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Mon genre, ton genre, mais quel genre ?

sans-titreEn France, tout le monde ou presque se jette à corps perdu dans la polémique sur le genre, mais personne, jamais, ne parle tout à fait, de la même chose.

Je le réalise une fois de plus ce matin en écoutant sur France Inter, François Ozon présenter son dernier film dont le personnage principal est un travesti. Avec Augustin Trapenard, il parle donc de genre et de féminité.

Ozon dit s’intéresser aux femmes car elles restent un mystère, aussi, parce qu’il ne fait pas un cinéma d’action et « qu’on attend des hommes, plus de l’action ».

« On » c’est qui ? L’action aux hommes et la sensibilité aux femmes ?

Ozon pense questionner le genre, oui, mais de quelle façon quand il nous ressert les clichés habituels d’hommes qui, et ce quelle que soit leur orientation sexuelle, pensent le genre d’un point de vue masculin.

Dans « Jeune et jolie », déjà, il met en scène une très jeune femme qui se prostitue comme on irait le dimanche après-midi, faire un tour en forêt, sans que jamais, elle ne nous dise pourquoi.

Pourtant, la question de la prostitution des jeunes est un sujet de société particulièrement inquiétant qui relève plutôt de la protection de l’enfance en danger et de la situation des femmes, que d’une romance éthérée et non problématisée.
Mais revenons au genre.

La manifpourtous dénonce une diabolique « théorie du genre » instrumentalisée dans le seul but de maintenir les privilèges de genre, c’est-à-dire la domination masculine sur les femmes.

Ses partisans ont bien compris que le seul danger en réalité est l’égalité femmes-hommes ; eux, tiennent à maintenir des familles traditionnelles avec une répartition des rôles bien établie qui implique des femmes soumises.

Pour la France réactionnaire, résister à la « théorie du genre », en réalité, c’est se battre contre le féminisme et ses combats pour l’égalité et pour un autre projet de société.

Les théories queers, les gays, les trans. et plus généralement le mouvement LGBT parlent en réalité bien moins d’égalité entre les femmes et les hommes que de confusion des genres.

Théoriquement, c’est intéressant d’abolir les genres, explorer le champ des possibles et tacler les frontières entre les sexes biologiques et les constructions sociales des genres féminin et masculin.

Mais n’est-ce pas un peu comme vouloir devenir champion cycliste avant même d’avoir retiré les petites roues du tricycle ?

Depuis le temps que les théories Queer existent, ne faut-il pas se demander à qui cela sert en réalité quand personne dans ces mouvements, ne travaille sérieusement sur la domination masculine ?

Confrontées à la réalité sociale de nos sociétés hyper-genrées qui entretiennent volontairement les stéréotypes sexistes pour inférioriser et asservir les femmes, ces théories ne servent en réalité, pas à grand-chose.

D’ailleurs, les gays qui n’ont que le mot genre à la bouche, le dissocient parfaitement des luttes féministes et rendent bien trop souvent, mauvais service aux femmes, avec leurs représentations hyper sexistes et hyper sexualisées des femmes.

Leurs icones, égéries, marraines préférées sont toujours des femmes dignes des couvertures de Playboy.

Une vraie femme, à leurs yeux, est souvent une femme-clichée, mode, sexe et glamour, affublée de talons hauts, maquillée et à moitié nue, sinon, c’est une lesbienne et les lesbiennes, ils s’en moquent assez.

En réalité, ils n’ont pas commencé le moindre travail de déconstruction des stéréotypes sexistes, ce qui les intéresse, c’est de ne pas être eux, limités à leur sexe ni genre, et pouvoir s’approprier quand ils le souhaitent, et sous leur contrôle, les caractéristiques dites « féminines ».

En revanche, savoir ce que les femmes – féministes – pensent de la « féminité » comme construction et contrainte sociales, ne les intéresse pas le moins du monde.

Respecter les différences entre les sexes, ne pas en déduire de supériorité ni infériorité, ne pas les hiérarchiser et donc déconstruire les genres sociaux et leurs assignations, rien de tout ceci n’a véritablement été exploré.

Dans le domaine des Etudes de genre, sont volontiers niés :

  • Les effets de la domination masculine à l’œuvre dans les sphères universitaires, intellectuelles et médiatiques. Comment croire dans ce cas, que les droits et libertés des femmes ne soient pas lésés ?

Quels sont les liens entre les Etudes de genre et les représentations Queer hyper-sexualisées des femmes, valorisant les rapports de domination/soumission, la prostitution et autres fantasmes masculins, à la plus grande satisfaction des très vaillantes et lucratives industries du sexe ?

  • Les combats féministes contre des discriminations et violences spécifiques, pour l’égalité et pour la promotion d’autres valeurs de vie en société.

Si les féministes ont longtemps été solidaires des LGBT et le sont encore, le plus souvent, l’inverse n’est pas vrai, ces derniers ne s’investissent pas ou très peu pour les droits des femmes et n’hésitent même plus à les mettre en péril, en particulier dans les domaines qui relèvent de l’appropriation de leurs corps (GPA/prostitution…).

A l’extrême, des trans-activistes, dans les pays anglo-saxons, mais également chez nous, s’autorisent à interdire violemment à des féministes de prendre la parole et même à organiser des conférences non-mixtes.

Alors parler de genre, du genre, quel genre, ton genre, mon genre ?

Il est urgent de revenir aux fondamentaux et de définir des priorités utiles.
En tant que féministe, parler du genre, reste et restera, tant que la situation des femmes ne se sera pas améliorée, à peu près partout sur cette planète (éducation, salaires, santé, violences, violences conjugales, viols, féminicides, etc.), parler de l’abolition de la domination masculine, un point c’est tout.

Christine Le Doaré

Revenir aux fondamentaux.

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Revenir aux fondamentaux.
« Liberté de choix » ou double peine ?

En écoutant Jean-Michel Carré sur France Inter, j’ai réalisé que lui, comme tous ceux qui font l’apologie du principe de liberté individuelle absolue, aboutissent souvent à cautionner les pires déviations et systèmes d’exploitation, des femmes en particulier.
Jean-Michel Carré était invité le 30 avril dernier sur France-Inter pour parler de son dernier documentaire sur la Chine. Ce cinéaste est aussi l’auteur « Des travailleurs du sexe », documentaire pro-réglementariste qui selon moi, fait l’apologie d’une « libre » prostitution. Alors j’écoutais avec intérêt pour tenter d’en savoir plus sur sa personnalité et ses centres d’intérêt.

Il s’est présenté comme libertaire et ancien maoïste ce qui selon moi est contradictoire puisque les libertaires prônent une liberté absolu et la négation de tout principe d’autorité et de contrainte, alors que Mao a instauré un système autoritaire digne des pires dictatures.
Il a n’a pas hésité à dire que nous n’étions pas fondés à parler des Droits de l’Homme en Chine ni à leur donner de leçon car nous traitons mal les Roms. Certes, cependant, la nuance est tout de même de taille entre ne pas traiter comme nous le devrions les Roms chez nous, et maintenir à l’échelle d’un pays tout entier, une dictature corrompue et brutale !

Il a ensuite expliqué qu’il était « maoïste libertaire » parce qu’il voulait vivre la libération sexuelle de 68 et qu’il se sentait toujours concerné par la lutte contre le patriarcat. La fameuse « libération sexuelle de 68 » ! Bien sûr, les femmes en ont bénéficié mais, nombreuses sont celles qui ont fini par l’admettre, la libération sexuelle bénéficiait surtout aux hommes, les femmes se devaient d’être en permanence disponibles et enthousiastes, sinon considérées comme coincées. Libération sexuelle oui, mais dans les limites du système patriarcal qui n’avait pas disparu pour autant. Monsieur Carré, elles ne vous ont pas dit en 68, que la sexualité était libre, gratuite et désirée ?!

Le système patriarcal, Jean-Michel Carré le défend d’ailleurs efficacement avec sa propagande pour le « travail du sexe ». Tout comme Mao n’était pas un libertaire mais un dictateur, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, mais bien la plus vieille arnaque patriarcale, puisqu’elle vise à maintenir un quota de femmes (et de quelques hommes pour satisfaire une minorité homosexuelle) sacrifiées aux exigences sexuelles et aux besoins de domination des hommes. Dans leur immense majorité, ces femmes sont de classes défavorisées, racisées et /ou ont subi des violences sexuelles dans leur enfance. Merci monsieur le maoïste libertaire de leur réserver la plus belle place dans nos sociétés !
Et puis, comment faites-vous pour nous parler de la Chine sans nous dire que ce pays a commis le plus grand massacre génocidaire de toute l’histoire de l’humanité en éliminant plusieurs dizaines de millions de femmes, et en en déportant d’autres dizaines de millions à des fins de mariage forcé et de prostitution ?

Mais Jean-Michel Carré n’est pas le seul dans ce cas ; ils sont très nombreux les hommes et les femmes aussi, qui considèrent que la liberté de choix prime et que si quelques femmes disent : » je veux être « pute », » j’ai choisi la prostitution », il faut le croire et s’en contenter, voire même en déduire que c’est le cas du plus grand nombre d’entre elles. Rassuré-e-s, ils peuvent se rendormir sur leurs deux oreilles, ainsi va le monde et si des femmes se prostituent c’est parce qu’elles aiment ça, en ont rêvé, une vocation, en sorte. En outre, quelle aubaine, vu que l’égalité femmes-hommes c’est tout de même une utopie et qu’il faudra toujours des femmes dont les hommes pourront disposer !

Je me demande parfois ce qui les empêche de voir l’égocentrique violence de cette opinion ? Comment font-ils pour, au nom du principe du « libre choix », cautionner les pires exploitations et violences ?
Comment font-ils pour ignorer que personne, jamais, n’est libre complètement, ni de son corps, ni de ses envies, ni de sa vie ? Notre cadre de vie dès la naissance, nos rencontres, nous font et nous défont constamment. Les institutions sont déterminantes, l’enseignement, les valeurs républicaines et/ou religieuses, politiques, syndicales sont des moules. Bien sûr chaque personne dispose d’une marge de manœuvre et fera des choix tout au long de sa vie, des choix cruciaux, mais toujours dans un cadre collectif et jamais en dehors du regard des autres et des codes des groupes d’appartenance et/ou de rejet. Un « sans abri » est aussi libre que moi, mais de quoi est-il ou elle libre exactement ? Suis-je aussi libre que d’autres qui détiennent des moyens que je n’ai pas (âge, revenus, formation, qualifications, réseaux, etc.) ?

Dans bien des situations, ce n’est pas la liberté qui protège les personnes, en particulier les personnes vulnérables ou fragiles, c’est la loi, le cadre social, les références culturelles et »morales », etc. Eriger le principe de liberté absolue en système politique, me semble, bien que je sois farouchement attachée à ma liberté, infantile et égocentrique.
Au nom d’un principe de « libre choix » dont la réalisation est parfaitement hypothétique, les gens qui justifient, maintiennent, renforcent le système prostitueur au nom du « libre choix », en réalité, se font les complices d’un système d’exploitation et de violences inouïes qui génèrent d’énormes profits et une criminalité toujours plus importante. La double peine ne leur fait pas peur, puisqu’ils la légitiment par la « liberté de choix ». Ainsi ils peuvent condamner en leur âme et conscience celles et ceux qui ont eu le mauvais goût de naître dans les basses classes, ont été victimes d’un accident de la vie, ont subi des violences sexuelles dans l’enfance, ou ont été victimes d’un proxénète ou d’un réseau, à se prostituer pour tenter de s’en sortir.

Ces « libertaires » et révolutionnaires aux contradictions effarantes sont les mêmes qui encouragent l’émergence des micro-identités, toutes les micro-libertés devant être promues. C’est aussi le cas dans le mouvement homosexuel devenu Mouvement L, G, B, T, Q, I, A, etc. ; à chaque fois qu’une poignée de personnes a une spécificité bien à elle et juge être plus gravement discriminée que les autres, il faut ajouter une lettre et sinon subir un constant harcèlement. Les droits de la lettre L (lesbiennes) sont toujours amplement ignorés par le Mouvement LGBTQIA… mais il faut prioriser, par exemple, les droits des I (Intersexués).
Ce principe de saupoudrage est le même pour toutes les catégories, de genre/sexe, mais aussi religieuses, ethniques, etc. Les micro-identités peuvent diviser les forces, seules les personnes concernées s’intéressant à leur micro-problème, pendant ce temps-là, d’autres ne se gênent pas pour continuer d’exploiter et opprimer massivement les populations !

Le plus important surtout, c’est de bien gommer qu’il y a toujours la moitié de l’humanité qui vit sous domination masculine, qu’il y a des systèmes d’oppression économique majeurs, etc. J’ai relevé de telles dérives, particulièrement en matière d’égalité de Genre : les études de genre, les Droits des femmes, ne devraient plus seulement être féministes et porter sur l’analyse et la déconstruction du système patriarcal, mais prendre en compte les droits des Trans. , les questions de genre n’étant plus seulement comprises comme une problématique d’égalité femmes-hommes mais comme une déconstruction du genre au profit d’un « troisième genre ». La question est intéressante mais ne devrait pas pour autant gommer les luttes féministes. Pourtant c’est bien ce qui se passe et l’on glisse d’une lutte contre les violences de masse du genre masculin à l’encontre du genre féminin, vers une problématique minoritaire, celle des personnes Trans. Comme si les rapports sociaux de sexe n’existaient plus, comme si l’écrasante majorité de la population n’était pas toujours pas plongée dans la dichotomie d’un monde dans lequel les femmes et les hommes n’ont toujours pas la même valeur ni la même place. Les personnes Trans. rencontrent en effet des discriminations avant, au cours de leur parcours de transition, et après (papiers d’identité conformes, etc.), ces problèmes doivent être adressées et résolus, mais pas au détriment des luttes féministes. Pourtant, même au niveau européen, les programmes et agendas des Gender issues (Egalité de genre) sont perturbés par la place disproportionnée accordée à des questions touchant des micro-communautés. Des conférences féministes sont sabotées par des trans./queer activists. Mon propos n’est pas de dire que les minorités n’ont pas de problèmes qui ne doivent pas être adressés bien entendu, mais que les équilibres doivent être maintenus et les efforts proportionnellement consentis.

Des jeunes LGBT, mais pas seulement, sont séduits par ces dérives issues des théories queers. Ils peuvent s’isoler un temps des réalités sociales, vivre entre eux, prétendre s’affranchir des rapports sociaux de sexe, choisir le genre qui leur convient, celui du « milieu ». Ils seront rattrapé-e-s par les réalités sociales, les plus lucides en tireront les conclusions qui s’imposent, mais certains tenteront d’imposer leurs revendications et plutôt que de contribuer à déconstruire le système patriarcal et la domination masculine en reconnaissant aux femmes le droit de s’organiser de façon autonome et prioritaire, s’attaqueront aux féministes, comme les queers trans-activistes qui ont cette année compromis la tenue d’une conférence féministe radicale, au Royaume-Uni.

L’instrumentalisation, la mise en valeur, la prolifération de micro-communautés au détriment d’une lutte de masse contre les systèmes d’oppression dominants, qui en bénéficie sinon le système patriarcal et ses bénéficiaires ? Jean-Michel Carré, tous les chantres de la « liberté de choix «, dans une société phallocrate et dépolitisée, en utilisant de la sorte ce concept de liberté, qu’ils en soient conscients ou non, empêchent les femmes de s’organiser pour revendiquer et obtenir l’abolition du patriarcat.

Ce qui m’étonne encore le plus c’est que tant d’intellectuels les cautionnent ; faut-il qu’ils aient démissionné devant l’indigence et la démagogie de ce « prêt à penser » ! Notre société de consommation, d’apparences et d’indifférences, malade de son individualisme, vide de sens collectif, encourage ceux qui sous couvert de subversion, contribuent au maintien et renforcent les systèmes de domination.

Il va pourtant bien falloir sortir de cet éclatement qui profite aux systèmes et revenir aux fondamentaux.

Christine Le Doaré


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