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Un 8 mars laïque et universaliste, partout dans le monde, même dans le 20ème !

67791378Tribune collective :

Un 8 mars laïque et universaliste, partout dans le monde, même dans le 20ème !

La récupération de mouvements sociaux par des forces conservatrices ou obscurantistes est une constante. En matière de féminisme, elle est parfois spectaculaire. Ce qui vient de se produire en mairie du 20eme arrondissement de Paris en est un exemple.

GARDEZ-MOI DE MES AMI-ES, MES ENNEMI-ES JE M’EN CHARGE

La maire, Frédérique Calandra, avait confié à son adjointe en charge de l’égalité Femmes/Hommes la programmation d’événements autour du 8 mars, Journée Internationale des Femmes.

Bien mal lui en a pris !

Cette élue EELV n’a pas hésité à flirter avec des idéologies éloignées de l’émancipation des femmes dont le relativisme culturel et le « féminisme dit- pro-sexe ».

Oubliant qu’elle représentait la mairie, l’élue EELV a choisi de transformer la semaine du 8 mars en semaine de promotion exclusive de thèses et personnalités particulièrement polémiques, pour la plupart engagées depuis longtemps aux côtés des Indigènes de la République (PIR), du site Les mots sont importants et dans la lutte contre la loi 2004 sur le port des signes religieux à l’école :

– Christine Delphy et Sylvie Tissot, sociologues, sont toutes deux initiatrices du premier Manifeste (2005) des Indigènes de la République ; elles sont en outre signataires du manifeste de soutien aux Y’a bon Awards décernés (pour « racisme ») à Caroline Fourest en 2012.

– Rokhaya Diallo est animatrice des Indivisibles, groupe à l’origine de ce prix.

– Ndella Paye est porte-parole d’un collectif de mères voilées militant pour l’abrogation de la circulaire Chatel.

BONJOUR LE 8 MARS !

Quelques semaines après les assassinats des journalistes de Charlie Hebdo, on peut s’étonner qu’une élue choisisse d’offrir un plateau totalement monochrome à des personnes qui ont signé un texte « contre le soutien à Charlie Hebdo » après le premier attentat de 2011.

Partout dans le monde, la Journée Internationale pour le Droit des Femmes est un moment privilégié où les féministes échangent sur leurs revendications, pratiques et stratégies d’émancipation. Militantes, chercheuses, politiques impliqué-es contre les violences sexistes et pour l’égalité entre les sexes, sont invité-es à faire le point et lancer de nouveaux programmes pour battre en brèche la domination masculine et le patriarcat.

C’est l’occasion d’une solidarité internationale avec les femmes qui se battent contre l’oppression des religions d’état ou des groupes fondamentalistes.

Aussi, détourner le 8 mars pour promouvoir des personnalités controversées parce qu’elles ne trouvent rien à redire ni aux pressions de l’arbitraire religieux imposées aux femmes, ni aux violences du système prostitutionnel, est pour le moins manipulatoire.

MÊME PAS PEUR !

Nous saluons l’annulation de cette programmation, acte lucide et courageux de la Maire du 20e arrondissement de Paris.

Nous connaissons la propension de certains groupes à confisquer la parole des féministes et des partisanes de la laïcité; et leur aptitude à se victimiser à la moindre occasion.

Nous savons la violence avec laquelle Caroline Fourest fut interdite de parole lors d’un débat sur le danger du Front National à la fête de l’Humanité.

Nous avons déjà supporté insultes et intimidations proférées par les ami-es de Rokhaya Diallo, issu-es d’un pseudo « syndicat de travailleurs du sexe » pro-système prostitutionnel.

Face à cette nouvelle tentative de récupération et de dévoiement de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes, nous, féministes universalistes, laïques, engagées pour l’égalité femmes/hommes, contre le racisme et l’antisémitisme, nous apportons tout notre soutien à Frédérique Calandra, maire du 20eme arrondissement de Paris.

La mise au point de la Maire du 20ème Frédérique Calandra :

https://www.facebook.com/frederique.calandra/posts/10153165530037948?fref=nf&pnref=story#

 

Arlette Zilberg, Christine Le Doaré

Les premières signataires, issues du Mouvement des Femmes :

Annie Sugier, Djemila Benhabib, Michèle Loup, Françoise Morvan, Monique Dental, Nadia Benmissi, Bernice Dubois, Marie-Josèphe Bonnet, Jacqueline Feldman, Martine Cerf, Marieme Helie Lucas, Laure Caille, Isabelle Steyer, Nadine Bouteilly, Ana Pak, Agnès Setton, Josiane Doan, Anaïs Decans, Irène Corradin, Mair Verthuy, Sporenda, Catherine Kintzler, Geneviève Duché, Nelly Trumel, Patricia Duthion, Brigitte Boucheron, Christelle Raspolini,  Bernadette Doleux, Evelyne Rochedereux,  Mélusine Vertelune, Yael Mellul, Agnès Perrin-Doucey, Françoise Courtiade, Martine LLanes, Françoise Armengaud, Malika El Idrissi, Josée Contreras, Catherine Moreau, Samira Banna, Sophie Boiszeau, Agnès Bellego, Caroline Merlin, Christelle Di Pietro, Françoise Roux, Claude Strano, Nicole Savey, Soad Baba Aissa, Maïté Albagly, Hypathie, Françoise Brié, Claudy Bouyon, Nicole Crépeau, Carine Delahaie, Marie-Noëlle Gérolami, Jamileh Nedaï, Sabine Salmon, Gisèle Noublanche, Marie-Josée Salmon,

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Un second  CP rédigé cette fois par des féministes « historiques » qui remettent les pendules à l’heure !

COMMUNIQUE DE PRESSE

SOUTIEN FEMINISTE À FREDERIQUE CALANDRA, MAIRE DU 20E ARRONDISSEMENT

Nous soutenons la décision prise par Mme Frédérique Calandra, maire du 20e arrondissement de Paris, d’annuler les débats prévus pour le 8 mars.

Ces débats avaient en effet été organisés de manière à ne laisser la parole qu’à une seule vision politique, un féminisme controversé qui partage les idées du Parti des Indigènes de la République. Cette vision disqualifie les valeurs de la citoyenneté démocratique et le féminisme universaliste au prétexte qu’ils seraient portés par des « blancs occidentaux ». Il dévalorise du même coup les luttes féministes pour l’accès aux droits humains, à l’égalité et à la liberté, qui se développent dans d’autres pays (hors Occident)

Une telle position enferme les individus dans des assignations identitaires et va à l’encontre de l’idéal d’autonomie qui fonde le féminisme.

Des débats de cette nature ne seraient propices ni à la réflexion critique ni à la création d’une intelligence collective des questions brûlantes qui se posent à tous, femmes et hommes, français ou non, « blancs » ou non.

Suite aux attentats des 7, 8 et 9 janvier, il n’était pas concevable pour une institution publique, de donner la parole sans débat contradictoire, et donc de soutenir des positions politiques dont les représentantes sont au mieux restées silencieuses face à l’assassinat des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo, des policiers et des juifs, au pire ont pris la parole pour relativiser ces crimes.

Nous avons toutes participé au Mouvement de libération des femmes, certaines depuis le début des années 70. Ensemble, nous saluons aujourd’hui, en mars 2015, le courage de Frédérique Calandra, une élue qui a fait preuve de cohérence par rapport aux valeurs qui nous sont communes: liberté, égalité, solidarité, laïcité. Et nous espérons que beaucoup d’autres mairies témoigneront de la même détermination dans leur défense.

Premières signataires :

Catherine Deudon, photographe auteur de Un mouvement à soi : Images du mouvement des femmes, 1970-2001, 2002, Syllepse ;

Liliane Kandel, co-auteur des chroniques du « Sexisme ordinaire » (à l’initiative de Simone de Beauvoir), les Temps modernes, 1973-1983 ;

Christine Le Doaré, présidente de Sos-Homophobie de 1998 à 2002 et du Centre LGBT Paris-IdF de 2005 à 2012 ;

Claudie Lessellier, responsable du Rajfire (Collectif féministe d’action et de solidarité avec les femmes migrantes et exilées) et co-présidente de la Maison des femmes de Paris ;

Françoise Picq, auteur de Libération des femmes, quarante ans de mouvement, 2011, Dialogues ;

Nadja Ringart, co-auteur de Mouvement de Libération des Femmes : Textes premiers, 2009, Stock ;

Annie Sugier, Présidente de la Ligue internationale du Droit des Femmes, (fondée par Simone de Beauvoir ), et Vice-Présidente de la Coordination Française du Lobby Européen des Femmes (CLEF) ;

Ioana Wieder-Atherton, co-fondatrice en 1982 avec Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig du Centre audio-visuel Simone de Beauvoir ;

Arlette Zilberg, présidente de la Commission Féminisme des Verts puis EELV (2004-2009); maire-adjointe du 20ème ardt de Paris (2001-2008)

Paris, le 2 mars 2015

Les droits des femmes en sont Verts de rage !

150PX-~1Le mardi 11 mars, les députés européens votaient le rapport Zuber et la recommandation faite aux états membres de « garantir le respect du principe fondamental de l’égalité de rémunération à travail égal entre les femmes et les hommes ».

La mobilisation réactionnaire contre les droits des femmes bat son plein alors, il fallait s’en douter, les députéEs européens de droite voteraient contre et rejetteraient le rapport.
En revanche, que les Verts, pour moitié, s’abstiendraient et de fait s’allieraient à la droite pour faire capoter une recommandation importante en matière d’égalité, ça c’était plus inattendu et surtout fâcheux.

Pour quelle raison suffisamment importante ont-ils pris, et dans la plus grand désinvolture, un tel risque et ainsi bafoué les droits des femmes ?
Mais la prostitution bien sûr !
Ce rapport ne comportait qu’une simple allusion à la question de la prostitution, pourtant, y lire que « la prostitution est une violence faite aux femmes » leur a été tellement insupportable qu’il leur a semblé utile de s’allier à la droite et à l’extrême droite, contre les droits des femmes.
Déjà, lors du vote de la loi d’abolition de la prostitution à l’Assemblée Nationale, le groupe EELV n’avait pas semblé s’émouvoir que son intervention ait été applaudie à tout rompre par l’extrême droite et partie de la droite.

Chez les Verts réglementaristes, infiltrés par des groupuscules de défense du lobby prostitueur, il est « interdit d’interdire », alors forcément ils ne supportent pas l’idée même d’imposer aux clients une remise en cause d’un privilège sexuel archaïque.
Ignorent-ils que des esclaves aussi refusaient d’être affranchis, se disant satisfaits de leur sort, fallait-il pour autant ne pas abolir l’esclavage ?

Leur approche des politiques de santé est hygiéniste : les clients et donc les personnes prostituées ne doivent pas être contaminés aux IST. Certes, mais ils refusent de s’intéresser à l’humain dans sa globalité, sa santé sexuelle, physique et mentale ; concernant les violences sexuelles, ils sont dans le déni, ils ignorent tout de la distanciation nécessaire pour gérer des actes sexuels non désirés, de la dissociation pour supporter l’impensable : subir à répétition des actes sexuels imposés par l’argent.
Ignorent-ils que la demande nourrit la traite et qu’aucun client ne se demande quelle est la vie de la personne prostituée, si elle est sous influence, sous la coupe d’un réseau, si elle est mineure ? L’argent déresponsabilise les clients et les Verts les cautionnent sachant que le plus souvent, la prostitution reste une violence imposée, dans une immense majorité, aux femmes.

Indisponibilité marchande des corps humains, est-ce si difficile à comprendre pour des Verts qui prônent la décroissance ?
La caution du viol tarifé est un choix politique, ce choix cautionne les violences sexuelles faites aux femmes et place ceux qui le font, du côté de l’oppresseur et contre les droits des femmes, un point c’est tout. Une fois de plus, démonstration en est faite et le dernier communiqué d’EELV, tentative pathétique de justification, éclaire les contradictions dans lesquels sont plongés les écologistes.

Quand revendiquer un droit au débat, sur une question marginale à une recommandation d’égale rémunération favorable aux droits des femmes, conduit au rejet de cette recommandation, il faut soit arrêter de faire de la politique, soit arrêter de prétendre défendre les droits des femmes.

Christine Le Doaré

Un étrange 8 mars 2014

Manifestation unitaire 8 mars 2014 007Des médias et même des militantEs se sont sentis obligéEs de dire qu’il y avait deux manifestations féministes à Paris, le 8 mars 2014 ; par conséquent leur association avait été contrainte de se diviser en deux ; certainEs ont même annoncé défiler dans les deux cortèges, passer de l’un à l’autre.
Deux cortèges féministes le même jour, vous y croyez-vous ?

Non, il y avait bien une manifestation unitaire féministe, laïque et universaliste (principes fondateurs du féminisme) et une contre-manifestation dont nombre de slogans tel que: « Nous sommes des putains de féministes », étaient tout bénéfice pour les industries du sexe. D’autres slogans n’auraient pas déplu aux commissaires politiques religieux et à leurs instruments : père, frère, mari.
Un 8 mars pour remplir d’aise les machos de la planète !

Une contre-manifestation, ce n’est pas une « autre manifestation féministe », la nuance est de taille et ses organisateurs, « #8marspourtoutes » et ses alliéEs, ne s’embarrassaient pas d’un double langage.

La liste des revendications de la contre-manifestation ressemblait à celle de la manifestation unitaire, à deux ou trois « gloubi-boulga « près, que l’on peut résumer par le soutien à la légalisation de la prostitution et au relativisme culturel.
Une marmite ANTI-SYSTÈME, ultra-gauche tendance Indigènes de la République, teintée d’antisémitisme, le tout à la sauce « pro-sexe » post-modernes, STRASS, etc.

Je me demande bien pourquoi les militantEs #NPA, #EELV, #LGBT, « féministes », etc. qui ont rejoint la contre-manifestation, ont eu besoin, pour l’assumer, de jouer sur les mots et de se raconter des histoires ? Que des médias, tel « Libération », titrent « Deux manifestations féministes ce week end à Paris » n’étonnera personne, mais que des militants politiques et associatifs se fourvoient dans un soutien à cette contre-manifestation est tout de même sidérant.

La manifestation unitaire, certes imparfaite mais pleine de diversités, fidèle aux fondamentaux du féminisme, aurait mérité de plus de soutiens ; quant à la contre-manifestation, elle n’a pas mobilisé à la hauteur des espérances de ses organisateurs ; il faut croire que ni l’entrisme, ni l’imposture ne sont payants.

L’histoire du féminisme est pleine de groupes et de projets différent, une diversité aussi faite de divergences, mais ses principes fondateurs sont toujours d’actualité : les droits et libertés des femmes sont universels et la laïcité est préférable aux lois religieuses pour les garantir.
La fonction première du patriarcat a toujours été l’appropriation sexuelle et reproductive des femmes. Les slogans du type « féministe pute » ou « nous sommes des putains de féministes » ne font que renvoyer les femmes à l’un des rôles que la domination masculine leur assigne : la mise à disposition sexuelle comme si elles n’étaient que des commodités. Des machistes, masculinistes, proxénètes, etc. ne proposeraient pas de pires slogans !

Cette contre-manifestation relève de la récupération post-moderne, c’est une imposture, qui ne libère en rien les femmes mais sert les intérêts des dominants.

PS 1 :
En matière d’intersectionnalité des luttes, concept très à la mode chez les post-modernes « pro-sexe » et leurs alliés, il faut relire ce texte qui rappelle la nécessaire solidarité de la classe des des femmes contre le patriarcat et le capitalisme/libéralisme et pointe du doigt le piège de l’intersectionnalité qui ne vise jamais à abolir les privilèges masculins. Bien entendu, les questions de classe et race doivent être traitées au sein du mouvement des femmes.
http://beyourownwomon.wordpress.com/2012/08/15/ignorer-et-defendre-le-male-le-piege-de-lintersectionalite/

PS 2 :
Lire également de GLOSSWITCH : “Sex-positive” feminism is doing the patriarchy’s work for it » paru dans http://www.newstatesman.com/

http://www.newstatesman.com/lifestyle/2014/03/sex-positive-feminism-doing-patriarchys-work-it

En français :  » Le féminisme pro-sexe fait le sale boulot du patriarcat  »
https://www.facebook.com/notes/martin-dufresne/le-f%C3%A9minisme-dit-pro-sexe-fait-le-sale-boulot-du-patriarcat/10153954677065595

Christine Le Doaré

EELV, abrogation du délit de racolage ? Oui, mais pas seulement !

contre prostitutionEn octobre 2012 le groupe écologiste du Sénat déposait une proposition de loi visant à abroger le délit de racolage. Puis retirait sa proposition, admettant que l’abrogation du délit de racolage, devait faire partie d’un projet de loi global sur la prostitution.
Mais considérant que le gouvernement ne va pas assez vite, (c’est vrai qu’en ce moment, il n’a pas tant de problèmes à adresser), EELV, Esther Benbassa en tête, s’impatiente et revient à la charge.

Beaucoup en conviennent, réglementaristes comme abolitionnistes, ce texte doit être abrogé. En revanche, se limiter à son abrogation, sans appréhender la question de la prostitution dans sa globalité, serait une grave erreur. Comme tout le reste, la prostitution s’est mondialisée ces dernières années et les enjeux ont changé d’échelle. La situation est devenue alarmante et ne se limite plus, loin de là, à la seule question des conditions d’exercice de l’activité, en France.

La prostitution forcée, avec ses réseaux de proxénètes et ses mafias très puissantes qui brassent des milliards de devises, est désormais un phénomène de très grande ampleur qui plonge dans un immense désarroi un nombre effarent et toujours croissant de femmes et d’enfants déplacés. Toutes et tous, sont à la merci du crime organisé, des proxénètes et mafias mondialisées, qui sans scrupules aucun, les exploitent après un conditionnement des plus barbares (maisons de tortures et de viols systématiques pour briser toute résistance).
La traite des êtres humains et le proxénétisme mondialisé inquiètent désormais les institutions européennes et les pays qui ont réglementé la prostitution, se voient dépassés par ce qui constitue la troisième industrie criminelle mondiale après la drogue et les armes.

Dans tous les pays confrontés au problème, les décideurs en conviennent, la façon d’endiguer ce phénomène est de protéger les personnes prostituées vulnérables, mais aussi d’adopter des programmes de prévention et d’éducation, de proposer des alternatives aux personnes prostituées, d’éduquer et de pénaliser les clients afin de contraindre la demande. Récemment, plusieurs pays dont l’Irlande et la Norvège, réfléchissent à rejoindre les pays abolitionnistes.

Répétons-le, l’abolition n’étant pas la prohibition, une prostitution résiduelle dite « libre » continuera d’exister le temps que cette nouvelle politique publique produise ses effets et probablement pendant pas mal de temps. Aussi, est-il en effet nécessaire d’abolir le délit de racolage afin que les personnes prostituées qui resteront dans la prostitution puissent bénéficier de conditions sanitaires et sociales satisfaisantes.

Toutefois, on se demande parfois à quoi jouent les élu-e-s d’ELLV et s’il faut leur faire confiance sur les questions de société. D’ailleurs, si l’on en croit les derniers résultats électoraux, ils ont bien du mal à convaincre sur d’autres questions que celles de l’écologie.
L’argumentation du Groupe écologiste qui soutient la réglementation de la prostitution, s’il apparaît naïf est en réalité très idéologique, basé sur la liberté individuelle poussée à son paroxysme.
En réalité, nul n’ignore :
– que la prostitution dite « libre » est marginale (environ 10% de la prostitution en France), qu’elle est le plus souvent liée à des violences sexuelles dans l’enfance et que bien adressés, ces traumatismes pourraient trouver, en tous cas pour une partie des personnes prostituées, d’autres réponses que ces formes de thérapie destructrices ;
– que c’est l’activité prostitutionnelle elle-même, aussi la surenchère d’une offre pléthorique en période de crise économique et la demande des clients qui contraignent les personnes prostituées à accepter des prises de risque inconsidérées qui les exposent aux IST ; il est d’ailleurs peu probable que l’abandon de la politique répressive ait des répercussions spectaculaires (sachant par ailleurs qu’il suffit de passer dans certains quartiers à certaines heures pour constater que la prostitution se pratique déjà sans aucune entrave policière) ;
– que les violences subies (psychologiques et physiques), sont le plus souvent, le fait de clients et ne vont pas pour autant disparaître ; d’ailleurs, la prostitution elle-même est bien la dernière violence faite aux femmes que la loi ne réprime pas ;
– de même, il est peu probable que la prostitution puisse s’exercer au grand jour et dans les endroits fréquentés sans que les riverains et divers mouvements citoyens ne s’y opposent.

Néanmoins, ce délit de racolage public qui n’a jamais prouvé son efficacité, mais qui expose trop souvent les personnes prostituées à des comportements policiers abusifs et aux violences liées à la clandestinité, doit en effet être abrogé.

Si cette position fait l’unanimité, en revanche, ce qui fait bien polémique c’est de ne proposer que cette seule mesure, alors que la situation globale de la prostitution est catastrophique.
C’est bien la preuve d’une position purement idéologique qui ne tient pas compte des réalités et encore moins des risques.
L’industrie criminelle de la prostitution n’attend que des encouragements et considère d’un très bon œil les alliés que sont pour elle, qu’ils en soient conscients ou non, les réglementaristes.
Dans quelle société voulons-nous donc vivre ? Demandez aux populations de la Jonquera espagnole ce qu’elles pensent du déferlement de délinquance et violences en tous genres, généré par la prolifération industrielle des bordels dans la région. Demandez aux populations belges ce qu’elles pensent de ces quartiers entiers, réduits en vitrine où sont exposées des femmes, telles des marchandises. Egalité entre les sexes-genres, dites-vous ? Et surtout, demandez aux familles des femmes des pays de l’Est, d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs, ce qu’elles pensent des chantages et violences qu’elles subissent pour que leurs filles, sœurs, femmes, restent prisonnières des réseaux. Demandez-leur si elles remercient le système prostitueur, c’est-à-dire les proxénètes, les clients sans lesquels le marché n’existerait pas et tous ceux qui le soutiennent, politiques, médias et people en tête.

Alors, abrogation du délit de racolage, oui bien sûr, car les personnes prostituées ne sont pas celles qui profitent du système prostitueur, une minorité d’indépendant-e-s libéraux mis à part. Elles en sont les otages et souvent les victimes. Mais pas d’abrogation sans projet global d’abolition du système prostitueur, c’est-à-dire, l’adoption de programmes alternatifs de réinsertion, de programmes d’éducation, de prévention et de pénalisation des clients, seuls responsables par leur demande d’un immense trafic humain et de son corollaire, le crime organisé.
Merci aux élus d’EELV de nous rassurer, elles et ils veulent bien toujours vivre dans une société d’égalité et de progrès ?

Christine Le Doaré


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