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Je suis féministe, je suis Charlie

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7 janvier 2015, 11h30, la rédaction de Charlie Hebdo est victime d’un attentat terroriste ; deux jours plus tard, des juifs sont exécutés dans un commerce cascher.

C’est probablement la première fois en France, que des fondamentalistes exécutent méthodiquement, implacablement, leurs cibles : « Vous allez payer parce que vous avez insulté le prophète » lâchent-ils en partant de Charlie Hebdo, pour justifier leur effroyable carnage.

S’en suit une mobilisation sans précédent depuis la libération de Paris, soutenue un peu partout dans le monde libre.

 

Engagée, laïque, anticléricale, antiraciste, antifasciste, la féroce satyre de Charlie Hebdo visait les pouvoirs économiques, politiques et religieux, la gauche, la droite, le FN souvent, etc.

Les tueurs, fondamentalistes islamistes qui ne tolèrent pas la désacralisation, ont voulu réduire au silence des libres-penseurs anticléricaux.

Leurs cibles étaient menacées depuis longtemps, mais qui pouvait imaginer que la lutte serait à ce point inégale : des dessins et des mots, des parisiens qui font leur course et des policiers en service, contre des tueurs lourdement armés ?

La critique, la liberté d’expression, la vie tout simplement, fusillées. Cette liberté, ces modes de vie, ce sont les nôtres, ceux du peuple français, des européens aussi, et c’est même universel, c’est notre ADN commun.

 

Curieusement pourtant, des voix se sont élevées pour dire « Je ne suis pas Charlie… », de féministes aussi, se dissociant de l’unanime élan de solidarité nationale, et allant jusqu’à prétendre que Charlie Hebdo était sexiste, raciste et « islamophobe ».

Diffamation caractérisée : Charlie Hebdo n’a jamais été ni raciste, ni « islamophobe » *1, au contraire, il luttait, à sa façon, contre les idéologies haineuses. Mais je reconnais bien là, la grossière manipulation rhétorique de certains « islamo-gauchistes ». Le relativisme façon « Indigènes de la République » *2 est une insulte à la démocratie ; il a malheureusement imprégné jusqu’aux politiques publiques instaurées par la gauche, accordant notamment aux « grands-frères » des citées, un rôle plus que contestable.

« JeSuisCharlie » n’a jamais voulu dire : je valide tout le contenu de Charlie Hebdo, mais je suis pour la liberté de la presse, la critique des religions et leur caricature.

Justifier l’acte sans nom des assassins de Charlie Hebdo, quand on vit dans un pays démocratique, c’est un luxe de lâches.

 

Quant à être sexiste, Charlie Hebdo, parfois oui, souvent non.

Le système patriarcal infantilise les femmes, entrave leur autonomie, contrôle leur sexualité et leur interdise de disposer d’elles-mêmes comme elles l’entendent.

Alors, Charlie, ni personne, n’est jamais assez féministe, mais l’engagement de Charlie Hebdo contre l’exploitation des femmes et le sexisme des religions en a toujours fait un allié incontestable des féministes.

N’oublions pas les éditos et textes féministes publiés dans le magazine, et les dessins, notamment celui de Charb en réponse aux 343 salauds !

Rappelons-nous les unes sur l’avortement, la fête des mères « Vive la pilule », la GPA (un couple et une esclave) !

Nous savons notamment Charb et Gérard Biar rédacteur en chef, pro-féministes et abolitionnistes de la prostitution.

 

Tuer des membres de l’équipe de Charlie Hebdo pour imposer son point de vue, est un aboutissement des plus pervers du machisme.

Les terroristes sont des ultra-machistes, sont ce que les sociétés patriarcales produisent de pire.

C’est donc bien aussi, en tant que féministe, que je pleure les courageux humoristes irrévérencieux qui, bien que lourdement menacés, ont jusqu’au bout tenu à remplir leur mission d’aiguillon des consciences.

 

Voir autant de gens soudés pour défendre nos libertés fondamentales et résister au terrorisme, m’a aidée comme beaucoup, à endurer ce cauchemar. Bien sûr il y a des personnes racistes en France, le succès du Front National est là pour nous le rappeler, mais au cœur de ces heures oppressantes, nous n’avons déploré qu’à la marge, amalgames et actes de violence envers des musulmans ou supposé.e.s être musulmans car les français le savent, les musulmans sont aussi des cibles du terrorisme.

Dans l’adversité, l’exécutif a bien réagi et cette fois, j’ai trouvé François Hollande à la hauteur de l’évènement, rassembleur, responsable, rappelant que « Ceux qui ont commis ces actes, ces fanatiques, ces illuminés n’ont rien à voir avec la religion musulmane. », n’éludant pas la volonté délibérée des terroristes, de commettre « un acte antisémite » Porte de Vincennes et appelant « tous les Français à se lever dimanche, ensemble, pour porter ces valeurs de démocratie, de liberté de pluralisme ».

 

Il y a un temps pour tout. Tous les prétextes pour affaiblir la mobilisation étaient autant de cadeaux faits aux terroristes. Dimanche, le peuple rassemblé a adressé unanime, un message aux groupes terroristes : le délit de blasphème n’existe pas, l’Islam, radical ou pas, comme toutes les religions, peut et doit être critiqué, non au terrorisme !

Nous devons maintenant interroger : les responsabilités de l’état sur l’échec de l’intégration de populations, aux valeurs « républicaines » ; le manque de perspicacité de nos gouvernements pour lutter contre les dérives intégristes et le terrorisme ; les failles de la protection des personnes fortement menacées ; l’importance des liens entre le grand banditisme et le terrorisme ; le manque de surveillance des personnes identifiées dangereuses et l’ampleur du groupe « des buttes Chaumont » ; le rôle des imams qui endoctrinent et recrutent pour les filières djihadistes ; etc. tout cela doit nous interpeller et être traité par les autorités.

 

Il nous faut aussi refuser les poncifs et faux-fuyants qui ne nous aideront pas à régler les problèmes. Il n’y aurait pas de problème avec l’Islam ? Bien sûr que si ! Comme il y en a avec toutes les religions qui toutes sans exception, ont un versant doux et éclairé et un versant beaucoup plus sectaire, totalitaire, allant jusqu’à l’intégrisme (Manifpourtous et désobéissance civile avec le refus de marier des couples homosexuels, Frères musulmans, etc.). Toutes les religions sont préjudiciables aux femmes, à leur autonomie et liberté, aux gays et aux lesbiennes aussi, et la religion musulmane n’est pas en reste.

Les religions chrétiennes sont en perte de vitesse, mais les religions musulmane et juive rencontrent un regain d’intérêt, se radicalisent et sont de plus en plus visibles dans l’espace public, à un point tel que nombre d’athées étouffent sous tant de religiosité ostentatoire. L’islam politique a sous emprise des familles, des quartiers, au point que la pratique religieuse se généralise, devient radicale, et interdit à ceux qui le souhaiteraient de se déclarer athé.e.s. Les enseignants qui témoignent de la journée de deuil national du 8 janvier font état de réactions d’enfants imperméables à l’humour, figés dans une foi aveugle, intransigeante : « Ils l’ont bien mérité : Ils n’avaient pas à insulter notre Prophète ». Des macho-barbus imposent souvent des règles qu’ils décrètent coraniques et dont les principales victimes sont les femmes et les enfants. Il n’y a pas que l’islamisme versions Hamas, Hezbollah ou Etat Islamique qui soient  critiquables, trop rares sont les musulmans qui effectuent un travail critique sur les textes et pratiques religieuses, et dénoncent notamment, une lecture datée, particulièrement sexiste des textes. Les tenants d’un « politiquement correct » n’ont eu de cesse de culpabiliser ceux qui s’interrogeaient sur le développement du communautarisme et de l’islam politique.

 

Pour continuer de vivre ensemble, de partager l’espace public, la République devrait procéder à des rappels, aussi souvent et fortement que nécessaires, à la laïcité. Elle devrait aussi relever les confusions, l’origine et la religion sont deux réalités bien différentes, c’est le premier amalgame qu’il faut cesser de faire : le racisme existe, l’ »islamophobie » non. Elle devrait réaffirmer que religions ne sont en rien opprimées en France, en revanche, elles oppriment toujours les femmes et c’est un problème dans une République qui vise l’égalité entre les femmes et les hommes, inutile de se le cacher.

 

Parce que je suis féministe, forcément, JeSuisCharlie et le resterai

Christine Le Doaré

 

*1 Le mot « islamophobe » a une histoire, il a été inventé par les islamistes dans le but d’interdire toute critique de l’islam radical.  Il s’agit d’une atteinte au droit fondamental à exercer la liberté d’expression. Les religions ne sont que des croyances qui doivent pouvoir être critiquées.  En utilisant ce mot, nous donnons du pouvoir aux islamistes pour réduire au silence leurs peuples d’abord et puis tous ceux qu’ils considèrent être des mécréants. Cessons d’être complices, de mélanger origine, religion et pouvoir.  Le racisme existe, l’antisémitisme a une histoire, mais les religions elles, ne sont jamais à l’origine de phobie ; il y a les indifférents, les adeptes et ceux qui les combattent, le plus souvent pour d’excellentes raisons et c’est très différent.  Une certaine gauche, certains intellectuels, les Indigènes de la République et leurs amis n’ont que ce mot à la bouche, il faut l’oublier.

http://sisyphe.org/spip.php?article2282

 

*2 Quand un collectif de 20 intellectuels, aux côtés des Indigènes de la République, condamnait Charlie Hebdo.

http://Imsi.net/Pour-la-defense-de-la-liberte-d

 

http://wwwgaucherrepublicaine.org//…/2,article,907..

 

 

 

Pussy Riots – faut pas pousser !

Mobilisation pour la liberté d’expression et la démocratie oui,

au nom du féminisme, faut pas pousser !

En février dernier, le groupe de punk les Pussy Riots était arrêté pour avoir chanté dans la cathédrale St Sauveur de Moscou,  un texte aux paroles provocatrices s’en prenant à Poutine comme au patriarche orthodoxe.

Les 3 jeunes femmes risquaient une peine d’emprisonnement de 7 ans pour hooliganisme, 3 ans ont été requis lors de leur procès.

A l’évidence, cette incarcération est disproportionnée, il s’agit d’une atteinte à la liberté d’expression et les Pussy Riots doivent être libérées.

La Russie est particulièrement zélée lorsqu’il s’agit de faire taire les opposants à son régime  autoritaire ; le droit de rassemblement et d’expression des minorités est régulièrement bafoué, les Marches des fiertés LGBT sont réprimées, des journalistes sont assassinés, etc.

Toutefois, si je comprends bien pourquoi la mobilisation internationale est motivée par les valeurs de liberté et plus précisément de liberté d’expression, je comprends moins, la revendication féministe qui lui est associée.

Les Pussy Riots sont le versant musical punk du groupe anarchiste Voina (qui veut dire la guerre en Russe). Voina déclare se battre  pour l’émancipation politique et sexuelle en Russie.  A priori, on ne peut que les encourager à persévérer.

Les performances de ce collectif ne donnent pas dans le subtil, elles sont particulièrement explicites et provocatrices. Plus gênant, elles consistent notamment à présenter des orgies sexuelles dans un musée, à se masturber avec une carcasse de poulet dans une épicerie, à uriner sur les policières, etc.

En résumé, ce mode d’expression délibérément choisi, est une arme artistico-anarchiste anti-Poutine mais ce sont aussi des exhibitions sexuelles pornographiques en public et en présence de mineurs. Face à un régime autocrate et corrompu, la provocation pour susciter l’attention internationale peut être vitale, mais faut-il pour autant que les femmes soient traitées comme des objets sexuels et payent ainsi de leur personne ?   Le débat est ouvert.

Pussy Riots « émeute de minous » est-il féministe ou pas et par conséquent, faut-il ou non s’associer au nom du féminisme, à la mobilisation internationale ? Selon moi, les performances pornographiques de leur mouvement sont assez éloignées des valeurs du féminisme. Dans les photos et vidéos pornographiques, la sexualité exposée n’a vraiment rien de subversive. Au contraire, elle est  hyper normative, hétérocentrée et hétérosexiste en diable ! Les femmes y sont toutes soumises, enceintes ou pas, exclusivement prises en levrettes, etc. ; nécrophilie, zoophilie, tout y passe. Selon moi, qu’elles soient consenties ou non, ces pratiques sexuelles performées en public et devant des mineurs, ne sont en rien libératrices pour les femmes, or le féminisme est un mouvement de libération des femmes. Oui, je sais, beaucoup l’ont oublié !

C’est la tendance depuis quelques années déjà, le féminisme des années 2000 est récupéré par des mouvements mixtes issus de groupes anarchistes, de certaines tendances d’extrême gauche et aussi de quelques militants Verts qui se revendiquent du mouvement Queer tendance « sexe-positive ».

Dans les années 80, la récupération était médiatique, Elle en tête, et un peu chasse gardée d’une élite intellectuelle ;  les temps changent…

Leur féminisme consiste à s’assurer que les privilèges masculins ne soient pas trop mis à mal ; les femmes peuvent se libérer tant qu’elles ne remettent pas sérieusement en cause les fondements du patriarcat. Il s’agit toujours de contrôler les modalités de l’émancipation, de maintenir possible la mise à disposition du corps des femmes et de délivrer le tampon du bon ou du mauvais féminisme à leurs yeux. Bien entendu, ils doivent disposer pour cela de quelques cautions féminines, mais il faut bien le dire, elles ne manquent pas.

Vous pouvez ne pas être d’accord avec ma vision des choses, néanmoins, vous devez bien l’admettre, ce groupe a beau être mixte, ce sont bien les femmes qui ont été envoyées à la casse et  payent de leur liberté.

Et puis laissez-moi rire, qui peut croire un seul instant à une mobilisation internationale mainstream en faveur du féminisme ? L’occident qui se lève comme un seul homme pour sauver le féminisme russe ?!

Pourquoi, par exemple,  ne se mobilise t’il pas pour les femmes qui,  après les révolutions arabes, subissent le backlash ?

Selon moi, cette mobilisation n’est en rien féministe, en revanche et c’est bien le paradoxe, les Pussy Riots sont en effet victimes du patriarcat dont leurs compagnons sont les complices ; elles sont emprisonnées pour être allées plus loin que ceux qui les ont instrumentalisées comme « chair à partouze de la révolution ».

Ce qui serait intéressant c’est que les Pussy Riots le réalisent et se libèrent de l’exploitation sexuelle machiste de Voina ; elles sont peut-être déjà sur cette voie, mais pour l’instant rien ne le laisse penser.

Alors, mobilisation internationale et libération des Pussy Riots de Voina au nom de la liberté  et plus précisément de la liberté d’expression et de la démocratie, oui sans aucun doute, mais au nom du féminisme, quelle confusion, quelle superbe arnaque médiatique !

Christine Le Doaré

article en russe mais photos de la performance dans le musée explicites : http://plucer.livejournal.com/55710.html

http://nataly-lenskaya.livejournal.com/348825.html

et des liens, il y en a d’autres, il suffit de chercher…


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