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Affaire J. Sauvage, du grain à moudre

6456684_fusil-chasse_300x188P.- S. : afin de tenter d’éviter toute polémique stérile ou faux débat, je précise à toutes fins utiles que j’ai signé pour la libération de Jacqueline Sauvage, que j’ai considéré sa peine bien trop forte et que mon propos n’est pas de refaire le procès, encore moins de contester les violences faites aux femmes. Mon intention est de questionner les limites d’un féminisme « victimaire » qui oublie que le corolaire de l’oppression et de l’aliénation sont la résistance et la libération. Ce n’est pas en enfermant systématiquement et indéfiniment les femmes dans l’irresponsabilité, en les réduisant à des mineures bloquées dans les années 70 et même 50 que nous allons avancer. Il s’agit d’une réflexion politique sur des perspectives politiques perdues du féminisme, non pas de nier l’oppression, ni encore moins les violences faites aux femmes bien réelles et qui doivent être combattues sans relâche. Cette affaire Jacqueline Sauvage comporte bien des zones d’ombre, nier la part de responsabilité Mme Sauvage est une impasse. J’ajoute en bas de page un troisième lien, celui d’un article d’une « féministe historique » Anne Zelinski « Jacqueline Sauvage : responsabilité, ma soeur » (je précise : je n’aime pas beaucoup Causeur, mais ça dépend des auteur-e-s), je ne suis pas en accord avec tout ce qui est écrit et je trouve le texte un peu brutal, mais il a le mérite de placer le débat au niveau politique, de rappeler le sens du combat féministe : nommer, lutter, dépasser. Ce débat devrait pouvoir avoir lieu sereinement entre féministes. Mais de nos jours, l’analyse est si pauvre et l’anathème si prompt…

Je n’ai pendant longtemps rien eu envie de dire sur « l’affaire Jacqueline Sauvage ». Pourtant, mon opinion sur cette affaire est belle et bien forgée et maintenant que Madame Sauvage est libre, je peux l’exprimer.

Tout d’abord, il me paraît utile de rappeler que les violences conjugales sont l’une des manifestations les plus hideuses du système patriarcal.  Les hommes exercent une violence brutale et perverse sur l’être le plus proche et donc vulnérable, qu’ils ont sous la main.

Jacqueline Sauvage était indéniablement victime de violences conjugales.

L’enjeu de « l’affaire Jacqueline Sauvage » était peut-être moins sa libération que la situation vécue par toutes les femmes victimes de violence conjugale. Ces odieuses violences patriarcales dignes d’un autre siècle doivent cesser, il en va des droits des femmes autant que de santé publique.

Les lâches auteurs des violences faites aux femmes sont les geôliers d’un système d’oppression, ils doivent être condamnés lourdement et être mis dans l’incapacité de sévir à nouveau. 

Mais ce n’est pas, comme l’a si bien dit Luc Frémiot *, le droit qui doit changer, mais les mentalités. Toutes les mentalités : celles des institutions et pouvoirs publics en charge de prendre et d’appliquer les lois, celles des hommes que des campagnes de prévention et une juste répression doivent remettre à leur place, mais aussi celle des femmes.

En effet, il est grand temps que les femmes s’aident un peu. Le système patriarcal ne va pas tomber tout seul, les associations féministes n’y suffiront pas, les institutions non plus, si elles n’y mettent pas un peu du leur. Depuis le temps que ces violences sont perpétrées, il serait temps que les femmes analysent leur manière d’appréhender leurs rapports aux hommes :

  • mettre à distance mirages et illusions,
  • comprendre le fonctionnement des relations humaines : la séduction, le désir, l’amour, le couple
  • être un peu moins passives en tous cas un peu plus lucides, sans pour autant se méfier de tous ni faire d’amalgames.

En outre, le féminisme victimaire qui s’engouffre sans nuances dans la défense de femmes qui sont loin d’être dénuées de responsabilités,  fait beaucoup de tort aux luttes féministes.

Jacqueline Sauvage : une femme sous l’emprise d’un violent manipulateur pervers, mais aussi une femme d’emprise qui a tout de même beaucoup dissimulé, notamment aux enquêteurs et lors du procès. Elle se marie alors que les premiers coups ont déjà été portés, elle accepte d’avoir non pas un mais quatre enfants avec cet homme qui viole ses filles dans sa propre maison. N’est-elle d’ailleurs pas complice de ces viols, elle qui a tout de même choisi de croire le mari violent qu’elle connaissait parfaitement, plutôt que ses propres filles ? Jacqueline Sauvage est à mes yeux une femme définitivement antipathique. Je ne lui nie évidemment pas le statut de victime, mais elle n’a en rien tenté de sortir de la situation ni de préserver ses filles, son fils. 

Tant de femmes, ne serait-ce que pour protéger leurs enfants, prennent le risque de partir, quitte à sauter dans l’inconnu, Jacqueline Sauvage  est restée, faisant de ce fait, aussi le choix de sacrifier ses filles.

Elle a tiré dans le dos. Elle savait parfaitement se servir d’un fusil, femme de caractère, chasseuse et rompue au tir au fusil ; elle n’était à ce moment-là pas du tout en état de légitime défense. Sidération et  SPT* ont  tout de même bon dos.

Je plains les victimes que sont aussi et surtout les enfants de Jacqueline Sauvage et leurs propres enfants.

Les juges feront mieux leur travail quand ils seront plus éclairés sur la nature des violences conjugales et leurs conséquences ; ils ne devront pourtant jamais inventer une légitime défense quand elle est inexistante au moment des faits. L’inverse reviendrait à un instituer un permis de tuer, alors que les solutions résident dans la prévention et un plan de lutte généralisé. Ce n’est pas le droit, mais bien les mentalités, le droit au respect, à la sécurité, à l’égalité, qui doivent évoluer.

La grâce présidentielle est constitutionnelle, elle s’exerce en pleine âme et conscience et n’a pas à faire l’objet ni de pressions ni de commentaires, encore moins des magistrats (séparation des pouvoirs).

La lutte contre les violences faites aux femmes est un immense chantier, les violences conjugales n’en sont qu’une partie. Le retour en force du religieux et du communautarisme les accélèrent et aggravent considérablement. La lutte sera longue, très longue mais ne sera victorieuse que lorsque tous les paramètres seront mis en perspective. Le droit désormais est satisfaisant, ce sont les mentalités qui devront changer alors que pourtant, elles régressent.

Tout ce qui met les femmes en danger doit être combattu ; la société, les institutions ont un rôle majeur à jouer, mais les parents également, les garçons comme les filles, doivent recevoir une éducation non sexiste.

Les hommes violents doivent se faire soigner ou être dénoncés, jugés et mis hors d’état de nuire, aucune complaisance ne doit être tolérée jamais ; les femmes doivent vouloir être libre de leur vie sans contrainte masculine d’aucune sorte.

Nous ne sommes plus au moyen-âge mais au vingt-et-unième siècle !

Christine Le Doaré

  • Edifiant : Jacqueline Sauvage : ses filles racontent l’enfer familial :

http://madame.lefigaro.fr/societe/jacqueline-sauvage-les-filles-racontent-lenfer-familial-310116-112185

  • *Luc Frémiot  France Inter « Ce n’est pas le droit mais les mentalités qu’il faut changer 

https://www.facebook.com/franceinter/videos/1209657315736053/?pnref=story

  • Politique féministe : Anne Zélinsky : « Jacqueline Sauvage : responsabilité, ma soeur »

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

GPA, le juge décide mais ne résout rien, au contraire

imagesLe premier ministre prend acte de la décision de la Cour de Cassation, ce 4 juillet 2015, mais rappelle que la GPA (Gestation pour Autrui) est interdite en France ?!

Alors, elle est interdite ou elle ne l’est pas ?

Si elle l’est, pourquoi la Cour a-t-elle donné  satisfaction à un couple de gays qui a sciemment violé la loi Française en contractant une GPA en Russie ?

Quel parent d’un enfant né de GPA, a rencontré en France, le moindre problème d’autorité parentale ? Aucun.

Et l’enfant me direz-vous ?  Mais l’enfant a bien un acte de naissance établi dès sa naissance dans son pays d’origine, les identités de son  père biologique et de sa  mère porteuse sont portées sur le document, sa filiation est établie. Les enfants  nés d’une  GPA ne rencontrent aucun problème en France, en revanche, les parents qui les ont achetés, oui. Ils veulent contraindre l’état à reconnaître ce qu’il a pourtant interdit. Si la transcription dans l’état civil français n’était pas automatique, c’était pour respecter la loi française qui interdit la GPA. Cohérence juridique et politique toute logique.

Par sa décision, la Cour de Cassation cautionne ceux qui ont  sciemment violé la loi, et encourage  ceux qui ne l’ont pas encore fait,  à emprunter le même chemin. Cette décision fera jurisprudence en la matière et constitue quasiment une légalisation de fait, en attendant mieux.

Quand le juge décide en lieu et place du  législateur, quand la petite loi du contrat commercial prend le pas sur la Loi de la République, c’est en général signe d’égarement voire  de démission politique. Pourtant c’est bien au législateur d’être le garant de la cohérence juridique de nos systèmes politique et juridique, aussi des droits des femmes et des enfants.

Sur le plan du droit pur, la décision de la Cour de cassation crée plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Tout d’abord, comme l’explique si bien Marie-Anne Frison Roche*, professeur de droit à Sciences po, le droit des personnes et le droit des choses / animaux, sont deux droits distincts. La Notion de Droit de la personne qui fonde notre civilisation, est une abstraction juridique qui protège les êtres humains. Par opposition aux choses, les personnes sont indisponibles, incessibles (ne peuvent être dans le commerce). L’enfant est une personne, à ce titre il est incessible, même gratuitement,  et à fortiori, ne peut être acheté. Le droit protège ainsi les personnes les plus faibles contre les désirs de plus puissants, fortunés, etc. La GPA est intrinsèquement contraire au droit de la personne sur lequel est fondée notre civilisation. La Cour de Cassation ne le sait pas ?

La France réglemente drastiquement l’accouchement sous X, l’adoption, mais elle accepterait de retranscrire un acte d’état civil qui résulte du commerce d’un enfant ?

Que penser de la règle posée par la Cour de Cassation qui consiste à exiger de tout père biologique qui demande la transcription de l’acte de naissance à l’état civil français, de fournir un test ADN pour prouver sa paternité ? Quid de l’adoption qui elle,  établit juridiquement  une filiation, sans aucun lien biologique ? La filiation n’a jamais été « tout biologique » en France. Sous prétexte de modernité, on revient à la loi du sang ? La loi du sang et du sperme, il faudrait désormais établir une « filiation spermatique » en lieu et place de la présomption de paternité ?  Le patriarcat en rêvait, le juge la lui offre !

En outre, nous nageons en pleines contradictions, si la filiation est biologique, alors la mère porteuse qui accouche de l’enfant et qui figure également sur le certificat de naissance,  a autant de droit sur l’enfant que le père biologique ! Insécurité juridique totale, la Cour de Cassation ne le voit pas ?

Sur les plans politique et philosophique, la GPA est le reflet d’une société plongée dans une crise de ses valeurs, menée par les lois des marchés financiers, un libéralisme sauvage qui marchandise aussi les êtres humains (la traite, la prostitution, la GPA et les organes, etc.),  les possibilités de profits sont infinies et d’ailleurs la GPA est un gigantesque marché, de plus en plus florissant. Les désirs égocentriques des plus aisés sont satisfaits par celles et ceux qui pour survivre,  n’ont guère d’autre choix que de se vendre, eux ou l’une de leur fonction, organe, etc. Les clients achètent une projection  d’eux-mêmes, exclusivement génétique, on nous parle de père et mère d’intention, mais l’intention consiste surtout à reproduire ses gènes par tout moyen disponible, et malheur à  l’enfant qui naît  du « mauvais sexe », de la « mauvaise couleur », malade, handicapé-e, etc., et à sa mère porteuse, il suffit d’une clause contractuelle pour régler le problème !

Sur le plan des droits des femmes et des enfants, nous sommes clairement en pleine régression. L’appropriation des corps et vies des femmes pour s’assurer une descendance, la transmission de patrimoines financier et génétique, sont de toujours,  les enjeux majeurs de la  domination masculine. La  GPA permet de s’approprier des enfants biologiques, en exploitant des femmes pauvres et leur fonction reproductive ou en payant une fortune des femmes occidentales qui vont agrémenter le niveau de vie de leur famille, renvoyées au seul rôle social qui ne leur a jamais été contesté : mettre au monde des enfants.

Et  au milieu, des entreprises peu scrupuleuses, s’enrichissent à bon compte.

Quant à la notion de don, mise en avant par les personnes « de gauche », elle renvoie à l’esprit de sacrifice associé au féminin dans notre société sexiste,  c’est d’un cynisme !

Ce que les enfants nés de ces trafics et exploitations diverses, penseront plus tard de tout ceci, ne soucie pas grand monde. Voudront-ils retourner dans le pays où ils sont nés, en prendre la nationalité… ?

Que des avocats, associations et même  juges, défendent des intérêts privés ou de groupes, c’est banal ;  que la GPA soit un florissant business  dans nombre de pays,  c’est un fait ; mais la France a le droit de choisir un projet de société dans lequel la marchandisation de l’humain n’a pas sa place. En droit de la famille, la compétence des états membres de l’UE, quand elle n’est pas exclusive, n’est que partagée.

Pour conclure, avec cette décision, la Cour de Cassation vient tout de même de créer une grave incohérence juridique en matière de filiation ; de décider que l’enfant, telle une chose, est désormais cessible et donc de mettre en danger le droit de la personne ;  de valider l’exploitation des femmes au profit d’entreprises de fabrication de bébés. Et tout ça, pour régler des problèmes qui n’existaient pas vraiment !

Il est temps que nos représentants politiques sortent de leurs hésitations et déclarations contradictoires et repoussent tout chantage,  pour rappeler fermement que le droit français est un droit protecteur des personnes qui ne doit jamais encourager le commerce d’êtres humains.

Christine Le Doaré

* Marie-Anne Frison-Roche Le droit à l’épreuve des contrats de maternité de substitution http://mafr.fr/fr/article/le-droit-a-lepreuve-des-contrats-de-maternite-de-s/

Avec le féminisme, abolir la haine

10614252_545421628892178_5332025508118457889_n (1)Partout la haine, protéiforme, pesante, grandissante, menaçante.

Les aversions, phobies, violences envers les personnes, qu’elles soient de nature sexiste, raciste, xénophobe, antisémite, homophobe ou lesbophobe, handiphobe, etc., se démultiplient et se banalisent.

Ces idéologies de rejet et de haine sont florissantes, en viendrons-nous jamais à bout, vont-elles augmenter jusqu’à compromettre toute possibilité de bien vivre ensemble ?

 

Au 21ème siècle, munis comme nous le sommes d’un formidable arsenal juridique et de politiques de lutte contre les discriminations, exposés à nombre de productions intellectuelles et culturelles, ces sentiments de détestation de l’autre, fondés sur une hiérarchisation des différences humaines, devraient avoir disparu.

C’est loin d’être le cas, il suffit de consulter les Rapports sur la question et notamment celui de la CNCDH, pour s’en convaincre.

 

La lutte contre les discriminations, en particulier contre le racisme,  ne date pourtant pas d’hier.

Grace aux luttes politiques pour l’égalité de droit entre les hommes, dans la plupart des pays occidentaux, les états s’engagent dès les années 50, dans des politiques contre les discriminations.*1

N’est-il pas étonnant que la discrimination liée au sexe, relative donc à une moitié de l’humanité et transverse à toutes les autres, (car il y a des femmes de toutes les origines, de toutes les religions, des femmes handicapées, âgées, etc.) soit considérée depuis toujours, comme relevant de la lutte contre les discriminations subies par des minorités visibles ?

Les discriminations liées au sexe, les actes violents, haineux,  de nature misogyne, restent paradoxalement les plus fréquents, toutes proportions gardées, et sont pourtant les moins bien réprimés.

Depuis les lois de février 2003 et mars 2004, deux nouvelles circonstances aggravantes ont été ajoutées aux articles 132-76 et 132-77 du code pénal, elles aggravent les peines encourues aussi bien dans le cas de violences que de discriminations.

La première porte sur les crimes et délits commis à raison de racisme, xénophobie ou antisémitisme, la seconde à raison de l’orientation sexuelle de la victime.

Exemple d’aggravation : Les violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, passent de 15 ans à 20 ans de réclusion ; les menaces de mort passent à 5 ans d’emprisonnement et 75.000 € d’amende au lieu de 3 ans  et 45.000 €.

C’est très bien. Mais pour quelles raisons, le sexisme, n’est-il pas lui aussi, une circonstance aggravante ?

 

Les féministes ont le plus grand mal à se faire entendre et à être traitées avec toute la considération nécessaire pour faire valoir les droits des femmes.

Le sexisme demeure incontestablement le parent pauvre de la lutte contre les discriminations et les violences, aux plans judiciaire, de la prévention et de l’éducation.

La loi d’abolition de la prostitution votée par l’Assemblée Nationale en décembre 2013, n’est toujours pas inscrite à l’ordre du jour du Sénat, elle concerne très majoritairement des femmes vulnérables.

 

Les groupes minoritaires discriminés ont toujours avancé en ordre dispersé, chacun avec ses moyens, et sont parvenus plus ou moins rapidement à établir un rapport de force et imposer aux institutions, une législation spécifique et adaptée.

Ce qui fait d’ailleurs du dispositif anti-discrimination un patchwork très morcelé, peu lisible et peu accessible aux victimes.

 

La loi du 9 juillet 2010 «relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants», est incomplète, mal connue et mal appliquée.

En vain, les féministes réclament depuis des années, une loi globale ou loi cadre pour lutter efficacement contre l’ensemble des discriminations et des violences faites aux femmes, psychologiques comme physiques, en matière de droit du travail, droit de la sécurité sociale, comme de droit civil et de droit pénal.

Elles réclament également la reconnaissance légale du féminicide, c’est-à-dire la prise en compte spécifique des milliers de crimes commis chaque jour, à l’encontre des femmes, massivement et de manière universelle sur toute la planète, juste parce qu’elles sont nées de sexe féminin : violences machistes telles que l’infanticide, le crime d’honneur, le crime conjugal ou familial, etc.

Reconnaitre le machisme comme étant une idéologie de haine tout aussi destructrice que le racisme, l’antisémitisme ou l’homophobie et la lesbophobie, est un préalable nécessaire.

C’est bien ce qui semble embarrasser la France alors que dans plusieurs pays d’Amérique Latine, en Espagne et aussi en Italie, tuer une femme à raison de son sexe, est devenu une circonstance aggravante, celle qui manque à l’article 132 de notre code pénal.

Avoir ratifié pendant l’été 2014, la Convention d’Istanbul qui impose une perspective de genre à la législation contre les violences, ne sert à rien sans transposition en droit français.

 

Les lois sont importantes, elles marquent la désapprobation sociale et facilitent l’accompagnement civique et pédagogique, les mesures de prévention et d’éducation, qui leur donnent tout leur sens.

Malgré tout, même le meilleur arsenal juridique du monde, aussi cohérent et complet soit-il, peut s’avérer être insuffisant pour faire reculer la haine et évoluer les mentalités.

C’est bien ce qui se produit en matière de racisme, tout est disponible, pourtant le bilan n’est guère satisfaisant.

Indéniablement, un contexte de crise économique ravive les tensions sociales, et le capitalisme libéral n’est guère propice au développement d’une société humaniste, de respect et d’entraide, mais tout de même, le racisme, la xénophobie comme l’antisémitisme atteignent des niveaux très préoccupants.

Les lois, il faudrait aussi prendre le temps de les expliciter et appliquer correctement, sinon, elles s’empilent et ne servent que lorsque l’infraction est commise, il est alors bien tard.

A l’évidence, quand les digues s’écroulent les unes après les autres, il est urgent de prendre le temps de comprendre pourquoi le rejet et la haine de l’autre ne cèdent pas de terrain, au contraire s’intensifient.

 

Tout se passe comme si les gens craignaient d’être gênés, contraints, envahis par les autres, voire en avaient peur.

Devoir faire une place aux étrangers, à tous ceux qui sont perçus comme si différents, avoir à prendre en compte leurs spécificités, tout ceci est de plus en plus vécu comme une agression, alors les gens s’enferment dans un repli individualiste ou identitaire / communautaire, qui peut aller jusqu’au rejet et à la violence.

Ce qui semble nouveau, c’est que cela touche un peu tout le monde et dans tous les sens, pour tout un tas de motivations croisées et parfois qui se surajoutent, de genre, ethnique, religieuse, culturelle, de handicap, d’orientation sexuelle, etc.

Je caricature un peu et généralise à dessin, mais il semble bien que plus personne ne soit à l’abri et dans nos sociétés individualistes mais aussi communautaristes, on pourrait dresser une liste interminable des détestations humaines : les landais détestent les basques qui détestent les asiatiques qui détestent les africains qui détestent les juifs qui détestent les arabes qui détestent les handicapés qui détestent les homos qui détestent les vieux qui détestent les jeunes, etc.

Les femmes étant détestées des hommes machistes qui ont fait de leurs différences, une supériorité, la domination masculine.

 

Ce contexte de repli et de rejet tous azimuts est insupportable.

Il serait temps de promouvoir des stratégies gagnantes, afin de vivre dans une meilleure compréhension et entente humaine avant de foncer droit vers la catastrophe.

Pour commencer, il faudrait enfin que la lutte contre le système patriarcal soit relayée de manière conséquente par les institutions et l’ensemble de la société.

Même si leur expertise est incontournable, ce n’est pas l’affaire des seules féministes.

La première oppression, aussi la plus fréquente et étendue, est déterminante, on peut même dire qu’elle conditionne toutes les autres.

Bien sûr chaque discrimination est le spécifique produit d’une histoire, mais elles relèvent toute d’un rapport de pouvoir sur l’autre et tant que la domination masculine et les violences machistes n’auront pas diminué de manière significative, voire disparu, les discriminations et violences sociales de toutes natures, homophobes, racistes, etc. continueront de se produire.

Il n’est pas rare de trouver des hommes machistes ou des femmes soumises au système patriarcal, également racistes, homophobes, etc., en revanche, il est rare que des personnes féministes ou pro-féministes soient homophobes, racistes, etc.

 

Probablement faudrait-il aussi parler autrement du racisme. Le peu de succès jusqu’ici, de la lutte contre le racisme, pourtant la plus ancienne et complète sur le plan juridique, nous encourage à le penser.

Il est indéniablement plus motivant d’être encouragé-e à l’ouverture, à l’échange et au dialogue que d’être culpabilisé-e, assailli-e de rancœurs, suspicions et accusations, même si parfois, elles sont légitimes.

Il est illusoire et vain de croire que les générations futures vont porter jusqu’à la nuit des temps des responsabilités qui ne sont que de très loin, les leurs.

Alors rappeler les luttes de pouvoir et les responsabilités des pays et surtout de leurs dirigeants dans l’histoire de l’humanité, en vue d’éclairer les générations futures est indispensable, mais il y a certainement des façons de le faire plus utiles que d’autres.

 

Il est indéniable que le point commun de toutes les discriminations et idéologies de haine, est la hiérarchisation de la différence.

Une différence, quelle qu’elle soit, n’est pas un prétexte à supériorité ou infériorité, c’est juste une donnée.

On ne peut la hiérarchiser que de manière arbitraire et s’y employer témoigne d’un besoin de domination et de soumission de l’autre.

En d’autres termes, une différence de force musculaire, de couleur, de façon de se mouvoir, est une donnée et seulement une donnée, en déduire une hiérarchie en vue d’établir une relation de pouvoir est la clé du problème.

 

Le jour où les êtres humains accepteront que la différence ne légitime aucun pouvoir, toutes les discriminations tomberont.

Je suis donc persuadée que le jour où les différences entre les femmes et les hommes seront envisagées de manière factuelle et ne légitimeront plus aucune relation de pouvoir et de domination de genre, discrimination première et universelle, toutes les autres discriminations tomberont pour les mêmes raisons.

Par conséquent, si nous voulons combattre efficacement la haine de l’autre et vivre ensemble harmonieusement, hâtons-nous de favoriser une société d’égalité entre les femmes et les hommes et féministe.

Le féminisme est un projet de société, probablement le seul capable d’abolir la haine et d’harmoniser les relations humaines.

Christine Le Doaré

 

*1 Sur le plan répressif, on peut notamment rappeler les lois sur la liberté de la presse qui répriment la diffamation raciste depuis 1881.

La loi de 1972 sur la lutte contre le racisme, punit le délit de provocation à la haine ou à la violence, à raison notamment de l’ethnie, l’origine, la race ou la religion.

La loi Gayssot de 1990 réprime tout acte raciste, antisémite ou xénophobe, également le négationnisme relatif aux crimes nazis.

La lutte contre l’homophobie est plus récente, l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1982.

Les injures liées à l’orientation sexuelle ont été ajoutées aux injures et incitations à la violence punissables des Lois sur la presse depuis une loi de 2001, et figurent donc à la liste des critères de l’article 225-1 et suivants du code pénal, également du code du travail.

La répression des  injures à raison du sexe, non sans mal, ont été alignées sur les injures à caractère homophobe.

En matière de sexisme, l’article 225-1 du Code pénal inclus donc bien le sexe et la grossesse dans la liste des critères qui constituent une discrimination ; également depuis la loi de 2006 l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et depuis 2014, le harcèlement sexuel (à l’article 225-2).

Rien ne sera plus jamais comme avant

20131205-170451.jpgQue de contrevérités, inepties et injures n’avons-nous pas entendues avant que nos députéEs, forts de l’importance de ce vote historique, ne votent, ce 4 décembre 2013, à une large majorité, l’abolition de la prostitution ?

Enfin, la France l’affirme, cette archaïque forme d’oppression sur les femmes et les personnes les plus vulnérables, n’est pas légitime.
Au 21ème siècle, il était temps d’en prendre conscience : faire peser une servitude sexuelle de genre (dans tous les cas, les clients sont des hommes), sur les personnes les plus vulnérables, femmes, trans., jeunes, gays, étrangerEs, personnes raciséEs, pauvres, etc., est inhumain.
En outre, nos éluEs devaient réaffirmer les principes de non-patrimonialité et de non marchandisation des corps humains qui doivent échapper aux lois des marchés financiers.
Enfin, il n’y a pas d’autre alternative si nous voulons vraiment avancer vers l’égalité entre les femmes et les hommes.

En effet, les personnes prostituées ne sont coupables de rien, mais bien victimes du système prostitueur, bientôt, elles seront aidées à s’en extraire. Celles qui voudront continuer, pourront bénéficier des systèmes sociaux et de soin, se retourner contre les clients violents et /ou proxénètes, sans risquer d’être pénalisées.
Les clients en revanche, alimentent de leur argent les réseaux qu’ils nourrissent, c’est un fait incontournable.
Le second marché criminel en chiffre d’affaire, doit être combattu par tous les moyens possibles ; abroger le délit de racolage et ne pas responsabiliser les clients reviendrait à créer un appel d’air dans lequel ne manqueraient pas de s’engouffrer les réseaux mondiaux de trafic d’êtres humains.
Demain, les jeunes seront élevés dans le respect des relations humaines et d’une sexualité libre et gratuite entre personnes véritablement consentantes.

A l’évidence, la loi ne sera pas si facile à mettre en œuvre, mais elle va dans le bon sens, le seul envisageable. Bien sur, elle est perfectible, par souci de cohérence, il faudrait poser un interdit pénal plus cohérent, comme un délit sans peine d’emprisonnement.
Alors, je m’étonne des atermoiements des médias en particulier, des associations de santé communautaire également.

Pourquoi ces poncifs éculés, ces clichés assenées en boucle et jusqu’à la nausée, alors qu’il a été démontré que tous les fantasmes sur la prostitution ne tenaient pas, face aux arguments rationnels des divers spécialistes informéEs sur la question ?
Je m’interroge sur les véritables raisons d’un tel aveuglement ?
Pourquoi tant de gens qui jusqu’alors se moquaient totalement du sort des personnes prosituéEs s’acharnent à prétendre que l’abolition est un régime similaire à celui de la prohibition ?
Pourquoi l’inversion de la charge pénale, prostituéE versus client les dérange t’ils autant ?
Y aurait-il donc tant de clients en France ?
Les arguments qui visent à prétendre que les prostituéEs vont se trouver dans une plus grande précarité et clandestinité ont été déconstruits :
qui peut encore ignorer que le seul danger c’est le proxénète et aussi le client et ses violences, dans toutes les situations et les lieux possibles ?
que si la santé générale des personnes prostituéEs est déplorable c’est parce que les associations de santé communautaires comme les autorités de santé, ne s’y intéressent que sous un angle hygiéniste, en se limitant à la question de la prévention aux IST ?
Comment se fait-il que nous entendions tant de voix passéistes et conservatrices ?
Par quelles motivations sont donc animés tous ces adeptes de la prostitution, survivance patriarcale de privilèges dignes du temps jadis, quand fleurissaient les bordels à soldat ou quand l’église encourageait les hommes mariés à visiter les prostituées pour garantir la pérennité des mariages ?
Comment se fait-il que dans l’Hémicycle, une députée EELV soit applaudie à tout rompre par la droite et l’extrême droite ?

En réalité, nos députéEs viennent de réaffirmer la position abolitionniste de la France et de lui donner les moyens ce régime. C’est ce que feront aussi demain d’autres pays européens afin d’enrayer la prolifération des trafics.

Comme il est curieux de constater que les plus farouches opposants à l’émancipation des femmes et des personnes les plus vulnérables aussi, se cachent parfois là où on les attend le moins.
Cyniquement, ils n’envisagent pas, ni pour les femmes, ni pour les plus vulnérables, de meilleur avenir que cette désespérante servitude qui pourtant, n’a plus aucune raison d’être à l’époque de l’égalité.
Le vote de la loi signe le désaveu de ces « pleureuses » défaitistes.

Je remercie tous les députéEs progressistes qui pour des motivations humanistes, féministes et /ou politiques ont voté l’abolition, parfois, contre les consignes de leur formation politique.
Je remercie l’engagement de la Ministre des droits des femmes, Mme Najat Vallaud Belkacem, le courage de Catherine Coutelle, Maud Olivier, Ségolène Neuville, et de toutes les autres personnes qui se sont fortement impliquées, à commencer par Danielle Bousquet et Guy Geoffroy.
La politique, c’est œuvrer pour l’émancipation, jamais pour le maintien ou l’instauration d’un esclavage, quel qu’il soit.
L’Assemblée Nationale vient de nous offrir une belle victoire sur l’obscurantisme de la domination masculine, une belle raison d’espérer en l’avenir de l’humanité.

Christine Le Doaré

Révélation dans l’hémicycle

247583_627443000617265_1631712614_nEn ce vendredi 29 novembre 2013, j’ai passé l’après-midi dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, afin d’y suivre les débats sur la proposition de loi d’abolition de la prostitution.

Je pourrais applaudir les unEs, moquer ou critiquer les autres.
Des interventions m’ont émue, j’en ai même eu les larmes aux yeux, d’autres m’ont exaspérée, d’autres encore choquée.
En ouverture, la ministre des droits des femmes a donné un vibrant discours particulièrement persuasif et on se souviendra longtemps des courageuses députées, notamment Catherine Coutelle et Maud Olivier, qui portent et défendent la loi sans jamais faiblir.
Je suis désormais convaincue, que la pénalisation du client, qui pose un interdit, devrait en effet et comme plusieurs députéEs l’ont suggéré, consister en un délit et non une contravention. On ne peut pas qualifier une violence sexuelle d’infraction, c’est au minimum un délit, voire un crime.

Mais, ce que je vais retenir de cette journée que j’attendais depuis longtemps, c’est d’abord ce que j’ai ressenti et compris en écoutant les débats. Et cela tient en quelques mots.

Les personnes qui banalisent la prostitution, veulent la libéraliser ou en font la promotion, acceptent de facto que des femmes se soumettent à la domination masculine, et ce, qu’elles y subissent ou pas, des violences sociales et sexuelles.
La prostitution étant fortement genrée, ceci signifie sans aucun doute possible, que ces personnes ont nécessairement fait une croix sur toute possibilité d’une société d’égalité entre les femmes et les hommes.

C’est exactement là qu’est le clivage.
Bien sûr il faut aussi prendre en compte les enjeux socio-économiques de cette forme d’esclavage sexuel, à l’intersection des problématiques de sexe, classe et race, et les profits énormes qu’elle représente pour les proxénètes esclavagistes, mais ce qui m’apparait désormais très clairement, c’est que tout être humain qui se mobilise contre l’abolition de la prostitution, ne croit ni en l’émancipation des femmes, ni en l’égalité femmes-hommes, et encore moins en de nouvelles relations humaines affranchies des stigmates de la domination masculine.

Tous ces gens, hommes comme femmes, ne croient pas à une évolution favorable et féministe de l’humanité. Sinon, ils ne tolèreraient pas cet esclavage sexuel d’un sexe sur l’autre. C’est comme s’ils voulaient que les femmes payent encore et toujours, et toujours plus et à jamais. (Je sais bien qu’il y a quelques prostituéEs gays et trans, mais ça ne change rien, les clients sont toujours des hommes, seule leur orientation sexuelle est différente, et il s’agit toujours de domination sociale et sexuelle).

De quel droit ?

A mes yeux, ces personnes sont cyniques et défaitistes et je comprends désormais que c’est ce qui me pèse le plus, et même me désespère.
Même si la loi d’abolition de la prostitution passe, ce que je crois, j’ai tout de même l’intuition que la bataille pour simplement, vivre autrement ensemble, n’est pas là d’être gagnée.
Une chose après l’autre ? Allez, la loi, maintenant ! Abolition !

Christine Le Doaré

Ni « liberticide », ni « morale », la loi abolitionniste de la prostitution est POLITIQUE

prison-code-barreQuelques intellectuels et artistes prétendent que la proposition de loi d’abolition de la prostitution serait « liberticide » et « morale ».
Croient-ils vraiment qu’au 21ème siècle, une proposition de loi relative à la prostitution pourrait être « liberticide » et « morale » alors que nous vivons dans un monde de violences de toutes sortes où les représentations sexistes, l’hypersexualisation des adolescentes, la pornographie et les industries du sexe inondent en permanence toute notre culture et nos marchés économiques ? Allons-donc !

Pourquoi ces accusations d’intention « morale » et « liberticide » dans le contexte de la prostitution, alors qu’il s’agit bel et bien d’un projet POLITIQUE ?

– Considérons la question du refus de la violence sexuelle :
Les prostituées sorties de la prostitution et qui peuvent enfin en parler librement, le disent clairement : pour se prostituer il faut mettre en œuvre une distanciation, dissociation avec son corps et ce processus entraîne de lourdes conséquences sur leur santé globale.
Alors, « Liberticide », mais pour qui ? Selon vous, le droit d’abuser de la vulnérabilité des êtres acculés à la prostitution pour survivre, serait un droit humain fondamental dont vous ne devriez pas être privé ? Non, les violences sexuelles sont inadmissibles et les combattre sans la moindre complaisance relève bien d’un engagement POLITIQUE.

– Puis celle du refus de la marchandisation des corps et des vies humaines :
Le principe de non-patrimonialité des corps humains est un principe de droit fondamental. Certes, l’emprise du libéralisme sur nos vies est envahissante, mais pensez-vous vraiment qu’il faille remettre en question le droit au respect de l’intimité physique et sexuelle d’une personne, le droit à l’intégrité des êtres vivants ? « Liberticide », mais pour qui ? Qu’est-ce qui vous autoriserait, pour la plupart hommes blancs, riches et de pouvoir, à payer d’autres humains pour assouvir vos désirs sexuels ? Non, ce droit n’existe pas, le libéralisme et le patriarcat sont des systèmes d’oppression, il n’est pas « moral » mais bien POLITIQUE de leur opposer des principes de Droits Humains fondamentaux.

– Celle également du refus de toute sexualité contrainte :
Promouvoir une sexualité libre et entre adultes consentants, une sexualité partagée sans contrainte d’aucune sorte, serait-ce « moral » ou « liberticide »? Mais pour qui ? Liberticide envers ceux qui abuseraient du rapport de force, de violences physique et/ou psychologique ? Mais dans ce cas, vive la limitation des libertés et vive la morale ! Liberté à disposer de son corps, pas de celui des autres.
La prostitution aurait toujours existé selon vous ? Admettons, et alors ? Les vols, viols, meurtres également ; sont-ils pour autant autorisés ou sont-ils réprimés ? Ce qui est vieux n’est pas nécessairement mieux !
La sexualité masculine doit être réhabilitée, c’est une sexualité humaine, les hommes ne sont pas des animaux perdus dans la jungle. Les femmes ont autant de pulsions sexuelles que les hommes, pour autant elles ne sautent pas sur tout ce qui bouge autour d’elles, question d’éducation et de respect de l’autre. Les hommes en sont tout autant capables, prétendre le contraire est insultant pour le genre masculin. Défendre de telles valeurs, n’est pas moral ni liberticide mais bien POLITIQUE.

– Enfin, le refus des inégalités et de la domination masculine :
Vouloir vivre dans une société moderne d’égalité entre les femmes et les hommes, qui ne gomme pas les différences mais les place à égalité, repense la sexualité et rejette les privilèges archaïques de la domination masculine, serait « liberticide » et « moral » ? Mais pour qui ? Des hommes qui ne veulent pas lâcher prise, qui ne comprennent pas l’intérêt d’une société équilibrée ? Mais dans ce cas, tant pis pour eux, nous, féministes, femmes et hommes, qui avons compris l’intérêt d’un autre « vivre ensemble », continuerons ensemble d’avancer pour sortir des ténèbres de l’oppression des femmes et des enfants. Notre combat n’est ni moral, ni liberticide, il est éminemment POLITIQUE.

En conclusion, préférer un projet POLITIQUE de société, moderne, humaniste, féministe à des situations de « débrouille individuelle », dans leur immense majorité, contraintes et ayant des conséquences catastrophiques pour l’ensemble de la société, n’a rien ni de « moral » ni de « liberticide ».
Bien au contraire, c’est responsable et courageux. C’est POLITIQUE.
L’Etat ne peut continuer de fermer les yeux sur ces femmes, enfants et quelques hommes sacrifiés à ce qui n’est pas de la sexualité mais de la violence et du pouvoir.
Ces personnes ont pour la plupart vécu des violences sexuelles avant même l’entrée en prostitution, elles sont le plus souvent pauvres, racisées, étrangères, et vous voudriez continuer de les voir exploitées ?
L’état se doit de leur offrir d’autres alternatives et c’est justement ce que la loi d’abolition se propose de faire.
La prostitution ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais les personnes qui voudront en sortir bénéficieront d’aides. Les prostituées qui continueront, seront-elles, dépénalisées.
Enfin, les programmes de prévention et d’éducation qui seront mis en œuvre, avec le temps, valoriseront une sexualité et les relations femmes-hommes où les rapports tarifés n’auront plus leur place.
Ne rien faire, pire encore, légaliser, c’est nous proposer un projet de société mortifère, c’est nous condamner à une libération du proxénétisme comme en Allemagne, Hollande, Espagne, etc., avec 400 000 prostituéEs (contre 20 000 en France), une criminalité exponentielle, des meurtres de personnes prostituées en grand nombre, car la prostitution nourrit une traite mafieuse que plus rien ne peut endiguer.

Dans quelle société voulez-nous vivre ?
Dans un monde où les histoires pour enfants mettent en scène des petites filles hypersexualisées rêvant de vivre dans le plus grand des lupanars du Redlight district de leur ville ?
Sans nous ! Les abolitionnistes ont pour l’humanité, des projets POLITIQUES d’émancipation.
Ce qui est immoral, c’est de justifier, quel que soit l’argument, que des personnes vulnérables puissent encore au 21è siècle, être exploitées et subir la violence sexuelle de la prostitution, une forme d’esclavage qui n’a plus aucune raison d’être.

Christine Le Doaré

Ils sont inquiets, aussi, je les invite à lire la proposition de loi ; très équilibrée, elle s’appuie sur 4 domaines d’actions, alors qu’ils choisissent de ne parler que de la « pénalisation » des clients prostitueurs :
https://christineld75.wordpress.com/2013/11/08/au-fait-que-dit-la-loi-dabolition-de-la-prostitution/

Toujours dans l’intérêt du débat, il serait intéressant qu’ils s’informent de la position de la société civile sur cette question, un collectif de juges et avocats, puis de grands noms de la médecine, s’étant prononcés sur la question :
http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/12/ce-sont-les-acheteurs-de-sexe-qu-il-faut-penalise_3512622_3232.html et : http://www.lejdd.fr/Chroniques/Invite-du-JDD/Systeme-prostitutionnel-Il-est-temps-d-agir-avec-efficacite-638119

Il ne faudrait pas que tant d’inquiétude les mène eux aussi au populisme. Si même des sociologues ne sont pas à l’abri d’un tel danger, l’heure est grave :
http://www.rue89.com/2013/10/12/les-femmes-etrangeres-revent-devenir-putes-cest-ca-246484

Christine Le Doaré

Au fait, que dit la loi d’abolition de la prostitution ?

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Ressemblances et écarts entre les revendications des associations abolitionnistes et la proposition de loi Maud Olivier et Catherine Coutelle.
Une proposition de loi, qui n’est pas le calque parfait des revendications associatives, vient d’être déposée à l’Assemblée nationale. Que prévoit-elle ?

1. Les associations abolitionnistes, que revendiquent-elles ?
Un projet de société humaniste et féministe, relevant de la défense des Droits Humains et plus spécifiquement des Droits des Femmes, dont l’objectif est d’abolir d’une des formes d’exploitation les plus inhumaines qui soient, puisqu’elles consistent à payer des personnes vulnérables pour entreprendre des actes sexuels qu’elles ne désirent pas, mais subissent contre de l’argent.
Sexe, classe, race, la prostitution est à l’intersection des systèmes d’oppression et concentre un grand nombre de discriminations et de violences.
Notre projet abolitionniste s’intéresse aux personnes prostituées mais s’attaque au système prostitueur qui asservit sans aucun scrupule, des êtres humains ; proxénètes et clients, tous abusent d’une situation de vulnérabilité sociale.
Combattre la traite des êtres humains sans combattre la prostitution est illusoire, elles sont imbriquées l’une dans l’autre et se renforcent mutuellement pour répondre à la demande des clients.
L’état peut soit encourager le développement de ce marché criminel, soit prévenir, éduquer et réprimer une violence sexuelle qui ne dit pas son nom.

Le régime abolitionniste s’oppose au réglementarisme qui légalise la prostitution et fait des proxénètes des commerçants avec pignon sur rue.
Dans les pays qui ont adopté un régime réglementariste, il est impossible de distinguer prostitutions libre et contrainte et les entrepreneurs du sexe peuvent disposer comme bon leur semble, des prostituées qu’ils contrôlent.
De fait, la légalisation du « travail du sexe » implique la dépénalisation du proxénétisme.

Nous ne contestons pas les libertés sexuelles, bien au contraire, mais rejetons l’arrogance de ceux qui pénètrent l’intimité de personnes qui leur sont étrangères, contre rémunération. Nous l’affirmons : la prostitution, ce n’est pas de la sexualité mais du pouvoir et du commerce.

Les enjeux politiques de l’abolition sont au moins les suivants :
– comment garder la sexualité et l’intime en dehors de la loi des marchés et faire barrage aux dictats du libéralisme ? Comment garantir la non-patrimonialité du corps humain ?
– comment l’état et en particulier les systèmes éducatif et judiciaire doivent-il contribuer à l’égalité femmes-hommes et à l’émancipation des femmes ?
– comment l’état peut-il aider les femmes victimes de la prostitution, dont les femmes étrangères qui représentent de 80 à 90% de la prostitution en France, à envisager d’autres alternatives ?

La proposition de Loi abolitionniste Maud Olivier – Catherine Coutelle est le fruit d’une longue histoire qu’il faut, même brièvement, rappeler.
La loi de 1946 ferme les maisons closes. La France s’engage partiellement dans la voie abolitionniste. Certes, elle combat le proxénétisme mais pénalise les prostituées qui pourtant sont les victimes du système ; elle se garde d’inquiéter les clients prostitueurs qui génèrent la demande et entretiennent la traite, nourrissant des trafics et des violences, qui sans eux, n’existeraient pas.
La Suède dés 1999 devient le 1er pays abolitionniste à interdire tout achat de « service sexuel ». Elle reconnait aux personnes prostituées un statut de victime du système prostiteur et ne pénalise que le client, espérant par l’éducation, la dissuasion et la sanction, progressivement juguler la demande et parvenir à l’égalité. .
A partir des années 2000 plusieurs textes internationaux appellent à décourager la demande, mais la France, plutôt que de responsabiliser les clients, avec la LSI de 2003, renforce la pénalisation des seules personnes prostituées.
A l’évidence, la politique française en matière de prostitution, est incohérente.
Puis en 2012, un Rapport Parlementaire «Prostitution, l’exigence de responsabilité, pour en finir avec « le plus vieux métier du monde » « qui résulte d’un échange entre associations abolitionnistes et parlementaires, est déposé par les députés Danielle Bousquet et Guy Geoffroy. L’APPEL Abolition 2012 est lancé puis repris au plan européen avec l’APPEL de Bruxelles.
Un réseau de « survivantes de la prostitution » émerge et permet aux anciennes prostituées de témoigner et de s’engager.
La mobilisation est lancée, la Proposition de loi Olivier – Coutelle, est son aboutissement.

Chez les abolitionnistes tout le monde s’entend pour défendre au moins les 4 constats et revendications suivantes :
– la violence est inhérente à l’activité même de prostitution, par conséquent, il est impératif de ne pas faire des victimes les coupables et d’abroger le délit de racolage.

– les personnes prostituées qui le souhaitent, doivent pouvoir quitter la prostitution, c’est le rôle de l’état de les y aider ; un arsenal social de mesures d’aide doit être mis en œuvre ; les personnes étrangères doivent être régularisées, obtenir un titre de séjour lorsqu’elles dénoncent leur proxénète et veulent sortir de la prostitution

– pour avancer vers l’égalité femmes-hommes, il faut éduquer à l’égalité et contre le sexisme, mais aussi prévenir le risque prostitutionnel. Il faut responsabiliser les clients prostitueurs et pas seulement lorsque les prostitué-s-s sont mineurs, et donc éduquer et sanctionner tout acte d’achat sexuel.

– il faut encore renforcer la lutte contre la traite et le proxénétisme, il y a trop peu de procès, souvent bâclés. Trop peu d’ONG se constituent partie civile. La confiscation systématique des biens du proxénétisme doit être mise en œuvre et bénéficier aux victimes et aux associations pour les programmes de réinsertion. C’est la prostitution qui nourrit le proxénétisme et la traite, les deux sont indissociables.

Le projet abolitionniste est vaste ; concentrons-nous sur les personnes étrangères qui représentent en France, l’immense majorité en France des personnes prostituées et sur celles en situation de précarité.
Clandestinité, sécurité, contamination, sont les mots qui reviennent en boucle dans les arguments des opposants à l’abolition. Pourtant, à y regarder de plus prés :

Sur la question de la contamination au VIH-Sida et plus globalement de la santé :
Les réglementaristes qui mettent en avant les risques sanitaires de l’abolition passent sous silence tout un ensemble de problématiques comme si la santé et en particulier, la santé sexuelle, se résumait à la seule prévention aux IST.
Selon la définition de l’OMS, la santé sexuelle est « Un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social ». Les droits sexuels des personnes doivent être protégés, les relations sexuelles appréhendées de façon positive, comme des relations épanouissantes et libres de toute contrainte et/ou violence.
En matière de santé sexuelle, les droits des victimes de la traite sont à l’évidence, implacablement bafoués, mais la situation est-elle tellement plus enviable pour celles et ceux qui se prostituent « librement » ?
Ce n’est pas la conclusion des travaux des Docteures Salmona et Trinquart, selon elles, « la décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle est un obstacle majeur à l’accès aux soins ».
De façon générale, l’état de santé des personnes prostituées qui vivent un stress permanent est fortement dégradé. Le taux d’IST, dont VIH et hépatites, est bien supérieur à celui de la moyenne, le nombre de clients refusant le préservatif étant en constante augmentation.
Les traumatismes psychiques sont aussi importants que les atteintes physiques, et ils vont perdurer longtemps après la sortie de la prostitution car des années de dissociation et d’anesthésie émotionnelle, auront installé une forte mésestime de soi.
Les témoignages recueillis par les associations, font état de problèmes gynécologiques, grossesses non désirées, de nombreuses addictions, de dépressions, syndromes post-traumatiques (PTSD), de phobies sociales, de pathologies d’ordre psychiatrique, et en général, d’une sexualité détruite, etc.

Selon le rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales), le taux de mortalité est 2 fois plus important pour les femmes qui se prostituent dans la rue.
Ce qui est nouveau dans le Rapport 2012 de l’IGAS c’est la prise en compte de la responsabilité des clients prostitueurs, comme auteurs de violences et vecteurs de contamination aux IST dont le VIH.
Il s’agit bel et bien d’une prise de conscience importante car jusqu’alors les politiques de santé publiques faisaient porter la responsabilité sur les seules personnes prostituées, relayées en cela par les associations de santé communautaires qui pensent bien opportunément que normaliser la prostitution peut suffire à régler le problème de la contamination au VIH-SIDA.
Reconnaitre enfin que le client est considéré comme responsable de l’échec de la politique de réduction des risques est un progrès.
A l’évidence, les complications sont encore pires pour les femmes étrangères qui veulent se soigner.

Sur les questions de clandestinité et de sécurité : La question de la clandestinité est tout aussi instrumentalisée par les réglementaristes que celle des risques sanitaires.
L’immense majorité des personnes prostituées vit dans un monde de violences quotidiennes. Les coupables sont d’une part les proxénètes (des proches ou des réseaux) ; mais aussi les clients qui considèrent légitime de payer pour un rapport sexuel imposé, sans parler des vols, des nombreuses agressions morales, physiques et sexuelles, sans oublier les meurtres.
Meurtres qui d’ailleurs, sont en augmentation, dans les pays réglementaristes tel l’Allemagne.
Sur le plan de la stricte sécurité, que la rencontre ait lieu dans la rue ou sur Internet, que l’acte sexuel tarifé se produise dans un appartement, une ruelle, une voiture, une plage ou au fond d’un bois, dans tous les cas, le risque consiste bel et bien, à se trouver seul-e, à la merci du ou des clients, de ses exigences et de sa violence potentielle.
Prétendre, comme le fait le STRASS*, que la pénalisation des clients entrainerait plus de clandestinité alors que la prostitution présente en permanence un danger et de multiples atteintes à l’intégrité, est aberrant.
Mais entraîner des personnes prostituées à se mobiliser contre la pénalisation des clients, comme si leurs destins étaient liés, et alors que cette mesure renversera le rapport de force entre prostitué-e-s et clients, l’est plus encore.
Aujourd’hui, les personnes prostituées qui sont pénalisées, ne peuvent porter plainte contre les agresseurs, demain, leur dépénalisation et la pénalisation des clients inverseront la charge pénale. C’est le client qui en situation d’infraction, devra se tenir à carreau.

Sur les questions de clandestinité et de régularisation (titre de séjour) :
Rappelons que la prostitution, en France, c’est surtout entre 80 et 90% de femmes étrangères, racisées, immigrées, déplacées, etc.
A de rares exceptions prés, ces femmes ne sont pas en France de leur plein grés. Jusqu’ici, elles étaient livrées à leur sort dans la plus grande indifférence.
Aussi, reconnaître la gravité de leur situation, les aider à dénoncer les proxénètes et à s’engager dans un parcours de sortie de la prostitution, à être régularisées par la Préfecture parfois, etc., toutes ces mesures prévues par la Proposition de loi, même si elles ont besoin d’être précisées et améliorées, constituent une estimable avancée.
A l’évidence, ce dispositif n’a de sens que doublé de mesures sociales et d’aides efficaces (formation, lieux d’accueil, emploi…).
Nous avons bien l’intention de nous assurer que les mesures de la proposition de loi seront le plus possible en adéquation avec les attentes et besoins des personnes prostituées.
Il nous semble d’ores et déjà important d’insister sur le recours au droit d’asile lorsque des persécutions ont été commises à l’étranger et se poursuivent en France. Si des personnes ont activement tenté d’échapper à l’emprise de réseaux, elles devraient, de plein droit, pouvoir bénéficier du statut de réfugiée.
Il nous semble également hasardeux de lier l’octroi d’une carte de résident-e à la condamnation du proxénète, le plus souvent insaisissable.
Enfin, le dispositif prévu pour l’octroi du titre de séjour temporaire et pour son renouvellement nous semble insuffisant.

Les auteurs de la proposition de loi ne sont pas des spécialistes, elles et ils ont procédé à des études, enquêtes et auditions, et savent de quoi elles et ils parlent, mais des auditions ont permis de perfectionner le texte qui par le jeu des amendements, pourra encore évoluer.
En outre, la proposition de loi prévoit un processus d’évaluation, il est donc possible de considérer que cette première étape sera évaluée, revue, toute politique étant perfectible.
Dans tous les cas, seule une mobilisation constante permettra de répondre aux difficultés rencontrées par les personnes en situation de prostitution, une loi seule ne pourra tout régler, elle n’est que le début d’un immense chantier à mener à bien.

2. Regardons de plus prés, la résolution et la proposition de loi déposées par la Commission au Droits des Femmes, à l’Assemblée Nationale
L’exposé des motifs contient notamment des constats et des principes :

des constats établis par la commission, j’en retiens 3 :

– « 20 000 personnes prostituées environ, dont 85 % de femmes. À l’inverse, 99 % des clients sont des hommes. La prostitution est donc un phénomène sexué. »

– « Un renversement historique s’est produit en l’espace de dix ans : seulement 20 % des personnes prostituées dans l’espace public étaient de nationalité étrangère en 1990, elles en représentent aujourd’hui, et depuis les années 2000, près de 90 %. Les pays d’origine (Roumanie, Bulgarie, Nigeria et Chine principalement) démontrent l’emprise croissante des réseaux de traite sur la prostitution. »

– « Toutes les études s’accordent sur le fait que les personnes prostituées sont victimes de violences particulièrement graves qui portent atteinte à leur intégrité physique et psychique. »

également 3 des principes énoncés :

– « Celui de la non-patrimonialité du corps humain, qui fait obstacle à ce que le corps humain soit considéré comme une source de profit. »

– « Les agressions sexuelles, physiques et psychologiques qui accompagnent souvent la prostitution, et la répétition fréquente d’actes sexuels non désirés, portent atteinte à l’intégrité des personnes prostituées. »

– « Enfin, ce phénomène contrevient au principe d’égalité entre les sexes. En effet, même s’il existe une prostitution masculine, les clients sont en quasi-totalité des hommes ».

Ces constats et principes sont globalement les mêmes que ceux des associations.

L’exposé des motifs contient ensuite les articles de loi commentés, je ne retiens ici que les plus marquants et ceux que des associations veulent améliorer :

Le chapitre premier concerne les moyens d’enquête et de poursuite des auteurs de la traite des êtres humains et de proxénétisme.

La lutte contre les sites Internet hébergés à l’étranger est un point intéressant de ce chapitre :

L’article premier a pour objet de faire respecter notre législation relative au proxénétisme. Ainsi, le I de l’article premier propose que lorsque des sites internet hébergés à l’étranger, contreviennent à la loi française contre le proxénétisme et la traite des êtres humains, les fournisseurs d’accès internet devront empêcher l’accès à leurs services.

-Le chapitre II améliore la protection et l’accompagnement global dont peuvent bénéficier les victimes de la traite et du proxénétisme, et de la prostitution. Il réforme les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il prévoit plusieurs dispositions en matière de logement, de revenu de substitution, de protection et de réparation aux victimes de traite et du proxénétisme, ainsi que l’abrogation du délit de racolage public. Il crée enfin un parcours de sortie de la prostitution.

L’article 3 de ce chapitre ouvre le droit, à toute personne victime de la prostitution, de bénéficier d’un système de protection et d’assistance, assuré et coordonné par l’administration en collaboration avec les divers services d’insertions sociales. Un parcours de sortie de la prostitution est proposé aux victimes de la prostitution qui en font la demande auprès d’une association compétente et agréée à cet effet.

L’article 6 modifie l’accès à un titre de séjour pour les personnes étrangères victimes de traite des êtres humains ou de proxénétisme.
Cet article prévoit :
qu’un étranger victime de la traite ou de proxénétisme qui cesse l’activité de prostitution et qui est pris en charge par une association agrée peut se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour ou APS, de 6 mois,
et
qu’un étranger victime des mêmes infractions qui témoignerait ou porterait plainte contre ces infractions pourra voir le titre de séjour provisoire de 6 mois renouvelé jusqu’à la fin de la procédure.

Des associations abolitionnistes considèrent important d’insister sur la nécessité que l’APS soit dans les deux cas de plein droit et que dans le cas de la personne prostituée qui témoignage ou porte plainte, soit alors attribué un titre de séjour temporaire renouvelable « Vie privée et familiale ».

L’article 13 transpose les dispositions de la directive 2011/36/UE du Parlement européen. Il abroge donc le délit de racolage prévu par l’article 225-10-1 du code pénal qui sanctionne les personnes prostituées, qu’il convient de protéger plutôt que d’interpeller.

-Le chapitre III concerne l’action de prévention et d’information qui incombe aux pouvoirs publics pour réduire à l’avenir le recours à la prostitution, notamment par la prévention destinée aux élèves de l’enseignement secondaire, plus particulièrement du lycée.

-Le chapitre IV instaure une interdiction d’achat d’acte sexuel en créant une contravention sanctionnant le recours à la prostitution. La France a ratifié les traités internationaux reconnaissant la prostitution comme une violence. Depuis 2002, le recours à la prostitution de mineur ou de personne présentant une particulière vulnérabilité est un délit. Sanctionner l’acte de recours à la prostitution, c’est se placer dans la continuité des législations ayant criminalisé le viol et fait du harcèlement sexuel une infraction correctionnelle : l’objectif est toujours de soustraire la sexualité à la violence et à la domination masculine.

L’article 16 procède à la création d’une contravention de cinquième classe sanctionnant le recours à la prostitution d’une personne majeure. Ces faits seront ainsi punis d’une amende de 1 500 euros. Le texte prévoit la récidive contraventionnelle de ces faits, qui seront alors puni de 3 000 euros.

Des associations abolitionnistes considèrent important d’insister sur le fait que la catégorie pénale retenue ne devrait pas être l’infraction, mais plutôt le délit. Un délit dont la sanction ne serait pas une peine de prison, ce que le Code Pénal prévoit dans certains cas.
En effet, un délit peut ne pas être puni d’une peine de prison, mais d’une amende.
En revanche, mettre sur le même plan d’infraction une violence sexuelle et une infraction au code de la route ou par exemple, au fait de jeter un papier parterre, ne nous semble pas approprié.

En conclusion : La proposition de loi déposée va bien dans le sens du projet abolitionniste souhaité par les associations. Elle constitue un espoir pour de nombreuses personnes concernées et pour la société féministe d’égalité et de progrès dans laquelle nous voulons vivre.
Toutefois, elle est perfectible et devra tenir compte des modifications et ajouts raisonnables demandés par des associations, afin de produire véritablement les effets attendus.
Enfin, la loi d’abolition n’est que le début de la reconnaissance par la société française de l’existence des violences sexuelles faites aux filles et aux femmes, également à des personnes Trans. et à quelques hommes gays. Ce n’est que le début d’une prise de conscience des risques prostitutionnels intolérables que font courir des situations de précarité et de vulnérabilité sociale et psychologique.

Christine Le Doaré

N° 1437
_____
ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
QUATORZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 10 octobre 2013.
PROPOSITION DE LOI
renforçant la lutte contre le système prostitutionnel,
(Renvoyée à une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)
présentée par Mesdames et Messieurs
Bruno LE ROUX, Maud OLIVIER, Catherine COUTELLE, …
députés.
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*STRASS : Syndicat des travailleurs du sexe

Revenir aux fondamentaux.

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Revenir aux fondamentaux.
« Liberté de choix » ou double peine ?

En écoutant Jean-Michel Carré sur France Inter, j’ai réalisé que lui, comme tous ceux qui font l’apologie du principe de liberté individuelle absolue, aboutissent souvent à cautionner les pires déviations et systèmes d’exploitation, des femmes en particulier.
Jean-Michel Carré était invité le 30 avril dernier sur France-Inter pour parler de son dernier documentaire sur la Chine. Ce cinéaste est aussi l’auteur « Des travailleurs du sexe », documentaire pro-réglementariste qui selon moi, fait l’apologie d’une « libre » prostitution. Alors j’écoutais avec intérêt pour tenter d’en savoir plus sur sa personnalité et ses centres d’intérêt.

Il s’est présenté comme libertaire et ancien maoïste ce qui selon moi est contradictoire puisque les libertaires prônent une liberté absolu et la négation de tout principe d’autorité et de contrainte, alors que Mao a instauré un système autoritaire digne des pires dictatures.
Il a n’a pas hésité à dire que nous n’étions pas fondés à parler des Droits de l’Homme en Chine ni à leur donner de leçon car nous traitons mal les Roms. Certes, cependant, la nuance est tout de même de taille entre ne pas traiter comme nous le devrions les Roms chez nous, et maintenir à l’échelle d’un pays tout entier, une dictature corrompue et brutale !

Il a ensuite expliqué qu’il était « maoïste libertaire » parce qu’il voulait vivre la libération sexuelle de 68 et qu’il se sentait toujours concerné par la lutte contre le patriarcat. La fameuse « libération sexuelle de 68 » ! Bien sûr, les femmes en ont bénéficié mais, nombreuses sont celles qui ont fini par l’admettre, la libération sexuelle bénéficiait surtout aux hommes, les femmes se devaient d’être en permanence disponibles et enthousiastes, sinon considérées comme coincées. Libération sexuelle oui, mais dans les limites du système patriarcal qui n’avait pas disparu pour autant. Monsieur Carré, elles ne vous ont pas dit en 68, que la sexualité était libre, gratuite et désirée ?!

Le système patriarcal, Jean-Michel Carré le défend d’ailleurs efficacement avec sa propagande pour le « travail du sexe ». Tout comme Mao n’était pas un libertaire mais un dictateur, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, mais bien la plus vieille arnaque patriarcale, puisqu’elle vise à maintenir un quota de femmes (et de quelques hommes pour satisfaire une minorité homosexuelle) sacrifiées aux exigences sexuelles et aux besoins de domination des hommes. Dans leur immense majorité, ces femmes sont de classes défavorisées, racisées et /ou ont subi des violences sexuelles dans leur enfance. Merci monsieur le maoïste libertaire de leur réserver la plus belle place dans nos sociétés !
Et puis, comment faites-vous pour nous parler de la Chine sans nous dire que ce pays a commis le plus grand massacre génocidaire de toute l’histoire de l’humanité en éliminant plusieurs dizaines de millions de femmes, et en en déportant d’autres dizaines de millions à des fins de mariage forcé et de prostitution ?

Mais Jean-Michel Carré n’est pas le seul dans ce cas ; ils sont très nombreux les hommes et les femmes aussi, qui considèrent que la liberté de choix prime et que si quelques femmes disent : » je veux être « pute », » j’ai choisi la prostitution », il faut le croire et s’en contenter, voire même en déduire que c’est le cas du plus grand nombre d’entre elles. Rassuré-e-s, ils peuvent se rendormir sur leurs deux oreilles, ainsi va le monde et si des femmes se prostituent c’est parce qu’elles aiment ça, en ont rêvé, une vocation, en sorte. En outre, quelle aubaine, vu que l’égalité femmes-hommes c’est tout de même une utopie et qu’il faudra toujours des femmes dont les hommes pourront disposer !

Je me demande parfois ce qui les empêche de voir l’égocentrique violence de cette opinion ? Comment font-ils pour, au nom du principe du « libre choix », cautionner les pires exploitations et violences ?
Comment font-ils pour ignorer que personne, jamais, n’est libre complètement, ni de son corps, ni de ses envies, ni de sa vie ? Notre cadre de vie dès la naissance, nos rencontres, nous font et nous défont constamment. Les institutions sont déterminantes, l’enseignement, les valeurs républicaines et/ou religieuses, politiques, syndicales sont des moules. Bien sûr chaque personne dispose d’une marge de manœuvre et fera des choix tout au long de sa vie, des choix cruciaux, mais toujours dans un cadre collectif et jamais en dehors du regard des autres et des codes des groupes d’appartenance et/ou de rejet. Un « sans abri » est aussi libre que moi, mais de quoi est-il ou elle libre exactement ? Suis-je aussi libre que d’autres qui détiennent des moyens que je n’ai pas (âge, revenus, formation, qualifications, réseaux, etc.) ?

Dans bien des situations, ce n’est pas la liberté qui protège les personnes, en particulier les personnes vulnérables ou fragiles, c’est la loi, le cadre social, les références culturelles et »morales », etc. Eriger le principe de liberté absolue en système politique, me semble, bien que je sois farouchement attachée à ma liberté, infantile et égocentrique.
Au nom d’un principe de « libre choix » dont la réalisation est parfaitement hypothétique, les gens qui justifient, maintiennent, renforcent le système prostitueur au nom du « libre choix », en réalité, se font les complices d’un système d’exploitation et de violences inouïes qui génèrent d’énormes profits et une criminalité toujours plus importante. La double peine ne leur fait pas peur, puisqu’ils la légitiment par la « liberté de choix ». Ainsi ils peuvent condamner en leur âme et conscience celles et ceux qui ont eu le mauvais goût de naître dans les basses classes, ont été victimes d’un accident de la vie, ont subi des violences sexuelles dans l’enfance, ou ont été victimes d’un proxénète ou d’un réseau, à se prostituer pour tenter de s’en sortir.

Ces « libertaires » et révolutionnaires aux contradictions effarantes sont les mêmes qui encouragent l’émergence des micro-identités, toutes les micro-libertés devant être promues. C’est aussi le cas dans le mouvement homosexuel devenu Mouvement L, G, B, T, Q, I, A, etc. ; à chaque fois qu’une poignée de personnes a une spécificité bien à elle et juge être plus gravement discriminée que les autres, il faut ajouter une lettre et sinon subir un constant harcèlement. Les droits de la lettre L (lesbiennes) sont toujours amplement ignorés par le Mouvement LGBTQIA… mais il faut prioriser, par exemple, les droits des I (Intersexués).
Ce principe de saupoudrage est le même pour toutes les catégories, de genre/sexe, mais aussi religieuses, ethniques, etc. Les micro-identités peuvent diviser les forces, seules les personnes concernées s’intéressant à leur micro-problème, pendant ce temps-là, d’autres ne se gênent pas pour continuer d’exploiter et opprimer massivement les populations !

Le plus important surtout, c’est de bien gommer qu’il y a toujours la moitié de l’humanité qui vit sous domination masculine, qu’il y a des systèmes d’oppression économique majeurs, etc. J’ai relevé de telles dérives, particulièrement en matière d’égalité de Genre : les études de genre, les Droits des femmes, ne devraient plus seulement être féministes et porter sur l’analyse et la déconstruction du système patriarcal, mais prendre en compte les droits des Trans. , les questions de genre n’étant plus seulement comprises comme une problématique d’égalité femmes-hommes mais comme une déconstruction du genre au profit d’un « troisième genre ». La question est intéressante mais ne devrait pas pour autant gommer les luttes féministes. Pourtant c’est bien ce qui se passe et l’on glisse d’une lutte contre les violences de masse du genre masculin à l’encontre du genre féminin, vers une problématique minoritaire, celle des personnes Trans. Comme si les rapports sociaux de sexe n’existaient plus, comme si l’écrasante majorité de la population n’était pas toujours pas plongée dans la dichotomie d’un monde dans lequel les femmes et les hommes n’ont toujours pas la même valeur ni la même place. Les personnes Trans. rencontrent en effet des discriminations avant, au cours de leur parcours de transition, et après (papiers d’identité conformes, etc.), ces problèmes doivent être adressées et résolus, mais pas au détriment des luttes féministes. Pourtant, même au niveau européen, les programmes et agendas des Gender issues (Egalité de genre) sont perturbés par la place disproportionnée accordée à des questions touchant des micro-communautés. Des conférences féministes sont sabotées par des trans./queer activists. Mon propos n’est pas de dire que les minorités n’ont pas de problèmes qui ne doivent pas être adressés bien entendu, mais que les équilibres doivent être maintenus et les efforts proportionnellement consentis.

Des jeunes LGBT, mais pas seulement, sont séduits par ces dérives issues des théories queers. Ils peuvent s’isoler un temps des réalités sociales, vivre entre eux, prétendre s’affranchir des rapports sociaux de sexe, choisir le genre qui leur convient, celui du « milieu ». Ils seront rattrapé-e-s par les réalités sociales, les plus lucides en tireront les conclusions qui s’imposent, mais certains tenteront d’imposer leurs revendications et plutôt que de contribuer à déconstruire le système patriarcal et la domination masculine en reconnaissant aux femmes le droit de s’organiser de façon autonome et prioritaire, s’attaqueront aux féministes, comme les queers trans-activistes qui ont cette année compromis la tenue d’une conférence féministe radicale, au Royaume-Uni.

L’instrumentalisation, la mise en valeur, la prolifération de micro-communautés au détriment d’une lutte de masse contre les systèmes d’oppression dominants, qui en bénéficie sinon le système patriarcal et ses bénéficiaires ? Jean-Michel Carré, tous les chantres de la « liberté de choix «, dans une société phallocrate et dépolitisée, en utilisant de la sorte ce concept de liberté, qu’ils en soient conscients ou non, empêchent les femmes de s’organiser pour revendiquer et obtenir l’abolition du patriarcat.

Ce qui m’étonne encore le plus c’est que tant d’intellectuels les cautionnent ; faut-il qu’ils aient démissionné devant l’indigence et la démagogie de ce « prêt à penser » ! Notre société de consommation, d’apparences et d’indifférences, malade de son individualisme, vide de sens collectif, encourage ceux qui sous couvert de subversion, contribuent au maintien et renforcent les systèmes de domination.

Il va pourtant bien falloir sortir de cet éclatement qui profite aux systèmes et revenir aux fondamentaux.

Christine Le Doaré

Mariage pour tous, la nausée

Du «mariage pour tous» à toutes les sauces et jusqu’à la nausée». Chaque jour, des articles, des déclarations, des vidéos, des photos, des pétitions,  et autant dans un sens, que dans l’autre.

Les pour, les contre, les qui changent d’avis ; chacun-e avec son style et ses arguments ; qui n’a pas contesté, défendu, témoigné ?

On ne pourra pas dire que le débat n’a pas traversé la société française ! Seulement voilà, ce débat est on ne peut plus chaotique, la faute à qui ?

Nous le savions, ce ne serait pas une partie de plaisir. La France est un vieux pays patriarcal, particulièrement conservateur.  Les notables, les dignités religieuses et les politiques y sont avares de leurs privilèges.

Sans surprise, les alliances se sont formées, contre l’égalité des droits ; l’homophobie et le sexisme sont des valeurs sûres, surtout en période de crise économique.

Le gouvernement Ayrault quant à lui, a tenu sa promesse électorale et déposé le projet de loi prévu, comprenant le mariage et l’adoption ; le projet adopté par le Conseil des ministres va maintenant suivre le circuit parlementaire habituel.

Néanmoins, dés le début, les hésitations étaient perceptibles, elles s’expriment désormais ouvertement.

Benoît Hamon vient de déclarer qu’il ne veut pas «instituer un droit à l’enfant» et que donc la PMA (Procréation médicalement assistée) ne devrait pas figurer dans le texte sur «le mariage et l’adoption pour les personnes de même sexe».

La PMA n’est pas dans le texte de loi, mais pourrait y être ajoutée par le biais d’un amendement. C’est ce que souhaite notamment Dominique Bertinotti qui plaide pour une «belle loi sociétale», alors que Jean-Marc Ayrault l’a déjà laissé entendre, une loi complémentaire ou loi famille serait déposée à l’automne prochain.

Pour ne pas perdre le cap, faisons le point !

L’égalité des droits ne fait pas l’unanimité, c’est entendu.

Ses farouches opposants sont sur le pied de guerre, c’était attendu ; mais heureusement, ils ne représentent qu’eux-mêmes et ne sont plus aux affaires. Ne leur donnons pas l’importance qu’ils n’ont pas,  cessons de scruter et relayer la moindre de leurs réactions. Nous n’allons tout de même pas nous épuiser à vérifier leur aptitude à l’ignorance, la discrimination et même la haine ?! La loi sera adoptée, ignorons-les. Dans quelques années, ils seront rétrospectivement aussi ridicules, qu’ils l’ont été au moment du vote du PaCS.

Le gouvernement et plus généralement le PS, ne sont pas aussi convaincus, enthousiastes  et généreux que nous l’espérions ? C’est noté.

En même temps, il était aisé de l’anticiper, l’histoire de la difficile adoption du PaCS n’est pas si lointaine !

(Confier à Lionel Jospin, orgueilleux et conformiste protestant, un rapport sur la rénovation de la vie publique, alors que de tant de nouveaux talents ne demanderaient pas mieux que de s’impliquer, est assez révélateur des limites que s’impose le gouvernement Ayrault ! )

Ce gouvernement cafouille, il va pourtant falloir faire avec et trouver les moyens de l’encourager à conclure. D’autant plus que les français eux, sont majoritairement favorables au mariage et à l’adoption.

Je ne vois que deux solutions possibles, elles se valent, peuvent se justifier l’une comme l’autre et aboutiront aux mêmes conséquences. Dans les deux hypothèses, les lesbiennes et les gays qui sont mobilisés depuis des décennies ne baisseront les bras qu’une fois l’égalité parfaite achevée.

Soit, première hypothèse, le gouvernement se montre frileux, avance en deux temps mais de manière cohérente : il commence par une première loi sur le mariage – statut du couple -, puis dans un second temps et dans le cadre d’une loi famille parachève légalité en proposant l’adoption et la PMA ; il travaille avec conviction, cohésion, méthode et un calendrier précis ;

soit, seconde hypothèse, il fait preuve d’un courage politique à la hauteur des enjeux -nous parlons tout de même d’égalité républicaine, pas d’outrepasser des droits -, et il adopte dans un seul élan une loi complète qui répare le déficit d’égalité, avec le mariage, l’adoption et la PMA.

Mais surtout, il cesse de bafouiller, patauger et de se ridiculiser ainsi.

L’égalité des droits ne se morcèle pas plus qu’elle ne se mendie.

Toute cette surenchère autour du mariage pour tous génère un niveau de saturation rarement atteint, alors, sans tarder, incitons notre gouvernement à choisir une bonne fois pour toutes, laquelle de ces deux stratégies il va suivre.

Christine Le Doaré


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