Posts Tagged 'légalisation'

De France-cul au festival littératures de Nantes, La Maison du dégoût, à l’honneur

Emma Becker a passé deux ans dans une Maison close en Allemagne puis a publié un livre. 

La Maison est une oeuvre littéraire, pas un essai. Un roman on aime ou pas. Ce qui est moins consensuel en revanche, c’est ce que cherche à nous dire Emma Becker sur les plateaux où elle est invitée.

Et pour être invitée, elle l’est puisque son roman a reçu le prix du roman des étudiants de France Culture-Télérama. Alors, des studios de France Culture, Emma Becker arrivera Nantes pour Atlantide, le festival annuel des littératures qui se tient au Lieu Unique.

Dans ce cadre, elle interviendra aussi dans une médiathèque de la ville. Au moment où la prostitution des étudiantes explose en France, je salue la politique de prévention de la ville de Nantes en matière de prévention de la prostitution !

Rappel : En France les maisons closes sont interdites depuis 1946 et la loi d’abolition de la prostitution a été votée le 7 avril 2016.

La loi d’abolition, pas de prohibition, dépénalise les personnes prostituées (abolition du délit de racolage) ; pénalise les clients qui par leur demande alimentent les réseaux, la traite, avec une amende et un stage avec les survivantes de la prostitution quand c’est possible ; propose un parcours de sortie de la prostitution ; encourage des actions de prévention/formation de professionnels et auprès des jeunes.

Les maisons closes dans les pays règlementaristes : En Allemagne, aux Pays Bas, en Espagne et dans tous les pays règlementaristes, les maisons closes sont prospères. Plus de cinq cent maisons closes rien qu’à Berlin. Ce juteux business est évalué en Allemagne à 17 milliards d’euros. 500 000 prostituées qui en Allemagne comme ailleurs sont essentiellement des migrantes du Nigéria venues avec des réseaux clandestins et d’Europe de l’EST. Du sexe à l’image de la pornographie, sans aucune limite. Des packages « all inclusive » avec petit déjeuner. Des établissements qui vont du bordel bas de gamme aux « palaces du sexe » étoilés, avec piscine, espaces VIP…

Le sexe au mains d’entrepreneurs ; on aurait pu penser que les Verts et les féministes dites « pro-sexe » notamment, promoteurs de la légalisation, auraient condamné ce capitalisme ultra-libéral, mais non.

La légalisation qui devrait garantir une meilleure sécurité aux prostituées, sécurise surtout proxénètes et trafiquants devenus de vaillants entrepreneurs. La dépénalisation du proxénétisme, fer de lance de l’écologie féministe des Verts ! Laver les couches à la main ou vendre des services sexuels à la chaîne, un destin pour les femmes. Feministgreenwashing hourra !

Avec la crise économique et la précarité qui touche plus durement les femmes, avec l’augmentation des réfugiées, en particulier des sans-papiers, le nombre de prostituées a explosé. Le crime organisé y a vite vu son intérêt, les bénéfices ne sont pas moindres que ceux d’autres trafics et les proxénètes sont blanchis par la législation.

A Berlin, la police sait que de peur de perdre leur place, les femmes répètent la même leçon : « Elles auraient rejoint le bordel de manière autonome, parce que c’est tellement avantageux pour elles d’y travailler ». En réalité, ce n’est pas le législateur mais bien le proxénète qui fait la loi. D’ailleurs en Allemagne, la législation de 2002 est allègrement contournée : 5 ans plus tard, seulement 1% des prostituées bénéficiaient d’un contrat de travail. La belle arnaque !

La maison close, enferme des femmes vulnérables et précaires pour que sur leur corps marchandisé soient commises les violences de l’intime. La légalisation,  c’est la bonne conscience de la société qui n’ignore pas les dommages physiques et psychologiques de la prostitution.

Dans les pays règlementaristes, des voix s’élèvent contre cette exploitation et violence faite aux femmes et des états aimeraient revenir en arrière, se demandant comment la prostitution est compatible avec l’égalité femmes-hommes. Comment grandissent des filles et des garçons qui apprennent très tôt qu’une fille peut être sexuellement mise sur le marché et qu’un garçon peut se la payer ? Comment ainsi concevoir le respect et l’égalité ?

Et Emma Becker dans tout ça : Emma Becker ne répondra à ces dernières questions. Elle a déjà dit ne pas vouloir « embellir la prostitution », ne pas avoir d’intention politique et juste vouloir « montrer les putes comme des ouvrières ».

Interviewée sur France Culture, elle a dit : 

  • « Les différences entre une pute et une femme, elles n’existent pas. » Je lui réponds : oui, le plus souvent les prostituées sont des femmes, mais les femmes ne sont pas toutes des prostituées, la société patriarcale ne le supporterait pas, la romance, le couple, la famille sont essentiels à son organisation, il lui faut juste un quota de femmes sacrifiées au mythe de l’irrépressible appétit sexuel masculin. 
  • « Les putes sont des ouvrières. » Je lui réponds : non, les ouvrières ne travaillent pas avec leur intimité, elles ont à leur disposition un code du travail, des formations, une carrière. Aucun enfant ne grandit en se rêvant prostitué.e et aucun parent ne le souhaite. Ce n’est ni une vocation, ni un métier, c’est juste la plus vieille arnaque patriarcale. Le terme « travailleur du sexe » est une imposture, un terme inventé par le lobby prostitueur.
  • « Le mot pute a été vidé de sa substance,  il n’est plus du tout employé dans son sens propre. Le terme de prostitué est passif et judéo-chrétien. » Je lui réponds : oui, il est passif car la prostitution n’est pas du sexe mais un viol tarifé. Personne n’est actif ne son propre viol et ne peut que le subir. Rien de judéo-chrétien la-dedans, au contraire, l’église n’était pas contre la prostitution qui garantissait bien hypocritement la paix des ménages. C’est plutôt une position moderne, émancipatrice et féministe de la condition des femmes. 
  • « J’aime que le mot pute claque et choque. » Je lui réponds : oui, provoquer et choquer pour finir par habituer et banaliser ; c’est une stratégie dévoyée. En fait, le mot pute ne choque personne, ce qui choque c’est l’exploitation et les violences intrinsèques de la prostitution.
  • « On fait la différence entre la prostitution le mauvais sexe et le sexe conjugal le sexe gratuit sensé être le sexe valable. » Je lui réponds : alors personne n’a de sexualité à moins d’être marié.e ou prostitué.e ? LOL. Comparer une sexualité entre époux à des rapports tarifés, consentis pour raisons économiques, est un vieil argument du lobby prostitueur ; seulement voilà, nous ne sommes plus au 19ème siècle, les femmes travaillent et sont économiquement indépendantes. Au fait, ça fonctionne aussi pour les couples de même sexe mariés ? LOL
  • « Ecrire la prostitution comme un rapport amoureux. » Je lui réponds : oui, surtout si la découverte de la sexualité ne s’est pas passée au mieux, en particulier si des violences sexuelles (attouchements, viols, inceste…) ont eu lieu dans l’enfance, alors c’est un peu la double peine. 
  • « Le concept de maison close implique certain nombre de clients par jour. Un ras le bol de l’homme du sexe et du désir qui s’installe rapidement et m’a rendue un peu malheureuse, triste.» Je lui réponds : tout de même un peu de lucidité et vérité. Emma Becker a délibérément fait le choix de cette expérience quand de nombreuses femmes y sont contraintes et n’en sortiront jamais ou tardivement, ou très abimées, voire détruites. Pour un client correct, combien d’hommes sales, pervers, violents, imposés ? Certaines femmes trafiquées sont dressées pour accepter cet esclavage. Dans tous les cas, les pénétrations à répétition, les insultes, humiliations, violences sur plusieurs années occasionnent des dégâts physiques et psychologiques irréversibles. Il suffit d’en parler avec les « Survivantes de la prostitution » auxquelles on ne déroule jamais le tapis rouge, pour s’en convaincre. Emma Becker avait les moyens d’en sortir, mais les autres ?

Rien de ce que dit Emma Becker n’est nouveau, nous avons entendu ces phrases des milliers de fois, dans la bouche de tous les acteurs du lobby proxénète avant le vote de la loi d’abolition.

D’ailleurs, sur son compte Twitter @noravanhoeck relaye abondamment les communication du STRASS obscur « syndicat des travailleurs du sexe » Un groupuscule aux pratiques douteuses, qui a violemment agressé les féministes abolitionnistes avant le vote de la loi d’abolition.

Jugez plutôt : https://sousleparapluierouge.wordpress.com/  (en anglais puis en français). Alors un roman peut-être mais aussi un engagement auprès du lobby prostitueur et notamment du STRASS qui dit préférer les indépendant.es aux maisons closes.

Conclusion :

Quoi qu’elle en dise, Emma Becker enjolive bien la prostitution et les maisons closes, en leur donnant un vernis romanesque. Elle se fait de l’argent et une notoriété sur ce qui n’aura été pour elle qu’une courte expérience. Indifférente au sort des femmes qui resteront enfermées dans la prostitution, elle est objectivement complice du système prostitueur.

Elle ne rend pas service aux jeunes qui en nombre, pour payer leurs études ou contraintes par les gangs des cités, tombent naïvement dans les filets de la violence de la prostitution. France-Culture/Télérama n’ont pas honte de lui avoir remis un prix. J’annule mon abonnement à Télérama. 

Que des supports et lieux culturels, radios publiques, évènements culturels, et même bibliothèques municipales déroulent le tapis rouge à Emma Becker, est symptomatique de l’appétence de ces milieux pour une prostitution fantasmée qui en réalité n’a rien de glamour. La prostitution n’est que la plus violente survivance de la domination masculine.

Pourtant, dans un pays abolitionniste et qui fait la promotion de l’égalité femmes-hommes, lors du festival Atlantide, au Lieu Unique à plusieurs occasions, notamment dans une rencontre intitulée cyniquement « Etre libre de corps pour être libre d’esprit » ( comme si aliéner son corps aux violences masculines était une liberté), comme dans une médiathèque, en présence d’adolescents et jeunes adultes un samedi après-midi, Emma Becker va pouvoir dérouler les arguments éculés des militants du STRASS et autres acteurs du lobby prostitueur.

Télérama, Livres à lire, France Culture, le Lieu Unique, la ville de Nantes, … se prêtent aux manoeuvres du lobby prostitueur qui malgré le vote de la loi d’abolition n’a pas désarmé, et c’est pitoyable, condamnable. 

Egalité femmes-hommes hein ? Ce n’est pas demain la veille.

Christine Le Doaré

P.S. : Emma Becker n’est en fin de compte pas venue à Nantes, semble t-il pour raison de santé

 

 

 Emission de France culture

https://twitter.com/franceculture/status/1229820371664359424?s=21

 

 

 

 Textes relatifs à la prostitution sur ce blog

Abolition, la victoire arrachée !

Rosen, il lui a poussé des ailes

Un tournant décisif pour l’abolition !

Rien ne sera plus jamais comme avant

Révélation dans l’hémicycle

Ni « liberticide », ni « morale », la loi abolitionniste de la prostitution est POLITIQUE

Au fait, que dit la loi d’abolition de la prostitution ?

Pourquoi les chéfaillons de la communauté gay sont pro-prostitution ? Décryptage

AFFAIRE DES #343 macho-salauds REVUE DE PRESSE ET DE TWEETS

Le manifeste de la honte et de notre colère !

Des papillons au ventre !

Libération sexuelle et liberté de disposer de son corps

Le double effet kiss-cool de la pénalisation du client prostitueur

Non, le Mouvement du Nid n’est pas un repaire de « cathos putophobes » !

Inverser la charge pénale et permuter le rapport de force – ou la pénalisation du client

Limpidité d’un mouvement, opacité d’un lobby

Le 13 avril, rêvons et agissons pour une humanité libre de la prostitution

La prostitution GAY, différente ou pas ? Parlons-en !

Prostitution et médias

EELV, abrogation du délit de racolage ? Oui, mais pas seulement !

Au fond, qui estime vraiment les personnes prostitué-e-s ?

Pour se libérer, Morgane Merteuil va devoir choisir

Coup de tampon règlementariste !

« Putophobe » ou STRASSphobe ?

19 femmes pour 40 hommes de quoi s’agit-il ?

téléchargementUn indice ? N’oubliez pas, nous sommes en France, pays des Droits de l’Homme et non des Droits Humains. Trouvé ? Oui, c’est bien la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme).

Elle a rendu le vendredi 23 mai dernier, un avis sur la loi d’abolition de la prostitution. Cet avis est plutôt difficile à traduire en termes de politique à appliquer en matière de prostitution.

Souvenons-nous, l’Assemblée Nationale, cohérente avec la position abolitionniste de la France, vient de voter en faveur de la pénalisation des clients prostituteurs ; de leur côté, inquiètes des résultats déplorables dans les pays qui ont légalisé la prostitution, les instances Européennes ont pris de fermes recommandations abolitionnistes (Résolution du Parlement européen du 26 février 2014 sur l’exploitation sexuelle et la prostitution et leurs conséquences sur l’égalité entre les hommes et les femmes, qui reconnaît que la prostitution est contraire aux principes régissant les droits de l’homme et contraire aux principes de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne *1 ; Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 8 avril 2014 relative à la prostitution, à la traite et à l’esclavage moderne en Europe *2).

Le contexte Français et européen rappelé, on ne peut que s’étonner de l’avis de la CNCDH qui réussit tout de même l’exploit de se référer à plusieurs textes européens, sans mentionner ces récentes et notables résolutions abolitionnistes.

Plus globalement, cette décision donne l’impression que la Commission a peiné à conclure, préférant en fin de compte, rester dans un entre deux inefficient.
D’un côté, elle reconnaît l’intérêt d’une politique abolitionniste, mais de l’autre, elle craint, sans pour autant apporter d’arguments convaincants, que la pénalisation des clients n’entraîne des effets négatifs.
Plus étrange encore, elle déconseille la pénalisation des clients, mais le regrette en remarquant que c’est dommage de se priver de l’effet pédagogique d’une telle mesure.
Comment dire ?
Cela aurait été trop cohérent d’aller jusqu’au bout de l’analyse et reconnaître que toute demande des clients de la prostitution nourrit la traite, puis d’y mettre un terme ?
Les clients consomment des « produits », de plus en plus jeunes, de plus en plus vulnérables, sans se préoccuper de leur vie, sans savoir si les prostituées ne sont pas captives, menacées, brutalisées.
Eduquer à une sexualité libre et désirante, à l’égalité, au respect de l’autre et surtout à refuser l’exploitation sexuelle d’un être humain par un autre, ne sont-ce pas des orientations et préconisations que l’on attendrait de la part d’une commission sensée défendre les Droits Humains ?

Dans son rapport, la CNCDH se dit préoccupée par le risque de clandestinité et d’éloignement de la prostitution dans des lieux reculés. Mais à quoi fait-telle exactement allusion ?
Ignore-t-elle que la prostitution a déjà lieu sur des aires d’autoroutes désertes, sur des routes isolées, des abords de bois, de parcs et dans divers lieux que l’on peut qualifier de « reculés » ?
Ne sait-elle pas que les prostituées assassinées le sont autant dans un appartement, une ruelle, un parc ou un bois ; que le risque permanent provient soit des proxénètes qu’ils appartiennent ou non à des réseaux, soit des clients eux-mêmes ?
La situation d’isolement avec le client, dans n’importe quel lieu que ce soit, en plein centre-ville, dans une chambre d’hôtel, une voiture, un parc, un quai, une villa ou un hôtel de luxe rend toute personne prostituée vulnérable.
L’activité, l’acte prostitutionnel, voilà le danger.
La CNCDH n’a-t-elle pas pris le temps d’interviewer les procureurs des pays abolitionnistes ?
Dommage, parce qu’ils expliquent que la prostitution résiduelle continue de se produire dans les centres villes et que cet argument ressassé en boucle par les défenseurs du lobby prostitueur ne repose sur aucune réalité.
En revanche, dans les pays abolitionnistes, les programmes d’accompagnement de sortie de la prostitution autant que les mesures de prévention, tout comme la pénalisation des clients sont bien parvenus à drastiquement réduire cette forme archaïque et sexiste d’exploitation et à protéger efficacement les personnes prostituées qui choisissent malgré tout de se prostituer car elles ne sont plus pénalisées.

Dans quelles contradictions s’est enfermée la CNCDH pour à la fois reconnaître qu’il faut continuer de pénaliser la prostitution de personnes « vulnérables *3 », tout en affirmant que pénaliser les clients, risquerait de pousser les personnes prostituées dans « des lieux encore plus reculés » ?
Il faut savoir ! Les personnes prostituées vulnérables ne risqueraient rien à être poussées dans des « lieux reculés » ?
Si les clients de prostituées vulnérables peuvent et doivent être pénalisés, sans que la Commission ne s’inquiète du risque de clandestinité les concernant, alors à fortiori, ce risque n’est pas plus réel pour des prostituées moins vulnérables.
En réalité, les risques encourus par les personnes prostituées, tout le monde les connait, ils consistent à subir toutes sortes de violences : la violence sexuelle intrinsèque à la prostitution, les violences relatives à leur état de santé, qu’il s’agisse de contracter une IST autant que de développer des addictions à toutes sortes de substances pour tenir et une mauvaise prise en charge générale, enfin les violences physiques et psychologiques, qu’elles émanent des clients ou des proxénètes.

Je vois au moins deux raisons à cet avis particulièrement confus et qui une fois de plus s’intéresse au faible pourcentage de prostituées réellement « libres » au dépend de toutes celles qui subissent, captives ou non de réseaux mafieux.
La première raison est que le lobby prostitueur n’a pas ménagé ses efforts et mobilisé des soutiens de poids.
Mise à part son amitié avec Dominique Strauss Kahn, que connaît Monsieur Badinter des réalités de la prostitution ? M. Lilian Mathieu, chantre de la légalisation de la prostitution, est-il le seul sociologue en France ?
Les associations gays de lutte contre le sida ne voient la question de la prostitution que par le prisme hygiéniste de la seule lutte contre le sida, sans jamais considérer les personnes dans leur globalité ni s’intéresser aux droits des femmes ou à l’égalité femmes-hommes.
Le STRASS n’est pas un syndicat représentatif mais un groupuscule qui verrait d’un bon œil la légalisation du proxénétisme à l’Allemande se développer chez nous ; je suis curieuse de savoir si le nombre de femmes prostituées membres du STRASS fait un ou deux chiffres, la CNCDH le leur a-t-elle demandé ?
Il ne semble pas que les « survivantes » de la prostitution qui pourtant, savent de quoi elles parlent et peuvent s’exprimer sans subir de pression depuis qu’elles ont quitté le milieu prostitutionnel, aient été auditionnées.
La seconde raison est que cette décision n’a pas été adoptée à l’unanimité, loin s’en faut, mais plutôt de très peu : 4 abstentions, 16 voix contre, 20 voix pour.
Heureusement cet avis n’est que consultatif et passera vite aux oubliettes de l’Histoire.

A l’évidence, cet avis rendu par une écrasante majorité d’hommes, à contre-courant de toutes les mises en garde contre le dangereux développement du business criminel de la prostitution, ménage les clients prostitueurs et plus généralement les vieilles prérogatives sexistes d’une prétendue sexualité masculine irrépressible.
La domination masculine et ses industries du sexe sont toujours à la manœuvre quand il s’agit de se raconter des histoires à bon compte sur le dos des femmes.
Tout de même, je suis étonnée que les hommes ne soient pas plus nombreux à se lever contre la prostitution qui les caricature tant et les rabaisse au niveau d’opportunistes prédateurs.

Les violences sexuelles sanctuarisées par les valeurs libérales et patriarcales d’une commission dont le rôle est pourtant de défendre les Droits Humains et donc aussi les droits des femmes.
Le corps des femmes n’est pas une marchandise, un produit, ni même un service à disposition des hommes, alors vivement une société paritaire et féministe, car ce que nous impose cette société machiste et libérale, nous ne le supporterons plus longtemps.

Dissolution de cette Commission des Droits de l’homme et place à une commission des Droits Humains paritaire, humaniste et féministe !

Christine Le Doaré

****************************************************************************

*1 Résolution du Parlement européen du 26 février 2014 sur l’exploitation sexuelle et la prostitution et leurs conséquences sur l’égalité entre les hommes et les femmes, qui reconnaît que la prostitution est contraire aux principes régissant les droits de l’homme et contraire aux principes de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : http://www.europarl.europa.eu/news/fr/news-room/content/20140221IPR36644/html/Sanctionner-les-clients-et-non-les-prostitu%C3%A9es

*2 Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 8 avril 2014 relative à la prostitution, à la traite et à l’esclavage moderne en Europe http://assembly.coe.int/nw/xml/News/News-View-FR.asp?newsid=4964&lang=1&cat=8

*3 prostituées vulnérables : femmes enceintes, etc.

Prostitution et médias

th_mafalda07Une tribune de plus, publiée cette fois dans Economie Matin, ne fait pas honneur à la profession de journaliste

Il faut croire que la question de la prostitution intéresse beaucoup de monde et c’est tant mieux. Dans les médias, qui occupe l’espace alloué à ce sujet ? Des politiques, des associations, des experts nationaux ou internationaux, représentatifs sur la question ? Non, très peu ou alors parce qu’ils ont obtenu un droit de réponse. L’espace est occupé par des people, des politiques minoritaires), des porte-parole de groupuscules corporatistes non représentatifs. Je me demande bien quelle légitimité ont, pour nous parler de cette question de société, ces chanteurs démodés, propulsés porte-parole du bon sens populaire, ou encore, ces quidams qui adoptent une posture de spécialiste, mais nous abreuvent d’arguments plus irrationnels les uns que les autres.
Et pourtant, il y aurait tant à dire sur la question, à commencer par donner la parole aux personnes concernées, aux associations de terrain, aux experts et aux associations féministes, plutôt qu’aux vieux consommateurs, fussent-ils de charme.

Dernier exemple en date, un article de Sylvain Reboul paru dans Economie Matin le 21 janvier dernier : « Et si l’on faisait de la prostitution une activité économique comme les autres ? » Oui, pourquoi pas en effet, se dit le lecteur. Alors, mettons-nous à sa place et lisons.

L’auteur commence son exposé par cette phrase : « La question de la prostitution masculine ou féminine, ce qui fait de celle-ci, en droit, une question qui dépasse celle des genres, est le plus souvent l’objet d’une débat idéologique d’une extrême confusion. » Disons-le tout de suite, si je n’avais pas eu l’intention d’écrire un papier afin de démontrer à quel point les médias sont complaisants, je n’aurais pas poursuivi ma lecture car la phrase « Ce qui fait de celle-ci, en droit, une question qui dépasse celle des genres… », n’a strictement aucun sens, ni en droit, ni en soi ! N’ayons pas peur des mots, tout le texte est à l’avenant, mal écrit, truffé d’incohérences et d’affirmations insensées, et pourtant, Economie Matin, a jugé bon de le publier. Mais alors pourquoi ? Est-il plus important de publier un article en faveur de la réglementation de la prostitution que de publier un bon article, fut-il abolitionniste ou y aurait-il malgré tout dans cette tribune quelque chose d’un tant soit peu utile à la réflexion collective ?

Suit une présentation caricaturale de ce qui selon l’auteur, seraient les arguments majeurs des abolitionnistes. L’auteur les dévalorise, mais il s’agit bien en effet, d’arguments abolitionnistes qui une fois reformulés et développés, retrouveraient toute leur valeur. En revanche, on se demande bien où il a bien trouvé le dernier argument : « La prostitution opérerait une rupture entre la vie sexuelle et la vie amoureuse qui seule peut conférer à l’activité sexuelle son sens légitime et sa valeur. » ? Qui donc se préoccupe des rapports sexuels, amoureux ou pas, à partir du moment où ils sont entre adultes, libres et consentis. Personne. En revanche, se préoccuper des rapports sexuels tarifés pour savoir si le commerce du corps humain devrait ou non être soumis à la loi des marchés et à l’emprise probable d’un réseau criminel, c’est un tout autre débat.
L’auteur, ne semble pas en avoir conscience et Economie Matin non plus.

Ensuite, l’auteur annonce pompeusement qu’il va démonter un par un ces arguments. Vous l’aurez compris, il va tenter de déconstruire quelque chose qu’il n’a pas compris. L’entreprise est périlleuse, il y a peu de chances qu’elle aboutisse, néanmoins poursuivons.

Selon l’auteur, il serait illégitime de parler de droit des femmes en matière de prostitution car la domination masculine ne s’y exercerait pas plus qu’ailleurs : « …dans toute relation sexuelle il y a dissymétrie car les partenaires ne sont pas en position égalitaire de désir ou de plaisir ». Reconnaissez-le, il s’agit là d’une observation exceptionnelle, personne n’y avait jamais pensé ! A l’évidence, dans une relation sexuelle, amoureuse ou pas, il arrive bien, et aux femmes plus souvent qu’à leur tour, de s’oublier pour faire plaisir à son ou sa partenaire. Cependant, souhaitons au moins, que dans les relations amoureuses, que ce ne soit pas toujours le ou la même qui opère ce « sacrifice » ! Mais surtout, en matière de prostitution, la dissymétrie de désir ou de plaisir est de fait, c’est même ce qui caractérise l’acte. La prostitution est un problème parce qu’elle est le produit d’une transaction financière et l’expression la plus brute de la domination masculine.
L’échange d’argent implique la marchandisation du corps humain. Vendre sa force de travail intellectuel ou physique n’a rien à voir avec le fait de consentir à des viols à répétition, puisque une pénétration subie sans désir est bien un viol. La domination masculine s’impose grâce à une grossière supercherie, un fantasme collectif qui a la vie dure : la sexualité masculine est tellement spéciale et puissance qu’elle implique la mise à disposition permanente de corps de femmes, faut-il pour cela sacrifier un quota de femmes que l’on exploite.
L’auteur ne connait manifestement pas grand-chose en droits des femmes, mais Economie Matin non plus.

Puis, sans douter de ses formidables compétences d’analyse, l’auteur s’attaque au deuxième argument abolitionniste. Concentrez-vous, ça se corse ! Se succèdent des phrases inintelligibles telles que celle-ci (en gras dans le texte) : « En effet, le fait est que, dans les conditions d’illégalité en effet ces deux derniers, du fait même de l’interdiction ou de la prohibition légale, sont en danger grave. » ?! Je retiens de ce paragraphe confus, cette phrase à la syntaxe approximative : « Mais rien ne permet de penser que l’encadrement en termes de droit du travail et de santé publique ferait que la prostitution serait d’une autre nature que d’autres activités de service légales (pensons aux massages esthétiques ou thérapeutiques). » Je crois comprendre que l’auteur propose de faire de la prostitution un métier comme un autre. N’est-ce pas en effet, en continuant d’entretenir les privilèges exorbitants du système patriarcal, que nous parviendrons à construire une société égalitaire entre les femmes et les hommes ? J’oubliais, les droits des femmes, ce n’est pas la tasse de thé de notre sachant !
Imaginons un instant, les conséquences de ce superbe projet de société : des formations dés la 3ème pour les élèves en difficulté ? Des stages de formation et offres d’emploi pour les chômeurs-ses de Pôle emploi ? Un marché mondialisé du sexe tarifé, côté en bourse ? Des cartels d’entente pour fixer les prix ? Des manifestations et grèves opposant des escorts de luxe aux forçats des rues qui cassent les prix ? etc. …
Un mot sur le couplet relatif à la contraception et à l’avortement qui « ont changé l’interdit moral de la sexualité » ! Mais à qui donc s’adresse-t-il ? Aux féministes qui se battent pour libérer leur sexualité, pour la contraception et l’avortement depuis des décennies ? Comique non ? En réalité non, car il s’agit bien d’un homme de plus qui prétend nous donner des leçons de féminisme ; ils sont de plus en plus nombreux, on les appelle les masculinistes.

Courage, c’est bientôt fini, passons vite au troisième argument. « Une partie des prestataires de services sexuels pourraient du reste s’exercer dans un cadre libéral. » Parce que le reste s’exercerait comment alors ? (désolée, ma syntaxe aussi risque de s’aggraver !) Revenons au fond du débat, une partie en libéral et donc le reste dans les usines du sexe, ces grands bordels plein de joyeuses « travailleuses du sexe », toutes au service des fantasmes tout à fait bienveillants de ces messieurs ! Comment l’égalité entre les sexes, pourrait-elle rimer avec la liberté de s’aliéner ? Tout le monde le sait, ce choix, ne l’est que par défaut et parce que les hommes n’ont jamais libéré les femmes du joug sexuel qui pèse sur elles. Fraternité ? Oui, entre hommes mais entre les hommes et les femmes, pas encore.
Allez, accrochez vous bien, ça monte en puissance : « Quant à la question économique et à la misère qui contraindraient selon les prohibitionnistes à se prostituer contre la volonté spontanée des travailleurs du sexe, outre qu’il en est de même dans nombre d’activités parfaitement légales, rien ne permet d’affirmer que dans des conditions de non opprobre moralisante, ce que permettrait progressivement sa légalisation, la prostitution serait moins choisie que d’autres activités de service en soi ni plus ni moins valorisantes dans un tel cadre de droit. (il en est de même de la question de l’homosexualité et de l’homoparentalité). Or l’état laïque et pluraliste ne peut faire d’un préjugé moral traditionnel un motif suffisant d’interdiction sans mettre en cause son fondement libéral. » ?!
Si, si, vous avez bien lu, dans un élan de mauvaise foi invraisemblable, notre auteur ose prétendre que la levée de l’interdit moral de la prostitution conduirait de nombreuses personnes à s’y adonner à cœur joie. Une libération en sorte ! Vous noterez au passage le malhonnête amalgame entre les termes prohibition et abolition, (les abolitionnistes militent également pour l’abrogation du délit de racolage, ils savent que subsistera une prostitution résiduelle, mais veulent par l’éducation des clients, aboutir à plus ou moins long terme et dans une logique d’égalité, à la réduction de la demande.). Notre expert fait comme s’il ignorait que les abolitionnistes ne se situent pas sur le terrain moral mais que leurs motivations sont exclusivement féministes et humanistes. Oser instrumentaliser la laïcité de l’état républicain pour le détourner de l’une de ses missions prioritaires, la protection des personnes les plus vulnérables, est proprement scandaleux. N’importe qui peut décider que son intérêt est de vendre l’un de ses organes, c’est bien à l’état de l’en préserver et de le lui interdire car les valeurs de sauvegarde de l’intégrité humaine priment toujours.
L’auteur, juriste frustré probablement, ferait bien d’ouvrir de temps à autres, des manuels de droit et d’histoire, mais Economie Matin aussi !

Quant à la conclusion, elle n’apporte rien de plus, n’étant faite que de redites, mais la dernière phrase est un cadeau pour qui a tenu jusqu’au bout ! « Tout autre attitude, plus ou moins, abolitionniste, est irrationnelle et donc illégitime en droit. » Réprimons le fou-rire qui nous gagne et essayons de comprendre ce que peut bien vouloir dire « est irrationnelle et donc illégitime en droit ». Désolée, j’ai beau me creuser la tête et faire appel à toute ma mémoire juridique (je suis juriste), je ne trouve pas. Ceci ne m’évoque rien, absolument rien.

Cette tribune, truffée de fautes (laïque au lieu de laïc…), bourrée d’invraisemblances et de démonstrations ratées est un appel déguisé à l’esclavagisme sexuel des femmes, des enfants et de quelques hommes. C’est un très bel exemple de manipulation intellectuelle et de masculinisme décomplexé. Son auteur, illustre inconnu, ne représente rien ; s’il utilise un semblant de jargon juridique c’est pour mieux tromper le lecteur, il ne sait même pas écrire en bon français. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, il est publié !
Pourquoi ? Pourquoi, à longueur de temps et de colonnes, sommes-nous accablé-e-s de tribunes de cet acabit ?
Pourquoi à l’inverse, les tribunes abolitionnistes sont-elles publiées au compte goutte et le plus souvent en droit de réponse ? Les médias ont-il véritablement intérêt à cette surenchère d’approximation, de sensationnalisme, voyeurisme, de mensonges et de manipulation ? Cette question ne mérite t’elle pas un débat honnête, avec des textes sensés, informés et des auteurs de qualité qui représentent autre chose qu’eux-mêmes ou des groupuscules non représentatifs de l’activité qu’ils défendent mieux que les otages et victimes des réseaux, et leurs rares soutiens politiques ?
Qui a intérêt à légaliser la prostitution en France, qui soutient et finance de telles contributions ? Ne soyons pas naïfs, il ne s’agit pas de réglementer l’usage des bacs à sable dans les jardins publics. Les marchés du sexe se portent très bien. Le marché criminel de la prostitution est le troisième au monde après la drogue et les armes. Les intérêts des réseaux et des mafias pour légaliser sont évidents, ils n’attendent pas les bras croisés les pays qui n’ont pas encore légiféré, ils interfèrent et s’inquiètent en comprenant que les institutions européennes et certains pays, tels dernièrement l’Irlande et la Norvège, envisagent l’abolition pour endiguer le flot de personnes déplacées et toute l’activité criminelle contingente. On peut aussi comprendre les intérêts des quelques « escorts » de luxe qui veulent prospérer, en libéral.
Mais qui d’autre pourrait bien avoir intérêt à ce que la prostitution devienne vraiment un métier comme un autre, à condition bien entendu, d’épargner sa mère, sa sœur ou sa fille ? Qui voudrait transformer la France et même l’Europe en une vaste Jonquera espagnole livrée au crime organisé des proxénètes industriels ?

Personne jamais ne répond à ces questions, je trouve ce silence pesant et lourd de sens. Il serait temps que les médias prennent leurs responsabilités. Au moins, s’ils ne peuvent faire mieux, qu’ils équilibrent les contributions au débat. Qui soutiendra que l’article publié par Economie Matin est digne de la profession de journaliste ?

Christine Le Doaré


Articles récents

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives