance, d’ordre divin peut-être ( !), à la sexualité, et veulent l’exercer où et quand bon leur semble. Ceci constitue en soi, un obstacle objectif à l’égalité femme-homme.

Pas leur sœur, pas leur mère, pas leur femme, mais un quota de femmes, que les clients et l’ensemble du système prostitueur appellent, prostituées, putes ou sex-workers, et qui doivent s’estimer heureuses d’être payées. En réalité, ce ne sont ni des putes, ni des prostituées, ni même des sex-workers, mais bien des femmes. Des femmes pénétrées passe après passe, jusqu’à la nausée, quand elles ne sont pas agressées, violées, tuées. Ces femmes sont de plus en plus jeunes et de plus en plus nombreuses, elles sont déplacées, entassées sur les lieux de prostitution, qui comme un gangrène, prolifèrent partout sur la planète. Les industries du sexe rivalisent d’imagination et les profits de cette entreprise capitaliste mondialisée sont toujours de plus en plus élevés.

Les abolitionnistes savent qu’une prostitution résiduelle survivra, au moins un temps, le temps de l’éducation et de la sensibilisation d’une ou de plusieurs générations. Mais ils veulent agir sur les violences, freiner les trafics, sensibiliser les femmes les plus fragiles, les étudiantes, les précaires, etc. et avancer vers une société plus humaine. Les abolitionniste luttent contre le système prostitueur et veulent aussi sensibiliser le client prostitueur qui génère la demande et alimente financièrement le système. Les clients prostitueurs peuvent comprendre que ce ne sont pas des putes, prostituées ou sex-workers qu’ils payent mais des femmes, que jamais un consentement ne s’achète, que la sexualité est libre et gratuite, que l’égalité est un espoir citoyen responsable.

Le projet abolitionniste n’est pas vraiment difficile à comprendre. Certes, il est souvent dévoyé et présenté comme prohibitionniste (répressif), mais toute personne de bonne volonté peut consulter le site Internet http://www.abolition2012.fr et prendre connaissance des détails du projet, constater que l’abrogation du délit de racolage est une condition, etc. C’est malgré tout un sujet de société complexe et tout le monde ne parvient pas à se faire une opinion. En revanche, le lobby pro-prostitution refuse un débat honnête et se commet dans des postures répréhensibles tant par leur outrance, que par leur violence. Dans tous les cas, rien ne justifie d’attaquer ainsi un projet abolitionniste aussi transparent, féministe et humaniste ; on peut ne pas être d’accord sur tout, on peut ajouter, retrancher ou modifier des points du projet mais une telle agressivité cache forcément quelque chose.

Selon moi, le lobby pro-prostitution et ses allié-e-s, sont essentiellement masculins et/ou ont une conception du féminisme qui se limite au slogan des années 70 « libre de son corps » (dont beaucoup sont revenues, ayant compris, que cette liberté revenait dans le meilleur des cas à justifier une disponibilité permanente au désir masculin), et sans penser que sans égalité pas de liberté, sans compter que la liberté de s’aliéner, au minimum, ça se discute. Souvent, comme pour mieux faire diversion, le lobby pro-prostitution se prétend féministe, mais remarquez bien que ce n’est jamais que lorsque l’on parle de prostitution (et donc d’appropriation du corps des femmes) ; en réalité, il suffit de creuser un peu pour comprendre que leurs références « féministes » relèvent plus de Marcella Iacub que d’Andréa Dworkin !
Le STRASS a bien fini par mettre en avant quelques porte-paroles femmes, question de crédibilité, (en général, elles n’y survivent pas bien longtemps), mais il a bien été fondé et reste contrôlé par des hommes, souvent gays et activistes. Je n’ai rien contre eux personnellement, même s’ils me diffament et menacent régulièrement, faisant ainsi la démonstration de leur vacuité politique, mais je me demande pourquoi ils pensent avoir le droit de parler au nom des femmes prostituées ?
Cette poignée d’hommes, à longueur d’interviews TV ou presse, dévoile les caractéristiques de sa prostitution (Travesti en femme, fouetter des clients fonctionnaires et/ou résidents des beaux quartiers et/ou homos refoulés puis empocher 250 euros la demi-heure http://www.2h27.fr/2010/04/nuit-maitresse-gilda-travesti-dominatrice-prosititution-sexe/ ; d’autres escorts Internet, sélectionnent leur clientèle sur le Net) ; à l’évidence, ceci n’a rien de commun avec l’essentiel de la prostitution féminine qui représente pourtant l’écrasante majorité de la prostitution.
L’activité est en effet peu risquée et lucrative (mise à part la prostitution de rue, de jeunes migrants souvent livrés aux réseaux, et dont on entend si peu parler). On comprend mieux la vivacité de ce lobby à protéger son business à tout prix et par tous les moyens. On comprend moins bien que des politiques qui prônent la décroissance et prétendent combattre les effets du néo-libéralisme, exercent à son égard une telle bienveillance.

Comment peuvent-ils venir à bout de telles contradictions si ce n’est en laissant croire que les abolitionnistes sont des assassins, que ce sont eux qui propagent le sida, qu’ils vont être responsables des prostitué-e-s refoulé-e-s hors des villes dans des zones à risque, etc. bref, en tentant de les discréditer ? Pourtant, ils le savent pertinemment : seuls les clients qui dans une perpétuelle surenchère baisent sans capote, contaminent au VIH-sida ; et tous les abolitionnistes militent pour l’abrogation du délit de racolage et ne sont en rien pour la répression bien au contraire, ils interviennent régulièrement pour la défense des personnes prostituées, qu’ils suivent, dans leurs associations.

Quand les femmes prostituées se révoltent contre cette hégémonie masculine et à l’instar des réseaux de « survivantes de la prostitution » expliquent que ces prostitués gays sont, consciemment ou non, des alliés objectifs du système prostitueur, leur parole est violemment déniée, bafouée. Ce lobby voudrait préserver les privilèges masculins du système patriarcal quitte à anéantir les femmes prostituées, qu’il ne s’y prendrait pas mieux. Est-ce pour cette raison, qu’il se croit obligé de diffamer, salir, pervertir le projet abolitionniste et les abolitionnistes comme les anciennes prostituées qui le dérangent ? Moi, à force, je finis par le croire.

L’enjeu principal pour ce lobby n’est-il pas de masquer à tout prix qu’il n’est pas si représentatif des personnes prostituées ? Les femmes prostituées ont tout à gagner à l’abolition, car celles qui le souhaitent pourraient bénéficier du projet abolitionniste et de l’accompagnement socioprofessionnel à une reconversion. Il semble bien que leurs intérêts ne convergent que très peu et d’ailleurs, mise à part une ou deux prostituées très occasionnelles, femmes, dans les manifestations, regardez-bien, vous y verrez des associations financées pour un tout autre objet, des patrons de boites et/ou bars gays, quelques activistes, mais pas de femmes prostituées ou si peu. Un peu de bon sens et de sens de l’observation ne nuisent jamais. Désormais, moi, ce sont les femmes prostituées que je veux entendre, en tous cas pas un syndicat « libéral » !

si vous pensez que l’égalité femmes-hommes est possible, si vous voulez contribuer au projet abolitionniste et construire une alternative à la prostitution, rejoignez-nous le 13 avril prochain, à la Machine du Moulin Rouge pour l’abolition citoyenne de la prostitution.

Retrouvez l’événement sur le blog : abolition13avril.wordpress.com
Twitter : @abolition2012
Facebook : http://www.facebook.com/abolition2012?ref=hl

La prostitution GAY, différente ou pas ? Parlons-en !

309699_200637723409666_1722581334_nQuand on parle de prostitution, c’est rarement de prostitution gay, marginale au regard de l’ensemble. Marginale, mais pas négligeable, notamment dans les grandes villes, et selon Google insight, la région Provences-Alpes-Côtes d’Azur est autant concernée que l’Ile de France et même la dépasse. Cette forme de prostitution étant peu étudiée, il vaut mieux connaître les milieux homosexuels pour l’appréhender, et même alors, elle garde sa part d’ombre.

A la parution de « Double-vie » d’Hervé Latapie, on a lu que ce livre allait enfin briser les tabous. L’auteur, propriétaire des soirées « La boite à frissons » de la boîte gay « Le Tango », allait nous révéler de l’intérieur, les dessous de la sulfureuse prostitution gay. Mais, la démarche d’Hervé Latapie n’est pas celle d’un sociologue, aussi, ce livre ne nous éclaire-t-il guère mieux que les rares articles – témoignages parus dans la presse ces dernières années. Le principal intérêt de « Double-vie » est de nous confirmer que cette prostitution se passe désormais moins dans la rue que sur Internet et que ce sont les clients qui parfois incitent à se prostituer ceux qui s’inscrivent sur les sites de rencontre et n’y auraient pas toujours pensé d’eux-mêmes.

A la question, la prostitution gay est-elle comparable à la prostitution des femmes, Hervé Latapie répond non, car selon lui, le rapport de domination hommes/femmes du système patriarcal est absent. Logique me direz-vous ? Pas tant que ça ! Claudine Legardinier aurait plu compléter son analyse : « Au nom d’une prétendue subversion, on entérine l’expression la plus cynique du capitalisme libéral, prêt à tout pour transformer les femmes, produit hautement rentable, en marchandises prêtes à consommer. On redore le blason de la pire idéologie machiste, celle qui assigne les femmes à la fonction éternelle de « putain » et dote les seuls hommes d’une sexualité, du moins d’une pulsion qui fonctionne à l’urgence et nécessite un exutoire. « par : dans le cadre d’une exploitation capitaliste et machiste, certains hommes aussi, sont transformés en produits de consommation sexuelle correspondant aux attentes d’hommes qui en désirent d’autres.

Pour lutter contre l’exploitation des êtres humains, il faut adopter des politiques économiques et sociales progressistes mais aussi abolir le système patriarcal et ses privilèges. Comme l’a si bien dit Benjamin, le seul jeune escort interviewé par Latapie qui porte une analyse critique sur la prostitution, le seul vrai tabou en matière de prostitution gay, porte sur la sexualité masculine : « plus besoin de prostitution le jour où la sexualité masculine sera enfin questionnée ».

1. Il semble toutefois qu’il soit possible de relever au moins cinq différences avec la prostitution des femmes

1.1 Le mode de rencontre avec les clients : pas seulement, mais principalement via Internet
C’est désormais une prostitution qui se pratique principalement via Internet. Escort, c’est plus distingué que « prostitué », ça masque l’acte et ses réalités. Quelques escorts sont même côtés, ils disent trier leurs clients sur le volet, mais pour la plupart d’entre eux, c’est loin d’être aussi « glamour ». Des sites de rencontre gays entremêlent les rencontres amoureuses et/ou sexuelles avec la prostitution.
Rentboy, Escupido par exemple ou encore Gay Roméo, très connu des gays et plus généralement des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, et qui compte 2 500 escorts répertoriés. Les sites Internet comme Gay Roméo dont le siège social est en Hollande, contournent la loi et se domicilient à l’étranger pour éviter le délit de proxénétisme (définition : « aider, assister ou protéger la prostitution d’autrui »). En effet, la cyber-prostitution est illégale en droit français, la décision du 8 mars 2007 du TGI de Bobigny a condamné du chef de proxénétisme, un développeur de site Internet pour avoir « aidé, assisté ou protégé la prostitution d’autrui » en créant, moyennant rémunération, des sites Web de prostitués. En outre, l’article 225-6 du code pénal condamne le fait de « faire office d’intermédiaire entre deux personnes dont l’une se livre à la prostitution et l’autre exploite ou rémunère la prostitution». Les sites français, de petite annonces en particulier, opèrent donc une modération pour éviter les condamnations, les annonces sont rédigées en conséquence, elles font souvent référence à des massages et du bien être et ne mentionnent pas de tarifs. Les prostitués eux, s’ils ne racolent pas ostensiblement, au plan pénal, ne risquent rien en France.

La prostitution gay se pratique aussi dans certains saunas et encore par le biais de petites annonces de services de massage publiées sur des sites d’annonces qui comportent une rubrique « Escorts boys Paris » comme Vivastreet.

La prostitution de rue quant à elle, ne représenterait plus que de 15 à 20% de la prostitution masculine, alors que jusqu’aux années 80, elle était fréquente dans les lieux de drague et de socialisation, à Montmartre, rue St Anne et ailleurs. Le groupe Pin’aides (prévention) de l’association Aides a établi que les garçons avaient déserté les rues pour les forums de discussion sur le Net, les chats et les webcafés ou encore le téléphone, car cela leur rapporte plus tout en étant moins risqué. En revanche, ceux qui continuent de tapiner Porte Dauphine ou dans le bois de Boulogne, n’ont vraiment pas le choix. Ils sont Albanais, Roumains, Africains, maghrébins ou Turcs, le plus souvent sans papier. Parmi les mineurs, beaucoup de Roumains. Comme dans l’univers de la prostitution de rue féminine, ceux-là sont en proie aux intimidations, au racket, et à toutes sortes de violences. Dans une extrême précarité, ils luttent pour une survie quotidienne, et de ce fait, sont notamment insensibles à toute prévention aux IST.

1.2 Une relative indépendance, pas ou peu de macs et de réseaux, mais souvent, de discrets intermédiaires
La plupart des hommes prostitués, notamment ceux qui utilisent Internet, sont indépendants. Ils sont beaucoup moins souvent que les femmes prostituées, sous l’emprise d’un proxénète ou d’un réseau mafieux. Pour les garçons des rues en revanche, parfois travestis, souvent immigrés et mineurs, il en va autrement et des jeunes Roumains, par exemple, sont sous le contrôle de réseaux prostitueurs.

Les lieux « interlopes » où se mélangeaient clients et prostitués avant les années 80, n’ont plus ouvertement cours. Pourtant, ceux qui exercent cette activité via Internet ont souvent commencé en fréquentant des boites et bars gays où il arrive que des patrons, semble t’il sans en retirer de bénéfices directs et donc risquer d’être accusés de proxénétisme, les mettent en contact avec leur clientèle. Il s’agit alors d’une forme de parrainage subtil et trouble dans lequel chacun prétend trouver son compte. Des Patrons de boîtes ou bars gays mettent en contact leurs protégés, avec les clients potentiels, à commencer parfois, par eux-mêmes. L’escort fait boire les clients, en échange, une chambre lui est mise à disposition.

Un témoignage extrait d’un article publié dans Rue 89 : « Je vais souvent dans un bar gay et le patron qui me connaît très bien, m’envoie des clients. Il a un appartement exprès à disposition. La seule compensation, c’est que je fasse boire un peu le client avant de m’isoler avec lui dans la chambre ».
En réalité, on n’est pas loin de ce que l’on appelle un « souteneur » et il s’agit bel et bien d’une forme de proxénétisme qui ne dit pas son nom et se dissimule derrière une façade de solidarité.

Ceux qui militent pour la légalisation, réclament pour les prostitué-e-s un statut de travailleur indépendant afin d’empêcher l’enrichissement d’intermédiaires. Laissons de côté les arguments politiques tels que : si c’était un travail, on trouverait des offres pour prostituté-e-s à Pôle emploi, etc. ou encore : la volonté de quelques individus de louer leurs corps – et non leur force de travail intellectuelle ou physique – ne peut prévaloir contre les exigences de l’égalité femmes-hommes ni contre un projet de société humaniste et féministe, etc., questionnons plutôt leurs motivations. A n’en pas douter, certains réglementaristes sont sincères et désintéressés, guidés par l’idée d’une liberté sans limite, oubliant que sans véritable choix, il ne peut y avoir de véritable liberté. Sans compter que payer c’est imposer ce qui sinon ne se produirait pas, c’est antinomique avec toute notion de liberté, forcément gratuite ; par définition, se prostituer ne peut jamais constituer une liberté. Mais d’autres, ont des motivations plus douteuses et se donnent bonne conscience en soutenant voire en initiant, de plus jeunes, à la prostitution.
J’ai beau m’interroger, je peine à trouver crédible la promotion d’une prostitution « meilleur des mondes », empreinte de respect et à fortiori de solidarité.

1.3 Des prostitués jeunes et même très jeunes (A quelques exceptions prés, liées aux pratiques sexuelles : SM…).
Ils sont le plus souvent très jeunes (en moyenne entre 16 et 25 ans), gays eux-mêmes mais pas toujours, et un bon nombre sont étudiants, mais aussi et de plus en plus souvent, salariés. Une partie du « milieu gay » cultive le jeunisme et survalorise le culte du corps et des apparences, il faut être jeune, beau, en forme et sapé dernier cri. L’argent roi, au cœur d’une superficielle société de consommation.
Dans ce milieu-là, passés, 25 ans, les hommes redoutent de ne plus séduire, donc exister. Alors, pensez bien, s’il faut payer, il y a intérêt qu’ils soient jeunes et beaux ! Pour ceux qui sont gays, nous venons de le voir, l’initiation à la prostitution commence souvent par les sorties en boite, et ce dés 15/16 ans, grâce à la complicité de patrons de boîtes. Pour financer un tel train de vie (la tenue qui va bien, l’entrée, les consommations, le taxi pour rentrer…), ils acceptent rapidement les propositions et ce d’autant plus qu’elles leur sont présentées pour leur rendre service et en toute amitié.

Les garçons qui tapinent dans les rues et dans les bois, souvent très jeunes eux-aussi, doivent enchaîner les passes avec des hommes plus ou moins scrupuleux et mettent leur vie en danger. Ceux-là pour une poignée d’euros (20 ou 30 €) subissent les pires humiliations et violences. J’en ai rencontré qui fréquentaient la permanence sociale ou le bar associatif du Centre LGBT Paris, qui passaient s’approvisionner en préservatifs, beaucoup disaient leur haine des hommes qui les exploitent, certains parlaient même de se venger un jour des viols subis.


1.4 La motivation principale des prostitués gays est aussi l’argent, soit pour vivre ou survivre, mais leurs tarifs sont plus élevés, en moyenne, que ceux des prostituées femmes

La motivation des prostitué-e-s de rue est la même qu’ils soient hommes ou femmes, c’est la survie (le tarif moyen d’une passe est entre 20€ et 50 €) ; parfois ils sont sous emprise, mais c’est beaucoup plus rare chez les prostitués masculins. Pour les escorts Internet, le prix courant se situe entre 150 € / H et 500 € la nuit ou la journée, mais pour les escorts gays « de luxe » on peut monter jusqu’à 300 € / H et 3000 € la nuit ou la journée (Les tarifs de la plupart des escortes femmes sont inférieurs : escortes du Net 100 € / H et 300 € la journée ou la nuit et escortes « de luxe » entre 200 € / H et 2000 € la journée ou la nuit).
Concernant les escorts Internet, « de luxe » ou pas, la promesse d’argent facile pour accéder aux exigences de consommation d’un milieu et de ses dictats en matière de mode et de standing, est parfois incitative.
Les plus prévoyants placent leur l’argent pour garantir l’avenir. Mais pour la grande masse de ceux qui négocient un tarif moins élevé, il ne s’agit ni de survie ni de luxe, mais bien d’arrondir des fins de mois difficiles ou de financer des études.

Globalement et en moyenne, les tarifs sont proportionnellement plus élevés pour les hommes que pour les femmes prostituées. Un témoignage d’un escort hétérosexuel pour gays, extrait d’un article publié dans Rue 89 : « Mais quand on a besoin d’argent, on ne réfléchit plus trop. Et c’est beaucoup plus facile et rentable d’être escort pour les hommes plutôt que pour les femmes. »

Autre témoignage toujours extrait d’un article publié dans Rue 89 : « Parce qu’on est pas des putes. Le tarif est beaucoup plus élevé, on a donc le luxe de choisir nos clients. Et le point commun avec tous les escorts est qu’ils sont tous plus ou moins beaux. «

Ces jeunes hommes nous rappellent que nous vivons dans une société sexiste dans laquelle la position sociale et l’argent détenu par les hommes leur confèrent le pouvoir de dominer, et ce quelle que soit leur orientation sexuelle ; même les « victimes » du système s’en sortent, en général, mieux en étant des hommes plutôt que des femmes.

1.5 D’autres raisons à la prostitution gay, notamment l’homophobie familiale et sociale, la difficulté d’acceptation de son homosexualité et le manque d’estime de soi
En Suède, pays abolitionniste (et non prohibitionniste), le nombre de garçons qui se prostituent est deux fois plus élevé que celui des filles. Selon une récente étude, 2,1% des jeunes hommes suédois entre 16 et 25 ans et 0,8% des jeunes femmes se sont prostitués en 2012. Selon le Conseil national de la jeunesse, ces 20 000 jeunes sont en souffrance sociale et/ou psychologique, mais si les garçons sont plus nombreux que les filles, c’est que « les jeunes hommes homosexuels peuvent accepter plus facilement leur sexualité s’ils le font en échange de quelque chose: quelques bières, une recharge téléphonique, etc. «

On comprend ici, que la prostitution est alors pour certains jeunes gays, un moyen d’assumer son homosexualité. J’ai personnellement vérifié cette hypothèse au moins une fois : « Je ne suis pas homo, je suis prostitué pour hommes, c’est pas pareil » m’a dit un jour un jeune homme passé pour un débat au Centre LGBT Paris, pourtant, je l’ai revu, quelques années plus tard, sorti de la prostitution et gay assumé, peut-être ne s’était-il agit pour lui que d’une étape vers l’affirmation de son orientation sexuelle ?

Régulièrement, de jeunes gays sont rejetés par leur famille homophobe, certains se tournent vers la prostitution pour survivre. Ils peuvent grossir les rangs des prostitués de la place Dauphine ou du bois de Boulogne, mais aussi tomber sous la subtile protection de patrons de bars ou de boites gays. Ces derniers considèrent leur rendre service et même exercer une solidarité communautaire à leur égard. En effet, des liens naissent parfois de ces rencontres, il n’en demeure pas moins vrai que ces relations inégalitaires profitent surtout aux adultes ou plus âgés et établis, qui exercent un véritable ascendant sur leurs jeunes « protégés » dont ils aiment s’entourer.

Ces raisons-là de se prostituer sont très spécifiques à la prostitution gay ; adopter des programmes de prévention et d’éducation pour mieux lutter contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie à l’école et dans l’ensemble de la société, devraient constituer d’efficaces moyens de prévention. Si les chercheurs se donnaient la peine de s’intéresser à la question, il est probable qu’ils trouveraient chez de jeunes prostitués gays un pourcentage significatif d’entre eux ayant subi des violences sexuelles dans l’enfance.

Des témoignages que j’ai recueillis tout au long de mon expérience associative dans le mouvement LGBT, il ressort que des prostitués gays éprouvent du dégoût envers eux-mêmes et leurs clients, d’autres non. Pour les garçons de la Place Dauphine, c’est très clair, le désespoir souvent lié à un exil décevant et des conditions de vie déplorables entrainent des comportements à risque avec les conséquences sanitaires que l’on imagine sans peine. Ils ne se respectent plus et moins encore leurs clients. Pour les autres, c’est moins homogène. Ceux qui sont sous l’influence des codes du « Marais » pour faire court, vouent un tel culte à la mode et au monde du luxe, qu’ils peuvent trouver dans la consommation, matière à se valoriser, ceux-là disent se prostituer sans plus y penser. Et puis il y a tous les autres, ceux qui ne se prostituent que sous l’emprise de drogues, ceux qui cachent se prostituer à leur entourage, ceux qui ont déjà posé la date de fin d’une parenthèse prostitutionnelle, soulagés de savoir que ça ne durera qu’un temps qu’ils s’empressent ensuite d’oublier, etc.

Extrait d’un article publié dans Rue 89 : « Chaque garçon a une histoire particulière, mais tous les quatre ont une certitude : c’est qu’ils arrêteront. D’ailleurs Medhi n’est plus de ce milieu depuis qu’il a rencontré quelqu’un. Yoann lui, veut augmenter la cadence avant de tirer un trait définitif « je suis à quatre clients par mois, j’aimerais bien enchaîner plus. Je pense que j’arrêterai quand je ne serai plus étudiant, dans deux ou trois ans. J’espère en avoir moins besoin, et puis, je serai moins attractif ». Alexandre aussi est sûr d’y mettre fin : « Evidemment, dés que j’ai un travail stable, j’arrête. C’est juste un passage que j’effacerai de ma tête plus tard, en me disant « j’ai été con quand même ». Enfin, Jérémy diminue les rendez-vous avant de tourner la page, dès qu’il pourra vivre de la danse ».

Il y a peu de témoignages d’escorts gays, une fois arrêtée la prostitution. Ce n’est sûrement pas pour rien ! Ce qui est certain, c’est qu’ils commencent en pensant savoir quand ils arrêteront, ils semblent fixer les limites. Il faut dire que de toute façon, elles leur sont imposées par l’âge, rédhibitoire dans les « milieux gays ».
Chez les femmes prostituées le paramètre de la période de temps acceptable est beaucoup moins présent. A nouveau, on retrouve les différences sociales entre les hommes et les femmes dans une société patriarcale ; dans l’ensemble, les hommes gardent mieux le contrôle sur leur vie et sont moins sujets aux relations d’emprise et de domination, ils s’en sortent mieux financièrement. Toutefois, je doute que tous s’en sortent aussi bien et je pense notamment à ceux qui basculent dans l’alcool et la drogue pour tenir, ceux qui se retrouvent contaminés par une ou plusieurs IST. Si globalement, les escorts gays interviewés disent avoir confiance en eux et en l’avenir, car ils ne feront qu’un court passage par la prostitution, en sortiront-ils vraiment indemnes ? Quel recul avons-nous, et qui s’y intéresse vraiment ?
Les travaux sérieux sont pour ainsi dire inexistants, les sociologues français boudent la question, ce qui n’est pas le cas au Canada où Michel Dorais notamment, a publié un ouvrage sur la prostitution gay.


2. Les clients et leurs motivations

Selon le témoignage d’un jeune escort, après une expérience de 10 mois de prostitution et de 150 rencontres : le client type est soit un homme marié ou âgé qui a besoin de parler, soit un gay actif et hyperbooké, soit un jeune amoureux de l’escort prêt à payer pour passer du temps avec lui (confusion entre la rencontre et la prostitution, propre aux sites de rencontre et/ou aux rencontres en boîte).

Tous les escorts le disent, la majorité des clients sont des hommes mariés, en couple hétérosexuel. D’après Maitresse Nikita, qui contrairement à ce que son nom indique est un homme, « 95% des clients des tapins travestis sont des hétéros ». Hervé Latapie, le confirme dans Doubles vies : « Or aucun de ceux là n’a accepté de me rencontrer. J’ai dû me limiter à des clients ouvertement homosexuels. ».
Doubles vies est donc construit autour d’une vingtaine d’interviews de clients gays pourtant très minoritaires. Si les gays ne sont pas tant consommateurs de prostitués c’est probablement parce que les lieux de consommation sexuelle gay : bars, back-rooms, saunas, bois, etc. sont très nombreux et les gays, en général, moins contraints dans leur sexualité.

Les clients masculins ont-ils un regard différent sur les prostitués gays que sur les prostituées femmes ? On pourrait se rassurer comme le fait Hervé Latapie dans son livre, en affirmant qu’un client d’escort ne peut être soupçonné d’exercer le pouvoir de la domination masculine sur une personne de son sexe, qui plus est, un autre homme. En réalité, il s’agit bien d’une relation de pouvoir, économique et sociale, mais psychologique aussi. Celui qui impose un rapport sexuel par l’argent exerce un ascendant.
Pourtant la sexualité n’est pas un dû, elle relève de la relation à l’autre et de son désir.
Dans toutes les formes de prostitution, le client, à une écrasante majorité pour ne pas dire quasi-totalité, est un homme, presque toujours plus aisé et plus âgé que la personne prostituée. Le prostitué masculin, même s’il s’en sort mieux que les femmes, est alors lui aussi instrumentalisé et réduit au rang d’objet, de marchandise. Et même si des clients basculent dans l’affectif, imposer ce lien par le biais d’un acte, voire même d’un simple contact, prostitutionnel, leur permet à très bon compte, d’exercer un contrôle sur l’objet de leurs désirs et de satisfaire leur besoin de domination.
Qu’elle en soit consciente ou non, la transaction financière scelle l’anéantissement de la volonté et donc du consentement de la personne prostituée qui souvent se réfugie dans la dissociation, système de défense pour se détacher des perceptions et souvenirs.

3. En conclusion
A nouveau, la parole à Benjamin qui se qualifie de « pute anarcho-anticapitaliste « dans « Double-vies » : «Le problème est dans la sexualité masculine. La prostitution, c’est parce que la sexualité masculine va mal et ça fait des milliers d’année. » Sans son monde idéal, il n’y aura plus de prostitution car on vivra autrement sa sexualité.

Même si dans une société patriarcale, les hommes – y compris ceux en bas de l’échelle – s’en sortent globalement toujours mieux que les femme ; même s’il y a bien des différences – et au moins 5 – avec la prostitution des femmes, la prostitution gay contribue elle aussi à maintenir les privilèges masculins patriarcaux.
Elle entretient la légende, vieille comme le monde, d’une sexualité masculine fantasmée, indispensable à la survie de la domination masculine. Elle maintient en servitude les plus démunis et déshumanise nos sociétés livrées à une mondialisation capitaliste néo-libérale, que ce soit dans le domaine de la marchandisation des corps, comme dans tous les domaines.
Le trafic humain vient d’être estimé à 32 milliards de dollars et la moitié de ses victimes sont des enfants. La plupart des pays réglementaristes sont dépassés par l’ampleur de la criminalité liée aux réseaux prostitueurs, ne parviennent plus à distinguer sur le terrain prostitution forcée ou non, et pensent, comme la Hollande ou l’Ecosse à faire machine arrière et pénaliser les clients acheteurs de sexe.

C’est bien le rôle de l’état de protéger les personnes les plus vulnérables, de veiller à ce que cessent les violences de toutes natures, y compris traumatiques, dont sont victimes les prostitué-e-s. Il est temps de penser à des alternatives crédibles à la prostitution et d’abolir le système prostitueur, que les prositué-e-s soient des femmes ou des hommes. Des hommes qui bien que gays, ont beaucoup de mal à appréhender le masculinisme du système patriarcal et l’oppression des femmes, premières et massivement victimes de la prostitution.

Le débat n’est pas là de finir, d’autant que la parole des prostitués gays est trustée par une poignée d’activistes non représentatifs qui nient la parole de tous ceux qui ne vont pas dans leur sens et dénoncent les violences de la prostitution. A quand des auditions, enquêtes et études sérieuses sur la grande masse des prostitués masculins ?

* La prostitution Trans. Transsexuels et transgenres n’est pas traitée.

http://www.humanityinaction.org/knowledgebase/369-just-business-the-unknown-world-of-male-prostitution-in-the-netherlands

GPA, depuis quand l’Etat Français cède t-il au chantage par voie de circulaire ?

3263163Le discours d’introduction prononcé par Mme Taubira à l’occasion de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, est à classer parmi les plus inspirés des discours politiques de notre époque contemporaine.

Christiane Taubira a fait un sans faute et tous ceux qui hurlaient à l’erreur de casting il y a quelques mois de cela, en sont restés époustouflés, oubliant de s’excuser au passage. Mais, il faut bien le dire, la circulaire Taubira sur la GPA* gâche quelque peu le tableau.

S’il y a un sujet qui divise les personnes et associations LGBT, c’est bien celui de la GPA. L’inter-LGBT, fédération représentative, a d’ailleurs renoncé à prendre position en 2012 et à l’inscrire à son corpus revendicatif.

Précisons tout d’abord que la circulaire Taubira ne légalise pas la GPA en France ; elle prend des mesures pour régulariser à postériori, la situation des enfants nés à l’étranger d’une mère porteuse, quand la ou les personnes qui se déclarent parent-e-s, sont françaises. Précisément, elle demande aux tribunaux de ne plus refuser de certificats de nationalité française pour les enfants nés de mères porteuses à l’étranger. Il est donc faux de dire que cette circulaire réglemente désormais la GPA sur le territoire français ; cependant, elle l’encourage à l’étranger en accordant systématiquement aux enfants, la nationalité française.

En effet, cette circulaire, qui tombe au plus mauvais moment, ouvre une brèche. Prendre une telle circulaire en plein débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, comme s’il n’y avait pas assez de confusion, de lesbophobie et d’homophobie, comme s’il fallait donner encore plus de grain à moudre aux opposants, relève au mieux d’une maladresse de communication au pire d’une provocation inutile. Surtout, cette circulaire prise à la va-vite et sans débats parlementaires, n’est pas si anodine qu’il y paraît à première vue et constitue à l’évidence un encouragement à engager des GPA à l’étranger, sachant que la situation des enfants sera ensuite facilement régularisée en France. Sans compter qu’elle a des effets certains sur le droit de la famille et de la nationalité. Il est toujours plus rassurant de savoir ces domaines de compétence entre les mains du Parlement. Le gouvernement a beau tempêter qu’il est opposé à la légalisation de la GPA sur notre territoire, l’encourager à l’étranger est tout de même paradoxal et même incohérent.

Bien entendu les enfants nés de GPA n’y sont pour rien et ne peuvent rester dans une situation juridique incertaine ni en matière de situation familiale, ni de nationalité. Néanmoins, on est en droit de se demander s’ils ne préféreraient pas choisir à l’âge adulte, la nationalité de leur mère porteuse, russe, indienne, américaine ou toute autre, ou encore bénéficier d’une double nationalité ? Mais surtout, la pratique des mères porteuses ou quelque soit le nom qu’on leur donne, est interdite en France et les parents qui initient une GPA savent pertinemment ce qu’ils risquent, (et ce quelle que soit leur orientation sexuelle et qu’ils soient célibataires ou en couple). Ils bafouent sciemment la loi française ; ils se rendent à l’étranger pour commander un enfant à leur convenance.

Dans certains pays, des entreprises proposent un choix sur catalogue, un peu comme dans un supermarché ; dans d’autres pays, des femmes sont forcées, conduites par leur mari dans des maisons de reproduction ou séquestrées par des réseaux criminels ; mais dans tous les cas, ces femmes sont réduites à la fonction biologique de reproductrice et le plus souvent exploitées pour satisfaire le besoin de se reproduire de riches occidentaux.

Une fois l’enfant né et la transaction opérée, le ou les parents déclarés sont confrontés à deux problèmes, l’enfant doit être reconnu comme étant le leur et il doit adopter leur nationalité. Depuis quelques années déjà, des parents, après avoir violé la loi Française, font pression sur le gouvernement pour régulariser la situation de leurs enfants ; il s’agit ni plus ni moins d’un odieux chantage. Bien entendu, tout le monde prend fait et cause pour ces enfants pris en otage et qui ne peuvent subir les conséquences des choix des adultes. Mais désormais, la voie est toute tracée, tous les candidats potentiels à la GPA vont s’engouffrer dans la brèche. Peu importe que cette pratique soit interdite chez nous, puisqu’il sera possible de régulariser à postériori.

En prenant cette circulaire, l’état Français encourage de facto le développement de la pratique de la GPA à l’étranger, il a confortablement déplacé le problème en dehors de ses frontières. S’il était vraiment contre la pratique, il aurait pu prendre une loi d’extraterritorialité comme pour le tourisme sexuel et continuer de régulariser par des décisions judiciaires la situation de quelques enfants.

La délivrance de papiers d’identité français aux enfants nés à l’étranger d’une GPA, est une question complexe qui n’aurait jamais dû être réglée par voie de circulaire. La situation des enfants mérite que l’on s’intéresse à la question, mais cet ordre donné aux tribunaux revient à développer le marché de la GPA à l’étranger en le nourrissant d’une demande française. On peut considérer que c’est une façon de se débarrasser du problème à bon compte, mais aussi de mettre les français devant le fait accompli d’une prochaine légalisation. Car en réalité, à gauche comme à droite, certains politiques veulent légaliser la GPA. C’est notamment le cas d’Alain Milon à l’UMP et de Michèle André au PS. Il est tout à fait possible de dresser un parallèle avec la question de la prostitution.

Un marché luxueux et confortable, réservé aux riches, voire très riches se développe dans des pays tels que la Belgique ou les USA par exemple. En parallèle, l’immense marché alimenté par la misère s’étend dans les pays émergents.

Dans tous les cas, il s’agit d’instrumentalisation du corps des femmes, et ce qu’il y ait ou non marchandisation. Le système patriarcal vise à s’approprier  à des fins sexuelles et reproductives les corps des femmes. La GPA comme la prostitution sont des moyens d’organiser cette appropriation et d’empêcher une totale libération des femmes.

L’ouverture du mariage, aux couples de même sexe, c’est oui ; l’accès à la PMA pour les femmes seules ou en couple, c’est oui ; mais la GPA, c’est non, car les femmes ne sont pas des ventres ni à prendre, ni à louer, ni à vendre. La régularisation des enfants nés d’une GPA, est à étudier, non pas par considération pour ces parents de « l’enfant à tout prix », ces parents capricieux, produits d’une société de consommation à l’individualisme exacerbé, mais par respect des droits de l’enfant.  La quarantaine d’enfants concernés à eux seuls méritent que l’on s’intéresse à la question, mais cet ordre donné aux tribunaux revient qu’on le veuille ou non à développer le marché mondial de la GPA en validant en droit Français les effets juridiques d’une GPA pourtant interdite chez nous.

Il devrait pourtant y avoir des limites éthiques au pragmatisme politique !

Christine Le Doaré

*GPA : Gestation pour autrui / mères porteuses

https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

Indécente instrumentalisation des luttes LGBT par Morgane Merteuil

72807_4909590014134_1266105167_nProfitant de la mobilisation homophobe des anti-mariage pour tous du 13 janvier dernier, dans sa tribune « Homophobie, putophobie même combat ? » publiée le 14, dans la rubrique Rue69 du site en ligne du Nouvel Observateur, Morgane Merteuil, Porte-Parole du STRASS, instrumentalise sans scrupule, les luttes LGBT et amalgame légalisation du mariage pour tous et prostitution.
A force d’investir le mouvement LGBT et menacer les abolitionnistes, le STRASS a sans doute fini par se convaincre que tout les LGBT soutiennent le lobby pro-prostitution !

La recette : amalgames et lyrisme, c’était bien tenté. Que Mme Merteuil et le STRASS se jettent sur l’occasion pour récupérer les luttes LGBT et manipuler l’opinion, ne constitue pas vraiment une surprise ; en revanche, que des journalistes, en particulier ceux du site du Nouvel Observateur, tombent ainsi dans le panneau, est beaucoup plus étonnant.

Je souhaite rappeler à Mme Merteuil que les luttes LGBT concernent des personnes, des couples et des familles qui subissent des discriminations et des violences liées à leur seule orientation sexuelle.
Des préjugés archaïques les privent de droits et les placent dans des situations d’injustice voire d’insécurité.
La revendication du mariage n’a de sens que dans une perspective d’égalité des droits, car l’orientation sexuelle ne peut à elle seule priver des couples et des familles, de droits et obligations auxquels peuvent accéder les citoyens français.
L’égalité des droits n’est pas négociable et ne relève d’aucune activité marchande, d’aucun marché. Les personnes LGBT, citoyens à part entière, seront les seuls bénéficiaires des luttes pour l’égalité des droits.

Mme Merteuil semble avoir momentanément perdu de vue que les bénéficiaires de la prostitution sont les clients qui achètent des services sexuels et en cas de prostitution forcée (écrasante majorité), les souteneurs, proxénètes, réseaux et mafias.
La prostitution est le second marché criminel après la drogue et avant les armes ; les états qui ont réglementé ne parviennent plus à endiguer la criminalité prostitutionnelle ni à distinguer sur le terrain ce qui relève ou non de la « libre » prostitution.
C’est fâcheux, mais qu’à cela ne tienne, Mme Merteuil qui n’est plus à une pirouette rhétorique prés, occulte ces réalités pour mieux nous égarer.

On imagine bien que Mme Merteuil ne nous parle pas des droits des proxénètes et des réseaux.
Mais de quels droits alors, nous parle-t-elle ? De ceux des personnes prostituées ?
Certes, les personnes prostituées doivent être respectées et protégées par la loi, mais, nul besoin d’une loi réglementariste pour ça.
Personne mieux que les abolitionnistes ne défend les droits des personnes prostituées.
L’abolition n’étant pas la prohibition, le projet abolitionniste prévoit lui aussi l’abrogation du délit de racolage, mais il se contente pas de cela, il exige des programmes de réinsertion, sociaux et de santé, pour les personnes qui souhaiteraient sortir de la prostitution. En réalité, et qu’elle l’assume ou non, c’est bien des droits des clients dont nous parle Mme Merteuil. Les clients prostitueurs qu’il faudrait préserver, ménager, choyer car business is business.
Bien entendu elle défend également les affaires de quelques escortes « libres » contre l’écrasante majorité de prostituées contraintes.
En d’autres mots, notre activiste porte haut et fort les pratiques et la philosophie du libéralisme !

Ce qu’il faut comprendre de cette tribune, c’est que Mme Merteuil et le STRASS nous condamnent à entretenir cette vieille légende, cette incroyable mystification patriarcale qui consiste à présenter la sexualité masculine comme irrépressible et justifiant par conséquent, la mise à disposition de quelques femmes qui auraient le privilège de la satisfaire !

Sachez-le Madame, il est incompatible de vouloir à la fois, pérenniser les privilèges exorbitants du système patriarcal, et revendiquer l’égalité, qu’il s’agisse d’égalité réelle entre les femmes et les hommes ou d’égalité des droits pour les minorités. L’indisponibilité de l’être humain, de son corps, est protégée par la loi et doit rester en dehors des lois du marché. D’ailleurs la prostitution a bien moins à voir avec la sexualité qu’avec la domination masculine ; elle est affaire d’éducation contre la domination et les violences.

Alors, Mme Merteuil, vous qui avez l’outrecuidance d’instrumentaliser les luttes LGBT, sachez que cette grossière tentative de récupération est stérile car lutter pour nos droits et libertés est incompatible avec votre lutte pour l’institutionnalisation de l’esclavage sexuel des femmes et de quelques hommes.

Christine Le Doaré

https://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

https://christineld75.wordpress.com/2012/09/05/pour-se-liberer-morgane-merteuil-va-devoir-choisir/

Au fond, qui estime vraiment les personnes prostitué-e-s ?

contre la prostitutionEn matière de prostitution ce ne sont pas les clichés ni les certitudes qui manquent, mais dans ce domaine aussi, les apparences sont souvent trompeuses. Responsables, respectueux et modernes ou à l’inverse, condescendants, fatalistes et conservateurs, auxquels des réglementaristes ou abolitionnistes s’appliquent ces qualificatifs ?

Les réglementaristes affirment que doit perdurer le « plus vieux métier du monde » et revendiquent l’adoption d’un statut pour organiser les intérêts d’une minorité de prostituées « volontaires ».
Les abolitionnistes quant à eux, pensent que l’égalité femmes-hommes et le respect de l’intégrité humaine requièrent un projet de société féministe et humaniste.
Un tel projet ne peut se satisfaire du sacrifice d’un quota de femmes, ni au nom de l’un des plus vieux mensonges patriarcaux : la prétendue irrépressible sexualité masculine, ni au nom de l’une des plus archaïques exploitations marchandes.

Réglementaristes comme abolitionnistes veulent la régularisation des personnes prostitué-e-s sans papier, l’abrogation du délit de racolage, l’abandon de toute mesure répressive et stigmatisante à l’encontre des personnes prostitué-e-s.
Tous disent vouloir lutter contre la traite, les réseaux, les violences ; en réalité, les personnes qui s’expriment en faveur de la réglementation n’abordent que très rarement et très superficiellement ces problèmes quand elles ne les minimisent, voire ne les évacuent pas.
Les réglementaristes demandent plus de prévention au VIH-Sida ; alors que les abolitionnistes revendiquent une véritable alternative à la prostitution avec l’adoption d’une politique sociale inclusive ambitieuse destinée aux personnes prostitué-e-s qui le souhaitent, formée de programmes de réinsertion comportant des actions globales de santé et de prévention, mais également d’éducation, de formation, sans oublier l’emploi et le logement, etc.

Convenons-en, il s’agit bien deux conceptions politiques opposées. Il est parfaitement clair que les réglementaristes souhaitent aménager le système alors que les abolitionnistes veulent le réformer en vue de sa disparition.
Les réglementaristes accusent souvent les abolitionnistes d’être en faveur de l’ordre moral, de parler en lieu et place des personnes prostituté-e-s, de les infantiliser.
Ils affirment détenir la vérité et représenter l’ensemble des personnes prostitué-e-s de manière sincère et désintéressée. Seulement voilà, derrière les apparentes évidences, celui des deux projets qui témoigne d’une confiance dans l’humanité et son avenir, n’est pas forcément porté par ceux qui crient le plus fort.

Indéniablement, le discours réglementariste séduit par sa simplicité et le nombre restreint de ses arguments, au nombre de 5 en tout et pour tout :
– Arguments numéros 1 et 1 bis : La prostitution est « le plus vieux métier du monde ». C’est « un métier comme un autre ».
– Argument n° 2 : Les personnes prostituées sont libres de leur choix et de faire ce qu’elles veulent de leur corps.
– Arguments n°3 et 3 bis : La prostitution est une soupape sociale à la misère sexuelle et affective. C’est aussi un moyen de canaliser la violence masculine et même d’éviter des viols.
– Arguments n°4 et 4 bis : Les abolitionnistes parlent au nom des prostitué-e-s et ne savent pas de quoi ils-elles parlent. Les abolitionnistes sont des puritains et des catholiques engagés dans la moralisation de la société.
– Argument n° 5 : les abolitionnistes sont des « tueurs de putes » qui les assassinent au VIH Sida.

Peu importe la façon de les présenter, les intellectuels ont leur style, les activistes le leur, mais ces arguments ne varient jamais. Une rhétorique bien huilée, mais va-t-elle résister à quelques minutes d’attention et de réflexion ?
Nombre d’articles déconstruisent efficacement ces clichés ; le superbe Scoop-it ! http://www.scoop.it/u/fee-ministe#curatedTopicsTabSelected * organisé en catégories, est une véritable mine d’or pour qui veut approfondir la question, aussi, ne vais-je répondre que succinctement à ces arguments afin de tester leur solidité et tenter d’établir laquelle des deux positions, réglementariste ou abolitionniste, est la plus favorable aux personnes prostitué-e-s.

Arguments 1 et 1 bis
Au cliché du « plus vieux métier du monde », j’opposerais qu’il s’agit surtout d’une commodité aussi vieille que le patriarcat. Une femme peut-elle vraiment être réduite à une commodité ?
Tous les avantages exorbitants de la domination masculine, en particulier s’ils constituent une violence faite aux femmes, ne doivent-ils pas être abolis ?
Quant à prétendre qu’il s’agit d’un métier comme un autre, si tel était le cas, il existerait des formations et des qualifications, avec des tarifs adaptés à la compétence et qualité de service, veuillez m’excuser, mais qui donne les notes ?
Présentez-moi des parents qui rêvent de ce métier pour leur chère progéniture ; expliquez-moi pourquoi l’écrasante majorité de prostitué-e-s rêve d’en sortir, et se lance dans des études supérieures ?
Ce n’est pas un métier car personne en France et c’est tant mieux, n’a encore songé à le proposer comme orientation aux élèves de 4ème en difficulté, ni à l’afficher parmi les offres d’emploi à Pôle Emploi.
Je ne traite même pas les questions d’ordre juridique afférentes au rôle de l’état dans la perspective d’un tel statut ; ni tout le volet des risques de violences inhérentes à l’activité qui compromettent toute possibilité de l’assurer, la sécuriser et donc la réglementer dans le code du travail.
Sans compter que le problème dans la prostitution, ce n’est pas le sexe, mais l’argent qui nourrit, entretient et conforte le système prostitueur. C’est en tous cas le bilan que font les pays réglementaristes débordés par la situation, car il est en réalité impossible de démêler la prostitution « libre » de la traite.
Voyez, analyser ce premier cliché permet de démontrer que ce sont les abolitionnistes qui font preuve de modernité, accordent aux personnes prostitué-e-s l’intérêt qu’elles méritent et tentent d’éviter que la société ne se fourvoie en laissant, par exemple, s’implanter comme en Belgique ou ailleurs, des quartier entiers transformés en vitrines vivantes.
En revanche, les réglementaristes ne semblent pas s’émouvoir que les personnes prostituées soient réduites à des produits de consommation, tant que leur mère, sœur ou fille, ne sont pas concernées.

Argument 2
Aux clichés du libre choix et du moralisme abolitionniste, j’opposerais tout d’abord que de plus en plus de témoignages et d’études établissent qu’un grand nombre de personnes prostituées ont été victimes de violences sexuelles dans l’enfance.
Elles sont très souvent dans le rejet de leur corps et de leur sexualité, elles vivent une dissociation et distanciation qui les anesthésient mais n’empêchent en rien les blessures, au contraire, les creusent.
Se pourrait-il que les réglementaristes soient, à ce point, cyniques pour admettre que notre société n’a pas de proposition plus généreuse que la prostitution pour les aider à se reconstruire ?
En outre, comment peut-on sérieusement confondre liberté sexuelle, désir et plaisir avec un consentement forcé pour des motifs purement financiers, avec le libéralisme en réalité ?
Certes, les fantasmes sur la prostitution ne manquent pas mais la réalité est autrement plus crue et brutale ; sentir l’odeur et toucher la peau de corps que l’on ne désire pas, être pénétré-e-s à répétition, se plier à la demande des clients, à leurs caprices, à leurs violences aussi ; à chaque passe, avoir peur de ce qui pourrait advenir, tel est le lot quotidien de la plupart des personnes prostitué-e-s.
Seules quelques escortes peuvent se payer le luxe de trier leur clientèle sur le volet, ce qui d’ailleurs, n’exclue pas pour autant ni les risques, ni la dissociation.
Les réglementaristes se sont-ils seulement posé la question de l’âge moyen d’espérance de vie d’une personne prostituée ? Une société ne doit-elle pas d’abord penser à protéger les personnes les plus vulnérables ?
Les principes d’intégrité et de non marchandisation des corps humains ne constituent-ils pas des droits inaliénables qui doivent rester hors du commerce et des lois des marchés ?
Ne trouvez-vous pas étonnantes les contradictions dans lesquelles se trouvent tant de gauchistes et d’écologistes, révolutionnaires dans tous les domaines mais ultralibéraux en matière de mise à disposition des corps des femmes ?
Ne trouvez-vous pas incroyablement paradoxal que le principe de la liberté individuelle poussé à son paroxysme les conduise ainsi à accepter le sacrifice d’un quota de femmes et d’enfants, aussi de quelques hommes, alors que l’ensemble de la population serait destinée à s’épanouir en rejetant la société de consommation, en échangeant librement et gratuitement de bonnes pratiques, le tout, dans la décroissance ?
De quoi seraient donc coupables ces personnes pour être ainsi laissé-e-s sur le bord du chemin ?
Enfin, les abolitionnistes ne sont pas des cathos pudibonds qui mèneraient une croisade morale, la plupart d’entre elles-eux sont féministes et humanistes ; leur position sur la prostitution n’est pas morale mais politique, ils proposent un autre contrat social et veulent abolir les violences et l’exploitation humaine dans ce qu’elle a de plus âpre.
A y regarder de plus près, les abolitionnistes semblent infiniment plus attentifs aux violences faites aux femmes, au passé comme au vécu des personnes prostitué-e-s, alors que les réglementaristes s’en lavent les mains, confortablement retranchés derrière le prétexte « libéral » du libre choix.

Argument 3 et 3 bis
Les arguments de la prostitution constituant une « soupape » sociale ne sont-ils pas confondants de renoncement quand ils suggèrent que les femmes devraient à jamais remplir le rôle qui leur est par « nature » attribué, de confidente, voire de psy de substitution ?
Ils révèlent que beaucoup de gens ignorent les ressorts de la prostitution, aveuglés par des romances ou témoignages soigneusement sélectionnés et mis en scène pour servir un propos.
Il arrive en effet que quelques hommes recherchent ce type de bénéfice dans l’acte prostitutionnel, mais dans la plupart des cas, il ne s’agit pas de sexualité, ni même d’affectif, mais bien de domination.
Le client paye pour obtenir ce qu’il veut et n’obtient pas dans les relations gratuites et / ou égalitaires.
Comment ne pas voir qu’il ne s’agit de rien d’autre que de marchandisation du corps, voire même du sentiment, ce qui évite à bien des hommes de s’engager dans une véritable relation égalitaire et compromet fortement une évolution positive des relations femmes-hommes ?
La prostitution n’a que peu à voir avec la sexualité, mais avec la domination pour les clients, et pour les prostitué-e-s, la seule motivation c’est l’argent. Alors que la sexualité elle, est libre et gratuite.
Les femmes se sont battues pour leur autonomie et libération sexuelle, « si je veux et quand je le veux ».
Quant à l’argument de la maîtrise du viol, tout le monde le sait, même des hommes mariés, pères de famille, commettent des viols ; avoir une vie sexuelle n’exclue pas le viol et par conséquent les deux problèmes ne sont pas corrélés même s’ils constituent l’un comme l’autre, une violence faite aux femmes ; dans un cas, le paiement autorise à forcer le consentement et s’apparente donc à un viol.
Sur le dos des femmes, les réglementaristes font preuve d’un pragmatisme à toute épreuve ; une fois encore, seuls les abolitionnistes vont au-delà des idées reçues et avec un grille de lecture féministe comprennent que les femmes ne sont pas condamnées, aucune d’entre elles, à pérenniser l’éternel cliché féminin « mère/putain ».
Comment font les réglementaristes pour éviter de se poser la question de la responsabilité des clients qui génèrent la demande et par conséquent toutes les violences et les trafics afférents ?
Les ignorent-ils vraiment et dans la pure tradition cocardière, sous l’œil complice des mères et des femmes, comme papa, papy et des générations de goguenards avant eux, continuent-ils à déniaiser le petit, à aller aux putes comme on va à confesse, à se payer ce que la légitime refuserait et tout ça au nom du féminisme ? Alors, toujours convaincu-e-s par un tel argument ?

Arguments 4 et 4 bis
L’accusation de parler au nom des personnes prostituées est-elle crédible ?
Pas si l’on songe aux milliers de personnes prostitué-e-s qui ont témoigné pour dénoncer « l’enfer prostitutionnel ».
Pourtant, il suffit de bien les écouter : dans les documentaires tels que « l’Imposture » de Eve Lamont http://www.tou.tv/zone-doc-l-imposture ou « Not for sale » http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=GsUo_RYR-nY ; dans le travail d’Hubert Dubois et de tant d’autres : des centaines d’interviews, des heures d’audition à l’ONU et ailleurs – je ne parle pas des témoignages des personnes victimes de la traite, des mafias et réseaux, qui parlent de l’enfermement, des menaces, des viols et tortures à répétition, des drogues injectées de force, car chacun-e s’accorde à dénoncer ces crimes – mais bien de celles qui se disaient «libres » ou « volontaires ».
Comme Ulla, elles expliquent clairement et simplement que pour ne pas effrayer leurs clients ou pour pouvoir enchaîner les passes le lendemain, il fallait bien se persuader et persuader l’opinion publique que la prostitution était un métier comme un autre et la banaliser.
Elles nous accusent de nous être laissé-e-s berner et d’avoir bien voulu croire ce qui nous arrangeait et aujourd’hui, elles parlent de viols ; elles disent avoir, dans la plus grande complaisance et indifférence générale, autorisé pour de l’argent, des clients à les violer.
Surtout, il faut lire les « Survivantes de la prostitution », ce réseau qui s’est créé en mai 2012 : http://survivorsconnect.wordpress.com/2012/05/22/former-prostitutes-are-finding-their-voices/, il faut lire Rebecca Mott ; elles le disent tellement mieux que nous.
Alors, à part les clients qui consomment sans se poser de questions, qui encore nie et ignore ces paroles de personnes prostitué-e-s et dans quel but ? Une poignée d’activistes réglementaristes qui, avec la caution d’élus et d’intellectuels médiatiques, les dévalorisent systématiquement et à leur profit, eux qui défendent les intérêts de la libre entreprise d’une minorité d’escortes.
Leurs méthodes ne sont pas toujours respectables car leurs motifs ne sont guère avouables, difficile de faire la promotion des privilèges patriarcaux et de l’exploitation quand on se prétend révolutionnaire !
Ce cliché ne supporte pas plus la critique que les autres, pire encore, il démontre à quel point, les réglementaristes refusent de se confronter à la parole des personnes prostitué-e-s.

Argument 5
Le dernier cliché est tellement grossier, il ne sert qu’à faire diversion et je ne vois pas comment une personne sensée pourrait lui accorder le moindre crédit.
A l’évidence, tout le monde le sait, les seules personnes qui contaminent au VIH-sida sont les clients qui payent plus cher pour baiser sans capote.
Les abolitionnistes n’ont rien contre la prévention au VIH-Sida, bien au contraire, seulement ils considèrent que cette infection n’est qu’un des multiples problèmes de santé des personnes prostitué-e-s et surtout que se limiter aux seules actions de prévention, peut certes, dans certains cas, éviter des contaminations, mais de fait rend service au système prostitueur.
Entretenir un système, est-ce une réponse satisfaisante à un tel problème de société ?

Conclusion
Aucun des 5 arguments réglementaristes ne résiste bien longtemps à une grille d’analyse féministe et humaniste et à une critique sans concession. En outre, les abolitionnistes ne sont pas des naïfs ni des idéalistes, ils sont confrontés à la réalité de la prostitution, chaque jour sur le terrain, comme par exemple, depuis fort longtemps le Mouvement du Nid.
Ils n’ignorent pas que la prostitution ne va pas disparaître d’un coup d’un seul, même avec une loi abolitionniste, même en responsabilisant, éduquant et pénalisant le client prostitueur.
La prostitution continuera d’exister, pour devenir un jour, résiduelle parce que la prévention et l’éducation auront porté leurs fruits, parce que l’égalité réelle entre les femmes et les hommes aura gagné du terrain et que dans une société féministe, cette demande-là n’aura plus guère de sens.
Le projet abolitionniste est caricaturé, alors qu’il est bien plus riche qu’on ne l’imagine et ceux qui s’intéressent à la question, peuvent consulter le Rapport d’information Assemblée Nationale n° 334 « Prostitution : l’exigence de responsabilité. En finir avec le mythe du « plus vieux métier du monde ». Commission des lois avril 2011 Danielle Bousquet et Guy Goeffroy ; se connecter sur les sites du Mouvement du nid http://www.mouvementdunid.org et le collectif de plus de 50 associations Abolition 2012 http://www.abolition2012.fr, ne serait-ce que pour comprendre que l’abolition n’est pas la prohibition.
Les personnes prostitué-e-s ne seront pas inquiété-e-s en aucune façon, mais celles qui veulent sortir du système prostitueur seront accompagné-e-s dans des parcours alternatifs. En revanche, les clients seront mis face à leurs responsabilités, ils pourront échanger sur l’acte de prostitution, ce qu’il signifie pour eux et pour les personnes qu’ils payent. Prévention, éducation, pénalisation selon des modalités qui restent à définir.
Contrôler la demande pour mieux maîtriser les ravages des industries criminelles du sexe, les mafias et réseaux de la traite.
Et vous ne trouvez pas que ça vaut la peine d’essayer vous ? Alors peut-être ignorez-vous l’ampleur des ravages de ce trafic criminel qui génère de formidables profits.

En définitive peu d’hommes recourent à la prostitution, peu de personnes sont prostitué-e-s « volontaires », mais des millions de prostituées de par le monde vivent en situation d’esclavage.
L’humanité toute entière aspire à une société plus juste et plus humaine, évolution qui passera nécessairement par l’abolition de la domination masculine du système patriarcal. Alors pourquoi devrions-nous ralentir le processus, ouvrir nos portes aux réseaux en tous genres qui ne manqueront de s’engouffrer, et encourager nos proxénètes locaux à plus d’audace ? Avons-nous tant de temps à perdre, combien de personnes encore devons-nous sacrifier ?
Depuis quand oppose t’on les intérêts d’un groupe minoritaire à un projet global de société ? Dans tous les cas, les motivations des abolitionnistes ne sont-elles pas plus élevées et généreuses, beaucoup plus optimistes aussi, que celles des réglementaristes ?
N’est-il pas insupportable d’imaginer que des personnes soient sacrifiées pour de fallacieuses raisons et des privilèges patriarcaux d’un autre âge et pour les libérales industries capitalistes du sexe ?

A mes yeux, ce qui compte autant que le projet de société féministe, humaniste et abolitionniste dans lequel je veux vivre, ce sont les femmes, les enfants et aussi les hommes, moins nombreux mais ils existent bel et bien, prostitué-e-s.
Je ne veux pas tourner les yeux, je me sens concernée, ils me touchent. Ce sont leurs vies avec leurs blessures, leur courage et leurs espoirs aussi, qui m’interpellent.
Je les respecte, estime profondément et je forme le vœu qu’un jour, non pas pour des raisons morales mais politiques, plus aucune personne sur terre ne soit contrainte, par la force ou à cause des circonstances, de se livrer à la prostitution.
En attendant, essayons au moins de limiter les dégâts, renforçons efficacement la position abolitionniste de la France et la coopération européenne comme internationale.
Libérons-les, libérons-nous et avançons.

* http://www.scoop.it/u/fee-ministe#curatedTopicsTabSelected
http://www.scoop.it/t/prostitution-paroles-de-celles-qu-on-n-ecoute-pas-french-and-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-enjeux-politiques-et-societaux-french-and-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-trafic-et-tourisme-sexuel-french-and-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-catastrophe-des-legalisations-reglementations-french-and-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-rapports-officiels-et-etudes
http://www.scoop.it/t/prostitution-documentaires-clips-et-photos
http://www.scoop.it/t/prostitution-causes-et-consequences-traumatiques-french-and-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-des-enfants-et-adolescent-e-s-french-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-le-client-prosti-tueur-la-cause-du-systeme-french-and-english
http://www.scoop.it/t/prostitution-une-seule-solution-l-abolition
http://www.scoop.it/t/prostitution-proxenetisme-french-and-english
http://www.scoop.it/t/dsk-carlton-prostitution-proxenetisme

Manipulation, calomnies et menaces, pourquoi sont-ils indignes ?

Manipulation, calomnies et menaces, pourquoi les activistes réglementaristes de la prostitution sont-ils indignes ?

Exprimer son opinion, fourbir ses arguments, dialoguer, c’est sain. En revanche, désinformer, manipuler, diffamer, calomnier et brutaliser, c’est grave et ce n’est pas sans raison.

C’est vrai, la question de la prostitution génère crispations et passions déraisonnées. Oui, mais pourquoi ? Il n’est plus temps de constater, mais bien de comprendre et dénoncer les enjeux véritables de la prostitution. Ces enjeux éclairent les comportements des activistes réglementaristes, qui emploient des méthodes discutables pour parvenir à leurs fins.

Quels sont donc les véritables enjeux de la prostitution ?

Système prostitutionnel et système patriarcal, un combat féministe : Il est raisonnable de penser qu’une société construite sur la domination masculine s’est arrangée pour garantir aux hommes, l’accès aux corps de femmes aux fins de soulager plus que des « besoins sexuels », des besoins de domination. La prostitution n’est pas récente, gageons que sans le rapport de domination séculaire entre les femmes et les hommes, elle n’aurait jamais existé. En effet, même si 20% des prostitué-e-s sont des hommes, les clients eux, restent à 99% des hommes. Comment parvenir à une égalité entre les sexes tant que les hommes pourront se passer de relations égalitaires et forcer en le payant, le consentement d’une femme – ou d’un homme d’ailleurs – ?

Tant qu’une seule femme reste sexuellement accessible, non pas par désir, mais parce qu’elle fait commerce de son sexe, elle suggère que toutes les femmes pourraient en faire autant et compromet l’avènement d’une société d’égalité. Les tenants de la réglementation de la prostitution sont le plus souvent, les mêmes qui réclament la GPA (Gestation pour autrui) ; aussi ceux qui, au nom d’un principe de réalité, distribuent des capote, certes pour éviter la contamination des prostitué-e-s mais aussi des clients prostitueurs, et de facto entretiennent et confortent le système prostitutionnel. Il semble bien, que consciemment ou non, ils contribuent à maintenir les privilèges du système patriarcal. Que font-ils si ce n’est garantir aux hommes que les femmes restent et sans aucun danger pour eux, à leur service, pour baiser, pour fabriquer des enfants, etc.

Les activistes réglementaristes conseillés par les « ultragauchistes», toujours prompts à brouiller les cartes, ont su infiltrer le mouvement féministe et convaincre quelques unes que les « prostitué-e-s sont heureuses et libres » de l’être, que la prostitution ne disparaîtra donc jamais et qu’il vaut mieux mettre des pansements sur la gangrène plutôt que d’amputer. C’est vrai, quelques unes l’ont « choisi », même si de plus en plus d’études le révèlent, nombreuses sont celles et ceux qui ont subi l’inceste et d’autres violences sexuelles dans l’enfance. Il y a donc ceux qui en rajoutent une couche et les encouragent à se maintenir dans le système prostitutionnel, et les abolitionnistes qui leur proposent d’autres perspectives que cette forme de thérapie sauvage ; ni « condescendants», ni « criminels », mais au contraire respectueux et optimistes. En outre, l’abolition ce n’est pas la prohibition, donc des prostituées continueront leur activité, mais grâce à la prévention et l’éducation, leur nombre décroitra si on en croit le bilan des pays abolitionnistes et surtout, des alternatives seront possibles. La société pourra avancer vers l’égalité réelle.

Beaucoup de gens se disent féministes, mais si vous leur demandez s’ils veulent abolir la domination masculine du système patriarcal, ils vous répondent d’abord que des hommes aussi en souffrent, qu’il faut abolir les clivages de genres. Oui, quelques hommes sont victimes, en attendant, ce sont bien les femmes que l’on excise, marie de force, bat, viole, brule, tue, et massivement. Le principe de réalité a bon dos quand il ne fait que maintenir l’oppression. Un des principaux enjeux du système prostitutionnel est donc bien de constituer l’ultime système de défense du patriarcat. Seulement voilà, maintenir la domination masculine, n’est pas une option envisageable et les activistes réglementaristes ne peuvent tout de même pas dire haut et fort, nous voulons maintenir le système patriarcal ! Ils sont donc contraints de raconter une autre histoire.

Prostitution et système d’exploitation économique et social, un combat socialiste : La plupart des activistes réglementaristes et abusant des méthodes que je réprouve, se revendiquent le plus souvent révolutionnaires ou alternatifs, sont plutôt situés à l’extrême de l’extrême gauche, certains sont membres des Indigènes de la République, mais curieuse association, il est aussi possible de trouver dans leurs rangs des personnes réactionnaires. Les alliances douteuses, sur le dos des femmes, ce n’est hélas pas rare. Ils se prétendent anticapitalistes, farouchement opposés à l’exploitation de »l’homme par l’homme ». Mais très curieusement et par une incroyable pirouette rhétorique, ces anticapitalistes se transforment en farouches néolibéraux lorsqu’il s’agit de prostitution. D’un seul coup, ils nous vantent le marché, valorisent les industries du sexe comme le petit commerce. Les mêmes discours que dans les écoles de commerce, les joies de la libre entreprise, de l’offre et de la demande ! Quelles sont les lois de ce marché, qui fixe les prix, à combien est évaluée une passe dans un squat, dans la rue, dans une chambre d’étudiant ou un studio de luxe ? Quels sont les risques physiques, psychiques, comment les prendre en charge ? Et les bénéfices, on les place en bourse ?

Avez-vous remarqué que les activistes réglementaristes sont inaudibles en matière de lutte contre le crime organisé et mondialisé de la traite. Pourquoi ? Parce que l’ouverture aux marchés industriels du sexe provoquerait la plus grande confusion et que chacun espère y trouver son compte ? La traite organisée par des réseaux mafieux est massive et mondialisée. Les bénéfices de la prostitution sont colossaux, c’est le second marché criminel, juste derrière celui de la drogue et avant celui des armes. Mis à part le cannabis, personne ne songe encore à légaliser les drogues ni les armes à feu en France, mais il faudrait légaliser la prostitution ! C’est-à-dire ouvrir la porte aux mafias, aux réseaux, aux macs en tous genres, familiaux ou industriels, avec des quartiers entiers de femmes exposées derrière des vitrines, comme en Belgique. Chouette alors ! Les pays qui ont réglementé le disent, ils veulent faire marche arrière, incapables de faire la distinction entre la prostitution libre et forcée, dépassés par une criminalité galopante. Mais pourquoi, devrions-nous alors prendre de tels risques ? Parce qu’une poignée de prostituté-e-s qui se disent « libres » et leurs soutiens nous en intiment l’ordre ? N’est-il pas curieux d’envisager une politique publique fonction de la demande d’une poignée d’individu-e-s, ne devrions-nous pas plutôt nous demander quel projet de société nous voulons ?

Un second enjeu du système prostitutionnel est bien de garantir d’énormes revenus au crime organisé. Pourtant, penser une société pour convenir au crime organisé n’est pas non plus, une option sérieusement envisageable. Dans ce domaine aussi, on voit mal les activistes réglementaristes se lever pour défendre les mafieux ni même revendiquer une petite part artisanale du gâteau, ça ferait désordre ; ils sont donc contraints de louvoyer.

Ce que ne sera jamais la prostitution : Le système prostitutionnel qui défend le système patriarcal et les profits exorbitants des industries du sexe, ne pourra jamais être ni un métier, ni une liberté.

La prostitution n’est pas un métier, c’est une violence et même la dernière violence faite aux femmes que la loi ne punit pas. La peur et les risques de violences sont inhérents à cette activité qui laisse toujours des traces physiques et psychiques. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les anciennes prostitué-e-s qui expliquent, comme Ulla, qu’il ne fallait pas la croire, si elle avait regardé la vérité en face, elle n’aurait pas été capable d’y retourner le lendemain et surtout aurait fait fuir ses clients ; sans compter celles qui se seraient fait massacrer par leurs macs.

Il n’y a ni école, ni diplôme. Vendre sa force de travail et subir les lois du marché, en matière de travail physique ou intellectuel, les rapports de force sont déjà suffisamment durs à établir, mais vendre ou louer son intimité, faire commerce de son corps, la société n’a pas à l’organiser, au contraire, elle doit protéger les personnes vulnérables et interdire ce type de commerce. Bien entendu, il sera toujours possible de trouver des personnes qui voudront vendre un organe, faire commerce de leur corps ou même se vendre comme esclave. Tout comme des femmes cautionnent la domination masculine car un système d’oppression, quel qu’il soit, a toujours besoin de relais au sein même des opprimé-e-s. Le conditionnement fonctionne à merveille, la plupart des femmes sont inconscientes de leur oppression, et pire encore, certaines vont adopter les comportements de l’oppresseur pour en tirer un bénéfice immédiat ; elles n’en resteront pas moins en situation de danger.

Ce n’est pas non plus une liberté. Une société qui n’a rien d’autre à offrir aux personnes confrontées à des difficultés sociales et financières, que de vendre leur intimité sexuelle n’est pas une société civilisée. Victor Hugo a dit « On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme et il s’appelle prostitution ». Nos ultragauchistes et activistes réglementaristes condescendants ne lui arrivent pas à la cheville et tentent de nous imposer leur « bon féminisme ». On comprend bien que ce qui les intéresse surtout dans la libération des femmes, c’est qu’elles soient totalement et en permanence disponibles pour eux. Quant aux « queers-Trans-PD-Gouines » activistes réglementaristes – euh moi je suis féministe et lesbienne -, ils prônent une réappropriation libératrice de la pornographie et de la prostitution. Seulement voilà, leurs tristes et infantiles productions relèvent surtout de la thérapie de groupe et n’ont nullement fait la démonstration d’une quelconque remise en question de la domination masculine, bien au contraire, elles l’alimentent. Mises en scène, jeux de rôles, artifices, etc. cachent très mal un manque d’imagination et de désir, parfois même des souffrances, quand ce n’est pas une profonde aversion de la sexualité. Une sexualité épanouissante c’est du désir réciproque et libre de tout rapport de force, de toute contrainte. La sexualité n’est pas un dû, elle relève de la relation à l’autre, de son désir et de son consentement. Payer c’est forcer le consentement, payer, en réalité, c’est violer. La liberté est toujours gratuite alors que l’acte de prostitution n’a qu’une finalité, l’argent. Se prostituer, par définition, ne sera jamais une liberté.

En conséquence, au regard des rapports sociaux de classe comme de sexe, la prostitution doit être abolie. Cette position n’est ni religieuse, ni morale mais belle et bien politique.

Que signifie le mot abolition et quel est le projet abolitionniste ? : Abolition, de quoi s’agit-il exactement ? Les réglementaristes accusent les abolitionnistes d’être pour la prohibition de la prostitution. C’est facile, la plupart des gens ne font pas la différence. Alors, disons-le haut et fort, non, l’abolition n’est pas la prohibition, c’est même l’inverse. La prohibition c’est le délit de racolage passif que nous voulons abroger, c’est le harcèlement et toutes les mesures répressives à l’encontre des personnes prostitué-e-s, c’est-à-dire une double peine dont nous féministes ne voulons surtout pas. Alors que l’abolition, c’est à l’inverse, la responsabilisation des clients qui doivent se poser la question des rapports femmes-hommes, de leur relation à l’autre, de ce que payer veut dire. La responsabilisation du client est affaire de prévention, d’éducation, de respect de soi et des autres ; puis de pénalisation pour les récalcitrants. Nous espérons, qu’avec le temps et non soudainement comme par magie, une grande partie des femmes qui subissent la prostitution pourront ainsi s’en libérer et que les hommes qui sont encore dans cette demande pourront évoluer. Nous espérons pouvoir avancer ensemble, en prenant le temps qu’il faudra, vers une société plus égale, plus juste et plus libre. L’abolition de la prostitution est un projet humaniste. Le site abolition 2012 est public : www.abolition2012.fr La revendication consiste à demander une loi cadre avec les mesures principales suivantes : Abolition de toute mesure de répression à l’encontre des personnes prostituées, politique sociale et de santé, politique de réinsertion des personnes prostituées qui le souhaitent, politique de responsabilisation du client, etc.

Des méthodes répréhensibles: Nous l’avons compris, cachés derrière des enjeux inavouables, ne reste plus qu’à adopter des méthodes douteuses pour tenter de pourrir le débat et compromettre les abolitionnistes. Certains n’hésitent devant rien et osons le dire, leurs méthodes s’apparentent à celles de voyous.

Mensonges et manipulation, quelques exemples :

– « Criminaliser les putes ». Un groupe « 8 mars pour toutes » s’est crée autour de structures comme le STRASS, Act-UP et quelques autres. La seule revendication qui se distingue clairement de celle des collectifs qui organisent les manifestations du 25 novembre contre les violences faites aux femmes et du 8 mars pour les droits des femmes, porte sur la prostitution, qu’ils veulent libéraliser et donc réglementer. Pour mobiliser les membres du groupe, voici le mail qui leur a été adressé : « Un risque de violence de la part des militantes prohibitionnistes (qui souhaitent interdirent la prostitution quitte à criminaliser les putes) existe car c’est ce qu’il se passe depuis 1 an dans les mobilisations féministes où elles sont majoritaires (pour le moment) ». A l’évidence, la personne qui a rédigé cette phrase n’ignore rien des véritables positions abolitionnistes mais préfère mentir et accuser les abolitionnistes d’intentions qui, si elles étaient vraies, seraient en effet scandaleuses. La seule violence subie durant la manifestation du 25 novembre a consisté à entendre ce cortège réglementariste hurler : « Abolo, catho, facho, vous nous cassez le clito » ! En l’absence d’argument digne de ce nom, ils en arrivent aux injures et à la calomnie, ils manipulent sans complexe et inversent les rôles ; le plus curieux c’est que certains y croient. Comment un projet humaniste, féministe et socialise pourrait-il être associé au fascisme ? Le collectif Abolition 2012 doit-il porter plainte en diffamation ?

– La contamination au VIH-Sida : Souvent, vous entendrez les réglementaristes affirmer sans vergogne que les abolitionnistes sont responsables de la contamination au VIH-sida des personnes prostitué-e-s et les tuent. Rien que ça ! En réalité, tout le monde le sait, le seul responsable des violences dont fait partie la contamination au VIH-sida, c’est le système prostitueur. Les réseaux bien sûr qui dressent, violent et contaminent leurs victimes, mais aussi les clients qui baisent sans capote et payent plus cher pour ça. La prise de risque aussi, renforcée par les menaces et le stress inhérents à l’activité, par les substances qu’il faut prendre pour tenir. La encore, qui peut sincèrement croire à un tel argument ? Pourtant, il est rabâché, c’est énorme, mais ça passe !

– La parole des personnes prostitué-e-s : Ils accusent les abolitionnistes de parler au nom des prostitué-e-s, mais quand on leur demande d’écouter et de respecter la parole d’Ulla, de Rebecca Mott et de toutes les autres, qui dans le documentaire « L’imposture » http://vimeo.com/16641741 ou dans tous les superbes documentaires d’Hubert Dubois, se dévoilent et disent librement la mésestime de soi, la peur, le dégoût, les viols, la dissociation, la sidération, etc., les activistes réglementaristes leur refusent le droit à la parole. Ils les discréditent et les invisibilisent, eux qui prétendent parler en leur nom ! D’anciennes prostituées ont créé un réseau avec un site Internet, un cri, des cris, leurs cris, des vérités que tant voudraient effacer : http://survivorsconnect.wordpress.com/ Le comportement des activistes réglementaristes est proprement immonde et pourtant, ça passe quand même et on les croit quand ils professent que nous instrumentalisons la parole des prostitué-e-s !

Calomnies, discrédit et isolement de personnes représentatives : « Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage ». Le bon sens populaire, rarement démenti. La pratique qui consiste à discréditer une personne auprès de ses pairs, à l’isoler pour mieux la neutraliser est très prisée par les activistes réglementaristes. Beaucoup en ont fait les frais. En tant que présidente du Centre LGBT Paris, je peux témoigner, j’ai eu ma part ; vous comprendrez aisément qu’il était inadmissible qu’une des porte-parole du mouvement LGBT ne soit pas à la botte des réglementaristes pro-prostitution. Sur les réseaux sociaux, leurs calomnies diffamatoires sont rabâchées à l’envie et ne différent jamais, et plus c’est gros, mieux c’est. Jugez-donc : « Faites la taire cette putain de féministe », etc. A cause de moi, le Centre LGBT Paris est « exsangue «. Pas de bol, il se porte comme un charme, sorti de l’ornière de la rue Keller, du dépôt de bilan et d’un taudis qui menaçait de s’effondrer, installé rue Beaubourg, après avoir recouvré ses subventions qu’il a depuis multipliées. Il s’est développé avec un bilan satisfaisant, accueillant chaque année de plus en plus de visiteurs et offrant des permanences d’aide et un programme culturel et festif de qualité. Cet été, j’ai passé la main à deux volontaires qui ont pris la co-présidence et toute l’équipe des bénévoles et salariés continue sur la lancée. Bref, la réalité, et vérifiable car tous les bilans financiers, les rapports annuels sont disponibles sur le site Internet, se heurte invariablement à leurs fantasmes et accusations calomnieuses. Autre variante, « je ne connais rien à la question du VIH-Sida et je n’ai rien fait pour lutter contre au CLGBT Paris ». Les dossiers de demande de subvention pour payer un chargé de prévention à demeure, maintenir des locaux offrant matériels et brochures de prévention, tenir des réunions d’information et tout un tas d’évènements sur le sujet de la prévention au VIH-SIDA mais pas seulement, c’est sans doute à eux qu’on les doit ! En revanche, vous pouvez en être certain-e-s, eux ne connaissent rien aux questions de santé lesbienne, les IST et les cancers qui les touchent, ils s’en fichent. Le VIH-Sida seul est digne d’intérêt et la stratégie servie par les fonds engloutis par la sidacratie, elle, n’a pas à être discutée ! Les plus violents sont aussi les plus velléitaires, eux n’ont en réalité pas fait grand-chose ni pour le mouvement LGBT ni pour quoi que ce soit d’autre ; ceci expliquant sans doute cela. Souvent aussi, je suis accusée d’être « à la solde du PS » et « d’avoir fait carrière « ! Quelle carrière, si ce n’est de ne pas avoir fait la mienne au boulot, comme j’aurais pu la faire ? Là aussi la réalité, ils la connaissent, salariée à temps plein en entreprise en tant que juriste, et présidente élue, j’ai passé pendant 7 ans, l’essentiel de mon temps libre au Centre où je n’ai jamais touché un seul centime, bien au contraire, et s’il fallait me payer le temps consacré à y travailler bénévolement, je serai sûrement très riche ! Quant au PS, ma liberté de pensé et mon esprit critique m’autorise à le critiquer quand il le faut, autant que n’importe quelle autre formation politique. Tout ça, ils le savent, mais s’évertuent avec un acharnement pathologique à propager rumeurs et mensonges, dans le but de me discréditer afin de me faire taire. C’est pourtant peine perdue, leurs calomnies et leurs menaces ne me perturbent pas bien au contraire, elles me stimulent, mais combien de personnes ont-ils réussi à impressionner, insécuriser et museler ?

-La dérision et les menaces : Les abolitionnistes seraient de puritains catholiques qu’il faudrait tourner en dérision, même les plus athées d’entre nous et même et surtout s’ils ne connaissent rien de notre vie sexuelle et affective. Il y a aussi les intimidations et les menaces. La liste est très longue, pour ainsi dire infinie. Disons-le enfin, ce sont purement et simplement des méthodes de voyous. Les activistes réglementaristes en abusent à volonté ; il est amplement temps d’y mettre un point final, d’autant plus qu’eux, procéduriers à l’extrême, ne supportent aucune critique et n’hésitent pas à poursuivre en diffamation. Sachant ce que sont les véritables enjeux de la prostitution et du système prostitutionnel, n’hésitons pas à rétablir la vérité, dénoncer les manipulations grossières et exercer une solidarité indéfectible envers leurs victimes.

En conclusion : La question de l’abolition ou de la réglementation de la prostitution est affaire de projet de société. Les arguments doivent pouvoir s’échanger avec respect et sans intimidation aucune. Nous le savons, les enjeux véritables de la prostitution sont inavouables, pour autant, il s’agit d’un débat politique qui ne doit en aucun cas souffrir de méthodes inqualifiables. Si les activistes réglementaristes ne trouvent aucun argument honnête et n’ont rien d’autre que le mensonge, la calomnie, la manipulation et le discrédit à nous opposer alors peut-être est-il temps pour eux d’admettre que leur lutte est vaine. Seule une société abolitionniste de la prostitution, dernière forme d’esclavage humain, est une société humaniste, féministe et de progrès. Dans quelle société voulons-nous vivre demain ?


Précision : NON je ne veux pas que les personnes prostituées soient contaminées !

Ça n’a pas tardé. Les activistes réglementaristes et quelques uns de leurs alliés ont immédiatement fait la démonstration de leur mauvaise foi à la lecture de cet article. Ils ont interprété, dénaturé, manipulé la seule idée qu’ils pouvaient exploiter, fuyant soigneusement tout le texte, incapables de démonter les arguments posés.

« … aussi ceux qui, au nom d’un principe de réalité, distribuent des capote, certes pour éviter la contamination des prostitué-e-s mais aussi des clients prostitueurs, et de facto entretiennent et confortent le système prostitutionnel. »

Cette phrase n’est pas difficile à comprendre, mais puisqu’il le faut, je vais expliciter.

Cette phrase ne dit pas que les personnes prostitué-e-s ne doivent pas avoir accès aux préservatifs ni autres moyens de prévention et d’information, ni maintenant, ni même après l’abolition de la prostitution bien sûr. J’ai moi-même suffisamment fait de prévention pour en comprendre la nécessité vitale. Tiens j’aimerais assez pour changer que le VIH-Sida ne soit d’ailleurs pas la seule infection et maladie utilisée par les activistes réglementaristes pour assoir leurs argumentations. Les questions de santé des personnes prostitué-e-s sont majeures, prévention IST certes, mais aussi prévention cancers féminins, addictions, suicide… Tout ce dont ils ne se soucient jamais.

Cette phrase dit exactement que se contenter de distribuer des capotes bien sûr est nécessaire pour les personnes prostituées mais incontestablement sert aussi les intérêts du système prostitueur, lui facilite le travail, l’entretien, le sert….

Qu’est-ce qui n’est pas clair dans cette évidence ?

Bien sûr c’est clair, mais quand on est habitué à louvoyer et que l’on n’a pas d’autres argument que ceux qui relèvent de la défense du patriarcat, ou de la défense des profits du crime organisé des industries du sexe, légalisées ou non ; faut bien trouver un angle d’attaque.

Ces procès en sorcellerie sont purement et simplement une manœuvre manipulatoire qui ne trompe plus personne, sauf ceux et celles pour lesquelles plus c’est gros et plus ça passe !

Christine Le Doaré

Masculiniste et gay, c’est possible

Masculiniste et gay, c’est possible

Egalité des droits, ouverture du mariage aux couples de même sexe,

pour garder le cap, mieux vaut avoir le cœur et les convictions solidement amarrées.

Le vote de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, est désormais propulsé dans un contexte extrêmement tendu et conflictuel.

Nous le savions, même si le gouvernement en avait fait une de ses promesses de campagne, cette évolution ne se ferait pas sans grincements de dents. A n’en pas douter, l’Alliance parlementaire ressusciterait ; nos figures de proue réactionnaires enfourcheraient leurs dadas, etc., et tout ça n’a bien sûr pas manqué de se produire.

Toutefois, nous ne pensions pas voir autant d’opposants dans la rue – relativisons malgré tout, ils ont fait le plein, toutes les églises étaient inondées de tracts appelant à la manifestation du 17 novembre – ; nous ne savions pas que Civitas et son service d’ordre commettraient de telles violences à l’encontre de contre-manifestant-e-s. Ils devront répondre de leurs actes et j’aimerais assez que l’Intérieur se penche sur leur dissolution.

Surtout, nous ne pensions que les manifestations réactionnaires émouvraient à ce point le Président Hollande. Sa clause de conscience des Maires, est proprement indécente. La loi républicaine s’applique à l’identique pour toutes et tous dans une république laïque et indivisible. D’ailleurs, cette clause ne figure pas dans le texte présenté au Parlement ; il est probable que M. Hollande nous explique prochainement qu’il s’est mal fait comprendre.

Alors dans ce contexte fiévreux, qui donne de la France l’image d’un pays passéiste, peinant à adopter une mesure accueillie sereinement dans nombre de pays, il est indispensable que toutes et tous, personnes LGBT mais pas seulement, citoyen-ne-s de progrès également, nous sentions partie prenante d’un élan collectif et solidaire pour l’égalité des droits.

Pour réaffirmer la nécessité impérative d’une égalité de droits républicaine entre les couples et familles, pour condamner les lamentables manifestations de rejet et même de haine homophobes et lesbophobes qui se sont exprimées ces dernières semaines ; l’inter-LGBT, fédération représentative, a donc appelé à une Manifestation le dimanche 16 décembre prochain.

L’intitulé de la manifestation ne faisant pas référence à la lesbophobie, je suis intervenue sur le mur de l’évènement Facebook pour demander qu’aux côtés de l’homophobie et la transphobie, soit comme il se doit, ajouté la lesbophobie. En effet, les lesbiennes subissent des discriminations spécifiques en tant que femmes et homosexuelles, la lesbophobie étant la conjugaison du sexisme et de l’homophobie. Nous sommes largement invisibilisées dans le mouvement LGBT où nous peinons à trouver nôtre place, comme plus généralement dans la société, c’est un état de fait incontestable. Les associations et militantes lesbiennes s’évertuent d’ailleurs à l’expliquer depuis des décennies.

Alors, ne pas admettre que nous vivons dans une société patriarcale avec une domination masculine pugnace et ses conséquences à tous les niveaux, est étonnant mais peut à la rigueur s’expliquer par un manque de conscience des rapports sociaux de classes, par une absence de politisation et par la méconnaissance du féminisme, de ses théories et pratiques. Certains des commentaires portés à la suite de ma demande relèvent de ces manques, en particulier ceux qui laborieusement, tentent d’expliquer que l’Homme englobe la femme (comme dans la bible, vous savez, elle née de la cote d’Adam !), ou que l’homophobie c’est comme l’homosexualité, ça parle de l’autre et que ça concerne tout le monde, etc. Toutes ces explications simplistes traduisent avec une fausse naïveté, une domination masculine toute assumée. Des femmes les reprennent à leur compte, elles trouvent plus confortable d’opérer un raccourci et de s’identifier aux hommes plutôt que de combattre le patriarcat. Il faudra du temps, tout ça n’est pas nouveau et le féminisme a de beaux jours devant lui !

En revanche, d’autres commentaires, relèvent purement et simplement du machisme et même du masculinisme le plus primaire. Jugez vous-même et comprenez bien que ce déchaînement de violences est la conséquence d’avoir osé demander que soit rajouté le mot lesbophobie !

Ce n’est qu’un extrait, tout est toujours sur le mur de l’évènement, il faut juste retrouver le post et ses commentaires.

«-Vincent Mombellet : Il faudrait rajouter aussi que c’est contre la Bearphobie, parce que sinon je vais écrire invisibilisation non en majuscules aussi hein!

– Kévin Gagneul : Et sinon Le Doaré, ça te dérange pas trop trop si je viens avec des copains et copines putes ? Non parce que quand c’est pour taxer les mecs à longueur de journées d’indécrottables specimen du patriarcat, là y a du monde. Oui à la visibilité des lesbiennes, oui oui et encore oui. J’y suis tellement favorable quand quand une lesbienne est une conne, je suis tout aussi favorable à le lui dire : Christine, tu es une vielle conne qui fait chier.

– Kévin Gagneul : Elle n’aime que les gens qui pensent comme elle, elle n’aime que les gens qui parlent comme elle. Bref, elle n’aime qu’elle. je n’ai aucune estime pour cette personne, dont le niveau de respect est au niveau 0. Mais elle est toujours là pour donner des leçons.

-Kévin Gagneul : Guillaume P : Parles lui des putes (femmes et hommes) … tu vas voir sa réaction … Quand elle fait un article sur la secrétaire générale du STRASS elle met son nom entre guillemets … la classe non ? Quand elle parle des putes mecs elle les appels les « cuves à sperme » … Cette femme est un boulet, et nous la traînons, encore et encore.

– Philippe Doux-Laplace : Ajoutons la misandrie aussi.

-Thomas Marcel Veillard : Les lesbiennes, faut toujours qu’elles se démarquent. Anticonformistes. Brise-couilles quoi. Reste chez toi va.

-Walter Ninety-nine Percent : c’est bon elle est calmée la goudou 🙂

-Danvers Frank : Elle est vraiment grave la Le Doaré, aigrie de ne pas être organisatrice??? »

Sympa non ? Qu’est-ce que le masculinisme ? C’est une idéologie visant à défendre la position dominante des hommes et leurs privilèges. Les masculinistes nient les violences faites aux femmes, conjugales et sociales. Ils se font passer pour des victimes, ils nourrissent de la haine envers les femmes, qu’ils veulent rappeler à l’ordre patriarcal établi. *

La domination masculine, les rôles impartis aux femmes et aux hommes, la violence exercée à l’encontre des femmes dans le but de s’approprier leur vie pour la sexualité et la reproduction, les féminicides, les viols, les violences en tous genres pour maintenir la domination, etc. ; tout ce que le féminisme combat vise à l’égalité, au respect des différences, à l’abolition du sexisme mais aussi de l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, et à promouvoir d’autres modalités relationnelles entre les êtres humains. Pourtant, ils rejettent ce féminisme-là et se rendent complices du système d’oppression patriarcal à l’origine même de l’homophobie qu’ils subissent. Pathétique !

Faut-il comprendre que ceux qui versent dans le masculinisme font avant tout le choix d’une solidarité envers la classe des hommes à laquelle ils appartiennent ? S’emploient-ils à lui donner des gages dans le but de gagner l’estime de ceux dont ils veulent être reconnus et aussi séduire ? C’est bien ce que la violence de leurs propos, qui cache mal leur haine des femmes, donne à penser.

Le prétexte de la prostitution est à ce titre exemplaire. On peut être réglementariste ou abolitionniste ou ne pas avoir d’idée arrêtée sur cette question polémique. En revanche, comme dans le cas de KG, dénigrer violemment et de façon diffamatoire une position politique est inadmissible. Volontairement accuser les abolitionnistes de tuer des prostitué-e-s alors que c’est bien le système prostitueur, les clients qui contaminent en baisant sans capote, les violences que subissent les personnes prostituées et les substances qu’elles absorbent qui les tuent, est une manipulation sordide. Volontairement amalgamer prohibition (chasse aux prostitué-e-s) et abolition (prévention, éducation et pénalisation des clients) est parfaitement irresponsable. Les abolitionnistes qui espèrent une société avec moins d’exploitation et de violences, veulent abolir la loi relative au racolage passif, adopter des mesures sociales et de réinsertion des personnes prostituées qui le souhaitent et proposer des stages pour les clients, afin qu’ils questionnent leur demande. La prostitution est l’une des dernières violences faites aux femmes que la loi ne punit pas. Le problème ce ne sont pas les prostituées et aucun abolitionniste n’est anti-pute bien au contraire, mais les clients qui jouissent d’un privilège exorbitant du patriarcat : violer les femmes et leur consentement en le monnayant. «On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme et il s’appelle prostitution ». Victor Huguo. A méditer. Dans tous les cas, pervertir ainsi le débat en proférant de grossiers et vulgaires mensonges est aussi vain que sordide.

Peut-être le plus choquant encore est-il que de tels propos aient été tenus sur la page de l’évènement Facebook de l’Inter-LGBT, sans être modérés. Bien sûr, l’Inter-LGBT a fini par modifier le titre de l’évènement et a ajouté la lesbophobie, mais à quel prix ! Des années d’investissement au sein du mouvement LGBT, à rabâcher encore et toujours, avec d’autres lesbiennes et certains gays aussi, que la domination masculine du système patriarcal est à l’origine des LGBTphobies, que ce système est à combattre globalement et conjointement, et essuyer à cet endroit-là, une telle violence machiste, est révoltant.

A la veille de la journée contre les violences faites aux femmes, cela me laisse songeuse. L’égalité des droits c’est certes important, les LGBT comptent sur une mobilisation féministe et citoyenne, mais les femmes peuvent-elles compter sur eux pour avancer vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes ? De ce côté-là, tout reste à démontrer.

Je ne vais pas épiloguer, les temps sont difficiles et nous avons toutes et tous fort à faire avec la droite réactionnaire et les religions toujours solidaires sur notre dos, mais messieurs, essayez donc un peu d’y penser seuls, le mot lesbophobie n’a pas été inventé pour rien ! Faites aussi un peu le ménage dans vos rangs ! Travaillez un peu ces questions fondamentales et vous pourrez vous prétendre pro-féministes ! Un conseil : être pro-féministe, ce n’est pas juger ce qu’est le «bon » ou le « mauvais » féminisme (en général, vous aimez ce qui ne vous remet pas trop en question), mais  c’est écouter, lire, apprendre et comprendre, puis vous engager à convaincre d’autres hommes.

Dans tous les cas, et une fois de plus, force est de constater qu’il faut avoir un véritable sens des priorités, une conviction militante inébranlable, être solidement engagé-e en faveur de l’égalité des droits et contre les LGBTphobies, pour manifester le 16 décembre, parmi trop – même s’ils ne sont pas une majorité – de gays misogynes, voire masculinistes. Si tant de femmes vous soutiennent, c’est peut-être parce qu’elles ont mesuré la longueur du chemin qu’il vous reste à parcourir et souhaitent, dans l’intérêt de toutes et tous, vous encourager à accélérer le mouvement !

Christine Le Doaré

*

http://sisyphe.org/spip.php ?article2941

La percée de la mouvance masculiniste en Occident par Hélène Palma, maître de conférence en études anglophones.

http://www.ladominationmasculine.net/themes/42-masculinisme.html

Coup de tampon règlementariste !

A la lecture du texte d’Alban Ketelbuters : « Reconnaître la prostitution et non l’abolir », paru dans le Monde du 23-07-2012, je constate tout d’abord que de plus en plus d’hommes  se sentent autorisés à apposer ou non,  un tampon « féminisme convenable » sur nos revendications.

Nombreux sont ceux qui, comme l’auteur, vouent  désormais un culte à Simone de Beauvoir ou à Elisabeth Badinter et pour le reste, ils décident s’il est ou non acceptable que nous menacions leurs privilèges patriarcaux.

Alban Ketelbuters semble avoir des connaissances approximatives en matière de féminisme. Son analyse des différents féminismes en présence est assez confuse. Pour commencer, rappelons-lui que si des féministes essentialistes se manifestent encore de temps à autres, les principaux groupes et personnalités féministes qui s’expriment et agissent aujourd’hui, y compris chez les abolitionnistes, sont égalitaires et universalistes. Et c’est tant mieux car les théories naturalistes et différentialistes qui fondent la domination masculine ne peuvent être déconstruites par un féminisme qui se contenterait d’inverser les rôles et de substituer un matriarcat au patriarcat !

Des militantes féministes, des militantes lesbiennes aussi, revendiquent depuis fort longtemps, l’égalité des droits et notamment l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, la PMA* pour les lesbiennes et l’adoption pour tous, mais pour autant, sont hostiles à la GPA** (Nombre de  militants LGBT également). Il ne faut pas tout mélanger, la GPA n’est pas une technique de reproduction, elle met en jeu la vie d’une femme pendant toute une grossesse. Qu’on le veuille ou non, il s’agit bien de l’appropriation et de la mise à disposition, par des hommes et à des fins reproductives,  de corps de femmes. La question mérite que l’on prenne le temps d’y réfléchir sereinement, surtout qu’il existe d’autres solutions de parentalité et que le droit à l’enfant ne justifie pas tout.

M. Ketelbuters continue sa démonstration jusqu’à mettre sur le même plan, supériorité de l’hétéro-parentalité et abolitionnisme de la prostitution ! Que fait-il donc des militants LGBT qui se battent pour la reconnaissance et les droits des familles homosexuelles et pour autant sont abolitionnistes ? Sous le tapis ?

« L’obsession chimérique d’une juste sexualité, plus naturelle que culturelle… »  Mais que peut bien signifier cette phrase ? La sexualité  n’a rien de bien « naturel », elle résulte dans tous les cas, d’une culture, d’une éducation et d’expériences individuelles. En outre, j’ai beau lire des textes abolitionnistes, je n’y vois aucun argument puritain, bien au contraire. Il n’est question que de désir et de liberté, d’émancipation et surtout de sortir le sexe de l’économie de marché. Il est question aussi de prévention, de lutte contre l’exploitation et les violences.

Le consentement et l’intimité ne se marchandent pas et ne peuvent être livrés aux lois du marché.  Qui fixerait le prix public, la valeur, d’un acte sexuel et en fonction de quels paramètres ?

Puis,  Alban Ketelbuters  qui ne recule décidément devant rien, fait référence à l’article 4. de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Certes, tout être humain a en effet le droit de disposer de son corps, mais du sien seulement, personne n’a le droit de disposer de celui d’autrui !

Certaines personnes seraient disposées à vendre ou louer leurs organes si on les laissait faire, pourtant, quelle que soit leur situation économique, la force de leur volonté, l’Etat les en empêche pour les protéger. Il devrait en être de même pour la location ou la vente d’actes relevant de l’intimité sexuelle.

Non pas pour des raisons puritaines mais parce que vendre sa force de travail physique ou intellectuelle n’a strictement rien à voir avec vendre son intimité sexuelle et aucun-e prostitué-e n’a jamais rêvé enfant de le devenir et encore moins fait ce rêve pour ses propres enfants. Ce n’est à l’évidence pas un métier comme un autre, contrairement à ce que prétendent les réglementaristes. Qui voudrait trouver à Pôle emploi demain, de telles offres d’emploi ?

Que dire encore de cet argument qui consiste à juger les abolitionnistes « coupables de condamner à la misère et à la criminalité les personnes prostituées » ?

A l’évidence, Alban Ketelbuters n’a pas fait la différence entre abolitionnisme et prohibitionnisme. Si les abolitionnistes font un travail de lobbyng politique, ils réclament avant tout l’abolition de l’article 225-10 -1 du Code pénal sur le racolage passif, réglementation répressive exercée à l’encontre des personnes prostituées. Présents sur le terrain, ils font un travail de prévention considérable et aident les personnes prostituées qui le souhaitent à en sortir.

Notre universitaire n’a pas non plus  compris que les abolitionnistes ne s’en prennent pas aux prostituée-e-s qu’ils respectent, mais veulent questionner la demande : éduquer, voire pénaliser les clients afin de les mettre face à leurs responsabilités. Car c’est  bien avant tout d’égalité femmes-hommes et d’un projet de société dont il s’agit.

Comment, un petit garçon,  élevé en sachant qu’il aura toujours des femmes prostituées à disposition,  pourrait-t’ il jamais considérer une femme comme son égal ?

Je me demande aussi comment notre universitaire a réussi à éviter de lire les rapports publiés par les Etats qui avouent être dépassés par les problèmes générés par une politique réglementariste ? Les trafics se sont développés massivement et sont devenus incontrôlables. Est-ce dans une telle société que nous voulons-vivre ?

Mais le summum de la malhonnêteté intellectuelle est atteinte lorsqu’il prétend que « les abolitionnistes ont une vision étroite de « l’identité féminine,  toute femme étant pour eux (il dit elles, car il n’a pas compris que le mouvement abolitionniste est un mouvement mixte), conformément à ses organes génitaux, une mère « !

Cette confusion est typique de la technique manipulatrice de renversement rhétorique. L’auteur a bien compris que les femmes ont des organes génitaux, à la disposition des hommes, pour faire des enfants – GPA – ou pour assouvir de prétendues pulsions sexuelles irrépressibles masculines. Nous n’en sortons pas, « mères ou putains », mesdames,  choisissez ! Il se peut toutefois que notre universitaire néo-libéral, magnanime et si moderne, nous accorde de passer de l’une à l’autre !

En revanche, le mouvement abolitionniste est favorable à l’émancipation des femmes, il sait que les femmes se sont libérées en s’affranchissant de leur dépendance économique et en se réalisant autrement que dans la maternité automatique, le seul droit réservé aux femmes. Il sait aussi que le soi-disant «  plus vieux métier du monde » est surtout, le plus vieux privilège masculin, jalousement préservé par le système patriarcal et qui paradoxalement, trouve parfois des alliés dans le mouvement LGBT (GPA & prostitution).

Sa conclusion enfin, nous parle de liberté et d’éternité.

La prostitution serait une liberté ? L’auteur fait ici la promotion néo-libérale du choix individuel qui prime sur le choix collectif de société. Pour une personne qui choisit 1000 peuvent vivre en esclavage.  N’oublions pas que l’économie du sexe est la plus rentable après celle des armes et de la drogue !

Laissons de côté un instant la prostitution liée à la traite, aux mafias, aux réseaux,  aux proxénètes plus ou moins artisanaux… pour nous intéresser à la seule prostitution dite « choisie » : comment notre universitaire a-t-il pu passer à côté des études qui démontrent que la plupart des femmes prostituées ont vécu des violences sexuelles, incestes ou viols, dans l’enfance ? A moins qu’il ne le sache mais n’ait rien d’autre à leur proposer ? Lui rentabilise ses études, elles cherchent à survivre, mais lui, sait de quoi il parle !

L’arnaque intellectuelle consiste à prendre pour argent comptant les sornettes de quelques escortes de luxe qui travaillent occasionnellement et choisissent leur clientèle sur Internet, ils osent se prétendre porte-parole des femmes enfermées dans une prostitution forcée.

Comble de l’indécence, cette liberté, il la justifie par son impossible disparition. C’est tout de même vertigineux, ne trouvez-vous pas ?

Affirmer que la prostitution ne disparaîtra jamais c’est d’avance capituler sur la possibilité d’une société plus humaine, plus épanouissante et plus libre, libre des dangers, des pressions de toutes sortes, des chantages exercés sur des femmes au prétexte d’une libre sexualité.

C’est condamner une partie des femmes à devoir se plier à tout jamais aux exigences d’une sexualité masculine qui serait naturellement différente – essentialisme où es-tu ? – et puisqu’ils peuvent payer, pas de raison de s’en priver !

C’est renoncer à tout jamais à toute égalité femmes-hommes.

C’est accepter que sous cette forme, l’esclavage persiste mais ne concerne quasiment plus que des femmes.

C’est terriblement violent et réactionnaire. Vôtre coup de tampon,  M. Ketelbuters, on s’en passera fort bien.

Christine Le Doaré

PMA* Procréation médicalement assistée

GPA ** Gestation pour autrui

http://mobile.lemonde.fr/idees/article/2012/07/23/reconnaitre-la-prostitution-et-non-l-abolir_1736509_3232.html

Les quatre lettres du sigle LGBT

Que le temps passe vite, quinze ans déjà : la présidence de SOS homophobie, puis celle du Centre LGBT Paris-ÎdF, quatre ans au bureau de l’ILGA-Europe aussi. Tant de temps passé à militer dans la mixité et la diversité LGBT ; à chercher aussi comment les quatre lettres du sigle LGBT peuvent faire sens ensemble.

Lier les revendications des quatre lettres du sigle LGBT est tout sauf évident et peut-être même actuellement impossible.

Au début de mon engagement dans la mixité, après l’époque du Comité d’urgence et d’action homosexuelle révolutionnaire (CUAHR) et des Groupes de libération homosexuelle (GLH), il était alors plus difficile d’apparaître aux yeux de tous, comme lesbienne ou gay. Ceci explique peut-être pourquoi les gays et les lesbiennes étaient plus proches et solidaires. Avec un certain nombre de gays, il était possible de déconstruire le système patriarcal, de combattre la domination masculine et ses armes telles que le sexisme et l’homophobie Mais plus le temps a passé, plus l’homosexualité est devenue une question de société, plus les gays, à de rares exceptions près, se sont désintéressés des questions d’égalité réelle entre les femmes et les hommes, marquant une distance avec les luttes féministes. Ils en avaient fini d’interroger leur propre misogynie. Depuis déjà un bon nombre d’années, le mouvement est en réalité très gay ils disposent de plus de moyens financiers, de réseaux, de lieux, ils appartiennent au groupe social dominant des hommes, ils sont plus visibles et plus puissants. Seuls les gays qualifiés de « folles » par leur propre communauté subissent une forme du sexisme que vivent les lesbiennes et plus généralement les femmes.

Pour que le mouvement n’ait pas de « LGBT » que le sigle, il aurait fallu que les gays commencent par admettre cette réalité et y travaillent, mais, à de trop rares exceptions près, ce n’est pas le choix qu’ils ont fait.

Alors, les lesbiennes discriminées en tant que femmes et que lesbiennes (lesbophobie), au fil du temps, ne trouvant pas leur place dans le mouvement LGBT, se sont investies dans la non-mixité, rejoignant celles qui avaient fait dès le début, le choix des groupes lesbiens et /ou féministes. Trop peu de lesbiennes féministes se sont retrouvées en même temps et suffisamment longtemps dans le mouvement LGBT pour parvenir à mobiliser sur la nécessaire remise en question du système patriarcal et de la domination masculine, y compris chez les gays.

Et les Trans et les bis me direz-vous ?

Les trans se sont souvent, et à juste titre, plaints du manque d’intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais ne se sont pas non plus vraiment intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est extrêmement rare de croiser un ou une trans un tant soit peu féministe. Au départ, n’étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d’être féministes, la plupart adoptaient même les codes sociaux d’une représentation féminine parfaitement sexiste. Incompréhensions, forcément, alors qu’avec la plupart des gays, ça passait beaucoup mieux. Puis ont émergé les transsexuels femmes devenues hommes (F to M), un peu plus conscientes du sexisme et des enjeux de l’égalité femmes-hommes, ayant été des femmes et souvent rejetées car ne se pliant pas aux stéréotypes sexistes. Toutefois, une fois installées dans leur sexe de réassignation, la plupart des personnes transgenres se fondent dans la masse pour une nouvelle vie et ne participent que très rarement aux luttes féministes et LGBT. Enfin, les personnes transgenres, qui questionnent le genre mais ne veulent pas nécessairement aller jusqu’au bout des opérations de réassignation, ont fait leur apparition, aidées par le mouvement Queer qui ouvrait une brèche vers plus d’imagination et de libertés. Dommage, toutes ces différentes façons d’être trans n’ont pas non plus vraiment réussi à se comprendre entre elles. Pire encore, les revendications trans. sont maintenant instrumentalisées par les politiques. Assimiler opportunément les questions de genres aux archi minoritaires droits des trans pour mieux freiner les droits des femmes et surtout ne pas avancer trop vite en matière d’égalité Femmes-Hommes, beaucoup de politiciens européens sont déjà rompus à l’exercice. Les Trans eux-mêmes, en particulier dans les pays anglo-saxons sont hostiles envers les féministes. (Attaques conférence radfem pays anglo-saxons).

Quant aux bi(s), ils ou elles considèrent n’être que la dernière roue du carrosse, ce qui n’est pas faux, mais il faut bien reconnaître qu’il est assez difficile d’articuler des revendications bi, notamment en matière d’égalité réelle femmes-hommes ou d’égalité des droits LGBT. Quand on discrimine ou agresse une personne, c’est à cause de son orientation sexuelle réelle ou supposée et c’est la relation homosexuelle de la personne bisexuelle qui pose alors problème. La question de l’acceptation de la bisexualité est une intéressante question culturelle mais elle est difficile à traduire en termes politiques.

Ceci s’est produit lentement mais semble bien cristallisé aujourd’hui. Au début des luttes LGBT on parlait de droits mais aussi de libertés, de lutte contre l’homophobie mais aussi contre le sexisme, espérant que nos luttes profiteraient à l’ensemble de la société. Peu à peu, le mouvement LGBT s’est focalisé sur l’égalité des droits. L’égalité des droits est primordiale mais la force de l’exemple par la loi ne suffit pas à faire évoluer les mentalités ni à déconstruire les systèmes d’oppression. Le dispositif légal antiraciste est optimal, pourtant, le racisme est toujours aussi prégnant dans notre société.

L’interprétation en France des théories Queer a aussi joué un rôle. Les théories Queer permettent d’appréhender les questions de genre pour mieux déconstruire les normes et proposer des alternatives. Mais chez nous, elles ont souvent été utilisées pour diluer les luttes et masquer les véritables enjeux de pouvoir. Ainsi, quand un homme blanc Queer décrète être une « lesbienne noire », parce que c’est ainsi qu’il lui plaît de se définir et de se vivre, c’est intéressant sur le plan théorique, mais seule la lesbienne noire subit vraiment une triple domination sociale et culturelle (femme, lesbienne et racisée) ; ce type de posture n’a aucun d’effet sur la vie quotidienne de l’immense majorité des gens et encore moins ne remet en question l’oppression des femmes. C’est théoriquement excitant mais socialement inopérant, ça ne change strictement rien aux rapports sociaux de classe. Les hommes (gays ou pas) qui adorent les Slutwalks et autres manifestations ou représentations « pro-sexe », les qualifient de « seul féminisme valable » ; ils ont raison, elles ne remettent nullement en question la domination masculine, bien au contraire, elles assignent les femmes à de nouveaux rôles tout aussi normés que les précédents mais imposés cette fois, par les industries du sexe.

Admettons-le, le mouvement LGBT n’a de mixte que son sigle. Il se défend bien en matière d’égalité des droits, mais fait l’économie de l’essentiel : la lutte contre le système patriarcal. Il ne suffit pas de dire : le sexisme engendre l’homophobie, ou encore, la lesbophobie et la transphobie ou encore, le mépris du féminin est l’un des ressorts des LGBTphobies, voire même l’homophobie et la lesbophobie sont des manifestations de peur face à des alternatives qui ne sont pas prévues et sont vécues comme des menaces du système, etc., il faut en tirer les conséquences et s’engager dans la lutte contre la domination masculine, c’est à cette condition seulement que nous pourrions parler d’un mouvement LGBT mixte.

Heureusement, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Dans tous les cas, je souhaite une belle et longue vie au Centre LGBT Paris-Île-de-France comme à l’ensemble du mouvement LGBT.

Lettre ouverte à un « escort boy, tapin occasionnel…»

Cher C. M.

Si vous ne le savez pas, je vous informe que votre lettre adressée à tous les « président-e-s et responsables de groupes et associations LGBT … » de France et amplement circulé sur le Net et de toutes les façons possibles, est un document public dont les termes mensongers et violents sont susceptibles d’être retenus pour une action en diffamation, voire même pour incitation à la violence et à la haine.

Mais ce n’est pas vraiment ce dont, dans un premier temps,  je souhaite vous entretenir ici. Et pour vous ménager, je ne laisse que vos initiales dans ce courrier auquel je réponds et qui est publié ci-dessous.

Vous mentionnez dans ce courrier votre passage au CGL de la rue Keller qui vous a aidé à assumer votre homosexualité. En effet, c’est depuis le début l’une des missions du Centre que d’accueillir chaque année des milliers de personnes, pour les informer, orienter, assister dans différentes démarches. Si vous connaissiez le CGL vous n’ignorez pas que des problèmes de gestion l’avaient conduit au bord du dépôt de bilan, avant que je ne prenne la responsabilité d’une petite équipe, pour le sauver puis l’installer rue Beaubourg où il se porte désormais fort bien. Ne serait-ce que par respect pour la somme de travail accompli, de façon intégralement bénévole, vous pourriez vous exprimer avec un peu plus de respect.

Des personnes en situation de prostitution et moins occasionnellement que vous, nous en voyons fréquemment ; elles sollicitent nos permanences santé, sociales, aide à l’emploi, juridique et psy pour y trouver une écoute et /ou une aide, et nous sommes donc en mesure d’évaluer la réalité des différentes situations, très différentes s’il s’agit d’un petit roumain de la gare de l’Est, d’un escort de luxe et d’une prostituée africaine déplacée par un réseau mafieux. Mais surtout, pour avoir discuté avec nombre d’entre elles-eux et m’être personnellement intéressée à la question, je peux vous rassurer au moins sur un point, pas plus que les membres de notre équipe, je ne porte à vôtre -ni leur- encontre, le moindre jugement, ni ne suis animée du moindre mépris, bien au contraire, je vous – et les – respecte en tous points. Vous affirmez le contraire et citez des mots sortis de tout contexte. J’ai écrit des textes et des commentaires sur cette question, ils sont toujours sur mon blog hébergé sur Têtue.com ou sur ma page Facebook et je le crois, le sens de mes propos est assez clair. Sur la page Facebook du Centre LGBT Paris-IdF sachez  que d’autres personnes ont eu les codes d’accès qui ne sont pas changés tous les jours ; vous ne pouvez pas ignorer non plus que sur le Net n’importe qui peut réaliser un trucage.  A l’évidence, vous avez sorti ces mots de leur contexte ;  admettez-le, ne signifient pas du tout la même chose les deux expressions suivantes dans lesquelles on trouve pourtant le même mot : « les prostitué-e-s ne sont que de sordides déversoirs à sperme ! » et «comment peut-on condamner une  personne à n’être toute sa vie qu’un déversoir à sperme ? ».

La pratique qui consiste à isoler un mot de son contexte, à tenter de faire dire à une personne l’inverse de ce qu’elle veut dire n’est pas rare, elle n’honore jamais son auteur.

Mais surtout et infiniment plus important, ce que je veux vous dire tient en cinq points.

– 1. Je doute que les gays, et même les trans, soient à même de nous parler de la prostitution dans sa globalité, étant donné qu’à une écrasante majorité pour ne pas dire quasi-totalité, les prostitué-e-s sont des femmes. En outre, les personnes prostituées sont à 80%  des personnes étrangères ; les déplacements de population massifs ou traite sont organisés par des réseaux mafieux. Dans les 20% restant, certaines personnes sont victimes de réseaux et trafics également, d’autres sont inféodées à des proxénètes ; au final très peu sont « libres » et à la marge, très peu nombreux, sauf à Paris,  sont les prostitués masculins. Les escorts masculins ne sont donc pas représentatifs de cette question. Ils défendent leur business à grand renfort de médiatisation, mais ne vous en déplaise, ceci ne vous – leur confère en rien une quelconque légitimité pour porter les revendications des femmes prostituées.

– 2. La question de la prostitution peut-elle seulement être rapportée à une question de liberté individuelle ? Où est la part de liberté dans la vente,  non pas de sa force de travail intellectuelle ou physique, mais de son intimité sexuelle et de l’affirmation qu’il s’agit d’un travail comme un autre ? Qui fixe les tarifs ? Qui assure des dangers ? Que pèse vraiment la manne financière de l’exploitation sexuelle et qui en profite ? Ne s’agit-il pas tout simplement du paroxysme de  l’exploitation de l’homme par l’homme et le plus souvent de la femme par l’homme ? Qui peut affirmer que sans argent il y aurait de la prostitution ? Se prostituer par plaisir et sans aucune contrepartie, une invention romanesque,  mais à part ça ?… Les dernières études ont révélé que la plupart des personnes prostituées avaient subi des violences sexuelles dans l’enfance, il pourrait aussi s’agir dans certains cas, notamment  parmi les prostitué-e-s qui parlent de choix, d’une tentative de se « réparer ». Je considère et suis bien loin d’être la seule à penser de la sorte, qu’avec la prostitution, c’est bien l’esclavage qui survit dans nos sociétés.

En outre, une seule femme prostituée et ce sont toutes les femmes qui sont en danger. Aucun enfant élevé dans une société dans laquelle le corps d’une femme peut être acheté pour assouvir une pulsion sexuelle ne pourra jamais concevoir l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, ni entre êtres humains.

C’est pourquoi, dans tous les cas, la question de la prostitution n’est pas une question individuelle, mais une question collective de choix de société. La vraie question c’est, dans quelle société voulons-nous vivre ? Dans une société patriarcale où  « le plus vieux métier du monde » – aussi vieux que le patriarcat lui-même – consiste à garantir, et ce quoi qu’il arrive, que des corps de femmes seront toujours à la disposition des hommes qui peuvent se les payer, ou à l’inverse, voulons-nous évoluer vers  une société moderne, égalitaire et en matière intime, affective et sexuelle, basée sur le désir – ce qui exclue nécessairement tout achat de consentement sexuel – ?

– 3. Les personnes un tant soit peu responsables et adultes, et je pense bien en faire partie, respectent les parcours des personnes qui pour une raison ou une autre se prostituent et savent que la prostitution ne disparaîtra pas du  jour au lendemain. Seulement, elles aspirent à un autre projet de société et veulent que chaque personne y trouve sa place, la place dont par exemple chacun-e rêve pour ses enfants ou ceux des autres. Il ne s’agit donc pas de réprimer les personnes prostituées mais de les protéger des prédateurs, aussi des clients pas toujours aussi glamours que vous voulez bien nous le faire croire, surtout des agressions et diverses violences, des maladies « professionnelles » et diverses addictions, de la dépression et du suicide… Il s’agit de leur proposer d’autres alternatives, des formations, une réinsertion… Il s’agit aussi et surtout de pénaliser les clients et tarir la demande en responsabilisant les consommateurs ;  mais je vous rassure, si vous avez pris le temps de lire le texte de loi, vous avez lu comme moi, qu’il est prévu des mesures progressives et relativement douces, telles que la proposition de stages de sensibilisation par exemple. Bref, il ne s’agit pas de violences, bien au contraire. Soyons réalistes et honnêtes, la prostitution n’est pas le conte de fées auquel vous tentez de nous faire croire,  toutes les personnes prostituées le disent, quand elles doivent y retourner le lendemain, elles se racontent des histoires, ben oui, faut bien assumer ; en revanche, quand elles ont tourné la page, elles n’hésitent pas à parler de « viol payant » et de soulagement ; pas besoin de vous faire un dessin je pense ?

– 4. Il faut vous réveiller et vous rendre à l’évidence. Depuis la toute récente Convention abolitionniste qui a rassemblé une bonne cinquantaine de structures associatives, le copieux et particulièrement édifiant Rapport parlementaire, la Résolution de réaffirmation de la position abolitionniste de la France adoptée à l’unanimité à l’Assemblée Nationale par des députés Verts, PC, PS … et la proposition de loi déposée, nous avons changé de registre et de dimension. Il ne s’agit plus vraiment de savoir s’il faut être contre ou pour la prostitution mais de discuter des mesures proposées : faut-il les renforcer, les compléter, au contraire en retirer, lesquelles sont insatisfaisantes voire néfastes… ?

– 5. Enfin, et ça il faudrait tout de même que vous l’entendiez une bonne fois pour toutes.<strong> La question de la prostitution n’est en rien une question LGBT, il faut cesser de nous faire croire que si l’on est gay, lesbienne, bi ou trans, on est automatiquement en faveur de la réglementation de la prostitution. C’est évidement faux et ça n’est que pure manipulation. Sur cette question de société, comme sur la question de la GPA d’ailleurs, deux questions qui relèvent de l’appropriation du corps des femmes, vous trouverez des abolitionnistes et des réglementaristes en proportions identiques parmi les LGBT et dans le reste de la population et surtout de nombreuses personnes sans opinion arrêtée. Alors cessez s’il vous plait de nous imposer vos croyances et/ou manipulations avec force hurlements, menaces et chantages. Ces gesticulations ne servent à rien si ce n’est à renforcer les positions contraires aux vôtres. Si vous pouviez voir le nombre de témoignages et messages de remerciements que je reçois pour continuer d’affirmer malgré les menaces constantes, des positions qui, je veux bien le croire,  dérangent votre business, mais les clients surtout, vous seriez stupéfaits.

Alors, si vous devez juger les responsables associatifs LGBT quels qu’il soient, c’est sur leur seul bilan de gestion, d’organisation et politique en faveur des droits et des libertés LGBT et contre les LGBTphobies ;  pour le reste, chacun a le droit à la liberté d’opinion et d’expression qui est la sienne ;  rien ni personne n’oblige, sur les questions qui ne relèvent pas directement des droits LGBT, des responsables associatifs à abonder dans votre sens.</strong> Et d’ailleurs, sachez-le, même en matière de droits LGBT il existe aussi des divergences entre les militants ; si les débats devaient prendre cette tournure, plus personne ne s’engagerait ! Un dialogue ne consiste ni à imposer violement ses points de vue ni à menacer et encore moins à, sûr de son bon droit, arroser de ses invectives et incitations à la violence, la terre entière. [Les  quelques membres frustrés ayant rejoint avec complaisance et démagogie, une certaine page Facebook appelant avec le succès que l’on sait à ma démission (!) – toujours pour cette question de la prostitution -,  s’adonnent de la même façon à la diffamation et à l’incitation à la haine. S’agit-il de militants LGBT ? Ceux qui se seraient battus pour que soient adoptées des lois contre l’incitation à la haine homophobe ? Permettez-moi d’en douter !].

En conclusion, traiter de la question de la prostitution en dehors de toute analyse sociopolitique féministe de déconstruction du patriarcat n’a rigoureusement aucun sens si ce n’est celui de renforcer la domination masculine. Votre courrier en est une preuve supplémentaire.

Alors, avec tout le respect que je vous dois, car si je n’ai pas du tout le même avis que vous sur cette question, contrairement à vous, je ne prétends pas que « vous délirez », je vous invite vivement à balayer devant votre porte et à rempocher vos « coups de pieds dans le cul » et autres incitations à la violence qui pourraient bien vous valoir de la part de personnes moins indulgentes que moi, une plainte en diffamation et incitation à la haine, et il en va de même pour les deux associations dont vous vous revendiquez.

Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris IdF

Le 8 decembre 2011, à Paris.   à l’attention des Présidents/es d’associations, mouvements, ou groupes,  le cas échéant leurs représentants.   Mesdames, messieurs, présidents, présidentes, représentants d’associations LGBTQI.   C’est avec une grande détresse et le cœur lourd d’inquiétude que je vous écris en ce jour, moi, Escort-boy, tapin occasionnel, acteur pornographique, bref, travailleur du sexe. Vous ne pouvez qu’avoir lus, entendus, ou eu vent des déclarations pour le moins incendiaires et insanes de madame Le Doaré, présidente du CLGBT île de France. Je ne m’avancerais pas à parler au nom de tous les travailleurs du sexe, qui par ailleurs sont bien trop occupés en ce moment à défendre leur droits pour prêter attention aux divagations perverses d’une femme gravitant sur orbite complètement éloignée de celle que lui attribue sa fonction. Je vous ferais donc part ici de mon propre ressenti et de mes propres inquiétudes.

L’actualité politique et médiatique est en ce moment est braquée sur le secteur d’activité que j’exerce. Mis sur le devant de la scène, stigmatisé, aliéné, je suis de toute part dans l’obligation de justifier mes choix de vie et mes actes, ce qui, je vous l’avoue, n’est pas de tout repos et profondément dur moralement. À vrai dire, j’ai déjà vécu cette situation : lors de mon coming out, quand j’ai du imposer, parfois par la force, à mes amis, et à mon entourage, que j’étais gay et fier de l’être, que ce n’était pas une maladie ou une passade. Et ce combat recommence aujourd’hui. Je puis le mener à bien, car j’ai foi en mes choix et je les assume. Simplement, me battre contre l’état, son gouvernement, et ses manouvres perverses, réclame une attention complète et une force d’esprit impressionnante, que je ne peux me permettre de diviser. Diviser pour quoi ? Pour une chose aberrante. Diviser mes forces pour lutter contre les propos diffamants, insultants, et révoltants, de la présidente du CLGBT, institution qui m’a grandement aidé à faire mes premiers pas à paris après mon coming out, qui, directement ou par le biais de structures lui étant affiliées, m’a appris à accepter mon homosexualité et à la vivre pleinement. Je suis navré de constater que la  personne censée représenter le CLGBT, où œuvrent ensemble tous les représentants de la communauté LGBTQI pour leurs droits et leur existence, soit si loin de se rendre compte que dans le milieu du travail du sexe, la TOTALITE de cette même communauté LGBTQI est présente, et que ses propos absolument immondes les atteignent comme des poignards dans le cœur, moi le premier.

Je suis outré et sidéré de lire des propos tels que « réceptacle à sperme », « déversoir à sperme », « barbare », et je me demande : en tant que présidente du CLGBT, elle est censée exprimer le point de vue de toute sa structure et de toute sa communauté, alors, toute la communauté LGBTQI pense-t-elle que ses membres qui sont travailleurs du sexe sont des « déversoirs à sperme » ??? Jusqu’à présent, madame Le Doaré s’est toujours exprimé de façon incendiaire au sujet des travailleurs du sexe militant pour leur droit, sans jamais être reprise à l’ordre par les membres de son centre ou même enjointe par les associations de l’inter LGBT à se modérer ! Qui plus est, désormais, nous sommes hélas sortis du contexte -qui fut un moment comique- de madame Le Doaré délirant toute seule sur son blog. Actuellement, ces propos outrageants et abjects sont directement exprimés via la page facebook officielle du CLGBT. Donc, vous conviendrez qu’il est censé de ma part de croire que sont point de vue est entièrement partagé par les membres de ce même CLGBT et non contesté par l’inter LGBT via son absence de réaction.

Mais enfin ! Qu’attendez vous pour -pardonnez moi l’expression- la museler !!! Ou la dégager à grand coups de pied dans le cul ! J’en ai assez d’être insulté par cette femme, qui porte atteinte à ma dignité et assez qu’elle insulte mes confrères et consœurs qui n’ont pas forcément la même carapace que moi et se sentent profondément insultés et bafoués par de tels propos ! J’enjoint donc la totalité des associations LGBTQI à se mobiliser pour enfin obliger madame Le Doaré à quitter son poste. Il est temps. La comédie dramatique a assez duré !

C.  M. @live.fr   06 Escort boy.

Membre du STRASS paris. Militant à Act-Up Paris. —————————————————————————– Ce message entrant est certifié sans virus connu. Analyse effectuée par AVG – www.avg.fr Version: 9.0.920 / Base de données virale: 271.1.1/4069 – Date: 12/09/11 08:34:00


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