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Féminisme et mouvement LGBT, le divorce est-il prononcé ?

163506_3026252351461_1229066125_nEn France, depuis 2010, le contexte politique s’est considérablement durci, et c’est dans une extrême tension qu’a été adopté le mariage pour tous.

A cette occasion, l’homophobie et la lesbophobie se sont déchaînés et les LGBT ont bien besoin de la solidarité des mouvements sociaux, en particulier du mouvement des femmes qui de toujours, a été son meilleur allié.

Pourtant, au fil du temps, le mouvement LGBT, s’acharne à creuser un fossé toujours plus profond entre lui et le mouvement féministe. Il refuse de travailler sur la domination masculine, l’organisation sexiste de la société, la place des femmes et des lesbiennes qui subissent une double discrimination. Il brille par son manque de solidarité, absent des luttes féministes, mobilisations, manifestations. A l’inverse, toujours sous la coupe des associations de lutte contre le sida et de leur vision hygiéniste de la société (pas de « travailleuses » contaminées par une IST, des clients préservés et peu importe le sexisme des violences sexuelles, physiques et mentales de la prostitution), il choisit de s’allier aux divers lobbies pro-sexe qui sont sous l’influence des industries du sexe, en particulier au lobby pro-prostitution.

En revendiquant la légalisation de la prostitution et de la GPA (Gestation pour autrui), il contribue de manière égocentrique et sexiste à enfermer les femmes dans leur double assignation patriarcale, de « pute » ou reproductrice. Les féministes refuseront toujours l’appropriation du corps et des vies des femmes dans la sexualité (prostitution, viol…) et dans la reproduction (GPA, mise en danger de l’avortement et de la contraception…) parce que c’est justement la raison d’être d’un système patriarcal qu’elles combattent. Est-ce le rôle du mouvement LGBT de s’associer au système patriarcal et libéral, contre les femmes ? Pourquoi de telles logiques d’alliances ? Pourquoi choisit-il d’attaquer et diffamer les féministes qui contestent de telles dérives ? Accepterait-il qu’un autre mouvement social redéfinisse pour lui, ce que doivent être les droits et libertés LGBT ?

En juin, en France, c’est le mois des Gay Prides. Gay Pride et non Lesbian and Gay pride comme on les a un temps appelées, si on en croit tant la communication militante que médiatique. A Paris, ce sera la Marche des Fiertés, un nom créé pour n’oublier personne, en réalité, un cache-misère. Je me souviens des moqueries quand en 2011 ou était-ce 2012, j’avais été la seule à réagir dans une réunion de l’Inter-LGBT, à l’idée que la Marraine de la Marche soit une actrice porno mainstream ; comme si l’image des femmes n’est pas dégradée dans la pornographie, comme s’il fallait associer revendication LGBT et industries du sexe, comme si personne d’autre n’était disponible pour nous représenter ! Cette année, la chanteuse choisie comme Marraine est une habituée des Unes des magazines masculins les plus sexistes – je vous laisse juger (2 photos) *1  ; la leçon n’a toujours pas été retenue, la culture dominante sexiste est toujours prisée par le mouvement LGBT.

Dans ces conditions, on se demande quelle peut bien y être la place des lesbiennes, plutôt des lesbiennes féministes car ce mouvement s’y entend pour recruter des groupies à son image qui ne vont pas troubler l’image caricaturale qu’ils ont encore trop souvent des femmes. L’entre soi masculin et l’invisibilité des lesbiennes dans le mouvement LGBT est à l’image de la place des femmes dans la société française. Les lesbiennes et associations lesbiennes ou LGBT, un tant soit peu féministes, politisées et suffisamment expérimentées pour remettre en question la domination masculine au sein du mouvement LGBT, ont échoué à le faire évoluer. Il faut dire que les militants Verts « la Commission LGBT des Verts » et socialistes « homosexualité et socialisme » en particulier, associées à Act-Up et au STRASS, se sont particulièrement désolidarisés des luttes lesbiennes et féministes et au contraire, se sont arc-boutés sur des positions clivantes en matière de prostitution et de GPA.

Il paraît que le « nouveau féminisme lesbien » remplacera avantageusement la Coordination Lesbienne en France (CLF) et les militantes aguerries ; on aimerait bien, mais à voir le choix de la Marraine 2014 à Paris, malgré tout, on en doute ! Si le mot lesbophobie est désormais entré dans le dictionnaire, ce n’est sûrement pas grâce au mouvement LGBT, plutôt aux associations telle la CLF qui d’ailleurs, vient de le quitter en tirant un bilan sans appel. – CP de la CLF *2

En ce qui me concerne, après 12 ans de présidence d’associations LGBT, SOS homophobie d’abord, puis le Centre LGBT Paris, j’avais déjà tiré un sévère bilan en 2012 – 3 articles bilan *3  Bilan évacué d’un revers de manche par des militants suffisants qui auraient mieux fait de s’y intéresser car depuis, la situation n’a fait qu’empirer, dans le mouvement LGBT mais aussi à sa périphérie avec des groupes Queers-trans-féministes issus du STRASS, Act-Up et de groupes extrêmes TPDG (TransPDGouines), tel que 8marspourtoutes – articles sur 8marspourtoutes *4

Au sein même du mouvement LGBT les démissions des personnes et associations lesbiennes féministes sont considérables, la CLF, (La dernière rencontre de la CLF en mai 2014 a tout de même réuni le CEL (Marseille), les caram’elles (Nice), les Voies d’Elles (Grenoble), ELEA (Avignon), Bagdam Espace lesbien (Toulouse), Lesbianisme et solidarité (Clermont Ferrand), La Lune (Strasbourg), de FiEres (Paris), de Cibel (Paris), Les Lesbiennes Dépassent les Frontières (Paris), de CQFD Fierté Lesbienne (Montreuil), la coordination de la CLF (Paris)…), mais désormais, des voix s’élèvent aussi à l’extérieur du mouvement, partout dans le mouvement féministe mais aussi dans l’ensemble du mouvement social pour contester les orientations qui sont prises. Osez-Le-Féminisme 69 est diffamée par la LGP Lyon qui plutôt que de se remettre en question sur un amalgame de revendications qui n’ont rien à voir avec les droits LGBT, préfère se ridiculiser en répondant qu’OLF rejoindrait la Manifpourtous ! Mais quelle honte !

Quand je pense que j’ai milité 15 ans pour ce mouvement ! OLF 69 soutenue, par tout OLF mais surtout par une liste impressionnante d’associations et formations telles qu’ATTAC, la Mutuelle des Etudiants, l’UNEF, la Marche Mondiale des Femmes, le CNDF, la CLF, … rappelle que prostitution et GPA sont des violences intolérables faites aux femmes. « Nous tenons à dénoncer clairement la confusion induite par ce mot d’ordre, entre les luttes contre les LGBTphobies, celles pour les droits reproductifs et sexuels des femmes ET la défense de deux des pires produits des systèmes patriarcal et capitaliste : la Gestation Pour Autrui (GPA) et la prostitution. » – le CP d’OLF 69 et les signataires *5

– Le Parti communiste s’oppose également au mot d’ordre de la LGP Lyon, il sera présent mais refuse de partager le mot d’ordre, trouvant dangereux « l’amalgame entre les luttes contre les homophobies et la GPA et la prostitution, qui entrent dans le système marchand capitaliste. Autoriser la GPA revient à l’égaliser la marchandisation du corps des femmes, surtout des plus pauvres. » Ajoutant : « le PCF est en effet pour l’abolition de la prostitution, qui est une violation des droits humains. Nous refusons de parler de prostitution choisie, quand il est clair qu’elle est majoritairement subie, au sein de réseaux mafieux contre lesquels nous devons lutter activement. » – CP du PCF *6

CertainEs sont surpris que l’on en arrive là, pas moi, tout ceci était annoncé et même dénoncé et depuis 2010 au moins. La fracture est seulement plus nette, les militants LGBT sont de moins en moins challengés sur leur sexisme et de plus en plus crispés sur des revendications égocentriques, un peu comme si subir des discriminations et les violences justifiait l’exploitation de personnes encore moins bien placées que soi dans la hiérarchie sociale. Même l’engagement du mouvement LGBT derrière la revendication de la PMA (Procréation médicalement assistée) n’est pas transparent. Les lesbiennes engagées pour la PMA elles-mêmes ne réagissent pas quand les médias titrent à l’occasion de la parution du manifeste « Avec les 343 fraudeuses » : « PMA pour TOUS ». Allons-donc, la PMA ce n’est pas pour tous, mais pour toutes ! Derrière, la PMA, c’est d’autonomie reproductrice des femmes et des couples lesbiens dont il s’agit. Gageons qu’une bonne partie de ce mouvement rêve, à l’instar de la LGP Lyon, d’un paquet cadeau PMA-GPA pour tous, mais n’ose pas encore le dire, pas encore ! La PMA et la GPA n’ont pourtant rien de commun, une simple technique dans un cas, une année de la vie d’une femme et les risques d’exploitation, dans l’autre – Analyse : Asymétrie reproductrice et gestation pour autrui * 7

A l’évidence, les véritables enjeux liés à l’autonomie reproductrice des femmes n’ont pas du tout été compris ou certains se fichent pas mal de la PMA, instrumentalisée juste pour obtenir ensuite la GPA. En outre, même si j’ai signé ce manifeste, je déplore cette course égocentrique occidentale à reproduire ses gènes, alors que la planète étouffe, surpeuplée, que des millions d’enfants pourraient être adoptés (orphelins de guerre, enfants des rues …) mais désespèrent dans l’indifférence totale de tous, même des LGBT qui trouvent préférable d’exploiter des femmes en payant des GPA. Je trouve facile et limite malhonnête intellectuellement d’utiliser le concept des « 343 salopes » à tour de bras, alors qu’il ne s’agit pas de vie ou de mort, contrairement au manifeste original.

Veiller aux équilibres sur la planète, être solidaire de la moitié de l’humanité plongée dans un féminicide sans fin, des millions d’enfants livrés à eux-mêmes, exploités, embrigadés ou croupissant dans des institutions, etc. n’est pas interdit. Pourquoi ne pas lutter pour une évolution européenne et mondiale des droits de l’adoption et s’occuper des enfants déjà néEs ? Le narcissisme couplé au manque d’analyse politique est tel, que les gens imaginent indispensable de se reproduire et pour cela de recourir à n’importe quelle solution pourvu qu’il y ait un résultat rapide et conforme à leurs caprices. L’égalité n’est pas une fin en soi, encore moins quand elle consiste en une égalité d’adhésion au conformisme !

Ne parlons pas des dérives sectaires violentes, portées par des groupes de TPDG noyautés par le STRASS et Act-up, par 8marspourtoutes, qui attaquent physiquement les féministes qui osent s’exprimer, comme lors du ZAP de Marseille pendant la Lesbopride l’an dernier, avec pour objectif de les museler ou encore lors de l’attaque de Zéromacho à Toulouse, dans une manifestation pour la liberté de l’avortement ! Les mêmes qui prévoient en juin d’attaquer les policiers et policières LGBT de l’association FLAG dans les Prides : à Toulouse, « Riposte radicale » soutenus par Act-Up c’est certain, tant qu’à faire plutôt que de s’attaquer à des policiers ripoux, autant zapper ceux qui ont le courage de lutter dans leur institution et de défiler à visage découvert ! – photo de Riposte Radicale *8

Quelle tristesse tout de même de voir une minorité en prise avec des discriminations et des violences ne rien trouver de mieux à faire que de sacrifier sur son chemin les droits des femmes, moitié de l’humanité victime de la domination masculine et du libéralisme, systèmes d’oppression à l’origine de toutes les discriminations à l’encontre de toutes les minorités. Je me demande tout de même quel électrochoc sera assez fort pour réveiller un mouvement par trop noyauté par des extrêmes et leur idéologie douteuse, négligeant ses liens avec le mouvement féministe et au-delà avec le mouvement social.

Quand on constate que même des militantes « historiques », personnalités, lieux, censés représenter des idées et engagements lesbiens et ou féministes et ou radicaux, pour protéger leurs intérêts, gloire intellectuelle et ou universitaire, ou chiffre d’affaire, sont atones devant toutes ces dérives, voire joignent leurs voix à la confusion politique actuelle et contribuent ainsi au dévoiement du sens même du mot féminisme, de ses fondamentaux, de ses luttes et de son histoire, comment s’étonner que le mouvement LGBT lui-même ne se sente pas tenu à plus de solidarité et de cohérence ?!

Mais où sont donc passées la conscience politique féministe et la solidarité des militants des luttes de libération des années 70/80 ? À quand une prise de conscience salutaire ? Si une minorité n’est plus solidaire des grands mouvements sociaux, à qui fera t-elle appel au moindre retour de bâton ? Gay Prides 2014, marcher parce que les ignobles opposants au mariage sont désormais décomplexés et qu’il faut les remettre à leur place ; ne pas marcher parce que ce mouvement n’est solidaire que de lui-même et des industries du sexe patriarcales sur le dos des femmes ?

Je ne dis pas merci, ni au mouvement LGBT inconséquent, encore moins à ses détestables extrêmes, pour me/nous poser un tel dilemme !

Christine Le Doaré

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*1 : 2 photos de la marraine de la Marche des Fiertés 2014 à Paris 1455985_10152499850094743_3019453888523529746_n (1) 10444757_10152499849929743_5314020272186561870_n (1)

*2 CP de la CLF : http://www.coordinationlesbienne.org/spip.php?article309

*3 3 articles bilan

– Combien de temps le mouvement LGBT va-t-il pouvoir se cacher derrière son petit doigt : https://christineld75.wordpress.com/2013/07/18/combien-de-temps-le-mouvement-lgbt-va-t-il-pouvoir-se-cacher-derriere-son-petit-doigt/

– Les 4 lettres du sigle LGBT : https://christineld75.wordpress.com/2012/06/01/les-quatre-lettres-du-sigle-lgbt/

– Quelle mixité ? : https://christineld75.wordpress.com/2011/11/28/quelle-mixite/

*4 4 articles 8marspourtoutes :

– 8marspourtoutes ou l’oubli d’un énorme détail de l’histoire féministe : https://christineld75.wordpress.com/2013/11/22/8marspourtoutes-ou-loubli-dun-enorme-detail-de-lhistoire-feministe/

– Un étrange 8 mars : https://christineld75.wordpress.com/2014/03/09/un-etrange-8-mars-2014/

– Encore un 8 mars et des questions qui fâchent : https://christineld75.wordpress.com/2014/03/04/encore-un-8-mars-et-des-questions-qui-fachent/

– Des déchaînées aux genoux du patriarcat : https://christineld75.wordpress.com/2014/04/02/des-dechainees-aux-genoux-du-patriarcat-2/

*5 CP du PCF : http://www.lyonmag.com/article/65326/le-parti-communiste-s-oppose-au-mot-d-ordre-de-la-marche-des-fiertes

*6 CP d’OLF 69 : http://osezlefeminisme69.wordpress.com/2014/06/03/desolidarisation-de-la-marche-des-fiertes-de-lyon-du-14-juin-2014/

*7 Analyse PMA – GPA : Asymétrie reproductrice et gestation pour autrui : https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

*8 : photo de « Riposte Radicale » 10371710_10152502571534743_6333835371701202936_n

Avec ou sans récupération politique, le 23 avril, c’est « mariagepourtous » !

-Mardi 23 avril, pour les personnes LGBT et tous les progresssistes, ce sera un jour à marquer d’une pierre blanche ! Ce jour-là les institutions du mariage et du divorce seront aussi ouvertes aux couples homosexuels et lesbiens. Il aura fallu des décennies de luttes au mouvement LGBT pour parvenir à ce résultat, cette dernière année n’étant que la partie immergée d’un combat de longue haleine et d’un espoir soutenu, porté par un grand nombre de militant-e-s depuis les années 90. Pourtant, et c’est bien le plus choquant de l’histoire, personne ne s’attendait à ce que l’ouverture du mariage aux couples de même sexe serait aussi laborieux à obtenir, en France, en 2013.

Dans l’hémicycle, la gauche s’est montrée à la hauteur, portant haut et fort le projet de loi ; le gouvernement aura tout de même quelque peu tardé à dénoncer officiellement, les violences homophobes. En revanche, à droite, rien ne nous aura été épargné, ni l’ignorance, la mauvaise foi, l’irresponsabilité, ni la haine de l’extrême droite avec ses groupuscules fascisants du GUD et de CIVITAS prêts à tout pour jouer du bâton. Tous ces débordements, toute cette violence aura été le fait d’extrémistes comme l’intégriste catholique Christine Boutin et d’obscures personnalités en quête d’éclairage médiatique comme Frigide Barjot. Ils auront su mobiliser dans leur sillage des opposants, pour l’essentiel issus des milieux catholiques, les autres religions n’étant pas en reste, et de la droite bien pensante.

L’instantanéité de l’information et sa multiplication exponentielle par les réseaux sociaux auront considérablement amplifié ce phénomène d’opposition à une mesure que plus de 80% de l’opinion publique, soutient pourtant. En effet, la majorité représentative nationale tout comme l’opinion publique ont toujours et très majoritairement en faveur du projet de loi. Bien sûr il y a des homophobes en France et les nombreuses associations LGBT n’ont pas fini de lutter contre les LGBTphobies, discriminations et violences ; ni de déployer un travail pédagogique de fond et à long terme pour faire évoluer les mentalités. Les pouvoir publics auront certainement pris conscience de l’importance de les soutenir plus encore et de prendre en charge une partie de cette lourde charge.
A l’évidence, dans un tel contexte, les opposants mobilisent toujours plus et surtout de façon plus visible et spectaculaire que ceux qui attendent une mesure légitime et soutenue par une immense majorité.
Aussi, organiser des contre-rassemblements et manifestations de personnes favorables au projet était-il périlleux car si les gens se mobilisent plus facilement contre les mesures qu’ils jugent injustes, ils sont moins enclins à le faire pour une nouvelle disposition. En outre, sur ce sujet précis, la plupart des personnes concernées et leurs soutiens, ne pensaient pas que l’opposition se radicaliserait autant.
Avant le vote des deux assemblées parlementaires, il était judicieux de mobiliser et rassembler les personnes favorables au projet de loi. Si ce n’était pas indispensable à son adoption, il était utile de rappeler l’attachement des personnes LGBT et des citoyen-ne-s de notre pays à ce projet et surtout de dénoncer l’homophobie nauséabonde qui se manifestait à l’occasion.

En revanche, une fois la loi acquise, c’est-à-dire votée par les deux assemblées et n’étant plus qu’une formalité pour la seconde lecture à l’Assemblée Nationale, prendre le risque de rassemblements d’une ampleur prévisible bien inférieure à la mobilisation des opposants fortement radicalisés, c’est prendre le risque de ne rien démontrer de bien convaincant mais c’est aussi donner l’occasion de nouvelles violences aux extrémistes qui n’attendent que ça pour s’illustrer dans des actes inqualifiables.

Ceci relève d’une stratégie politique et associative. Vaut-il mieux attendre mardi et le vote solennel qui sera, que l’on soit ou non favorable au mariage en général, l’occasion d’une immense fête pour l’égalité des droits ou vaut-il mieux mobiliser à nouveau contre les opposants qui de toute façon ont perdu, avec tous les risques prévisibles ? Personnellement mon choix est fait, mais je comprends bien que d’autres puissent avoir un avis différent.

En tous cas et cela ne me surprend pas, ce n’est pas le choix qu’a fait Act-Up et quelques groupuscules qui en début de semaine, appelaient à un nouveau rassemblement dimanche. A ce moment précis du processus, c’est-à-dire à deux jours du vote solennel, je ne comprends vraiment pas à quoi ce rassemblement peut servir. Manifestation contre manifestation, surtout quand le nombre n’est pas en faveur de ceux qui pourtant ont toute légitimité à revendiquer, on a bien vu où ça menait.
En outre, selon moi, c’est le rôle des fédérations représentatives et qui ont mené à bien la lutte pour l’adoption de ce projet de loi, de proposer puis conduire une stratégie gagnante.
Il est très difficile de ne pas remarquer que ces fédérations, sachant qu’elles avaient la loi pour elles, n’étaient pas à l’origine, partie prenante de cette initiative mais ont fini par s’y rallier, probablement pour ne pas être en reste ni être accusées, bien à tort d’ailleurs, de faiblesse ; elles qui pourtant, ont effectué tout le travail de fond.

Dans les milieux politiques et associatifs, il y a toujours des groupes et/ou des personnes qui avec opportunisme, savent récupérer sur le fil, les fruits d’un travail. Dans le cas d’Act-Up, n’est-ce pas là l’occasion rêvée de se refaire une crédibilité LGBT alors que l’association, en perte de vitesse, n’est pas franchement représentative du Mouvement LGBT ? Difficile d’évaluer son bilan en matière de lutte contre le sida, les contaminations au VIH-Sida étant toujours aussi problématiques dans les populations gays et trans, mais elle n’en n’est pas la seule responsable ; en revanche, elle s’est beaucoup transformée ces dernières années, adoptant des pratiques qui ont été dernièrement dénoncées dans le texte publié à l’étranger : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/.

Pour beaucoup de féministes, et pas seulement, elle passe pour un modèle de misogynie. La lutte contre l’homophobie doit passer par la lutte contre le sexisme, mais Act-Up préfère se concentrer et s’illustrer dans des actions communes avec le STRASS.
Samedi dernier encore, ses militants jetaient du faux sang partout sur le trottoir devant la Machine du Moulin rouge où avait lieu la convention « Abolition citoyenne de la prostitution » du 13 avril, pour tenter d’impressionner les femmes prostituées qui courageusement avaient pris la décision de venir témoigner, ces femmes qu’ils prétendent représenter mais musèlent constamment dés qu’elles ne défendent pas leurs thèses néolibérales et patriarcales sur la prostitution. 11 membres du STRASS et d’Act-Up, leur co-présidente salariée en tête, tentaient d’impressionner les 500 participant-e-s venus s’engager pour un projet qu’Act-Up comme le STRASS s’acharnent à dénaturer et discréditer violemment.
Ils rabâchent sans cesse et malgré toutes les évidences, les mêmes mensonges, à savoir que le projet abolitionniste c’est la prohibition de la prostitution, alors que c’est justement l’inverse : les abolitionnistes veulent eux-aussi, l’abrogation du délit de racolage, mais également des alternatives sociales et économiques à la prostitution, des mesures d’éducation et de pénalisation du client prostitueur afin de les conscientiser à l’égalité femme-homme, au respect de la personne humaine et à une sexualité libre et hors des lois du marché, et enfin, des mesures de lutte sans merci contre la traite et les réseaux qui inondent nos trottoirs.
Tout le projet est exposé avec transparence sur ce blog : http://abolition13avril.wordpress.com/2013/04/17/systeme-prostitueur-apres-labolition-citoyenne-labolition-legislative/
Et puis, la liberté dont ils nous parlent, qu’elle est-elle ? La liberté d’exploiter, d’aliéner, de briser des femmes au nom d’une prétendue « créance » patriarcale à la sexualité ? Et toute cette souffrance pour enrichir qui ?

Les thèses patriarcales et néolibérales d’Act-Up sont préjudiciables aux femmes. Alors si nous sommes habitué-e-s à la récupération politique de ceux qui sont habiles à ramasser les lauriers que d’autres ont semés et pouvons dans certains cas et notamment quand l’intérêt collectif l’exige, faire preuve d’indulgence, vis-à vis de tels soutiens de l’exploitation des femmes, pour moi, c’est non et ce sera toujours non, d’autant plus si ça ne présente aucun intérêt stratégique.

Bien entendu, l’important n’est pas là. Ce qui compte c’est que le mardi 23 avril et même si beaucoup reste à faire, toutes les générations de militant-e-s qui ont œuvré à cet objectif, toutes les lesbiennes et les gays de ce pays, s’approcheront un peu plus de l’égalité des droits en France.

Christine Le Doaré


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