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Coup de gueule contre mes anciens compagnons de route

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Un coup de gueule, lâché comme un cri, dans un souffle, brutal, brouillon, contre mes anciens compagnons de lutte, les militants LGBT.

De nombreux militants LGBT postent sur les réseaux sociaux, une interview réalisée par un média LGBT avec une sociologue américaine qui a publié une étude sur la GPA en Inde. Ils ne retiennent des propos tenus par la sociologue qui pourtant positionne bien  les gestatrices comme des victimes, que ce qui les arrange, à savoir, l’hypothèse que la Gestation pour autrui serait émancipatrice pour les femmes indiennes.

En exploitant cette allégation,  ils cautionnent un système d’exploitation et s’allient aux pires partisans de l’oppression des femmes.

Dire que pendant des années j’ai pensé que les LGBT qui revendiquaient la GPA, aussi   la réglementation de la prostitution, deux  systèmes d’exploitation des femmes au service d’hommes le plus souvent, le faisaient de bonne foi, parce qu’ils n’avaient pas réfléchi au problème et ne l’avaient pas correctement évalué.

Fallait-il que je sois naïve !

Désormais, je sais qu’il n’en est rien : c’est délibérément qu’ils entendent profiter eux-aussi de la condition des femmes, de la misère, de la vulnérabilité des plus faibles.

Nous étions habituéEs à nous battre contre les « pro-vie », contre les intégristes qui veulent contrôler tout ce qui touche à la sexualité des femmes et à la reproduction.

Nous étions habituéEs à nous battre contre l’obscurantisme, les sexistes, homophobes et lesbophobes qui défendent leurs privilèges.

Il faudrait maintenant se battre contre ceux des gays et lesbiennes qui à leur tour, réclament que des femmes soient instrumentalisées et exploitées dans la GPA ; soient déplacées, enlevées, menacées, dressées, agressées, violées, détruites, voire assassinées dans la prostitution.

Je ne peux plus  rester solidaire de militants LGBT qui font comme si le système patriarcal n’existait pas, comme si les privilèges de la domination masculine devaient perdurer  et qui exigent leur part du gâteau.

Quand je vois des activistes LGBT, la plupart d’entre eux et notamment l’APGL (association des parents gays et lesbiens) vanter  l’article d’une sociologue étrangère qui  prétend que la GPA permet aux femmes  indiennes de s’émanciper, ça me donne envie de pleurer.

J’en arrive à penser que si le trafic d’organes pouvait leur être utile, ils trouveraient le moyen de le valoriser.

En outre, les interpeller,  c’est se confronter à des gays arrogants qui vous expliquent ce qu’est le féminisme, celui qu’ils acceptent  parce qu’il ne les remet pas en question.

Des lesbiennes se solidarisent d’eux et justifient le pire, trahissant leur classe de sexe, juste pour s’assurer qu’elles bénéficieront en retour de leur soutien, nécessaire pour l’obtention de leur PMA.

Complices de la domination masculine sur le dos des femmes qu’elles méprisent et enferment dans une condition de reproductrice.

Si ce n’est pas désespérant !

Le tout avec la caution d’universitaires, de  sociologues et autres.

Alors soudain, la raison pour laquelle les études féministes ont été écrasées, remplacées par les études de genre, devient évidente.

Les hommes peuvent plus facilement prendre le contrôle de l’enseignement, décider de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas, et donner le ton à des  générations de jeunes femmes et hommes intéressés par les études de genre.

Peu à peu le féminisme est dénaturé,  remplacé par un post-féminisme « pro-sexe » qui ne fait pas grand mal au patriarcat !

Les fondamentaux historiques du féminisme : lutter contre une appropriation des corps et vies des femmes par les  hommes qui transmettent à leur guise leurs  gènes et leur patrimoine financier, sont  à peine abordés.

Quel intérêt ? Parlons plutôt  d’autre chose : nous sommes tous dans la même galère, nous devons tous nous émanciper et bla bla bla le tour est joué : plus de sexe,  plus d’opprimées, et donc  plus besoin de luttes féministes. Euréka !

En fait le féminisme pour ces post-modernes, militants LGBT en tête,  c’est simple, c’est tout ce qui  leur permet d’expérimenter, de s’amuser et surtout ne les remet pas en question.

Le pire encore, c’est qu’ils parviennent à en convaincre les jeunes lesbiennes nourries aux études de genre façon « pro-sexe » et  « queer »,  à des années- lumière du féminisme et de ses fondamentaux.  La récupération des mouvements de libération est une constante, mais là chapeau !

Je trouve de plus en plus insupportable la bêtise et l’arrogance de trop de LGBT ignorants de l’histoire de l’humanité,  des mouvements sociaux, du mouvement de libération des femmes.

Je suis de plus en plus excédée par leurs  choix, leur manque de pertinence et de solidarité, leur absence de sincérité et d’honnêteté intellectuelle.

Je trouve de plus en plus pénible que si peu de  LGBT plus sensés, de féministes, ne contestent leur incurie ni leur demandent  si vraiment tout va bien dans leur tête.

Je voudrais dire aux LGBT conscients de la domination masculine, ainsi qu’aux féministes qui critiquent les dérives du mouvement LGBT qu’il ne suffit pas de travailler dans un entre soi sécurisant, il faut aussi intervenir pour empêcher que ne s’étendent des idées et revendications odieuses et fortement  préjudiciables aux femmes.

Le nombre de personnes qui se taisent est sidérant.

Nous ne pouvons pas laisser un mouvement de libération écraser un autre mouvement social pour parvenir à ses fins, d’autant plus quand ce mouvement social le précède, l’a aidé à émerger, et concerne tout de même de la moitié de l’humanité !

J’espère seulement que nous n’aurons pas demain en France une conjoncture défavorable aux droits et libertés légitimes des personnes LGBT, ce serait compliqué de se solidariser tout en condamnant des revendications qui  nous mettent en danger !

Des militants LGBT indignes qui nous compromettent toutes et tous dans leur quête égotique et inique.

Ignorent-ils que les féministes  lesbiennes, aussi  les gays pro-féministes, affrontent également les  discriminations et violences sexistes,  lesbophobes et homophobes et sont donc aussi concernéEs par les luttes et revendications LGBT ?

Ne pas pouvoir compter sur le mouvement LGBT,  quel paradoxe tout de même : des gays, des lesbiennes même, alliés du système patriarcal !

Des militants indignes qui dénigrent, diffament, menacent,  attaquent même, celles et ceux d’entre nous qui citoyenNEs engagéEs, de gauche, féministes et luttant pour les droits des minorités avons pourtant amplement contribué à la libération des personnes homosexuelles.

En arriver là, devoir se battre contre d’anciens compagnons de lutte parce qu’à leur tour ils légitiment les violences contre les femmes, il y a vraiment de quoi être dégoûtéEs et très en colère.

Christine Le Doaré

Elisabeth Badinter et Irène Théry cautions intellectuelles du système patriarcal ?

feminist picture 3Elisabeth Badinter et Irène Théry défendent avec constance la réglementation de la gestation pour autrui (GPA) et Elisabeth Badinter, également la réglementation de la prostitution. Au nom du libre choix, afin de canaliser les trafics et affirment-elles, parce qu’il ne s’agit pas de marchandisation du corps humain.

Le discours est séduisant, les deux intellectuelles bénéficient d’un crédit d’opinion plutôt favorable à gauche et auprès des féministes.

La question du libre choix rapportée au corps humain est complexe, en réalité, personne ne dispose d’une totale liberté de choix. Suis-je libre de me promener nue dans la rue, de vendre partie de mes organes ou morceaux de corps sur le marché ? Bien sur que non, ni moi ni personne ! L’intégrité du corps humain est heureusement garantie par les textes fondamentaux, afin de défendre, pour des motifs d’ordre sociaux, économiques et psychiques, les plus vulnérables, qui ne peuvent organiser seuls l’aliénation de leurs corps, en tous cas pas pour l’imposer au reste de la société.
Un projet de société ne se construit pas sur une demande minoritaire. Le libre choix des précaires et des fragiles, on voit tout de suite où ça pourrait nous mener ; pourtant, de nos jours plus que jamais, dans un immense délitement du collectif, les grands bourgeois comme l’institution universitaire ne sont guère préoccupés par de tels risques, au contraire, ils les encouragent, s’en font les complices ; ils expérimentent.

Un peu partout dans le monde, les trafics criminels du sexe et de la GPA sont puissants, les réseaux de plus en plus structurés et audacieux. Réglementer une activité aux prises avec le trafic peut sembler être une bonne idée, mais c’est en réalité une démission. La seule garantie efficace de contrôle consiste à lutter contre l’activité génératrice de trafics, en se donnant des moyens d’ampleur, à tous les niveaux, national, européen comme international.
Il faut endiguer mondialement les marchés criminels du sexe comme celui des « mères porteuses », plutôt que de réglementer chez nous et de laisser ces marchés proliférer ailleurs. Tous les pays qui ont réglementé la prostitution par exemple, en font l’expérience aujourd’hui, il leur est impossible sur le terrain de différentier les prostitutions libre et contrainte. L’une nourrit l’autre et l’argent conforte le système. Réglementer en France le marché de la GPA, n’empêchera en rien les trafics à l’étranger, à fortiori si cette réglementation est chez nous un minimum contraignante.

Selon mesdames Théry et Badinter, il ne s’agirait pas de marchandisation des corps. Pourtant, la prostitution, du point de vue de la personne prostituée, a pour unique finalité l’argent qu’elle reçoit pour survivre. Elle ne vend pas sa force de travail intellectuelle ni physique, mais bien son intimité, aux pris de lourds dommages psychologiques et physiques.
Admettons que pour la GPA, il en soit différent et que l’acte soit totalement gratuit, (ce qui ne sera jamais le cas, ne serait-ce que parce que les soins, traitements éventuels et qualité de vie nécessaires à la grossesse génèrent des frais qu’il faudra prendre en charge), nous avons peut-être évacué la question de la marchandisation du corps, mais pas celle de l’appropriation du corps des femmes.
L’éternel féminin, l’altruisme « héréditaire » qui consiste à donner lourdement de soi, doit-il être encouragé dans une perspective d’égalité entre les femmes et les hommes ? La question de l’égocentrisme de la domination masculine, celle du besoin consumériste de tout posséder, envers et contre tout, celle de la médecine commerciale et de ses lobbies, ont-elles été soigneusement pesées ?

En somme, que préconisent d’autre nos intellectuelles que la sempiternelle mise à disposition du corps des femmes ? En tous cas, le système patriarcal peut les remercier : la GPA c’est la garantie de transmission des gênes et du capital financier pour tous, la prostitution c’est pour beaucoup d’hommes, consommer du sexe sans se fatiguer à nouer des relations égalitaires.

Christine Le Doaré

https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

https://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

Correctif : Précision, sur la seule question de la prostitution, Irène Thery n’a toutefois pas pris position en faveur de la réglementation


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