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Mon genre, ton genre, mais quel genre ?

sans-titreEn France, tout le monde ou presque se jette à corps perdu dans la polémique sur le genre, mais personne, jamais, ne parle tout à fait, de la même chose.

Je le réalise une fois de plus ce matin en écoutant sur France Inter, François Ozon présenter son dernier film dont le personnage principal est un travesti. Avec Augustin Trapenard, il parle donc de genre et de féminité.

Ozon dit s’intéresser aux femmes car elles restent un mystère, aussi, parce qu’il ne fait pas un cinéma d’action et « qu’on attend des hommes, plus de l’action ».

« On » c’est qui ? L’action aux hommes et la sensibilité aux femmes ?

Ozon pense questionner le genre, oui, mais de quelle façon quand il nous ressert les clichés habituels d’hommes qui, et ce quelle que soit leur orientation sexuelle, pensent le genre d’un point de vue masculin.

Dans « Jeune et jolie », déjà, il met en scène une très jeune femme qui se prostitue comme on irait le dimanche après-midi, faire un tour en forêt, sans que jamais, elle ne nous dise pourquoi.

Pourtant, la question de la prostitution des jeunes est un sujet de société particulièrement inquiétant qui relève plutôt de la protection de l’enfance en danger et de la situation des femmes, que d’une romance éthérée et non problématisée.
Mais revenons au genre.

La manifpourtous dénonce une diabolique « théorie du genre » instrumentalisée dans le seul but de maintenir les privilèges de genre, c’est-à-dire la domination masculine sur les femmes.

Ses partisans ont bien compris que le seul danger en réalité est l’égalité femmes-hommes ; eux, tiennent à maintenir des familles traditionnelles avec une répartition des rôles bien établie qui implique des femmes soumises.

Pour la France réactionnaire, résister à la « théorie du genre », en réalité, c’est se battre contre le féminisme et ses combats pour l’égalité et pour un autre projet de société.

Les théories queers, les gays, les trans. et plus généralement le mouvement LGBT parlent en réalité bien moins d’égalité entre les femmes et les hommes que de confusion des genres.

Théoriquement, c’est intéressant d’abolir les genres, explorer le champ des possibles et tacler les frontières entre les sexes biologiques et les constructions sociales des genres féminin et masculin.

Mais n’est-ce pas un peu comme vouloir devenir champion cycliste avant même d’avoir retiré les petites roues du tricycle ?

Depuis le temps que les théories Queer existent, ne faut-il pas se demander à qui cela sert en réalité quand personne dans ces mouvements, ne travaille sérieusement sur la domination masculine ?

Confrontées à la réalité sociale de nos sociétés hyper-genrées qui entretiennent volontairement les stéréotypes sexistes pour inférioriser et asservir les femmes, ces théories ne servent en réalité, pas à grand-chose.

D’ailleurs, les gays qui n’ont que le mot genre à la bouche, le dissocient parfaitement des luttes féministes et rendent bien trop souvent, mauvais service aux femmes, avec leurs représentations hyper sexistes et hyper sexualisées des femmes.

Leurs icones, égéries, marraines préférées sont toujours des femmes dignes des couvertures de Playboy.

Une vraie femme, à leurs yeux, est souvent une femme-clichée, mode, sexe et glamour, affublée de talons hauts, maquillée et à moitié nue, sinon, c’est une lesbienne et les lesbiennes, ils s’en moquent assez.

En réalité, ils n’ont pas commencé le moindre travail de déconstruction des stéréotypes sexistes, ce qui les intéresse, c’est de ne pas être eux, limités à leur sexe ni genre, et pouvoir s’approprier quand ils le souhaitent, et sous leur contrôle, les caractéristiques dites « féminines ».

En revanche, savoir ce que les femmes – féministes – pensent de la « féminité » comme construction et contrainte sociales, ne les intéresse pas le moins du monde.

Respecter les différences entre les sexes, ne pas en déduire de supériorité ni infériorité, ne pas les hiérarchiser et donc déconstruire les genres sociaux et leurs assignations, rien de tout ceci n’a véritablement été exploré.

Dans le domaine des Etudes de genre, sont volontiers niés :

  • Les effets de la domination masculine à l’œuvre dans les sphères universitaires, intellectuelles et médiatiques. Comment croire dans ce cas, que les droits et libertés des femmes ne soient pas lésés ?

Quels sont les liens entre les Etudes de genre et les représentations Queer hyper-sexualisées des femmes, valorisant les rapports de domination/soumission, la prostitution et autres fantasmes masculins, à la plus grande satisfaction des très vaillantes et lucratives industries du sexe ?

  • Les combats féministes contre des discriminations et violences spécifiques, pour l’égalité et pour la promotion d’autres valeurs de vie en société.

Si les féministes ont longtemps été solidaires des LGBT et le sont encore, le plus souvent, l’inverse n’est pas vrai, ces derniers ne s’investissent pas ou très peu pour les droits des femmes et n’hésitent même plus à les mettre en péril, en particulier dans les domaines qui relèvent de l’appropriation de leurs corps (GPA/prostitution…).

A l’extrême, des trans-activistes, dans les pays anglo-saxons, mais également chez nous, s’autorisent à interdire violemment à des féministes de prendre la parole et même à organiser des conférences non-mixtes.

Alors parler de genre, du genre, quel genre, ton genre, mon genre ?

Il est urgent de revenir aux fondamentaux et de définir des priorités utiles.
En tant que féministe, parler du genre, reste et restera, tant que la situation des femmes ne se sera pas améliorée, à peu près partout sur cette planète (éducation, salaires, santé, violences, violences conjugales, viols, féminicides, etc.), parler de l’abolition de la domination masculine, un point c’est tout.

Christine Le Doaré

Pourrait-on débattre de la GPA ? Oui. Et du patriarcat ?

IMG_3006photo Manifpourtous octobre 2014

topicLa grande confusion LGBT

Pourrait-on parler de la GPA ? Oui, on pourrait ; mais pourrait-on également parler du patriarcat et de la domination masculine ? C’est moins sûr.

D’ailleurs, y a déjà eu nombre de débats sur la GPA et toute personne souhaitant s’informer sur la question dispose de nombreux matériaux (débats et nombreux écrits, thèses et anti-thèses).

En ce qui me concerne, en 2011, j’écrivais déjà ce texte, de l’intérieur du mouvement LGBT, à l’époque présidente du Centre LGBT Paris :

https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

Depuis, je n’ai pas changé de position, je l’ai affirmée, confortée par nombre de faits et de témoignages, de plus en plus interloquée par les arguments cyniques et parfois fantaisistes présentés par les pro-GPA.

Pour le fond du débat je renvoie donc au texte ci-dessus.

Mon intention dans ce nouveau texte est seulement de montrer à quel point le débat est dévoyé par des arguments spécieux et fallacieux.

Les partisans de la GPA en appellent désormais à l’origine des temps, prétendent que la GPA a toujours existé et que la Vierge Marie symbolise la première « mère porteuse » de l’histoire.

S’il faut en passer par la fin des temps pour avoir un débat, c’est tout de même un peu compliqué, d’autant plus qu’à cette époque-là, la vie des femmes n’était pas très reluisante, libre arbitre et libre choix n’étaient pas des concepts très en vogue.

A l’époque, la peine de mort et l’esclavage étaient aussi ordinaires, faudrait-il les réhabiliter ?

En appeler à la bible pour défendre des revendications que l’on assimile d’ailleurs à tort, à une égalité de droits entre hétérosexuels et homosexuels, ( la GPA est interdite pour tout le monde), est pour le moins, déconcertant.

La légendaire générosité féminine remise au gout du jour ? « Plus près de toi mon dieu » ?

C’est touchant, mais comme déconstruction du genre et promotion de l’égalité femme-homme, il y a mieux.

Et puis surtout, un peu de bon sens, s’il vous plait !

Marie, mise enceinte sans y avoir consenti (en soi, c’est tout de même glauque), a élevé et vécu avec « son fils ».

Comme mère porteuse, on fait mieux !

Pour rappel une mère porteuse, ou gestatrice, remet l’enfant à la naissance, à ses bénéficiaires.

Autre argument contestable : les français seraient majoritairement en faveur de la GPA.

Oui, c’est aussi le cas pour la peine de mort ; ils sont aussi de plus en plus nombreux à plébisciter le FN, etc.

Si les françaisEs, dans leur majorité, étaient féministes, ça se saurait !

Allons-donc, si de tous temps la GPA a existé, c’est bien parce que nous sommes dans une société patriarcale et que les « Livres saints » sont un des moyens de l’imposer en opprimant les femmes.

En outre, les quelques GPA familiales, amicales, phénomènes ultra-marginaux, ne sont pas en cause ; en revanche, la généralisation de la GPA, marchandisation de l’humain et exploitation de la capacité de reproduction des femmes, est impensable.

La GPA est un artifice qui permet de ne pas s’embarrasser d’une relation et d’acheter sur le marché, comme n’importe quel autre produit prêt à l’emploi, un enfant porté à terme par une inconnue.

Le problème malgré tout c’est que les femmes ne sont pas des unités de production.

Etre favorable à la GPA c’est, comme pour la prostitution,  cautionner la conjonction parfaite des oppressions de genre, de classe, et de « race », d’un libéralisme décomplexé.

Les féministes ne peuvent pas oublier une des raisons d’être majeures du système patriarcal : s’approprier les corps et vies des femmes, afin de contrôler la reproduction.

Ce sont les femmes qui enfantent, par conséquent, contrôler leur sexualité et la reproduction, est indispensable pour s’assurer une descendance à laquelle transmettre ses gênes et son patrimoine.

Le pire encore, c’est qu’à force de parler d’égalité des droits pour la GPA et de tenter de passer en force, les gays compromettent l’extension de la PMA, aux lesbiennes et aux femmes célibataires. Aveuglés par la poursuite de leurs objectifs, ils sont parvenus à associer ce qui pourtant ne se compare en rien.

En outre, la PMA, que l’on y soit favorable ou pas, relève bien de l’égalité de droits puisque les femmes hétérosexuelles en couple peuvent, elles, y avoir recours. Le gouvernement, semble t’il,  attend l’avis du comité national d’éthique.

Les lesbiennes des collectifs mixtes consentent à être instrumentalisées, c’est dommage.

Tout ceci est préjudiciable au mouvement LGBT qui en est tout de même rendu, à amalgamer à la Manifpourtous,  le gouvernement, qui a bien voté le Mariagepourtous et votera probablement la PMA !

Je ne soutiens pas spécialement ce gouvernement qui n’honore pas ses promesses politiques, de là à cautionner des mensonges éhontés.

Dans tous les cas, se proclamer solidaires des lesbiennes pour mieux placer la GPA, n’est pas digne.

Ne pas être solidaires des femmes sur la question de la GPA et plus généralement ne pas se positionner contre la marchandisation de l’humain (Ceci est également vrai pour la question de prostitution portée aux revendications de Marches des Fiertés l’an dernier), c’est se compromettre dans des alliances malsaines et trahir des alliées objectives historiques.

Si ce n’est pas le comble de la mauvaise foi politique pour un mouvement de libération, de conforter le système patriarcal jusqu’à  envisager l’exploitation d’un groupe social encore plus opprimé que le sien !

Contester, c’est risquer être la cible d’amalgames ignobles, des gays n’hésitant plus à insulter les féministes qui s’opposent à la GPA et à la prostitution, en les accusant de soutenir la Manifpourtous !

C’est tout de même invraisemblable, en 2014, au nom de la famille, de l’enfant et de la normalisation sociale, de devoir faire face ainsi à un double front machiste et conservateur :

– le front des pro-GPA qui promeuvent l’exploitation de la fonction reproductrice des femmes,

–  celui des réactionnaires familialistes lesbophobes et homophobes de la Manifpourtous.

Le rassemblement hétéroclite de la Manifpourtous, communiant dans le rejet de l’autre, défile derrière des mots d’ordre absurdes, violemment sexistes, mais aussi, derrière une banderole sur laquelle on peut lire « l’Humain n’est pas une marchandise ».

Pourtant, il ne faut pas prendre ce slogan au pied de la lettre, ces arriérés ne sont en réalité, en rien, opposés à la prostitution ni au trafic d’êtres humains.

Féministes, progressistes, réaffirmons que l’émancipation des femmes passe par la maîtrise de leurs corps et de leurs vies et en aucun cas par une quelconque marchandisation ni de leurs sexualités, ni de leurs fonctions reproductrices.
IMG_3007photo prise lors de la Manifpourtous octobre 2014

Christine Le Doaré

Le feu ça brûle !

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Il n’était pas difficile d’imaginer que dimanche 24 mars, « la manif pour tous » des opposants à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ne se déroulerait pas, sans mal.

Un mélange hétéroclite de français avait rendez-vous, autant pour rejeter le mariage pour tous, que la politique du gouvernement. A les regarder de prés, autant de conservateurs « bon teint » et « bon enfant », juste un peu sexistes, comme ceux qui offrent des poupées et des jupons roses aux fillettes et des camions et de la layette bleue aux garçonnets à Noël, que de déterminés réactionnaires, bien marqués UMP, croyants moralisateurs, sans oublier, à l’extrême, des membres du FN, des catholiques intégristes, tendance GUD ou Civitas.

Ce mouvement est financé et coordonné, comme tous les mouvements. Par qui et comment, c’est plutôt confus et la plupart des associations membres du collectif n’ont pas d’existence légale.
Ce qui est clair en revanche, c’est que dimanche, ils n’ont pas été débordés, ils ont organisé ces débordements. En effet, des autocollants appelant à investir les Champs-Elysées avaient été apposés en masse les jours précédents.
Pourtant, ils le savaient pertinemment, les Champs-Elysées, n’étaient pas sur le parcours autorisé par la préfecture. Ils appelaient donc sciemment les manifestants, hommes, femmes, enfants, à bafouer la loi, à leurs risques et périls. En France, le parcours d’une manifestation est négocié avec la préfecture, ensuite, les organisateurs s’engagent en le signant. Les forces de l’ordre ont certes pour mission de garantir aux manifestants de défiler librement et selon les modalités convenues, sans être importunés par des contre-manifestants notamment, mais elles doivent également veiller à ce que les manifestants remplissent leur partie du contrat et défilent paisiblement, sur le parcours prévu.

Des membres de l’extrême droite, du GUD et autres, ont tenté de déborder les organisateurs eux-mêmes, puis le dispositif policier. Les images parlent d’elles-mêmes, approchant de la Place de l’Etoile, ils ont insulté et frappé des CRS, tout en incitant des manifestants à les suivre, y compris ceux qui étaient accompagnés d’enfants pour s’en servir comme boucliers ; les CRS ont riposté en lâchant des gaz lacrymogènes. Ce n’est certes pas glorieux, mais c’est la règle. Personne ne va comme ça à l’Elysée, même en prenant l’espace public pour un vaste théâtre où dérouler un script pathétique « Versaillais debout, défendons nos privilèges », rehaussé d’une Marseillaise bramée entre deux tirs de gaz lacrymogène !
Qui à gauche, n’a pas un jour, été aspergé par ces gaz, lors d’une manifestation étudiante ou autre ? Il faut vraiment faire partie du peuple de droite pour ne pas savoir comment les forces de l’ordre font respecter la loi !

Une telle mauvaise foi est confondante, seule une population privilégiée et à l’abri des avatars des luttes de classe pouvait tomber dans un tel panneau. Qu’elle s’en prenne aux organisateurs imprévoyants et qui pour faire nombre, se sont compromis dans des alliances honteuses.

En revanche, quand Mme Boutin demande le lendemain de la manifestation, le retrait de la loi, on se demande si les gaz n’ont pas quelque peu atteint son cerveau ?! Allons voyons, Madame, reprenez-vous et plongez vous dans votre Constitution ! Pour quelles raisons, le Parlement devrait-il renier son vote ou le gouvernement l’annuler ? C’est tout simplement grotesque et vous le savez. C’est le propre même du fonctionnement démocratique de nos institutions et dans notre pays, la rue n’a jamais gouverné.
Mme Boutin, rappelez-vous que vous avez perdu les élections, que les chambres sont souveraines et que même si 300 000 personnes dans la rue, ce n’est pas quantité négligeable, ça ne représente jamais qu’une infime partie des électeurs et de l’opinion publique.

Mais surtout, souvenez-vous que l’opinion publique française est favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, elle s’est exprimée à de nombreuses reprises sur la question ; elle a voté à gauche aux dernières élections et pour un programme qui comportait bien cette mesure. Dites-vous bien que les français n’ont pas envie d’être ridiculisés en Europe ni dans le monde ; ils n’assumeront pas cette réputation de pauvres bigots, rétrogrades, couards, incultes, que vous leur faites ; vous croyez vraiment que nos concitoyens sont assez misogynes et homophobes pour cautionner une telle inégalité des couples devant la loi ?

Et puis voyez-vous, cette carte, vous l’avez déjà jouée, à l’époque du PaCS. Vous nous avez alors mis la France à feu et à sang, avec une homophobie et lesbophobie indignes d’un pays qui s’est si longtemps revendiqué exemplaire en matière de défense des Droits Humains. Vous recommencez, et pourtant vous le savez, ce n’est qu’une question de temps, ce texte sera adopté, mieux encore, personne ne reviendra dessus et dans quelques années vous prétendrez l’avoir soutenu.

Dimanche, dans cette pathétique et désespérée manifestation de force, toute la droite s’est discréditée. Elle était prévenue, seul l’irréparable pouvait être commis.

Vite, la loi !

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Non à l’amplification de la mobilisation anti-égalité – l’égalité des droits n’est qu’une étape vers l’abolition du patriarcat !

Vivement que la loi soit votée et le mariage ouvert aux couples sans distinction de leur orientation sexuelle ! Vivement que l’adoption ne soit plus réservée aux seules personnes ou couples hétérosexuels et que les lesbiennes et les femmes célibataires aient accès à la PMA ! Parce que ce déballage indécent d’ignorance, de bêtise, de mépris et de haine, ça suffit ! Parce que l’égalité des droits n’est qu’une étape dans une société civilisée et que les vrais enjeux d’une société libérée du système patriarcal sont ailleurs.

Nous sommes en 2013 et en France, république laïque où une large majorité est favorable à l’égalité des droits ; alors pourquoi amplifie-t-on à ce point, la mobilisation des anti-égalités ?

En Espagne, en Belgique (Monarchie catholique) et ailleurs, tout le monde n’était pas favorable à cette évolution ; des débats ont eu lieu, les opposants se sont exprimés puis ils s’en sont remis à leurs députés. Depuis, aucun pays n’a pas eu à se plaindre de ce progrès et plus personne n’en parle. Alors, que se passe-t-il chez nous ?

Comme ailleurs, les religions du livre se déchirent, mais lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts patriarcaux, elles sont particulièrement zélées pour s’allier sur le dos de leurs boucs émissaires de toujours, les femmes, les lesbiennes et les gays. Circonstances aggravantes, en France, bien plus qu’ailleurs en Europe, les voix des religieux modérés et progressistes peinent à se faire entendre et c’est très préjudiciable. Les religieux, les plus intégristes d’entre eux en tête, sont à l’évidence responsables de toute cette violence homophobe et lesbophobe (surtout l’église catholique, en perte de vitesse et qui joue son vatout), mais les croyants progressistes devraient apprendre à s’exprimer plus vite, plus fort et plus nombreux. Pourquoi, par exemple, Christine Pedotti, intellectuelle catholique, co-fondatrice du Comité de la Jupe, a-t-elle mis autant de temps avant de publier un bel article sur la question (1). ?

Chez nous comme ailleurs, les partis politiques s’affrontent, mais en France, la droite a compris qu’elle pouvait effacer les dégâts du duel Copé-Fillon en récupérant la mobilisation qu’elle transforme en contestation contre le gouvernement Hollande. L’extrême droite quant à elle ne manque jamais une occasion d’enfoncer le clou et d’en découdre, ses milices fascisantes en tête !
Mais le gouvernement Hollande a aussi sa part de responsabilité, il aurait facilement pu éviter de lourdes maladresses ; il aurait dû dès le début, choisir sa stratégie et s’y tenir, placer la PMA dans un autre texte ou pas, etc. Surtout, il aurait dû faire preuve de plus de courage politique plutôt que de devoir défendre sa loi, une fois les opposants organisés et galvanisés par des médias complaisants.
Dans l’ensemble, nos députés ont très peu suivi l’audition du 12 décembre qui devait les éclairer sur l’application du texte en Europe ; ceci explique peut-être pourquoi les français se sentent obligés d’assurer le débat à leur façon ! Nos politiques portent une immense responsabilité dans ce débat honteux et qui nous ridiculise à l’étranger.

Les médias français depuis de nombreuses années n’ont plus les moyens de creuser leurs sujets. Ils privilégient les témoignages plus ou moins superficiels. Ils n’hésitent pas à harceler les représentants associatifs, non pas pour leur donner la parole (ce qu’ils ne font que rarement ou en situation de crise), mais pour qu’ils leur trouvent le témoin rêvé ! Ils vont parfois jusqu’à fabriquer la polémique s’ils considèrent que l’audience sera au rendez-vous ; de la même façon, ils minimisent voire ignorent les sujets qu’ils jugent peu vendeurs. Quand ils traitent une question, il leur faut toujours présenter des opposants, quitte à donner la parole à des personnes qui ne représentent qu’une pensée ou position ultra-minoritaire et déséquilibrer le débat. Les médias français ont donné une ampleur inégalée aux voix des homophobes, vous connaissez beaucoup de sujets de société qui donnent lieu à une couverture médiatique de cette ampleur ? La manifestation contre le mariage pour tous du 13 janvier a donné lieu à un suivi du cortège mètre par mètre, minute par minute, sur les chaines TV et les radios, etc., et sans beaucoup d’analyse ni de commentaires critiques. Le journalisme spectacle dans toute sa splendeur, les mêmes que ceux qui se contentent de filmer les plumes dans le cul à la Marche des Fiertés, et même si les plumes c’est beau !

Allègrement manipulée par ces forces réactionnaires démagogiques, nourrie au journalisme-spectacle, une partie de la population française, peut-être aussi pour oublier la crise économique, se berce d’illusions et avale les mensonges les plus éhontés ! Elle fantasme à cœur joie sur la famille idéale, celle que personne n’a jamais vue ! Comme par enchantement, disparus les difficultés, les divorces, les violences conjugales, les maltraitances sur enfants, les viols, les incestes, etc. ! Papa, maman, les petits et l’harmonie parfaite, ils veulent y croire ! Seulement voilà, ils savent bien, et pour cause, que la famille hétérosexuelle n’est pas si glorieuse, alors le plus sûr moyen, c’est encore de diaboliser l’autre, l’homosexuel-le qui forcément ne peut que faire pire ! Seulement voilà, l’autre, mis à part son orientation sexuelle, n’est en rien différent, ni pire, ni meilleur.

En France, il paraît que nous aimons le débat, oui, surtout quand il a lieu au « café du commerce » ou à la TV-gueuloir, quand il est irrespectueux, violent et qu’il ne mène à rien de bien constructif ! Il faudrait peut-être nous inspirer d’autres comportements avant de nous fossiliser dans nos traditions ? Il est amplement temps de se demander où sont passées les valeurs de notre république laïque, et à quelle égalité, fraternité-sororité, sa devise fait référence ? A l’évidence la mobilisation anti-égalité ne fera pas plier le gouvernement et la loi sera votée. Mais le bien mauvais débat français aura soulevé tant d’homophobie et de lesbophobe, on peut se demander si la célébration de cette victoire historique à venir, n’est pas déjà un peu gâchée.

L’égalité des droits n’est qu’une étape sur le chemin de l’abolition du patriarcat.

Alors, oui, vivement le vote de la loi, parce que non seulement nous allons devoir nous apaiser après tant de violences, mais pendant que nous nous acharnons à justifier l’adoption d’une légitime égalité des droits, nous disposons de moins de temps et d’énergie pour tout le reste !
En outre, si l’égalité des droits n’est pas négociable, défendre le mariage pour tous, c’est aussi défendre le mariage. Je sais bien que personne ne sera obligé-e de se marier et que tout le monde aura le choix, néanmoins, je l’avoue, je suis fatiguée de devoir, au nom de l’égalité des droits, défendre une institution conservatrice. Je ne suis, par exemple, pas favorable au système des aides sociales basées sur l’interdépendance du couple, je considère qu’une société moderne a remplacé ce système archaïque et sexiste en individualisant les aides et minimas sociaux. Les valeurs traditionnelles du mariage, du couple, de la famille avec l’enfant programmé, bien souvent prolongement de soi ou ciment du couple, programme prétendument indispensable au bonheur et surtout toute la pression sociale que ce schéma patriarcal impose, ne m’ont jamais convaincue. Ces modèles du couple et de la famille sont vitaux pour le système patriarcal constitué de rapports de pouvoir, ils génèrent des sociétés terrorisées de violences et ce ne sont pas quelques couples de même sexe mariés qui y changeront quelque chose. Les véritables enjeux et espoirs de changement sont ailleurs. L’égalité des droits est une étape incontournable dans une société civilisée, rien d’autre ; c’est déjà beaucoup, mais c’est tout.

Christine Le Doaré

1. http://www.huffingtonpost.fr/christine-pedotti/mariage-pour-tous-les-femmes-vont-se-reveiller-avec-une-sacree-gueule-de-bois_b_2463349.html?utm_hp_ref=france


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