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Pourrait-on débattre de la GPA ? Oui. Et du patriarcat ?

IMG_3006photo Manifpourtous octobre 2014

topicLa grande confusion LGBT

Pourrait-on parler de la GPA ? Oui, on pourrait ; mais pourrait-on également parler du patriarcat et de la domination masculine ? C’est moins sûr.

D’ailleurs, y a déjà eu nombre de débats sur la GPA et toute personne souhaitant s’informer sur la question dispose de nombreux matériaux (débats et nombreux écrits, thèses et anti-thèses).

En ce qui me concerne, en 2011, j’écrivais déjà ce texte, de l’intérieur du mouvement LGBT, à l’époque présidente du Centre LGBT Paris :

https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

Depuis, je n’ai pas changé de position, je l’ai affirmée, confortée par nombre de faits et de témoignages, de plus en plus interloquée par les arguments cyniques et parfois fantaisistes présentés par les pro-GPA.

Pour le fond du débat je renvoie donc au texte ci-dessus.

Mon intention dans ce nouveau texte est seulement de montrer à quel point le débat est dévoyé par des arguments spécieux et fallacieux.

Les partisans de la GPA en appellent désormais à l’origine des temps, prétendent que la GPA a toujours existé et que la Vierge Marie symbolise la première « mère porteuse » de l’histoire.

S’il faut en passer par la fin des temps pour avoir un débat, c’est tout de même un peu compliqué, d’autant plus qu’à cette époque-là, la vie des femmes n’était pas très reluisante, libre arbitre et libre choix n’étaient pas des concepts très en vogue.

A l’époque, la peine de mort et l’esclavage étaient aussi ordinaires, faudrait-il les réhabiliter ?

En appeler à la bible pour défendre des revendications que l’on assimile d’ailleurs à tort, à une égalité de droits entre hétérosexuels et homosexuels, ( la GPA est interdite pour tout le monde), est pour le moins, déconcertant.

La légendaire générosité féminine remise au gout du jour ? « Plus près de toi mon dieu » ?

C’est touchant, mais comme déconstruction du genre et promotion de l’égalité femme-homme, il y a mieux.

Et puis surtout, un peu de bon sens, s’il vous plait !

Marie, mise enceinte sans y avoir consenti (en soi, c’est tout de même glauque), a élevé et vécu avec « son fils ».

Comme mère porteuse, on fait mieux !

Pour rappel une mère porteuse, ou gestatrice, remet l’enfant à la naissance, à ses bénéficiaires.

Autre argument contestable : les français seraient majoritairement en faveur de la GPA.

Oui, c’est aussi le cas pour la peine de mort ; ils sont aussi de plus en plus nombreux à plébisciter le FN, etc.

Si les françaisEs, dans leur majorité, étaient féministes, ça se saurait !

Allons-donc, si de tous temps la GPA a existé, c’est bien parce que nous sommes dans une société patriarcale et que les « Livres saints » sont un des moyens de l’imposer en opprimant les femmes.

En outre, les quelques GPA familiales, amicales, phénomènes ultra-marginaux, ne sont pas en cause ; en revanche, la généralisation de la GPA, marchandisation de l’humain et exploitation de la capacité de reproduction des femmes, est impensable.

La GPA est un artifice qui permet de ne pas s’embarrasser d’une relation et d’acheter sur le marché, comme n’importe quel autre produit prêt à l’emploi, un enfant porté à terme par une inconnue.

Le problème malgré tout c’est que les femmes ne sont pas des unités de production.

Etre favorable à la GPA c’est, comme pour la prostitution,  cautionner la conjonction parfaite des oppressions de genre, de classe, et de « race », d’un libéralisme décomplexé.

Les féministes ne peuvent pas oublier une des raisons d’être majeures du système patriarcal : s’approprier les corps et vies des femmes, afin de contrôler la reproduction.

Ce sont les femmes qui enfantent, par conséquent, contrôler leur sexualité et la reproduction, est indispensable pour s’assurer une descendance à laquelle transmettre ses gênes et son patrimoine.

Le pire encore, c’est qu’à force de parler d’égalité des droits pour la GPA et de tenter de passer en force, les gays compromettent l’extension de la PMA, aux lesbiennes et aux femmes célibataires. Aveuglés par la poursuite de leurs objectifs, ils sont parvenus à associer ce qui pourtant ne se compare en rien.

En outre, la PMA, que l’on y soit favorable ou pas, relève bien de l’égalité de droits puisque les femmes hétérosexuelles en couple peuvent, elles, y avoir recours. Le gouvernement, semble t’il,  attend l’avis du comité national d’éthique.

Les lesbiennes des collectifs mixtes consentent à être instrumentalisées, c’est dommage.

Tout ceci est préjudiciable au mouvement LGBT qui en est tout de même rendu, à amalgamer à la Manifpourtous,  le gouvernement, qui a bien voté le Mariagepourtous et votera probablement la PMA !

Je ne soutiens pas spécialement ce gouvernement qui n’honore pas ses promesses politiques, de là à cautionner des mensonges éhontés.

Dans tous les cas, se proclamer solidaires des lesbiennes pour mieux placer la GPA, n’est pas digne.

Ne pas être solidaires des femmes sur la question de la GPA et plus généralement ne pas se positionner contre la marchandisation de l’humain (Ceci est également vrai pour la question de prostitution portée aux revendications de Marches des Fiertés l’an dernier), c’est se compromettre dans des alliances malsaines et trahir des alliées objectives historiques.

Si ce n’est pas le comble de la mauvaise foi politique pour un mouvement de libération, de conforter le système patriarcal jusqu’à  envisager l’exploitation d’un groupe social encore plus opprimé que le sien !

Contester, c’est risquer être la cible d’amalgames ignobles, des gays n’hésitant plus à insulter les féministes qui s’opposent à la GPA et à la prostitution, en les accusant de soutenir la Manifpourtous !

C’est tout de même invraisemblable, en 2014, au nom de la famille, de l’enfant et de la normalisation sociale, de devoir faire face ainsi à un double front machiste et conservateur :

– le front des pro-GPA qui promeuvent l’exploitation de la fonction reproductrice des femmes,

–  celui des réactionnaires familialistes lesbophobes et homophobes de la Manifpourtous.

Le rassemblement hétéroclite de la Manifpourtous, communiant dans le rejet de l’autre, défile derrière des mots d’ordre absurdes, violemment sexistes, mais aussi, derrière une banderole sur laquelle on peut lire « l’Humain n’est pas une marchandise ».

Pourtant, il ne faut pas prendre ce slogan au pied de la lettre, ces arriérés ne sont en réalité, en rien, opposés à la prostitution ni au trafic d’êtres humains.

Féministes, progressistes, réaffirmons que l’émancipation des femmes passe par la maîtrise de leurs corps et de leurs vies et en aucun cas par une quelconque marchandisation ni de leurs sexualités, ni de leurs fonctions reproductrices.
IMG_3007photo prise lors de la Manifpourtous octobre 2014

Christine Le Doaré

Qui voudrait d’un populisme communautaire homosexuel ?

photo arcenciel[1]

Les personnes homosexuelles ont longtemps eu le choix entre vivre cachées ou risquer le rejet, les discriminations et les violences.

Cette situation s’est améliorée ; dans nombre de pays, la législation réprime depuis des décennies l’homophobie et la lesbophobie, et instaure peu à peu une égalité des droits, partielle ou totale.

Même dans les pays plus progressistes que d’autres où l’homosexualité reste condamnée, tout n’est pas parfait loin de là et dans tous les cas, l’évolution des mentalités reste le véritable challenge. Cependant, c’est indéniable autant qu’irréversible, les gays et les lesbiennes ont redressé la tête et sont désormais des citoyenNEs comme les autres, souvent impliqués dans la vie sociale et politique de leur pays.

Pour gagner cette acceptation, il a fallu passer par des étapes d’affirmation de soi, aussi, parler de « fierté homosexuelle » a eu son utilité. Le risque serait de prendre cette fierté au premier degré car en réalité il n’y a pas plus de fierté à être homosexuelLE, qu’hétérosexuelLE !

La seule fierté pour tout le monde, consiste à être soi et à l’assumer, à respecter les autres et à accepter les différences sans les hiérarchiser.

Vous en conviendrez, la minorité homosexuelle doit être respectée et dispose, comme tout un chacun, de droits, mais n’a pas tous les droits.

Aussi, basculer dans l’arrogance, s’autoriser à écraser d’autres mouvements sociaux qui ne sont pas d’accord avec certaines de ses revendications ou à injurier les politiques qui ne cèdent pas immédiatement à ses attentes, ne pourrait-être que dommageable.

Pourtant, de plus en plus souvent, des positions, propositions, attitudes, défendues par des associations et collectifs, comme par des personnalités représentatives, fleurent bon la démagogie et je me demande si nous n’assistons pas à l’émergence d’un populisme communautaire, dont je pense, personne n’a besoin.

Comme dans tout groupe, toute minorité, il y a toujours eu des extrêmes dont les pratiques sont loin de faire l’unanimité. Mais ce n’est pas à ces extrêmes que je fais ici référence.

Le populisme est une manipulation politique qui consiste à flatter de manière manichéenne et démagogique une population, à encourager ou répondre à des revendications populaires immédiates.

J’ai examiné attentivement les messages véhiculés dans différents médias, en particulier sur les revendications de PMA et de GPA, provenant de gays et de lesbiennes représentatifs et je m’interroge.

 

–          Les réactions à l’annonce de la condamnation par la CEDH de la France, dans l’affaire des enfants nés à l’étranger « par contrats de mères porteuses » ou GPA.

Sur le plan juridique, cette décision est abusive puisque la circulaire Taubira organisait déjà l’inscription dans l’état civil, des enfants nés au moins d’un parent français (droit de la filiation).

Mais surtout, qui peut m’expliquer en quoi, « faire tomber une digue contre le marché international des mères porteuses », comme l’explique la Cour, c’est lutter contre des discriminations à raison de l’orientation sexuelle ?

Est-ce seulement progressiste de favoriser le marché libéral et lucratif de la gestation pour autrui, juste pour que des hommes en couple hétérosexuel ou homosexuel puissent être pères ?

Quel est ce monde dans lequel une Cour de Justice nous enjoint à reconnaître la fabrication d’enfants occidentaux par des femmes pauvres dans des usines reproductrices du tiers monde ou par des femmes américaines ou anglaises dont on rémunère la fonction reproductrice pour les maintenir en dehors du marché du travail, payer les études des enfants ou adjoindre une piscine à la maison familiale ?

Quand la Cour prétend que la France devrait reconnaitre la filiation du parent biologique, bien entendu elle parle du père biologique, mais elle se moque totalement de l’instrumentalisation du corps et de la vie des femmes, elle fait comme si les femmes étaient de simples machines biologiques à enfanter, exactement comme l’industrie produit des marchandises.

Que sait-elle des souhaits de l’enfant ? Qui nous dit, qu’adulte, l’enfant ne souhaitera pas prendre la nationalité de la femme qui l’a mis au monde ? http://nypost.com/2014/06/16/children-of-surrogacy-campaign-to-outlaw-the-practice/

Comment la France va-t-elle pouvoir maintenir une courageuse position éthique et progressiste contre l’économie de marché de la reproduction  alors qu’elle sera contrainte de régulariser automatiquement et à la chaîne, sur son sol, les enfants produits pour des parents qui contournent sciemment sa législation et exercent un odieux chantage ?

Qui peut croire que tout ceci se fait dans l’intérêt de l’enfant ?

L’enfant produit, l’enfant à tout prix, l’enfant sur étagère pour nourrir les fantasmes d’occidentaux alors que la planète se meurt d’une surpopulation galopante et que d’autres enfants par millions sont abandonnés, exploités, etc., et pourraient être adoptés.

Des lesbiennes se désolidarisent de leur classe de sexe pour faire preuve d’un zèle étourdissant dans la perpétuation et même l’invention de nouveaux privilèges masculins.

Cautions féminines, elles vont souvent un peu plus loin que les hommes, afin d’être reconnues.

C’est particulièrement vrai en matière de prostitution et de GPA, deux domaines d’appropriation du corps et des vies des femmes, indispensables au système patriarcal.

Par exemple, Caroline Mécary, avocate et coprésidente de la Fondation Copernic, propose « de disjoindre parentalité et conjugalité et d’organiser juste après le sevrage de l’enfant, une résidence alternée », afin de faciliter à l’avance, la future séparation des conjoints !

Sans le lobby tenace d’associations et de personnes gays et lesbiennes sur la question, la Cour aurait-elle pris cette décision qui bafoue le respect de la personne humaine et les droits des femmes ?

Rien n’est moins sûr.

Ces gays et lesbiennes qui défendent la toute puissance en matière de parentalité, au mépris le plus absolu des droits des femmes, ne font-il pas preuve de populisme communautaire ?

 

–          D’inquiétantes affiches du Collectif Oui-Oui-Oui ! (Oui à la PMA) et du Collectif « Fières », pour la Marche des Fiertés

« PS lesbophobe ! », « Hollande, lesbophobe ! ».

10487582_10152551664479743_8091891247544845155_n[1]La PMA ouverte à toutes les femmes, pourquoi pas ? Après tout, il s’agit d’un don de sperme et pour faire simple on va dire que le sperme se produit rapidement et facilement.

Que le Parti socialiste et plus exactement, le gouvernement Hollande ait une fâcheuse tendance à la reculade et n’honore pas ses promesses de campagne, est un fait ; qu’il soit nécessaire de le rappeler pour faire valoir ses droits, est une conséquence.

Néanmoins, ce collectif oublie que la revendication de la PMA ne concerne pas que les lesbiennes, mais aussi les femmes seules, donc l’accusation de « lesbophobe » n’a guère de sens.

Ensuite, user du suffixe « phobe » n’a en général qu’une finalité : discréditer ses contradicteurs et ce, dans la plus grande malhonnêteté intellectuelle qui soit (sérophobe, putophobe, etc.).

Dans tous les cas, est-ce vraiment indispensable d’injurier en bloc tout le Parti socialiste en le traitant de « lesbophobe » parce que cette mesure n’est pas encore adoptée ?

L’ouverture du mariage aux couples de même sexe date à peine d’un an, a été votée dans des conditions extrêmement difficiles et que personne n’avait imaginées, aussi parce que le PS l’a défendue ; alors prétendre qu’il est lesbophobe est proprement absurde.

Je note que cette avancée (adoptée fin avril 2013) n’a d’ailleurs pas été fêtée par une Marche des Fiertés 2014 à la mémoire un peu courte.

Comment se faire des alliéEs ? C’est simple : cracher dans la soupe, faire pipi par terre, insulter…, tout faire pour acculer ses interlocuteurs à se crisper sur la réputation qui leur est faite.

C’est tout de même affligeant de voir ainsi des gays et des lesbiennes ne pas faire la différence entre des réactions de frustration et des revendications articulées dans un dialogue politique avec l’institution qui peut au Parlement, faciliter l’adoption des droits attendus.

Dans un autre genre, l’affiche produite pour la Marche des Fiertés par le Collectif de jeunes lesbiennes « Fières » : « IVG / PMA Même combat ! », me laisse perplexe. L’interruption volontaire de grossesse, à l’origine de tant d’accidents et de décès de femmes en France avant l’adoption de la loi Veil, mise sur le même plan que la PMA ? Vraiment ? Cette affirmation est aussi mensongère que ridicule.

10502189_816126135078491_6231021827386890894_n[1].jpg Fières

Même l’Inter-LGBT n’hésite plus à flatter ses extrêmes et avec une franche démagogie produit une affiche : « Nos corps, nos droits, ta gueule ! ». Ensuite, ne nous restera plus que les coups, c’est tout de même troublant !

photo[1]

Mais je m’interroge, ces comportements, ces slogans, sont-ils aussi spontanés et sincères qu’il y paraît car après tout, c’est beaucoup plus facile, de se faire remarquer et d’entraîner des partisans, en flattant la propension des gens aux amalgames faciles et à l’outrance, qu’en travaillant sur des dossiers et en entretenant un dialogue politique.

S’agit-il vraiment d’une erreur d’appréciation politique de la situation, sachant que le PS n’est évidemment pas lesbophobe, plutôt peu enclin à combattre les réactionnaires, et que le combat pour la PMA et celui pour l’IVG n’ont strictement rien en commun ?

Non, ces affiches mensongères ne sont pas produites par hasard mais délibérément et pour susciter à bon compte des adhésions.

Ces affiches contre-productives, car mensongères et outrancières, semblent bien elles aussi relever d’un certain populisme communautaire, et ce n’est pas très glorieux.

En Conclusion

Lutter contre les discriminations et les violences à raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, lutter pour obtenir l’égalité des droits ne peuvent en aucun cas se mener en bafouant les droits des femmes (contrôle patriarcal de la sexualité et de la reproduction dont relèvent la prostitution et la GPA) ; si en plus, les gays et les lesbiennes devaient verser dans le populisme communautaire, ce serait tout bonnement inacceptable, au même titre que l’est toute forme de populisme politique.

Quand les féministes aidaient le mouvement homosexuel à émerger en protégeant les gays dans cortèges revendicatifs des années 70/80, elles étaient loin d’imaginer qu’ils feraient aux 20ème et 21ème siècles, des choix qui attestent de leur attachement indéfectible à la classe dominante masculine.

Ils ont oublié en route, quelque part, qu’ils sont aussi responsables de l’oppression des femmes.

Le mot « genre » n’a pas la même signification pour les LGBT qui luttent pour la reconnaissance des personnes transsexuelles (identité de genre veut alors dire Trans. Transgenre et TransexuelLE) et les féministes qui luttent pour l’égalité entre les genres masculins et féminins.

Pour se rejoindre, il faudrait déconstruire les rouages de la domination masculine dans les politiques LGBT, mais l’époque où les gays comprenaient l’imbrication du sexisme et de l’homophobie semble révolue.

Même SOS homophobie a oublié cette année la lesbophobie dans son communiqué de presse, titrant : « La lutte contre l’homophobie, transphobie deux ans après l’élection de François Hollande ». Bien la peine que le mot ait fait son entrée au dictionnaire cette année !

Les féministes qui ont toujours été solidaires des LGBT, sont désormais confrontées à des revendications trop souvent antagonistes de leur part (Prostitution/GPA).

Les lignes de fracture se creusent rapidement et la tendance au populisme communautaire  récemment observée, n’arrange rien.

Tout ceci est inquiétant, d’autant plus que le contexte politique général est désastreux, que rapidement et sûrement, l’extrême droite assoit son emprise sur un pays de plus en plus déboussolé.

Mais c’est heureux, personne, pas moi, ni vous je pense, n’avons besoin d’un quelconque populisme communautaire !

Christine Le Doaré

 

Combien de temps le mouvement LGBT va-t-il pouvoir se cacher derrière son petit doigt ?

220px-Palco_BolognaPride08Les LGBT vont-ils s’adapter au système ou le changer ?
Mixité, diversité, comment se rejoindre un jour ?

Depuis que l’homosexualité est devenue une question de société, nombre de gays se sont désintéressés des questions d’égalité réelle entre les femmes et les hommes et du féminisme. Il semble qu’ils en ont déjà fini d’interroger leur propre misogynie ? Le mouvement n’a t’il de LGBT que son sigle ?

En matière de discriminations et de violences, d’égalité des droits (mariage et adoption), on peut considérer qu’il y a bien une transversalité de luttes.
Mais déjà, en matière de GPA c’est moins évident, comme à chaque fois qu’il est question de l’appropriation du corps (des vies en réalité), des femmes. Toutes les autres revendications ne se recoupent pas et les problématiques spécifiques des lesbiennes, en général, n’intéressent pas les gays.

La question des inégalités femmes-hommes est centrale. Combien de gays admettent bénéficier de privilèges du fait de leur appartenance au groupe des hommes ? Comment faire prendre conscience à un gay que ne pas combattre un système revient à le conforter ? Peut-il se désolidariser du groupe des hommes dont il cherche tant à se faire accepter ? C’est pourtant bien sa seule chance objective de vivre un jour dans une société égalitaire, libre de sexisme et donc d’homophobie.

Ce manque de motivation à challenger la domination masculine est aussi encouragé par l’attitude de beaucoup de lesbiennes qui par identification, tentent de s’affranchir des contraintes sociales et culturelles liées à leur genre. Qu’elles en soient conscientes ou pas, dans tous les cas, penser se libérer seules, alors que d’autres femmes continuent de subir la domination masculine, est illusoire.

J’en ai rencontré, notamment engagées aux côtés des gays dans la lutte contre le sida, qui niaient leur double oppression de femmes et de lesbiennes. Elles en connaissaient un rayon en matière de prévention-sexualité gay, mais se satisfaisaient du manque de réciprocité et certaines ignoraient même l’essentiel de la prévention lesbienne ! Comment faire comprendre à une lesbienne que sans solidarité avec le groupe des femmes, tant que l’égalité réelle ne sera pas achevée, que le féminisme n’aura pas changé et réinventé la société. elle n’aura jamais que l’illusion de sa propre libération ? Vivre sous domination sous domination masculine l’entravera et la menacera toujours.

Les Trans. quant à eux, se sont à juste titre, plaints du manque d’intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais elles-eux non plus, ne se sont pas intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est rare de croiser un ou une trans féministe.

Au début, n’étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d’être féministes, la plupart adoptaient même les codes sociaux d’une représentation féminine parfaitement sexiste. Incompréhension des lesbiennes, forcément.

Puis ont émergé les transsexuels femmes devenues hommes (F to M), un peu plus conscientes du sexisme et des enjeux de l’égalité femmes-hommes, ayant été des femmes et souvent rejetées car ne se pliant pas aux stéréotypes de genre. Toutefois, une fois installées dans leur sexe de réassignation, la plupart des personnes trans. se fondent dans la masse pour une nouvelle vie et participent moins aux luttes féministes et LGBT.

Puis les personnes transgenres qui questionnent le genre mais ne veulent pas nécessairement s’engager dans les opérations de réassignation de genre, sont devenues visibles, aidées par le mouvement Queer qui, pensait-on, ouvrait une brèche vers plus d’imagination et de libertés.

Dommage, toutes ces différentes façons d’être trans n’ont pas non plus vraiment réussi à se comprendre entre elles. Elles s’accordent sans conteste sur la nécessité d’obtention de papiers d’identité conformes à son genre, en revanche, elles se déchirent, notamment sur la question de l’accompagnement médical et psychologique du parcours de réassignation de genre.

Pire encore, les revendications trans. sont maintenant instrumentalisées par les politiques : assimiler opportunément les questions de genres aux archi minoritaires droits des trans pour mieux freiner les droits des femmes et surtout ne pas avancer trop vite en matière d’égalité Femmes-Hommes, beaucoup de politiciens européens sont déjà rompus à l’exercice.

Les Trans-actvistes, en particulier dans les pays anglo-saxons, sont de plus en plus hostiles à l’égard des féministes. (Attaques conférence radfem pays anglo-saxons).

Peu à peu, le mouvement LGBT, plus à l’aise avec les questions trans. que féministes et lesbiennes, puisqu’elles ne les remettent pas vraiment en question, ont inscrit et priorisé les revendications Trans. à leur agenda.

Quant aux bi(s), elles et ils considèrent n’être que la dernière roue du carrosse, ce qui n’est pas faux, mais il faut bien reconnaître qu’il est assez difficile d’articuler des revendications bi, notamment en matière d’égalité réelle femmes-hommes ou d’égalité des droits LGBT. Quand on discrimine ou agresse une personne, c’est à cause de son orientation sexuelle réelle ou supposée et c’est la relation homosexuelle de la personne bisexuelle qui pose alors problème. La question de l’acceptation de la bisexualité est une intéressante question culturelle mais elle est difficile à traduire en termes politiques.

L’interprétation en France des théories Queer, a aussi joué un rôle. Les théories Queer permettent d’appréhender les questions de genre pour mieux déconstruire les normes et proposer des alternatives. Mais chez nous, elles ont souvent été utilisées pour diluer les luttes et masquer les véritables enjeux de pouvoir.

Ainsi, quand un homme blanc Queer décrète être une « lesbienne noire », parce que c’est ainsi qu’il lui plaît de se définir, c’est intéressant sur le plan théorique, mais seule la lesbienne noire subit vraiment une triple domination sociale et culturelle (femme, lesbienne et racisée) ; ce type de posture n’a aucun d’effet sur la vie quotidienne de l’immense majorité des gens et encore moins ne remet en question l’oppression des femmes.

C’est théoriquement excitant mais socialement inopérant, ça ne change strictement rien aux rapports sociaux de classe.

Les hommes (gays ou pas) qui adorent les Slutwalks et autres manifestations ou représentations « pro-sexe », les qualifient de « seul féminisme valable » ; ils ont raison, elles ne remettent nullement en question la domination masculine, bien au contraire, elles assignent les femmes à de nouveaux rôles tout aussi normés que les précédents mais imposés cette fois, par les performantes et omniprésentes, industries du sexe.

C’est un peu comme si le système patriarcal s’adaptait et engendrait de nouvelles générations d’adeptes au sein même des mouvements qui théoriquement pourraient le mettre en échec.

En effet, les groupuscules radicaux qui prospèrent à la marge du mouvement LGBT se prétendent subversifs mais en réalité, s’avèrent être de redoutables alliés du système patriarcal.

Ayant parfaitement intégré les codes de l’oppresseur, ils répandent des thèses néolibérales « post-féministes » et vont jusqu’à confisquer violemment la parole des féministes.

Complices des industries du sexe, pornographie et prostitution notamment, dont ils prétendent se réapproprier les scénarios, ils glorifient sans ciller la marchandisation et l’aliénation des êtres humains.

Rien n’est plus facile que d’instrumentaliser la libération sexuelle des femmes et « la liberté de disposer de son corps » est passée par la moulinette du libéralisme : à l’évidence, que des femmes s’affirment libérées par le porno ou la prostitution ne va rien changer à l’ordre établi, ni déstabiliser la domination masculine, bien au contraire !

L’influence de ceux que l’on appelle à tort « pro-sexe », « trans-activistes » en tête, s’est même révélée être l’une des menaces les plus virulentes à l’encontre de féministes ou de groupes féministes (Annulation conférence Rad-Fem, harcèlement de militantes, etc.).

Curieusement, ce sont les associations de santé communautaires, financées pour la lutte contre le sida, qui s’en font les meilleurs relais dans le mouvement LGBT.

Face à une telle adversité, nombre de lesbiennes politiques n’approchent pas ou ne font que traverser le mouvement mixte LGBT. Rares sont les militantes lesbiennes féministes qui travaillent dans le mouvement mixte, y occupent une position de « leadeuse », portent les revendications communes tout en s’affichant féministes et en challengeant le sexisme. A quelques exceptions près, elles sont vite isolées, harcelées, discréditées voire menacées et s’épuisent sans obtenir beaucoup de résultats.

Néanmoins, je comprends bien que des lesbiennes soient convaincues que dans une société mixte, il n’y a pas d’autre alternative que la mixité, ce fut mon cas pendant de longues années.

Je pensais que s’exclure dans la non-mixité, n’était pas efficace pour combattre la domination masculine. Aujourd’hui, je n’affirmerais plus rien de tel. L’effort à produire pour surnager et assurer un minimum de visibilité lesbienne et féministe au sein du mouvement LGBT est démesuré. Pour que cet investissement soit viable et productif, il faudrait conjuguer deux facteurs, le premier : plus de lesbiennes féministes investies en même temps et le deuxième: plus de gays concernés par l’abolition du patriarcat. Autant dire une belle utopie !

Dans tous les cas, je pense maintenant que la bonne stratégie consiste à leur demander de s’informer, de se former (les outils théoriques, les expériences et les expertes sont disponibles), de travailler et de faire leurs preuves, nous verrons ensuite.

En conclusion, je dirai que le mouvement LGBT a probablement eu tort de se focaliser exclusivement sur l’égalité des droits, étape certes indispensable, mais impuissante à changer la société en profondeur. Ce sont les LGBT qui vont s’adapter au système et pas l’inverse !

Admettons-le, le mouvement LGBT n’a de mixte que son sigle. Il se défend bien en matière d’égalité des droits, mais fait l’économie de l’essentiel : la lutte contre la domination masculine. Il ne suffit pas de dire : le sexisme engendre l’homophobie ou encore, le mépris du féminin est l’un des ressorts des LGBTphobies, voire même l’homophobie et la lesbophobie sont des manifestations de peur face à des alternatives qui ne sont pas prévues et sont vécues comme des menaces du système, encore faut-il en tirer les conséquences et s’engager dans la lutte contre les systèmes d’oppression, y compris à l’intérieur du mouvement.

Le mouvement LGBT qui a fortement contribué à l’évolution des mœurs en France, aurait les moyens de devenir un véritable mouvement de libération et d’émancipation. Il peut jouer un rôle majeur dans la lutte pour l’égalité Femmes/hommes, encore faudrait-il qu’il le veuille et s’en donne les moyens. Pour l’instant, il n’a même pas commencé, à l’inverse, il s’y oppose souvent.

Ses choix seront déterminants pour l’avenir et il ne pourra pas longtemps continuer de se cacher derrière son petit doigt.

Fêter l’égalité citoyenne, se mobiliser pour l’égalité réelle !

4d0b6d1f8296150ad74f4af9df82f3c723 avril 2013, c’est fait ! Quelle histoire ! Des années de luttes associatives pour l’égalité des droits et si près du but, alors que tout semblait acquis, une violente vague d’homophobie que personne n’avait imaginée aussi tenace.

Personnellement, ce n’est pas tant l’égalité matrimoniale que je veux fêter, car l’institution du mariage m’importe peu, mais cette étape enfin franchie vers l’égalité des droits et une acceptation citoyenne formelle, des personnes homosexuelles. L’égalité des droits et des devoirs républicains supposait, dans des conditions identiques, l’ouverture au mariage, au divorce et à l’adoption pour les couples de même sexe.

Une injustice est réparée. Pour autant, je doute que cette loi change fondamentalement nos valeurs et notre culture profondément patriarcale. Le fait d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe aura peut-être des conséquences positives sur l’institution et l’ensemble de la société mais rien n’est moins sûr. L’institution est conservatrice, contraignante et de moins en moins prisée. Les français vont s’habituer à voir des couples de même sexe se marier et n’en parleront plus guère dans quelques années. Ce qui serait intéressant, c’est que des gays ou des lesbiennes en se passant la bague au doigt, éprouvent et désarment le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, qui gangrènent profondément notre société.

En effet, une bonne partie de l’opinion publique française, par ignorance ou par peur des différences a toujours beaucoup de mal à considérer l’homosexualité comme aussi simple et ordinaire que l’hétérosexualité. Si la réaction, orchestrée par une UMP méprisant les institutions républicaines, complice des exactions de l’extrême droite, a pu atteindre une telle ampleur, c’est bien parce que pour tant de gens, une personne homosexuelle ne vaut pas tout à fait une personne hétérosexuelle et d’ailleurs, il y a fort à parier, que marié-e-s ou pas, beaucoup de gays et de lesbiennes, dans leur famille, sur leur lieu de travail ou dans l’espace public, continueront de subir des discriminations, du rejet et parfois des violences.

J’ai milité des années pour l’égalité des droits car je juge inadmissible que des citoyens soient différentiés sur la seule base de leur orientation sexuelle et j’exige une acceptation et reconnaissance pleine et entière de l’homosexualité, néanmoins j’ai toujours été consciente que mon engagement féministe était plus déterminant pour parvenir à une société d’égalité réelle entre les personnes.
Tant que notre société ne se sera pas libérée de la domination masculine qui engendre le sexisme et l’homophobie, tant que le système patriarcal n’aura pas été vaincu, rien ne changera vraiment, en profondeur.

C’est tellement vrai qu’à la « Une » des journaux aujourd’hui, on ne parlait que de mariage GAY, ni par exemple, de mariage ouvert aux couples de même sexe, ni de mariage des gays et des lesbiennes ; et quasiment toutes les photos ou dessins publiés représentaient des couples d’hommes. Parce que malgré tout, dans une société phallocrate ce qui compte surtout c’est ce que vivent les hommes. Comme toujours, l’invisibilisation des lesbiennes est pour ainsi dire totale. Le mouvement LGBT en est bien responsable, lui qui peine tant à mettre la lutte contre le sexisme au cœur de la lutte contre les LGBTphobies.
Le mouvement homosexuel a bénéficié de la solidarité des féministes, à l’avenir, les lesbiennes et plus globalement les femmes, pourront-elles compter sur lui pour abolir le système patriarcal ? L’avenir nous le dira.

Ce 23 avril 2013, une étape est franchie, arrachée à une triste adversité grâce à un gouvernement déterminé, alors sachons l’apprécier et la fêter comme il se doit. N’oublions pas aussi de remercier les pionniers et les pionnières qui à l’époque se battaient dans une société ouvertement et fièrement homophobe. Enfin, admettons que ce n’est qu’une étape, d’autres luttes pour une égalité réelle et décisive, restent à gagner.

Christine Le Doaré

Inverser la charge pénale et permuter le rapport de force – ou la pénalisation du client

story_wideUne proposition sur l’abrogation du délit de racolage a été déposée au Sénat par Esther Benbassa – EELV (Voir ses liens avec le STRASS qu’elle finance avec des fonds publics : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/ ). Il est probable que la loi passe au Sénat, la plupart des formations politiques étant, comme les abolitionnistes d’ailleurs, favorables à l’abrogation du délit de racolage.

En effet, le texte sur le racolage met en difficulté les personnes prostituées, notamment lors de rafles policières. Les plaintes des riverains ou encore les contraintes d’urbanisme et d’aménagement des quartiers motivent le plus souvent ces brutales initiatives policières, (Néanmoins, la prostitution a bien lieu de jour comme de nuit, et aux yeux de tous, dans nombre de quartiers des grandes villes).

Le Sénat, poussé par Mme Benbassa, va se précipiter et peut-être même adopter des amendements qu’il regrettera, sentant confusément qu’il ne peut pas se contenter de seulement abroger le délit de racolage sans ouvrir la boîte de Pandore, mais ne se donnant pas non plus les moyens d’étudier une loi globale. C’est pourtant ce qu’avaient préconisé les 54 associations du Collectif Abolition 2012 : http://abolition13avril.wordpress.com/2013/03/23/communique-dabolition-2012-non-au-saucissonage/

A l’évidence, il serait préférable d’adopter une politique globale en matière de prostitution. Une politique cohérente et digne d’un pays abolitionniste comme la France doit comporter plusieurs volets et pas seulement l’abrogation du délit de racolage. Dans la proposition de loi Benbassa manquent : des alternatives crédibles à la prostitution avec des programmes de réinsertion et l’adoption de mesures d’éducation et de pénalisation des clients. Mais, espérons-le l’Assemblée Nationale, à la rentrée prochaine, ne cautionnera ni la méthode, ni le contenu, encore moins les conséquences d’un texte par trop réducteur.

En effet, la prostitution dite « choisie » est marginale, en revanche, la prostitution contrainte et d’abatage, à la main des réseaux et des mafias, envahit l’Europe dans un flot incessant et grandissant. Dans ces conditions, la seule solution politique possible dans notre pays abolitionniste depuis 1946 et la promulgation de la loi Marthe Richard, est bien de le rester mais d’évoluer car l’abolition ne se confond pas avec la prohibition, c’est-à-dire la chasse aux personnes prostituées, et ne se conçoit pas non plus, sans un plan de lutte d’envergure contre cette violente exploitation des femmes. Un projet digne de ce nom devrait comporter à la fois l’abrogation du délit de racolage, mais aussi l’adoption de solutions de sortie de la prostitution et la pénalisation du client prostitueur afin d’endiguer les violences sexistes et éduquer à l’égalité entre les sexes.

L’abolition de l’esclavage ne l’a pas éradiqué de la planète, mais il a donné aux esclaves les moyens de se battre et aux politiques ceux d’adopter des politiques répressives et éducatives efficaces. La prostitution est une forme d’esclavage qui demeure pour les femmes, c’est le tribut qu’elles payent au système patriarcal, (quelques hommes également, car tous les hommes ne sont pas hétérosexuels). Nous devons nous donner les moyens de l’abolir, c’est-à-dire de commencer à agir et espérer, tout en étant bien conscients qu’une prostitution résiduelle subsistera, le temps que les mentalités évoluent.

Lorsque des élus EELV ou des groupes tels que le STRASS disent que les personnes prostituées sont en grand danger, craignent des violences, subissent des viols parce que le délit de racolage les pousse à la clandestinité ou à s’isoler en dehors des villes, ils ont raison et ils ont tort. En réalité, dans le cœur des villes ou à leur lisière, dans la sécurité apparente d’un appartement ou dans la précarité et l’isolement d’une voiture, d’une ruelle ou d’un sous-bois, peu importe les modalités de la mise en relation, la personne prostituée est toujours seule et toujours en danger. Mais elle l’est à fortiori si le client n’est pas en infraction.

En effet, il est important de comprendre que pénaliser le client revient à inverser la charge de la preuve. Le délit de racolage étant abrogé, la personne prostituée n’est plus en infraction, en revanche, si l’acte d’achat de sexe est pénalisé, le client lui, commet un acte répréhensible et est passible d’une amende. Le rapport de force lui est défavorable, il le sait, la personne prostituée aussi, elle le tient !

En cas de vol, de violences, de viol, la personne prostituée pourrait alors se retourner contre le client prostitueur. L’inversion de la charte pénale est donc à la fois dissuasive pour le client qui sensibilisé, comprendra peu à peu qu’il n’achète pas du sexe déconnecté d’une personne humaine, mais le consentement d’une femme ou un homme en général en difficulté sociale, mais c’est aussi un moyen d’empowerment et de protection de la personne prostituée.

Dans tous les cas, les personnes prostituées mais surtout les lobbies pro-prostitution qui craignent pour les pauvres clients importunés, doivent comprendre que le projet consiste essentiellement à se donner le droit de les interpeller pour les sensibiliser à l’égalité femmes-hommes et à questionner les abus du système patriarcal, puis le cas échéant, à leur infliger une amende en espérant que d’ici une génération ou deux la société aura évolué et que la prostitution ne sera plus que marginale, comme dans les pays abolitionnistes. En somme rien de bien dramatique pour eux ; en revanche, un espoir de sortir enfin des violences de l’enfer prostitutionnel subi par tant de femmes déplacées, sans parler des nouvelles formes de prostitution dues à la crise économique, comme la prostitution des étudiant-e-s.

Il est vraiment temps d’agir. La France est abolitionniste, mais il ne s’agit que d’une posture ; dans les faits, elle ne déploie pas une véritable politique publique adéquate. Pourtant, l’abolition est bien la seule solution humaniste, féministe et progressiste d’une société toute entière. Nos responsables politiques ne revendiquent-ils pas plus de justice et d’égalité ? En outre, nous venons de le voir, les personnes prostituées elles-mêmes ont tout intérêt à la pénalisation du client et au-delà à un dispositif global qui lui permettra, lorsqu’elles le souhaiteront de bénéficier de programmes de sortie de la prostitution.

Alors, qu’attendons-nous, qu’attendez-vous, pour vous engager pour l’abolition du système prostitueur et nous rejoindre le 13 avril prochain, à la Machine du Moulin Rouge, pour l’abolition citoyenne de la prostitution !

Christine Le Doaré

Retrouvez l’événement sur le blog : abolition13avril.wordpress.com

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Le feu ça brûle !

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Il n’était pas difficile d’imaginer que dimanche 24 mars, « la manif pour tous » des opposants à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ne se déroulerait pas, sans mal.

Un mélange hétéroclite de français avait rendez-vous, autant pour rejeter le mariage pour tous, que la politique du gouvernement. A les regarder de prés, autant de conservateurs « bon teint » et « bon enfant », juste un peu sexistes, comme ceux qui offrent des poupées et des jupons roses aux fillettes et des camions et de la layette bleue aux garçonnets à Noël, que de déterminés réactionnaires, bien marqués UMP, croyants moralisateurs, sans oublier, à l’extrême, des membres du FN, des catholiques intégristes, tendance GUD ou Civitas.

Ce mouvement est financé et coordonné, comme tous les mouvements. Par qui et comment, c’est plutôt confus et la plupart des associations membres du collectif n’ont pas d’existence légale.
Ce qui est clair en revanche, c’est que dimanche, ils n’ont pas été débordés, ils ont organisé ces débordements. En effet, des autocollants appelant à investir les Champs-Elysées avaient été apposés en masse les jours précédents.
Pourtant, ils le savaient pertinemment, les Champs-Elysées, n’étaient pas sur le parcours autorisé par la préfecture. Ils appelaient donc sciemment les manifestants, hommes, femmes, enfants, à bafouer la loi, à leurs risques et périls. En France, le parcours d’une manifestation est négocié avec la préfecture, ensuite, les organisateurs s’engagent en le signant. Les forces de l’ordre ont certes pour mission de garantir aux manifestants de défiler librement et selon les modalités convenues, sans être importunés par des contre-manifestants notamment, mais elles doivent également veiller à ce que les manifestants remplissent leur partie du contrat et défilent paisiblement, sur le parcours prévu.

Des membres de l’extrême droite, du GUD et autres, ont tenté de déborder les organisateurs eux-mêmes, puis le dispositif policier. Les images parlent d’elles-mêmes, approchant de la Place de l’Etoile, ils ont insulté et frappé des CRS, tout en incitant des manifestants à les suivre, y compris ceux qui étaient accompagnés d’enfants pour s’en servir comme boucliers ; les CRS ont riposté en lâchant des gaz lacrymogènes. Ce n’est certes pas glorieux, mais c’est la règle. Personne ne va comme ça à l’Elysée, même en prenant l’espace public pour un vaste théâtre où dérouler un script pathétique « Versaillais debout, défendons nos privilèges », rehaussé d’une Marseillaise bramée entre deux tirs de gaz lacrymogène !
Qui à gauche, n’a pas un jour, été aspergé par ces gaz, lors d’une manifestation étudiante ou autre ? Il faut vraiment faire partie du peuple de droite pour ne pas savoir comment les forces de l’ordre font respecter la loi !

Une telle mauvaise foi est confondante, seule une population privilégiée et à l’abri des avatars des luttes de classe pouvait tomber dans un tel panneau. Qu’elle s’en prenne aux organisateurs imprévoyants et qui pour faire nombre, se sont compromis dans des alliances honteuses.

En revanche, quand Mme Boutin demande le lendemain de la manifestation, le retrait de la loi, on se demande si les gaz n’ont pas quelque peu atteint son cerveau ?! Allons voyons, Madame, reprenez-vous et plongez vous dans votre Constitution ! Pour quelles raisons, le Parlement devrait-il renier son vote ou le gouvernement l’annuler ? C’est tout simplement grotesque et vous le savez. C’est le propre même du fonctionnement démocratique de nos institutions et dans notre pays, la rue n’a jamais gouverné.
Mme Boutin, rappelez-vous que vous avez perdu les élections, que les chambres sont souveraines et que même si 300 000 personnes dans la rue, ce n’est pas quantité négligeable, ça ne représente jamais qu’une infime partie des électeurs et de l’opinion publique.

Mais surtout, souvenez-vous que l’opinion publique française est favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, elle s’est exprimée à de nombreuses reprises sur la question ; elle a voté à gauche aux dernières élections et pour un programme qui comportait bien cette mesure. Dites-vous bien que les français n’ont pas envie d’être ridiculisés en Europe ni dans le monde ; ils n’assumeront pas cette réputation de pauvres bigots, rétrogrades, couards, incultes, que vous leur faites ; vous croyez vraiment que nos concitoyens sont assez misogynes et homophobes pour cautionner une telle inégalité des couples devant la loi ?

Et puis voyez-vous, cette carte, vous l’avez déjà jouée, à l’époque du PaCS. Vous nous avez alors mis la France à feu et à sang, avec une homophobie et lesbophobie indignes d’un pays qui s’est si longtemps revendiqué exemplaire en matière de défense des Droits Humains. Vous recommencez, et pourtant vous le savez, ce n’est qu’une question de temps, ce texte sera adopté, mieux encore, personne ne reviendra dessus et dans quelques années vous prétendrez l’avoir soutenu.

Dimanche, dans cette pathétique et désespérée manifestation de force, toute la droite s’est discréditée. Elle était prévenue, seul l’irréparable pouvait être commis.

Indécente instrumentalisation des luttes LGBT par Morgane Merteuil

72807_4909590014134_1266105167_nProfitant de la mobilisation homophobe des anti-mariage pour tous du 13 janvier dernier, dans sa tribune « Homophobie, putophobie même combat ? » publiée le 14, dans la rubrique Rue69 du site en ligne du Nouvel Observateur, Morgane Merteuil, Porte-Parole du STRASS, instrumentalise sans scrupule, les luttes LGBT et amalgame légalisation du mariage pour tous et prostitution.
A force d’investir le mouvement LGBT et menacer les abolitionnistes, le STRASS a sans doute fini par se convaincre que tout les LGBT soutiennent le lobby pro-prostitution !

La recette : amalgames et lyrisme, c’était bien tenté. Que Mme Merteuil et le STRASS se jettent sur l’occasion pour récupérer les luttes LGBT et manipuler l’opinion, ne constitue pas vraiment une surprise ; en revanche, que des journalistes, en particulier ceux du site du Nouvel Observateur, tombent ainsi dans le panneau, est beaucoup plus étonnant.

Je souhaite rappeler à Mme Merteuil que les luttes LGBT concernent des personnes, des couples et des familles qui subissent des discriminations et des violences liées à leur seule orientation sexuelle.
Des préjugés archaïques les privent de droits et les placent dans des situations d’injustice voire d’insécurité.
La revendication du mariage n’a de sens que dans une perspective d’égalité des droits, car l’orientation sexuelle ne peut à elle seule priver des couples et des familles, de droits et obligations auxquels peuvent accéder les citoyens français.
L’égalité des droits n’est pas négociable et ne relève d’aucune activité marchande, d’aucun marché. Les personnes LGBT, citoyens à part entière, seront les seuls bénéficiaires des luttes pour l’égalité des droits.

Mme Merteuil semble avoir momentanément perdu de vue que les bénéficiaires de la prostitution sont les clients qui achètent des services sexuels et en cas de prostitution forcée (écrasante majorité), les souteneurs, proxénètes, réseaux et mafias.
La prostitution est le second marché criminel après la drogue et avant les armes ; les états qui ont réglementé ne parviennent plus à endiguer la criminalité prostitutionnelle ni à distinguer sur le terrain ce qui relève ou non de la « libre » prostitution.
C’est fâcheux, mais qu’à cela ne tienne, Mme Merteuil qui n’est plus à une pirouette rhétorique prés, occulte ces réalités pour mieux nous égarer.

On imagine bien que Mme Merteuil ne nous parle pas des droits des proxénètes et des réseaux.
Mais de quels droits alors, nous parle-t-elle ? De ceux des personnes prostituées ?
Certes, les personnes prostituées doivent être respectées et protégées par la loi, mais, nul besoin d’une loi réglementariste pour ça.
Personne mieux que les abolitionnistes ne défend les droits des personnes prostituées.
L’abolition n’étant pas la prohibition, le projet abolitionniste prévoit lui aussi l’abrogation du délit de racolage, mais il se contente pas de cela, il exige des programmes de réinsertion, sociaux et de santé, pour les personnes qui souhaiteraient sortir de la prostitution. En réalité, et qu’elle l’assume ou non, c’est bien des droits des clients dont nous parle Mme Merteuil. Les clients prostitueurs qu’il faudrait préserver, ménager, choyer car business is business.
Bien entendu elle défend également les affaires de quelques escortes « libres » contre l’écrasante majorité de prostituées contraintes.
En d’autres mots, notre activiste porte haut et fort les pratiques et la philosophie du libéralisme !

Ce qu’il faut comprendre de cette tribune, c’est que Mme Merteuil et le STRASS nous condamnent à entretenir cette vieille légende, cette incroyable mystification patriarcale qui consiste à présenter la sexualité masculine comme irrépressible et justifiant par conséquent, la mise à disposition de quelques femmes qui auraient le privilège de la satisfaire !

Sachez-le Madame, il est incompatible de vouloir à la fois, pérenniser les privilèges exorbitants du système patriarcal, et revendiquer l’égalité, qu’il s’agisse d’égalité réelle entre les femmes et les hommes ou d’égalité des droits pour les minorités. L’indisponibilité de l’être humain, de son corps, est protégée par la loi et doit rester en dehors des lois du marché. D’ailleurs la prostitution a bien moins à voir avec la sexualité qu’avec la domination masculine ; elle est affaire d’éducation contre la domination et les violences.

Alors, Mme Merteuil, vous qui avez l’outrecuidance d’instrumentaliser les luttes LGBT, sachez que cette grossière tentative de récupération est stérile car lutter pour nos droits et libertés est incompatible avec votre lutte pour l’institutionnalisation de l’esclavage sexuel des femmes et de quelques hommes.

Christine Le Doaré

https://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

https://christineld75.wordpress.com/2012/09/05/pour-se-liberer-morgane-merteuil-va-devoir-choisir/

Vite, la loi !

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Non à l’amplification de la mobilisation anti-égalité – l’égalité des droits n’est qu’une étape vers l’abolition du patriarcat !

Vivement que la loi soit votée et le mariage ouvert aux couples sans distinction de leur orientation sexuelle ! Vivement que l’adoption ne soit plus réservée aux seules personnes ou couples hétérosexuels et que les lesbiennes et les femmes célibataires aient accès à la PMA ! Parce que ce déballage indécent d’ignorance, de bêtise, de mépris et de haine, ça suffit ! Parce que l’égalité des droits n’est qu’une étape dans une société civilisée et que les vrais enjeux d’une société libérée du système patriarcal sont ailleurs.

Nous sommes en 2013 et en France, république laïque où une large majorité est favorable à l’égalité des droits ; alors pourquoi amplifie-t-on à ce point, la mobilisation des anti-égalités ?

En Espagne, en Belgique (Monarchie catholique) et ailleurs, tout le monde n’était pas favorable à cette évolution ; des débats ont eu lieu, les opposants se sont exprimés puis ils s’en sont remis à leurs députés. Depuis, aucun pays n’a pas eu à se plaindre de ce progrès et plus personne n’en parle. Alors, que se passe-t-il chez nous ?

Comme ailleurs, les religions du livre se déchirent, mais lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts patriarcaux, elles sont particulièrement zélées pour s’allier sur le dos de leurs boucs émissaires de toujours, les femmes, les lesbiennes et les gays. Circonstances aggravantes, en France, bien plus qu’ailleurs en Europe, les voix des religieux modérés et progressistes peinent à se faire entendre et c’est très préjudiciable. Les religieux, les plus intégristes d’entre eux en tête, sont à l’évidence responsables de toute cette violence homophobe et lesbophobe (surtout l’église catholique, en perte de vitesse et qui joue son vatout), mais les croyants progressistes devraient apprendre à s’exprimer plus vite, plus fort et plus nombreux. Pourquoi, par exemple, Christine Pedotti, intellectuelle catholique, co-fondatrice du Comité de la Jupe, a-t-elle mis autant de temps avant de publier un bel article sur la question (1). ?

Chez nous comme ailleurs, les partis politiques s’affrontent, mais en France, la droite a compris qu’elle pouvait effacer les dégâts du duel Copé-Fillon en récupérant la mobilisation qu’elle transforme en contestation contre le gouvernement Hollande. L’extrême droite quant à elle ne manque jamais une occasion d’enfoncer le clou et d’en découdre, ses milices fascisantes en tête !
Mais le gouvernement Hollande a aussi sa part de responsabilité, il aurait facilement pu éviter de lourdes maladresses ; il aurait dû dès le début, choisir sa stratégie et s’y tenir, placer la PMA dans un autre texte ou pas, etc. Surtout, il aurait dû faire preuve de plus de courage politique plutôt que de devoir défendre sa loi, une fois les opposants organisés et galvanisés par des médias complaisants.
Dans l’ensemble, nos députés ont très peu suivi l’audition du 12 décembre qui devait les éclairer sur l’application du texte en Europe ; ceci explique peut-être pourquoi les français se sentent obligés d’assurer le débat à leur façon ! Nos politiques portent une immense responsabilité dans ce débat honteux et qui nous ridiculise à l’étranger.

Les médias français depuis de nombreuses années n’ont plus les moyens de creuser leurs sujets. Ils privilégient les témoignages plus ou moins superficiels. Ils n’hésitent pas à harceler les représentants associatifs, non pas pour leur donner la parole (ce qu’ils ne font que rarement ou en situation de crise), mais pour qu’ils leur trouvent le témoin rêvé ! Ils vont parfois jusqu’à fabriquer la polémique s’ils considèrent que l’audience sera au rendez-vous ; de la même façon, ils minimisent voire ignorent les sujets qu’ils jugent peu vendeurs. Quand ils traitent une question, il leur faut toujours présenter des opposants, quitte à donner la parole à des personnes qui ne représentent qu’une pensée ou position ultra-minoritaire et déséquilibrer le débat. Les médias français ont donné une ampleur inégalée aux voix des homophobes, vous connaissez beaucoup de sujets de société qui donnent lieu à une couverture médiatique de cette ampleur ? La manifestation contre le mariage pour tous du 13 janvier a donné lieu à un suivi du cortège mètre par mètre, minute par minute, sur les chaines TV et les radios, etc., et sans beaucoup d’analyse ni de commentaires critiques. Le journalisme spectacle dans toute sa splendeur, les mêmes que ceux qui se contentent de filmer les plumes dans le cul à la Marche des Fiertés, et même si les plumes c’est beau !

Allègrement manipulée par ces forces réactionnaires démagogiques, nourrie au journalisme-spectacle, une partie de la population française, peut-être aussi pour oublier la crise économique, se berce d’illusions et avale les mensonges les plus éhontés ! Elle fantasme à cœur joie sur la famille idéale, celle que personne n’a jamais vue ! Comme par enchantement, disparus les difficultés, les divorces, les violences conjugales, les maltraitances sur enfants, les viols, les incestes, etc. ! Papa, maman, les petits et l’harmonie parfaite, ils veulent y croire ! Seulement voilà, ils savent bien, et pour cause, que la famille hétérosexuelle n’est pas si glorieuse, alors le plus sûr moyen, c’est encore de diaboliser l’autre, l’homosexuel-le qui forcément ne peut que faire pire ! Seulement voilà, l’autre, mis à part son orientation sexuelle, n’est en rien différent, ni pire, ni meilleur.

En France, il paraît que nous aimons le débat, oui, surtout quand il a lieu au « café du commerce » ou à la TV-gueuloir, quand il est irrespectueux, violent et qu’il ne mène à rien de bien constructif ! Il faudrait peut-être nous inspirer d’autres comportements avant de nous fossiliser dans nos traditions ? Il est amplement temps de se demander où sont passées les valeurs de notre république laïque, et à quelle égalité, fraternité-sororité, sa devise fait référence ? A l’évidence la mobilisation anti-égalité ne fera pas plier le gouvernement et la loi sera votée. Mais le bien mauvais débat français aura soulevé tant d’homophobie et de lesbophobe, on peut se demander si la célébration de cette victoire historique à venir, n’est pas déjà un peu gâchée.

L’égalité des droits n’est qu’une étape sur le chemin de l’abolition du patriarcat.

Alors, oui, vivement le vote de la loi, parce que non seulement nous allons devoir nous apaiser après tant de violences, mais pendant que nous nous acharnons à justifier l’adoption d’une légitime égalité des droits, nous disposons de moins de temps et d’énergie pour tout le reste !
En outre, si l’égalité des droits n’est pas négociable, défendre le mariage pour tous, c’est aussi défendre le mariage. Je sais bien que personne ne sera obligé-e de se marier et que tout le monde aura le choix, néanmoins, je l’avoue, je suis fatiguée de devoir, au nom de l’égalité des droits, défendre une institution conservatrice. Je ne suis, par exemple, pas favorable au système des aides sociales basées sur l’interdépendance du couple, je considère qu’une société moderne a remplacé ce système archaïque et sexiste en individualisant les aides et minimas sociaux. Les valeurs traditionnelles du mariage, du couple, de la famille avec l’enfant programmé, bien souvent prolongement de soi ou ciment du couple, programme prétendument indispensable au bonheur et surtout toute la pression sociale que ce schéma patriarcal impose, ne m’ont jamais convaincue. Ces modèles du couple et de la famille sont vitaux pour le système patriarcal constitué de rapports de pouvoir, ils génèrent des sociétés terrorisées de violences et ce ne sont pas quelques couples de même sexe mariés qui y changeront quelque chose. Les véritables enjeux et espoirs de changement sont ailleurs. L’égalité des droits est une étape incontournable dans une société civilisée, rien d’autre ; c’est déjà beaucoup, mais c’est tout.

Christine Le Doaré

1. http://www.huffingtonpost.fr/christine-pedotti/mariage-pour-tous-les-femmes-vont-se-reveiller-avec-une-sacree-gueule-de-bois_b_2463349.html?utm_hp_ref=france

Masculiniste et gay, c’est possible

Masculiniste et gay, c’est possible

Egalité des droits, ouverture du mariage aux couples de même sexe,

pour garder le cap, mieux vaut avoir le cœur et les convictions solidement amarrées.

Le vote de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, est désormais propulsé dans un contexte extrêmement tendu et conflictuel.

Nous le savions, même si le gouvernement en avait fait une de ses promesses de campagne, cette évolution ne se ferait pas sans grincements de dents. A n’en pas douter, l’Alliance parlementaire ressusciterait ; nos figures de proue réactionnaires enfourcheraient leurs dadas, etc., et tout ça n’a bien sûr pas manqué de se produire.

Toutefois, nous ne pensions pas voir autant d’opposants dans la rue – relativisons malgré tout, ils ont fait le plein, toutes les églises étaient inondées de tracts appelant à la manifestation du 17 novembre – ; nous ne savions pas que Civitas et son service d’ordre commettraient de telles violences à l’encontre de contre-manifestant-e-s. Ils devront répondre de leurs actes et j’aimerais assez que l’Intérieur se penche sur leur dissolution.

Surtout, nous ne pensions que les manifestations réactionnaires émouvraient à ce point le Président Hollande. Sa clause de conscience des Maires, est proprement indécente. La loi républicaine s’applique à l’identique pour toutes et tous dans une république laïque et indivisible. D’ailleurs, cette clause ne figure pas dans le texte présenté au Parlement ; il est probable que M. Hollande nous explique prochainement qu’il s’est mal fait comprendre.

Alors dans ce contexte fiévreux, qui donne de la France l’image d’un pays passéiste, peinant à adopter une mesure accueillie sereinement dans nombre de pays, il est indispensable que toutes et tous, personnes LGBT mais pas seulement, citoyen-ne-s de progrès également, nous sentions partie prenante d’un élan collectif et solidaire pour l’égalité des droits.

Pour réaffirmer la nécessité impérative d’une égalité de droits républicaine entre les couples et familles, pour condamner les lamentables manifestations de rejet et même de haine homophobes et lesbophobes qui se sont exprimées ces dernières semaines ; l’inter-LGBT, fédération représentative, a donc appelé à une Manifestation le dimanche 16 décembre prochain.

L’intitulé de la manifestation ne faisant pas référence à la lesbophobie, je suis intervenue sur le mur de l’évènement Facebook pour demander qu’aux côtés de l’homophobie et la transphobie, soit comme il se doit, ajouté la lesbophobie. En effet, les lesbiennes subissent des discriminations spécifiques en tant que femmes et homosexuelles, la lesbophobie étant la conjugaison du sexisme et de l’homophobie. Nous sommes largement invisibilisées dans le mouvement LGBT où nous peinons à trouver nôtre place, comme plus généralement dans la société, c’est un état de fait incontestable. Les associations et militantes lesbiennes s’évertuent d’ailleurs à l’expliquer depuis des décennies.

Alors, ne pas admettre que nous vivons dans une société patriarcale avec une domination masculine pugnace et ses conséquences à tous les niveaux, est étonnant mais peut à la rigueur s’expliquer par un manque de conscience des rapports sociaux de classes, par une absence de politisation et par la méconnaissance du féminisme, de ses théories et pratiques. Certains des commentaires portés à la suite de ma demande relèvent de ces manques, en particulier ceux qui laborieusement, tentent d’expliquer que l’Homme englobe la femme (comme dans la bible, vous savez, elle née de la cote d’Adam !), ou que l’homophobie c’est comme l’homosexualité, ça parle de l’autre et que ça concerne tout le monde, etc. Toutes ces explications simplistes traduisent avec une fausse naïveté, une domination masculine toute assumée. Des femmes les reprennent à leur compte, elles trouvent plus confortable d’opérer un raccourci et de s’identifier aux hommes plutôt que de combattre le patriarcat. Il faudra du temps, tout ça n’est pas nouveau et le féminisme a de beaux jours devant lui !

En revanche, d’autres commentaires, relèvent purement et simplement du machisme et même du masculinisme le plus primaire. Jugez vous-même et comprenez bien que ce déchaînement de violences est la conséquence d’avoir osé demander que soit rajouté le mot lesbophobie !

Ce n’est qu’un extrait, tout est toujours sur le mur de l’évènement, il faut juste retrouver le post et ses commentaires.

«-Vincent Mombellet : Il faudrait rajouter aussi que c’est contre la Bearphobie, parce que sinon je vais écrire invisibilisation non en majuscules aussi hein!

– Kévin Gagneul : Et sinon Le Doaré, ça te dérange pas trop trop si je viens avec des copains et copines putes ? Non parce que quand c’est pour taxer les mecs à longueur de journées d’indécrottables specimen du patriarcat, là y a du monde. Oui à la visibilité des lesbiennes, oui oui et encore oui. J’y suis tellement favorable quand quand une lesbienne est une conne, je suis tout aussi favorable à le lui dire : Christine, tu es une vielle conne qui fait chier.

– Kévin Gagneul : Elle n’aime que les gens qui pensent comme elle, elle n’aime que les gens qui parlent comme elle. Bref, elle n’aime qu’elle. je n’ai aucune estime pour cette personne, dont le niveau de respect est au niveau 0. Mais elle est toujours là pour donner des leçons.

-Kévin Gagneul : Guillaume P : Parles lui des putes (femmes et hommes) … tu vas voir sa réaction … Quand elle fait un article sur la secrétaire générale du STRASS elle met son nom entre guillemets … la classe non ? Quand elle parle des putes mecs elle les appels les « cuves à sperme » … Cette femme est un boulet, et nous la traînons, encore et encore.

– Philippe Doux-Laplace : Ajoutons la misandrie aussi.

-Thomas Marcel Veillard : Les lesbiennes, faut toujours qu’elles se démarquent. Anticonformistes. Brise-couilles quoi. Reste chez toi va.

-Walter Ninety-nine Percent : c’est bon elle est calmée la goudou 🙂

-Danvers Frank : Elle est vraiment grave la Le Doaré, aigrie de ne pas être organisatrice??? »

Sympa non ? Qu’est-ce que le masculinisme ? C’est une idéologie visant à défendre la position dominante des hommes et leurs privilèges. Les masculinistes nient les violences faites aux femmes, conjugales et sociales. Ils se font passer pour des victimes, ils nourrissent de la haine envers les femmes, qu’ils veulent rappeler à l’ordre patriarcal établi. *

La domination masculine, les rôles impartis aux femmes et aux hommes, la violence exercée à l’encontre des femmes dans le but de s’approprier leur vie pour la sexualité et la reproduction, les féminicides, les viols, les violences en tous genres pour maintenir la domination, etc. ; tout ce que le féminisme combat vise à l’égalité, au respect des différences, à l’abolition du sexisme mais aussi de l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, et à promouvoir d’autres modalités relationnelles entre les êtres humains. Pourtant, ils rejettent ce féminisme-là et se rendent complices du système d’oppression patriarcal à l’origine même de l’homophobie qu’ils subissent. Pathétique !

Faut-il comprendre que ceux qui versent dans le masculinisme font avant tout le choix d’une solidarité envers la classe des hommes à laquelle ils appartiennent ? S’emploient-ils à lui donner des gages dans le but de gagner l’estime de ceux dont ils veulent être reconnus et aussi séduire ? C’est bien ce que la violence de leurs propos, qui cache mal leur haine des femmes, donne à penser.

Le prétexte de la prostitution est à ce titre exemplaire. On peut être réglementariste ou abolitionniste ou ne pas avoir d’idée arrêtée sur cette question polémique. En revanche, comme dans le cas de KG, dénigrer violemment et de façon diffamatoire une position politique est inadmissible. Volontairement accuser les abolitionnistes de tuer des prostitué-e-s alors que c’est bien le système prostitueur, les clients qui contaminent en baisant sans capote, les violences que subissent les personnes prostituées et les substances qu’elles absorbent qui les tuent, est une manipulation sordide. Volontairement amalgamer prohibition (chasse aux prostitué-e-s) et abolition (prévention, éducation et pénalisation des clients) est parfaitement irresponsable. Les abolitionnistes qui espèrent une société avec moins d’exploitation et de violences, veulent abolir la loi relative au racolage passif, adopter des mesures sociales et de réinsertion des personnes prostituées qui le souhaitent et proposer des stages pour les clients, afin qu’ils questionnent leur demande. La prostitution est l’une des dernières violences faites aux femmes que la loi ne punit pas. Le problème ce ne sont pas les prostituées et aucun abolitionniste n’est anti-pute bien au contraire, mais les clients qui jouissent d’un privilège exorbitant du patriarcat : violer les femmes et leur consentement en le monnayant. «On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme et il s’appelle prostitution ». Victor Huguo. A méditer. Dans tous les cas, pervertir ainsi le débat en proférant de grossiers et vulgaires mensonges est aussi vain que sordide.

Peut-être le plus choquant encore est-il que de tels propos aient été tenus sur la page de l’évènement Facebook de l’Inter-LGBT, sans être modérés. Bien sûr, l’Inter-LGBT a fini par modifier le titre de l’évènement et a ajouté la lesbophobie, mais à quel prix ! Des années d’investissement au sein du mouvement LGBT, à rabâcher encore et toujours, avec d’autres lesbiennes et certains gays aussi, que la domination masculine du système patriarcal est à l’origine des LGBTphobies, que ce système est à combattre globalement et conjointement, et essuyer à cet endroit-là, une telle violence machiste, est révoltant.

A la veille de la journée contre les violences faites aux femmes, cela me laisse songeuse. L’égalité des droits c’est certes important, les LGBT comptent sur une mobilisation féministe et citoyenne, mais les femmes peuvent-elles compter sur eux pour avancer vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes ? De ce côté-là, tout reste à démontrer.

Je ne vais pas épiloguer, les temps sont difficiles et nous avons toutes et tous fort à faire avec la droite réactionnaire et les religions toujours solidaires sur notre dos, mais messieurs, essayez donc un peu d’y penser seuls, le mot lesbophobie n’a pas été inventé pour rien ! Faites aussi un peu le ménage dans vos rangs ! Travaillez un peu ces questions fondamentales et vous pourrez vous prétendre pro-féministes ! Un conseil : être pro-féministe, ce n’est pas juger ce qu’est le «bon » ou le « mauvais » féminisme (en général, vous aimez ce qui ne vous remet pas trop en question), mais  c’est écouter, lire, apprendre et comprendre, puis vous engager à convaincre d’autres hommes.

Dans tous les cas, et une fois de plus, force est de constater qu’il faut avoir un véritable sens des priorités, une conviction militante inébranlable, être solidement engagé-e en faveur de l’égalité des droits et contre les LGBTphobies, pour manifester le 16 décembre, parmi trop – même s’ils ne sont pas une majorité – de gays misogynes, voire masculinistes. Si tant de femmes vous soutiennent, c’est peut-être parce qu’elles ont mesuré la longueur du chemin qu’il vous reste à parcourir et souhaitent, dans l’intérêt de toutes et tous, vous encourager à accélérer le mouvement !

Christine Le Doaré

*

http://sisyphe.org/spip.php ?article2941

La percée de la mouvance masculiniste en Occident par Hélène Palma, maître de conférence en études anglophones.

http://www.ladominationmasculine.net/themes/42-masculinisme.html

Les quatre lettres du sigle LGBT

Que le temps passe vite, quinze ans déjà : la présidence de SOS homophobie, puis celle du Centre LGBT Paris-ÎdF, quatre ans au bureau de l’ILGA-Europe aussi. Tant de temps passé à militer dans la mixité et la diversité LGBT ; à chercher aussi comment les quatre lettres du sigle LGBT peuvent faire sens ensemble.

Lier les revendications des quatre lettres du sigle LGBT est tout sauf évident et peut-être même actuellement impossible.

Au début de mon engagement dans la mixité, après l’époque du Comité d’urgence et d’action homosexuelle révolutionnaire (CUAHR) et des Groupes de libération homosexuelle (GLH), il était alors plus difficile d’apparaître aux yeux de tous, comme lesbienne ou gay. Ceci explique peut-être pourquoi les gays et les lesbiennes étaient plus proches et solidaires. Avec un certain nombre de gays, il était possible de déconstruire le système patriarcal, de combattre la domination masculine et ses armes telles que le sexisme et l’homophobie Mais plus le temps a passé, plus l’homosexualité est devenue une question de société, plus les gays, à de rares exceptions près, se sont désintéressés des questions d’égalité réelle entre les femmes et les hommes, marquant une distance avec les luttes féministes. Ils en avaient fini d’interroger leur propre misogynie. Depuis déjà un bon nombre d’années, le mouvement est en réalité très gay ils disposent de plus de moyens financiers, de réseaux, de lieux, ils appartiennent au groupe social dominant des hommes, ils sont plus visibles et plus puissants. Seuls les gays qualifiés de « folles » par leur propre communauté subissent une forme du sexisme que vivent les lesbiennes et plus généralement les femmes.

Pour que le mouvement n’ait pas de « LGBT » que le sigle, il aurait fallu que les gays commencent par admettre cette réalité et y travaillent, mais, à de trop rares exceptions près, ce n’est pas le choix qu’ils ont fait.

Alors, les lesbiennes discriminées en tant que femmes et que lesbiennes (lesbophobie), au fil du temps, ne trouvant pas leur place dans le mouvement LGBT, se sont investies dans la non-mixité, rejoignant celles qui avaient fait dès le début, le choix des groupes lesbiens et /ou féministes. Trop peu de lesbiennes féministes se sont retrouvées en même temps et suffisamment longtemps dans le mouvement LGBT pour parvenir à mobiliser sur la nécessaire remise en question du système patriarcal et de la domination masculine, y compris chez les gays.

Et les Trans et les bis me direz-vous ?

Les trans se sont souvent, et à juste titre, plaints du manque d’intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais ne se sont pas non plus vraiment intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est extrêmement rare de croiser un ou une trans un tant soit peu féministe. Au départ, n’étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d’être féministes, la plupart adoptaient même les codes sociaux d’une représentation féminine parfaitement sexiste. Incompréhensions, forcément, alors qu’avec la plupart des gays, ça passait beaucoup mieux. Puis ont émergé les transsexuels femmes devenues hommes (F to M), un peu plus conscientes du sexisme et des enjeux de l’égalité femmes-hommes, ayant été des femmes et souvent rejetées car ne se pliant pas aux stéréotypes sexistes. Toutefois, une fois installées dans leur sexe de réassignation, la plupart des personnes transgenres se fondent dans la masse pour une nouvelle vie et ne participent que très rarement aux luttes féministes et LGBT. Enfin, les personnes transgenres, qui questionnent le genre mais ne veulent pas nécessairement aller jusqu’au bout des opérations de réassignation, ont fait leur apparition, aidées par le mouvement Queer qui ouvrait une brèche vers plus d’imagination et de libertés. Dommage, toutes ces différentes façons d’être trans n’ont pas non plus vraiment réussi à se comprendre entre elles. Pire encore, les revendications trans. sont maintenant instrumentalisées par les politiques. Assimiler opportunément les questions de genres aux archi minoritaires droits des trans pour mieux freiner les droits des femmes et surtout ne pas avancer trop vite en matière d’égalité Femmes-Hommes, beaucoup de politiciens européens sont déjà rompus à l’exercice. Les Trans eux-mêmes, en particulier dans les pays anglo-saxons sont hostiles envers les féministes. (Attaques conférence radfem pays anglo-saxons).

Quant aux bi(s), ils ou elles considèrent n’être que la dernière roue du carrosse, ce qui n’est pas faux, mais il faut bien reconnaître qu’il est assez difficile d’articuler des revendications bi, notamment en matière d’égalité réelle femmes-hommes ou d’égalité des droits LGBT. Quand on discrimine ou agresse une personne, c’est à cause de son orientation sexuelle réelle ou supposée et c’est la relation homosexuelle de la personne bisexuelle qui pose alors problème. La question de l’acceptation de la bisexualité est une intéressante question culturelle mais elle est difficile à traduire en termes politiques.

Ceci s’est produit lentement mais semble bien cristallisé aujourd’hui. Au début des luttes LGBT on parlait de droits mais aussi de libertés, de lutte contre l’homophobie mais aussi contre le sexisme, espérant que nos luttes profiteraient à l’ensemble de la société. Peu à peu, le mouvement LGBT s’est focalisé sur l’égalité des droits. L’égalité des droits est primordiale mais la force de l’exemple par la loi ne suffit pas à faire évoluer les mentalités ni à déconstruire les systèmes d’oppression. Le dispositif légal antiraciste est optimal, pourtant, le racisme est toujours aussi prégnant dans notre société.

L’interprétation en France des théories Queer a aussi joué un rôle. Les théories Queer permettent d’appréhender les questions de genre pour mieux déconstruire les normes et proposer des alternatives. Mais chez nous, elles ont souvent été utilisées pour diluer les luttes et masquer les véritables enjeux de pouvoir. Ainsi, quand un homme blanc Queer décrète être une « lesbienne noire », parce que c’est ainsi qu’il lui plaît de se définir et de se vivre, c’est intéressant sur le plan théorique, mais seule la lesbienne noire subit vraiment une triple domination sociale et culturelle (femme, lesbienne et racisée) ; ce type de posture n’a aucun d’effet sur la vie quotidienne de l’immense majorité des gens et encore moins ne remet en question l’oppression des femmes. C’est théoriquement excitant mais socialement inopérant, ça ne change strictement rien aux rapports sociaux de classe. Les hommes (gays ou pas) qui adorent les Slutwalks et autres manifestations ou représentations « pro-sexe », les qualifient de « seul féminisme valable » ; ils ont raison, elles ne remettent nullement en question la domination masculine, bien au contraire, elles assignent les femmes à de nouveaux rôles tout aussi normés que les précédents mais imposés cette fois, par les industries du sexe.

Admettons-le, le mouvement LGBT n’a de mixte que son sigle. Il se défend bien en matière d’égalité des droits, mais fait l’économie de l’essentiel : la lutte contre le système patriarcal. Il ne suffit pas de dire : le sexisme engendre l’homophobie, ou encore, la lesbophobie et la transphobie ou encore, le mépris du féminin est l’un des ressorts des LGBTphobies, voire même l’homophobie et la lesbophobie sont des manifestations de peur face à des alternatives qui ne sont pas prévues et sont vécues comme des menaces du système, etc., il faut en tirer les conséquences et s’engager dans la lutte contre la domination masculine, c’est à cette condition seulement que nous pourrions parler d’un mouvement LGBT mixte.

Heureusement, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Dans tous les cas, je souhaite une belle et longue vie au Centre LGBT Paris-Île-de-France comme à l’ensemble du mouvement LGBT.

Présidentielles 2012, remettre le contrat social et l’égalité des droits au cœur de nos vies.

Présidentielles 2012, remettre le contrat social et l’égalité des droits au cœur de nos vies.

Alors que le quinquennat s’achève, considérons l’état du pays, de nos droits et libertés, le constat est sans appel : le contrat social est rompu. L’objet de toutes les préoccupations, c’est l’argent, pour survivre ou l’argent démesurément engrangé par les spéculateurs qui s’engraissent sur le dos des plus faibles, avec la crise qui s’éternise.

Ces dernières années, les dérégulations et la spéculation se sont intensifiées, plongeant dans des situations difficiles, des masses de gens. Encouragée par une savante propagande, la tendance de rendre les autres responsables de la situation est de plus en plus forte et le « bien vivre ensemble » est relégué aux oubliettes. Au Centre LGBT Paris-IdF, nous l’avons constaté, étant de plus en plus confrontés à un public en grande difficulté sociale et psychologique. Notre accueil comme nos permanences de soutien, à l’instar d’autres lieux associatifs, ont accueilli de plus en plus de personnes en grande difficulté et la place que prend la pauvreté dans notre pays, est désormais indécente et même violente.

Comment mieux réguler l’économie et les marchés pour plus de justice et d’égalité dans l’intérêt collectif ? La réponse à cette question est bien au cœur du vote des français, y compris des personnes LGBT qui ne se déterminent pas seulement sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

En matière de droits LGBT nous avons obtenu quelques avancées telles que le bénéfice du capital décès étendu aux fonctionnaires ; la suppression des droits de succession pour le partenaire pacsé et le même avantage fiscal que pour les couples mariés, dès la première année du PaCS. En matière d’éducation, des mesures ont été prises pour répondre aux exigences des associations, on retiendra les campagnes de prévention affichées dans les établissements scolaires et une circulaire promouvant la lutte contre l’homophobie. On se souvient aussi de Rama Yade appeler à l’ONU, à la dépénalisation universelle de l’homosexualité.

En résumé, quelques mesures sensées apporter un peu plus de justice et un début de lutte contre l’homophobie dans le milieu scolaire, enfin, un engagement international qui de la part d’un pays comme la France est tout de même un minimum attendu, même si fort paradoxalement elle exclut allègrement les étrangers séropositifs sur son propre sol et met toujours autant de mauvaise volonté à encourager ses préfets à plus de bienveillance à l’égard des réfugiés politiques LGBT.

En outre, des limites ont très vite été imposées et nous n’avons pas oublié ni la lamentable polémique au sujet de la diffusion du court métrage d’animation « Le baiser de la lune » (qui vient enfin d’être autorisé de diffusion), ni le bras de fer au sein même de l’UMP pour tenter d’obtenir le retrait du chapitre sur l’identité sexuelle dans les manuels de SVT. Enfin, les propositions de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe comme sur l’attribution de la pension de réversion aux couples pacsés ont été massivement rejetées par les députés de la majorité. Le statut du tiers pourtant promis lors de la campagne du candidat Sarkozy est aussi passé aux oubliettes, n’apportant aucune solution aux familles homoparentales qui voulaient adopter l’enfant de leur partenaire.

Au final quelques avancées mais surtout 5 ans de grande stagnation qui depuis longtemps nous ont recalé du 1er rang des pays LGBT “friendly” avec le PACS en 1999, dans le peloton de queue de l’Europe qui ne cesse pourtant d’encourager les états à adopter des mesures favorables à l’égalité des droits. Des candidats à gauche, inspirés les recommandations européennes et par les revendications formulées par nos associations promettent dans leur programme, ces mesures que nous attendons avec impatience car, l’égalité réelle qu’il s’agisse d’ailleurs d’égalité femmes – hommes ou d’égalité en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre ne peut rester plus longtemps en panne dans notre pays. Il y aurait aussi beaucoup à dire du droit des minorités en général.

Alors, qu’il s’agisse du contrat social ou d’égalité des droits, ce quinquennat aura été long et pénible ; votons pour remettre le contrat social et l’égalité réelle au cœur de nos vies. Les résultats du 1er tour sont à la fois encourageants car François Hollande dont le programme promet plus d’équité et de « mieux vivre ensemble » est en tête, mais inquiétant car le score du Front National est très élevé. Rien n’est joué et en cas de victoire de la gauche, il faudra aussi rester mobilisés, ne pas remiser les banderoles à la cave car aucun président, aucun gouvernement ne mérite jamais, de chèque en blanc.

Le 6 mai, aux urnes !


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