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Fêter l’égalité citoyenne, se mobiliser pour l’égalité réelle !

4d0b6d1f8296150ad74f4af9df82f3c723 avril 2013, c’est fait ! Quelle histoire ! Des années de luttes associatives pour l’égalité des droits et si près du but, alors que tout semblait acquis, une violente vague d’homophobie que personne n’avait imaginée aussi tenace.

Personnellement, ce n’est pas tant l’égalité matrimoniale que je veux fêter, car l’institution du mariage m’importe peu, mais cette étape enfin franchie vers l’égalité des droits et une acceptation citoyenne formelle, des personnes homosexuelles. L’égalité des droits et des devoirs républicains supposait, dans des conditions identiques, l’ouverture au mariage, au divorce et à l’adoption pour les couples de même sexe.

Une injustice est réparée. Pour autant, je doute que cette loi change fondamentalement nos valeurs et notre culture profondément patriarcale. Le fait d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe aura peut-être des conséquences positives sur l’institution et l’ensemble de la société mais rien n’est moins sûr. L’institution est conservatrice, contraignante et de moins en moins prisée. Les français vont s’habituer à voir des couples de même sexe se marier et n’en parleront plus guère dans quelques années. Ce qui serait intéressant, c’est que des gays ou des lesbiennes en se passant la bague au doigt, éprouvent et désarment le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, qui gangrènent profondément notre société.

En effet, une bonne partie de l’opinion publique française, par ignorance ou par peur des différences a toujours beaucoup de mal à considérer l’homosexualité comme aussi simple et ordinaire que l’hétérosexualité. Si la réaction, orchestrée par une UMP méprisant les institutions républicaines, complice des exactions de l’extrême droite, a pu atteindre une telle ampleur, c’est bien parce que pour tant de gens, une personne homosexuelle ne vaut pas tout à fait une personne hétérosexuelle et d’ailleurs, il y a fort à parier, que marié-e-s ou pas, beaucoup de gays et de lesbiennes, dans leur famille, sur leur lieu de travail ou dans l’espace public, continueront de subir des discriminations, du rejet et parfois des violences.

J’ai milité des années pour l’égalité des droits car je juge inadmissible que des citoyens soient différentiés sur la seule base de leur orientation sexuelle et j’exige une acceptation et reconnaissance pleine et entière de l’homosexualité, néanmoins j’ai toujours été consciente que mon engagement féministe était plus déterminant pour parvenir à une société d’égalité réelle entre les personnes.
Tant que notre société ne se sera pas libérée de la domination masculine qui engendre le sexisme et l’homophobie, tant que le système patriarcal n’aura pas été vaincu, rien ne changera vraiment, en profondeur.

C’est tellement vrai qu’à la « Une » des journaux aujourd’hui, on ne parlait que de mariage GAY, ni par exemple, de mariage ouvert aux couples de même sexe, ni de mariage des gays et des lesbiennes ; et quasiment toutes les photos ou dessins publiés représentaient des couples d’hommes. Parce que malgré tout, dans une société phallocrate ce qui compte surtout c’est ce que vivent les hommes. Comme toujours, l’invisibilisation des lesbiennes est pour ainsi dire totale. Le mouvement LGBT en est bien responsable, lui qui peine tant à mettre la lutte contre le sexisme au cœur de la lutte contre les LGBTphobies.
Le mouvement homosexuel a bénéficié de la solidarité des féministes, à l’avenir, les lesbiennes et plus globalement les femmes, pourront-elles compter sur lui pour abolir le système patriarcal ? L’avenir nous le dira.

Ce 23 avril 2013, une étape est franchie, arrachée à une triste adversité grâce à un gouvernement déterminé, alors sachons l’apprécier et la fêter comme il se doit. N’oublions pas aussi de remercier les pionniers et les pionnières qui à l’époque se battaient dans une société ouvertement et fièrement homophobe. Enfin, admettons que ce n’est qu’une étape, d’autres luttes pour une égalité réelle et décisive, restent à gagner.

Christine Le Doaré

Avec ou sans récupération politique, le 23 avril, c’est « mariagepourtous » !

-Mardi 23 avril, pour les personnes LGBT et tous les progresssistes, ce sera un jour à marquer d’une pierre blanche ! Ce jour-là les institutions du mariage et du divorce seront aussi ouvertes aux couples homosexuels et lesbiens. Il aura fallu des décennies de luttes au mouvement LGBT pour parvenir à ce résultat, cette dernière année n’étant que la partie immergée d’un combat de longue haleine et d’un espoir soutenu, porté par un grand nombre de militant-e-s depuis les années 90. Pourtant, et c’est bien le plus choquant de l’histoire, personne ne s’attendait à ce que l’ouverture du mariage aux couples de même sexe serait aussi laborieux à obtenir, en France, en 2013.

Dans l’hémicycle, la gauche s’est montrée à la hauteur, portant haut et fort le projet de loi ; le gouvernement aura tout de même quelque peu tardé à dénoncer officiellement, les violences homophobes. En revanche, à droite, rien ne nous aura été épargné, ni l’ignorance, la mauvaise foi, l’irresponsabilité, ni la haine de l’extrême droite avec ses groupuscules fascisants du GUD et de CIVITAS prêts à tout pour jouer du bâton. Tous ces débordements, toute cette violence aura été le fait d’extrémistes comme l’intégriste catholique Christine Boutin et d’obscures personnalités en quête d’éclairage médiatique comme Frigide Barjot. Ils auront su mobiliser dans leur sillage des opposants, pour l’essentiel issus des milieux catholiques, les autres religions n’étant pas en reste, et de la droite bien pensante.

L’instantanéité de l’information et sa multiplication exponentielle par les réseaux sociaux auront considérablement amplifié ce phénomène d’opposition à une mesure que plus de 80% de l’opinion publique, soutient pourtant. En effet, la majorité représentative nationale tout comme l’opinion publique ont toujours et très majoritairement en faveur du projet de loi. Bien sûr il y a des homophobes en France et les nombreuses associations LGBT n’ont pas fini de lutter contre les LGBTphobies, discriminations et violences ; ni de déployer un travail pédagogique de fond et à long terme pour faire évoluer les mentalités. Les pouvoir publics auront certainement pris conscience de l’importance de les soutenir plus encore et de prendre en charge une partie de cette lourde charge.
A l’évidence, dans un tel contexte, les opposants mobilisent toujours plus et surtout de façon plus visible et spectaculaire que ceux qui attendent une mesure légitime et soutenue par une immense majorité.
Aussi, organiser des contre-rassemblements et manifestations de personnes favorables au projet était-il périlleux car si les gens se mobilisent plus facilement contre les mesures qu’ils jugent injustes, ils sont moins enclins à le faire pour une nouvelle disposition. En outre, sur ce sujet précis, la plupart des personnes concernées et leurs soutiens, ne pensaient pas que l’opposition se radicaliserait autant.
Avant le vote des deux assemblées parlementaires, il était judicieux de mobiliser et rassembler les personnes favorables au projet de loi. Si ce n’était pas indispensable à son adoption, il était utile de rappeler l’attachement des personnes LGBT et des citoyen-ne-s de notre pays à ce projet et surtout de dénoncer l’homophobie nauséabonde qui se manifestait à l’occasion.

En revanche, une fois la loi acquise, c’est-à-dire votée par les deux assemblées et n’étant plus qu’une formalité pour la seconde lecture à l’Assemblée Nationale, prendre le risque de rassemblements d’une ampleur prévisible bien inférieure à la mobilisation des opposants fortement radicalisés, c’est prendre le risque de ne rien démontrer de bien convaincant mais c’est aussi donner l’occasion de nouvelles violences aux extrémistes qui n’attendent que ça pour s’illustrer dans des actes inqualifiables.

Ceci relève d’une stratégie politique et associative. Vaut-il mieux attendre mardi et le vote solennel qui sera, que l’on soit ou non favorable au mariage en général, l’occasion d’une immense fête pour l’égalité des droits ou vaut-il mieux mobiliser à nouveau contre les opposants qui de toute façon ont perdu, avec tous les risques prévisibles ? Personnellement mon choix est fait, mais je comprends bien que d’autres puissent avoir un avis différent.

En tous cas et cela ne me surprend pas, ce n’est pas le choix qu’a fait Act-Up et quelques groupuscules qui en début de semaine, appelaient à un nouveau rassemblement dimanche. A ce moment précis du processus, c’est-à-dire à deux jours du vote solennel, je ne comprends vraiment pas à quoi ce rassemblement peut servir. Manifestation contre manifestation, surtout quand le nombre n’est pas en faveur de ceux qui pourtant ont toute légitimité à revendiquer, on a bien vu où ça menait.
En outre, selon moi, c’est le rôle des fédérations représentatives et qui ont mené à bien la lutte pour l’adoption de ce projet de loi, de proposer puis conduire une stratégie gagnante.
Il est très difficile de ne pas remarquer que ces fédérations, sachant qu’elles avaient la loi pour elles, n’étaient pas à l’origine, partie prenante de cette initiative mais ont fini par s’y rallier, probablement pour ne pas être en reste ni être accusées, bien à tort d’ailleurs, de faiblesse ; elles qui pourtant, ont effectué tout le travail de fond.

Dans les milieux politiques et associatifs, il y a toujours des groupes et/ou des personnes qui avec opportunisme, savent récupérer sur le fil, les fruits d’un travail. Dans le cas d’Act-Up, n’est-ce pas là l’occasion rêvée de se refaire une crédibilité LGBT alors que l’association, en perte de vitesse, n’est pas franchement représentative du Mouvement LGBT ? Difficile d’évaluer son bilan en matière de lutte contre le sida, les contaminations au VIH-Sida étant toujours aussi problématiques dans les populations gays et trans, mais elle n’en n’est pas la seule responsable ; en revanche, elle s’est beaucoup transformée ces dernières années, adoptant des pratiques qui ont été dernièrement dénoncées dans le texte publié à l’étranger : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/.

Pour beaucoup de féministes, et pas seulement, elle passe pour un modèle de misogynie. La lutte contre l’homophobie doit passer par la lutte contre le sexisme, mais Act-Up préfère se concentrer et s’illustrer dans des actions communes avec le STRASS.
Samedi dernier encore, ses militants jetaient du faux sang partout sur le trottoir devant la Machine du Moulin rouge où avait lieu la convention « Abolition citoyenne de la prostitution » du 13 avril, pour tenter d’impressionner les femmes prostituées qui courageusement avaient pris la décision de venir témoigner, ces femmes qu’ils prétendent représenter mais musèlent constamment dés qu’elles ne défendent pas leurs thèses néolibérales et patriarcales sur la prostitution. 11 membres du STRASS et d’Act-Up, leur co-présidente salariée en tête, tentaient d’impressionner les 500 participant-e-s venus s’engager pour un projet qu’Act-Up comme le STRASS s’acharnent à dénaturer et discréditer violemment.
Ils rabâchent sans cesse et malgré toutes les évidences, les mêmes mensonges, à savoir que le projet abolitionniste c’est la prohibition de la prostitution, alors que c’est justement l’inverse : les abolitionnistes veulent eux-aussi, l’abrogation du délit de racolage, mais également des alternatives sociales et économiques à la prostitution, des mesures d’éducation et de pénalisation du client prostitueur afin de les conscientiser à l’égalité femme-homme, au respect de la personne humaine et à une sexualité libre et hors des lois du marché, et enfin, des mesures de lutte sans merci contre la traite et les réseaux qui inondent nos trottoirs.
Tout le projet est exposé avec transparence sur ce blog : http://abolition13avril.wordpress.com/2013/04/17/systeme-prostitueur-apres-labolition-citoyenne-labolition-legislative/
Et puis, la liberté dont ils nous parlent, qu’elle est-elle ? La liberté d’exploiter, d’aliéner, de briser des femmes au nom d’une prétendue « créance » patriarcale à la sexualité ? Et toute cette souffrance pour enrichir qui ?

Les thèses patriarcales et néolibérales d’Act-Up sont préjudiciables aux femmes. Alors si nous sommes habitué-e-s à la récupération politique de ceux qui sont habiles à ramasser les lauriers que d’autres ont semés et pouvons dans certains cas et notamment quand l’intérêt collectif l’exige, faire preuve d’indulgence, vis-à vis de tels soutiens de l’exploitation des femmes, pour moi, c’est non et ce sera toujours non, d’autant plus si ça ne présente aucun intérêt stratégique.

Bien entendu, l’important n’est pas là. Ce qui compte c’est que le mardi 23 avril et même si beaucoup reste à faire, toutes les générations de militant-e-s qui ont œuvré à cet objectif, toutes les lesbiennes et les gays de ce pays, s’approcheront un peu plus de l’égalité des droits en France.

Christine Le Doaré

Le feu ça brûle !

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Il n’était pas difficile d’imaginer que dimanche 24 mars, « la manif pour tous » des opposants à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ne se déroulerait pas, sans mal.

Un mélange hétéroclite de français avait rendez-vous, autant pour rejeter le mariage pour tous, que la politique du gouvernement. A les regarder de prés, autant de conservateurs « bon teint » et « bon enfant », juste un peu sexistes, comme ceux qui offrent des poupées et des jupons roses aux fillettes et des camions et de la layette bleue aux garçonnets à Noël, que de déterminés réactionnaires, bien marqués UMP, croyants moralisateurs, sans oublier, à l’extrême, des membres du FN, des catholiques intégristes, tendance GUD ou Civitas.

Ce mouvement est financé et coordonné, comme tous les mouvements. Par qui et comment, c’est plutôt confus et la plupart des associations membres du collectif n’ont pas d’existence légale.
Ce qui est clair en revanche, c’est que dimanche, ils n’ont pas été débordés, ils ont organisé ces débordements. En effet, des autocollants appelant à investir les Champs-Elysées avaient été apposés en masse les jours précédents.
Pourtant, ils le savaient pertinemment, les Champs-Elysées, n’étaient pas sur le parcours autorisé par la préfecture. Ils appelaient donc sciemment les manifestants, hommes, femmes, enfants, à bafouer la loi, à leurs risques et périls. En France, le parcours d’une manifestation est négocié avec la préfecture, ensuite, les organisateurs s’engagent en le signant. Les forces de l’ordre ont certes pour mission de garantir aux manifestants de défiler librement et selon les modalités convenues, sans être importunés par des contre-manifestants notamment, mais elles doivent également veiller à ce que les manifestants remplissent leur partie du contrat et défilent paisiblement, sur le parcours prévu.

Des membres de l’extrême droite, du GUD et autres, ont tenté de déborder les organisateurs eux-mêmes, puis le dispositif policier. Les images parlent d’elles-mêmes, approchant de la Place de l’Etoile, ils ont insulté et frappé des CRS, tout en incitant des manifestants à les suivre, y compris ceux qui étaient accompagnés d’enfants pour s’en servir comme boucliers ; les CRS ont riposté en lâchant des gaz lacrymogènes. Ce n’est certes pas glorieux, mais c’est la règle. Personne ne va comme ça à l’Elysée, même en prenant l’espace public pour un vaste théâtre où dérouler un script pathétique « Versaillais debout, défendons nos privilèges », rehaussé d’une Marseillaise bramée entre deux tirs de gaz lacrymogène !
Qui à gauche, n’a pas un jour, été aspergé par ces gaz, lors d’une manifestation étudiante ou autre ? Il faut vraiment faire partie du peuple de droite pour ne pas savoir comment les forces de l’ordre font respecter la loi !

Une telle mauvaise foi est confondante, seule une population privilégiée et à l’abri des avatars des luttes de classe pouvait tomber dans un tel panneau. Qu’elle s’en prenne aux organisateurs imprévoyants et qui pour faire nombre, se sont compromis dans des alliances honteuses.

En revanche, quand Mme Boutin demande le lendemain de la manifestation, le retrait de la loi, on se demande si les gaz n’ont pas quelque peu atteint son cerveau ?! Allons voyons, Madame, reprenez-vous et plongez vous dans votre Constitution ! Pour quelles raisons, le Parlement devrait-il renier son vote ou le gouvernement l’annuler ? C’est tout simplement grotesque et vous le savez. C’est le propre même du fonctionnement démocratique de nos institutions et dans notre pays, la rue n’a jamais gouverné.
Mme Boutin, rappelez-vous que vous avez perdu les élections, que les chambres sont souveraines et que même si 300 000 personnes dans la rue, ce n’est pas quantité négligeable, ça ne représente jamais qu’une infime partie des électeurs et de l’opinion publique.

Mais surtout, souvenez-vous que l’opinion publique française est favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, elle s’est exprimée à de nombreuses reprises sur la question ; elle a voté à gauche aux dernières élections et pour un programme qui comportait bien cette mesure. Dites-vous bien que les français n’ont pas envie d’être ridiculisés en Europe ni dans le monde ; ils n’assumeront pas cette réputation de pauvres bigots, rétrogrades, couards, incultes, que vous leur faites ; vous croyez vraiment que nos concitoyens sont assez misogynes et homophobes pour cautionner une telle inégalité des couples devant la loi ?

Et puis voyez-vous, cette carte, vous l’avez déjà jouée, à l’époque du PaCS. Vous nous avez alors mis la France à feu et à sang, avec une homophobie et lesbophobie indignes d’un pays qui s’est si longtemps revendiqué exemplaire en matière de défense des Droits Humains. Vous recommencez, et pourtant vous le savez, ce n’est qu’une question de temps, ce texte sera adopté, mieux encore, personne ne reviendra dessus et dans quelques années vous prétendrez l’avoir soutenu.

Dimanche, dans cette pathétique et désespérée manifestation de force, toute la droite s’est discréditée. Elle était prévenue, seul l’irréparable pouvait être commis.

GPA, depuis quand l’Etat Français cède t-il au chantage par voie de circulaire ?

3263163Le discours d’introduction prononcé par Mme Taubira à l’occasion de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, est à classer parmi les plus inspirés des discours politiques de notre époque contemporaine.

Christiane Taubira a fait un sans faute et tous ceux qui hurlaient à l’erreur de casting il y a quelques mois de cela, en sont restés époustouflés, oubliant de s’excuser au passage. Mais, il faut bien le dire, la circulaire Taubira sur la GPA* gâche quelque peu le tableau.

S’il y a un sujet qui divise les personnes et associations LGBT, c’est bien celui de la GPA. L’inter-LGBT, fédération représentative, a d’ailleurs renoncé à prendre position en 2012 et à l’inscrire à son corpus revendicatif.

Précisons tout d’abord que la circulaire Taubira ne légalise pas la GPA en France ; elle prend des mesures pour régulariser à postériori, la situation des enfants nés à l’étranger d’une mère porteuse, quand la ou les personnes qui se déclarent parent-e-s, sont françaises. Précisément, elle demande aux tribunaux de ne plus refuser de certificats de nationalité française pour les enfants nés de mères porteuses à l’étranger. Il est donc faux de dire que cette circulaire réglemente désormais la GPA sur le territoire français ; cependant, elle l’encourage à l’étranger en accordant systématiquement aux enfants, la nationalité française.

En effet, cette circulaire, qui tombe au plus mauvais moment, ouvre une brèche. Prendre une telle circulaire en plein débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, comme s’il n’y avait pas assez de confusion, de lesbophobie et d’homophobie, comme s’il fallait donner encore plus de grain à moudre aux opposants, relève au mieux d’une maladresse de communication au pire d’une provocation inutile. Surtout, cette circulaire prise à la va-vite et sans débats parlementaires, n’est pas si anodine qu’il y paraît à première vue et constitue à l’évidence un encouragement à engager des GPA à l’étranger, sachant que la situation des enfants sera ensuite facilement régularisée en France. Sans compter qu’elle a des effets certains sur le droit de la famille et de la nationalité. Il est toujours plus rassurant de savoir ces domaines de compétence entre les mains du Parlement. Le gouvernement a beau tempêter qu’il est opposé à la légalisation de la GPA sur notre territoire, l’encourager à l’étranger est tout de même paradoxal et même incohérent.

Bien entendu les enfants nés de GPA n’y sont pour rien et ne peuvent rester dans une situation juridique incertaine ni en matière de situation familiale, ni de nationalité. Néanmoins, on est en droit de se demander s’ils ne préféreraient pas choisir à l’âge adulte, la nationalité de leur mère porteuse, russe, indienne, américaine ou toute autre, ou encore bénéficier d’une double nationalité ? Mais surtout, la pratique des mères porteuses ou quelque soit le nom qu’on leur donne, est interdite en France et les parents qui initient une GPA savent pertinemment ce qu’ils risquent, (et ce quelle que soit leur orientation sexuelle et qu’ils soient célibataires ou en couple). Ils bafouent sciemment la loi française ; ils se rendent à l’étranger pour commander un enfant à leur convenance.

Dans certains pays, des entreprises proposent un choix sur catalogue, un peu comme dans un supermarché ; dans d’autres pays, des femmes sont forcées, conduites par leur mari dans des maisons de reproduction ou séquestrées par des réseaux criminels ; mais dans tous les cas, ces femmes sont réduites à la fonction biologique de reproductrice et le plus souvent exploitées pour satisfaire le besoin de se reproduire de riches occidentaux.

Une fois l’enfant né et la transaction opérée, le ou les parents déclarés sont confrontés à deux problèmes, l’enfant doit être reconnu comme étant le leur et il doit adopter leur nationalité. Depuis quelques années déjà, des parents, après avoir violé la loi Française, font pression sur le gouvernement pour régulariser la situation de leurs enfants ; il s’agit ni plus ni moins d’un odieux chantage. Bien entendu, tout le monde prend fait et cause pour ces enfants pris en otage et qui ne peuvent subir les conséquences des choix des adultes. Mais désormais, la voie est toute tracée, tous les candidats potentiels à la GPA vont s’engouffrer dans la brèche. Peu importe que cette pratique soit interdite chez nous, puisqu’il sera possible de régulariser à postériori.

En prenant cette circulaire, l’état Français encourage de facto le développement de la pratique de la GPA à l’étranger, il a confortablement déplacé le problème en dehors de ses frontières. S’il était vraiment contre la pratique, il aurait pu prendre une loi d’extraterritorialité comme pour le tourisme sexuel et continuer de régulariser par des décisions judiciaires la situation de quelques enfants.

La délivrance de papiers d’identité français aux enfants nés à l’étranger d’une GPA, est une question complexe qui n’aurait jamais dû être réglée par voie de circulaire. La situation des enfants mérite que l’on s’intéresse à la question, mais cet ordre donné aux tribunaux revient à développer le marché de la GPA à l’étranger en le nourrissant d’une demande française. On peut considérer que c’est une façon de se débarrasser du problème à bon compte, mais aussi de mettre les français devant le fait accompli d’une prochaine légalisation. Car en réalité, à gauche comme à droite, certains politiques veulent légaliser la GPA. C’est notamment le cas d’Alain Milon à l’UMP et de Michèle André au PS. Il est tout à fait possible de dresser un parallèle avec la question de la prostitution.

Un marché luxueux et confortable, réservé aux riches, voire très riches se développe dans des pays tels que la Belgique ou les USA par exemple. En parallèle, l’immense marché alimenté par la misère s’étend dans les pays émergents.

Dans tous les cas, il s’agit d’instrumentalisation du corps des femmes, et ce qu’il y ait ou non marchandisation. Le système patriarcal vise à s’approprier  à des fins sexuelles et reproductives les corps des femmes. La GPA comme la prostitution sont des moyens d’organiser cette appropriation et d’empêcher une totale libération des femmes.

L’ouverture du mariage, aux couples de même sexe, c’est oui ; l’accès à la PMA pour les femmes seules ou en couple, c’est oui ; mais la GPA, c’est non, car les femmes ne sont pas des ventres ni à prendre, ni à louer, ni à vendre. La régularisation des enfants nés d’une GPA, est à étudier, non pas par considération pour ces parents de « l’enfant à tout prix », ces parents capricieux, produits d’une société de consommation à l’individualisme exacerbé, mais par respect des droits de l’enfant.  La quarantaine d’enfants concernés à eux seuls méritent que l’on s’intéresse à la question, mais cet ordre donné aux tribunaux revient qu’on le veuille ou non à développer le marché mondial de la GPA en validant en droit Français les effets juridiques d’une GPA pourtant interdite chez nous.

Il devrait pourtant y avoir des limites éthiques au pragmatisme politique !

Christine Le Doaré

*GPA : Gestation pour autrui / mères porteuses

https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

Indécente instrumentalisation des luttes LGBT par Morgane Merteuil

72807_4909590014134_1266105167_nProfitant de la mobilisation homophobe des anti-mariage pour tous du 13 janvier dernier, dans sa tribune « Homophobie, putophobie même combat ? » publiée le 14, dans la rubrique Rue69 du site en ligne du Nouvel Observateur, Morgane Merteuil, Porte-Parole du STRASS, instrumentalise sans scrupule, les luttes LGBT et amalgame légalisation du mariage pour tous et prostitution.
A force d’investir le mouvement LGBT et menacer les abolitionnistes, le STRASS a sans doute fini par se convaincre que tout les LGBT soutiennent le lobby pro-prostitution !

La recette : amalgames et lyrisme, c’était bien tenté. Que Mme Merteuil et le STRASS se jettent sur l’occasion pour récupérer les luttes LGBT et manipuler l’opinion, ne constitue pas vraiment une surprise ; en revanche, que des journalistes, en particulier ceux du site du Nouvel Observateur, tombent ainsi dans le panneau, est beaucoup plus étonnant.

Je souhaite rappeler à Mme Merteuil que les luttes LGBT concernent des personnes, des couples et des familles qui subissent des discriminations et des violences liées à leur seule orientation sexuelle.
Des préjugés archaïques les privent de droits et les placent dans des situations d’injustice voire d’insécurité.
La revendication du mariage n’a de sens que dans une perspective d’égalité des droits, car l’orientation sexuelle ne peut à elle seule priver des couples et des familles, de droits et obligations auxquels peuvent accéder les citoyens français.
L’égalité des droits n’est pas négociable et ne relève d’aucune activité marchande, d’aucun marché. Les personnes LGBT, citoyens à part entière, seront les seuls bénéficiaires des luttes pour l’égalité des droits.

Mme Merteuil semble avoir momentanément perdu de vue que les bénéficiaires de la prostitution sont les clients qui achètent des services sexuels et en cas de prostitution forcée (écrasante majorité), les souteneurs, proxénètes, réseaux et mafias.
La prostitution est le second marché criminel après la drogue et avant les armes ; les états qui ont réglementé ne parviennent plus à endiguer la criminalité prostitutionnelle ni à distinguer sur le terrain ce qui relève ou non de la « libre » prostitution.
C’est fâcheux, mais qu’à cela ne tienne, Mme Merteuil qui n’est plus à une pirouette rhétorique prés, occulte ces réalités pour mieux nous égarer.

On imagine bien que Mme Merteuil ne nous parle pas des droits des proxénètes et des réseaux.
Mais de quels droits alors, nous parle-t-elle ? De ceux des personnes prostituées ?
Certes, les personnes prostituées doivent être respectées et protégées par la loi, mais, nul besoin d’une loi réglementariste pour ça.
Personne mieux que les abolitionnistes ne défend les droits des personnes prostituées.
L’abolition n’étant pas la prohibition, le projet abolitionniste prévoit lui aussi l’abrogation du délit de racolage, mais il se contente pas de cela, il exige des programmes de réinsertion, sociaux et de santé, pour les personnes qui souhaiteraient sortir de la prostitution. En réalité, et qu’elle l’assume ou non, c’est bien des droits des clients dont nous parle Mme Merteuil. Les clients prostitueurs qu’il faudrait préserver, ménager, choyer car business is business.
Bien entendu elle défend également les affaires de quelques escortes « libres » contre l’écrasante majorité de prostituées contraintes.
En d’autres mots, notre activiste porte haut et fort les pratiques et la philosophie du libéralisme !

Ce qu’il faut comprendre de cette tribune, c’est que Mme Merteuil et le STRASS nous condamnent à entretenir cette vieille légende, cette incroyable mystification patriarcale qui consiste à présenter la sexualité masculine comme irrépressible et justifiant par conséquent, la mise à disposition de quelques femmes qui auraient le privilège de la satisfaire !

Sachez-le Madame, il est incompatible de vouloir à la fois, pérenniser les privilèges exorbitants du système patriarcal, et revendiquer l’égalité, qu’il s’agisse d’égalité réelle entre les femmes et les hommes ou d’égalité des droits pour les minorités. L’indisponibilité de l’être humain, de son corps, est protégée par la loi et doit rester en dehors des lois du marché. D’ailleurs la prostitution a bien moins à voir avec la sexualité qu’avec la domination masculine ; elle est affaire d’éducation contre la domination et les violences.

Alors, Mme Merteuil, vous qui avez l’outrecuidance d’instrumentaliser les luttes LGBT, sachez que cette grossière tentative de récupération est stérile car lutter pour nos droits et libertés est incompatible avec votre lutte pour l’institutionnalisation de l’esclavage sexuel des femmes et de quelques hommes.

Christine Le Doaré

https://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

https://christineld75.wordpress.com/2012/09/05/pour-se-liberer-morgane-merteuil-va-devoir-choisir/

Vite, la loi !

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Non à l’amplification de la mobilisation anti-égalité – l’égalité des droits n’est qu’une étape vers l’abolition du patriarcat !

Vivement que la loi soit votée et le mariage ouvert aux couples sans distinction de leur orientation sexuelle ! Vivement que l’adoption ne soit plus réservée aux seules personnes ou couples hétérosexuels et que les lesbiennes et les femmes célibataires aient accès à la PMA ! Parce que ce déballage indécent d’ignorance, de bêtise, de mépris et de haine, ça suffit ! Parce que l’égalité des droits n’est qu’une étape dans une société civilisée et que les vrais enjeux d’une société libérée du système patriarcal sont ailleurs.

Nous sommes en 2013 et en France, république laïque où une large majorité est favorable à l’égalité des droits ; alors pourquoi amplifie-t-on à ce point, la mobilisation des anti-égalités ?

En Espagne, en Belgique (Monarchie catholique) et ailleurs, tout le monde n’était pas favorable à cette évolution ; des débats ont eu lieu, les opposants se sont exprimés puis ils s’en sont remis à leurs députés. Depuis, aucun pays n’a pas eu à se plaindre de ce progrès et plus personne n’en parle. Alors, que se passe-t-il chez nous ?

Comme ailleurs, les religions du livre se déchirent, mais lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts patriarcaux, elles sont particulièrement zélées pour s’allier sur le dos de leurs boucs émissaires de toujours, les femmes, les lesbiennes et les gays. Circonstances aggravantes, en France, bien plus qu’ailleurs en Europe, les voix des religieux modérés et progressistes peinent à se faire entendre et c’est très préjudiciable. Les religieux, les plus intégristes d’entre eux en tête, sont à l’évidence responsables de toute cette violence homophobe et lesbophobe (surtout l’église catholique, en perte de vitesse et qui joue son vatout), mais les croyants progressistes devraient apprendre à s’exprimer plus vite, plus fort et plus nombreux. Pourquoi, par exemple, Christine Pedotti, intellectuelle catholique, co-fondatrice du Comité de la Jupe, a-t-elle mis autant de temps avant de publier un bel article sur la question (1). ?

Chez nous comme ailleurs, les partis politiques s’affrontent, mais en France, la droite a compris qu’elle pouvait effacer les dégâts du duel Copé-Fillon en récupérant la mobilisation qu’elle transforme en contestation contre le gouvernement Hollande. L’extrême droite quant à elle ne manque jamais une occasion d’enfoncer le clou et d’en découdre, ses milices fascisantes en tête !
Mais le gouvernement Hollande a aussi sa part de responsabilité, il aurait facilement pu éviter de lourdes maladresses ; il aurait dû dès le début, choisir sa stratégie et s’y tenir, placer la PMA dans un autre texte ou pas, etc. Surtout, il aurait dû faire preuve de plus de courage politique plutôt que de devoir défendre sa loi, une fois les opposants organisés et galvanisés par des médias complaisants.
Dans l’ensemble, nos députés ont très peu suivi l’audition du 12 décembre qui devait les éclairer sur l’application du texte en Europe ; ceci explique peut-être pourquoi les français se sentent obligés d’assurer le débat à leur façon ! Nos politiques portent une immense responsabilité dans ce débat honteux et qui nous ridiculise à l’étranger.

Les médias français depuis de nombreuses années n’ont plus les moyens de creuser leurs sujets. Ils privilégient les témoignages plus ou moins superficiels. Ils n’hésitent pas à harceler les représentants associatifs, non pas pour leur donner la parole (ce qu’ils ne font que rarement ou en situation de crise), mais pour qu’ils leur trouvent le témoin rêvé ! Ils vont parfois jusqu’à fabriquer la polémique s’ils considèrent que l’audience sera au rendez-vous ; de la même façon, ils minimisent voire ignorent les sujets qu’ils jugent peu vendeurs. Quand ils traitent une question, il leur faut toujours présenter des opposants, quitte à donner la parole à des personnes qui ne représentent qu’une pensée ou position ultra-minoritaire et déséquilibrer le débat. Les médias français ont donné une ampleur inégalée aux voix des homophobes, vous connaissez beaucoup de sujets de société qui donnent lieu à une couverture médiatique de cette ampleur ? La manifestation contre le mariage pour tous du 13 janvier a donné lieu à un suivi du cortège mètre par mètre, minute par minute, sur les chaines TV et les radios, etc., et sans beaucoup d’analyse ni de commentaires critiques. Le journalisme spectacle dans toute sa splendeur, les mêmes que ceux qui se contentent de filmer les plumes dans le cul à la Marche des Fiertés, et même si les plumes c’est beau !

Allègrement manipulée par ces forces réactionnaires démagogiques, nourrie au journalisme-spectacle, une partie de la population française, peut-être aussi pour oublier la crise économique, se berce d’illusions et avale les mensonges les plus éhontés ! Elle fantasme à cœur joie sur la famille idéale, celle que personne n’a jamais vue ! Comme par enchantement, disparus les difficultés, les divorces, les violences conjugales, les maltraitances sur enfants, les viols, les incestes, etc. ! Papa, maman, les petits et l’harmonie parfaite, ils veulent y croire ! Seulement voilà, ils savent bien, et pour cause, que la famille hétérosexuelle n’est pas si glorieuse, alors le plus sûr moyen, c’est encore de diaboliser l’autre, l’homosexuel-le qui forcément ne peut que faire pire ! Seulement voilà, l’autre, mis à part son orientation sexuelle, n’est en rien différent, ni pire, ni meilleur.

En France, il paraît que nous aimons le débat, oui, surtout quand il a lieu au « café du commerce » ou à la TV-gueuloir, quand il est irrespectueux, violent et qu’il ne mène à rien de bien constructif ! Il faudrait peut-être nous inspirer d’autres comportements avant de nous fossiliser dans nos traditions ? Il est amplement temps de se demander où sont passées les valeurs de notre république laïque, et à quelle égalité, fraternité-sororité, sa devise fait référence ? A l’évidence la mobilisation anti-égalité ne fera pas plier le gouvernement et la loi sera votée. Mais le bien mauvais débat français aura soulevé tant d’homophobie et de lesbophobe, on peut se demander si la célébration de cette victoire historique à venir, n’est pas déjà un peu gâchée.

L’égalité des droits n’est qu’une étape sur le chemin de l’abolition du patriarcat.

Alors, oui, vivement le vote de la loi, parce que non seulement nous allons devoir nous apaiser après tant de violences, mais pendant que nous nous acharnons à justifier l’adoption d’une légitime égalité des droits, nous disposons de moins de temps et d’énergie pour tout le reste !
En outre, si l’égalité des droits n’est pas négociable, défendre le mariage pour tous, c’est aussi défendre le mariage. Je sais bien que personne ne sera obligé-e de se marier et que tout le monde aura le choix, néanmoins, je l’avoue, je suis fatiguée de devoir, au nom de l’égalité des droits, défendre une institution conservatrice. Je ne suis, par exemple, pas favorable au système des aides sociales basées sur l’interdépendance du couple, je considère qu’une société moderne a remplacé ce système archaïque et sexiste en individualisant les aides et minimas sociaux. Les valeurs traditionnelles du mariage, du couple, de la famille avec l’enfant programmé, bien souvent prolongement de soi ou ciment du couple, programme prétendument indispensable au bonheur et surtout toute la pression sociale que ce schéma patriarcal impose, ne m’ont jamais convaincue. Ces modèles du couple et de la famille sont vitaux pour le système patriarcal constitué de rapports de pouvoir, ils génèrent des sociétés terrorisées de violences et ce ne sont pas quelques couples de même sexe mariés qui y changeront quelque chose. Les véritables enjeux et espoirs de changement sont ailleurs. L’égalité des droits est une étape incontournable dans une société civilisée, rien d’autre ; c’est déjà beaucoup, mais c’est tout.

Christine Le Doaré

1. http://www.huffingtonpost.fr/christine-pedotti/mariage-pour-tous-les-femmes-vont-se-reveiller-avec-une-sacree-gueule-de-bois_b_2463349.html?utm_hp_ref=france

Masculiniste et gay, c’est possible

Masculiniste et gay, c’est possible

Egalité des droits, ouverture du mariage aux couples de même sexe,

pour garder le cap, mieux vaut avoir le cœur et les convictions solidement amarrées.

Le vote de la loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, est désormais propulsé dans un contexte extrêmement tendu et conflictuel.

Nous le savions, même si le gouvernement en avait fait une de ses promesses de campagne, cette évolution ne se ferait pas sans grincements de dents. A n’en pas douter, l’Alliance parlementaire ressusciterait ; nos figures de proue réactionnaires enfourcheraient leurs dadas, etc., et tout ça n’a bien sûr pas manqué de se produire.

Toutefois, nous ne pensions pas voir autant d’opposants dans la rue – relativisons malgré tout, ils ont fait le plein, toutes les églises étaient inondées de tracts appelant à la manifestation du 17 novembre – ; nous ne savions pas que Civitas et son service d’ordre commettraient de telles violences à l’encontre de contre-manifestant-e-s. Ils devront répondre de leurs actes et j’aimerais assez que l’Intérieur se penche sur leur dissolution.

Surtout, nous ne pensions que les manifestations réactionnaires émouvraient à ce point le Président Hollande. Sa clause de conscience des Maires, est proprement indécente. La loi républicaine s’applique à l’identique pour toutes et tous dans une république laïque et indivisible. D’ailleurs, cette clause ne figure pas dans le texte présenté au Parlement ; il est probable que M. Hollande nous explique prochainement qu’il s’est mal fait comprendre.

Alors dans ce contexte fiévreux, qui donne de la France l’image d’un pays passéiste, peinant à adopter une mesure accueillie sereinement dans nombre de pays, il est indispensable que toutes et tous, personnes LGBT mais pas seulement, citoyen-ne-s de progrès également, nous sentions partie prenante d’un élan collectif et solidaire pour l’égalité des droits.

Pour réaffirmer la nécessité impérative d’une égalité de droits républicaine entre les couples et familles, pour condamner les lamentables manifestations de rejet et même de haine homophobes et lesbophobes qui se sont exprimées ces dernières semaines ; l’inter-LGBT, fédération représentative, a donc appelé à une Manifestation le dimanche 16 décembre prochain.

L’intitulé de la manifestation ne faisant pas référence à la lesbophobie, je suis intervenue sur le mur de l’évènement Facebook pour demander qu’aux côtés de l’homophobie et la transphobie, soit comme il se doit, ajouté la lesbophobie. En effet, les lesbiennes subissent des discriminations spécifiques en tant que femmes et homosexuelles, la lesbophobie étant la conjugaison du sexisme et de l’homophobie. Nous sommes largement invisibilisées dans le mouvement LGBT où nous peinons à trouver nôtre place, comme plus généralement dans la société, c’est un état de fait incontestable. Les associations et militantes lesbiennes s’évertuent d’ailleurs à l’expliquer depuis des décennies.

Alors, ne pas admettre que nous vivons dans une société patriarcale avec une domination masculine pugnace et ses conséquences à tous les niveaux, est étonnant mais peut à la rigueur s’expliquer par un manque de conscience des rapports sociaux de classes, par une absence de politisation et par la méconnaissance du féminisme, de ses théories et pratiques. Certains des commentaires portés à la suite de ma demande relèvent de ces manques, en particulier ceux qui laborieusement, tentent d’expliquer que l’Homme englobe la femme (comme dans la bible, vous savez, elle née de la cote d’Adam !), ou que l’homophobie c’est comme l’homosexualité, ça parle de l’autre et que ça concerne tout le monde, etc. Toutes ces explications simplistes traduisent avec une fausse naïveté, une domination masculine toute assumée. Des femmes les reprennent à leur compte, elles trouvent plus confortable d’opérer un raccourci et de s’identifier aux hommes plutôt que de combattre le patriarcat. Il faudra du temps, tout ça n’est pas nouveau et le féminisme a de beaux jours devant lui !

En revanche, d’autres commentaires, relèvent purement et simplement du machisme et même du masculinisme le plus primaire. Jugez vous-même et comprenez bien que ce déchaînement de violences est la conséquence d’avoir osé demander que soit rajouté le mot lesbophobie !

Ce n’est qu’un extrait, tout est toujours sur le mur de l’évènement, il faut juste retrouver le post et ses commentaires.

«-Vincent Mombellet : Il faudrait rajouter aussi que c’est contre la Bearphobie, parce que sinon je vais écrire invisibilisation non en majuscules aussi hein!

– Kévin Gagneul : Et sinon Le Doaré, ça te dérange pas trop trop si je viens avec des copains et copines putes ? Non parce que quand c’est pour taxer les mecs à longueur de journées d’indécrottables specimen du patriarcat, là y a du monde. Oui à la visibilité des lesbiennes, oui oui et encore oui. J’y suis tellement favorable quand quand une lesbienne est une conne, je suis tout aussi favorable à le lui dire : Christine, tu es une vielle conne qui fait chier.

– Kévin Gagneul : Elle n’aime que les gens qui pensent comme elle, elle n’aime que les gens qui parlent comme elle. Bref, elle n’aime qu’elle. je n’ai aucune estime pour cette personne, dont le niveau de respect est au niveau 0. Mais elle est toujours là pour donner des leçons.

-Kévin Gagneul : Guillaume P : Parles lui des putes (femmes et hommes) … tu vas voir sa réaction … Quand elle fait un article sur la secrétaire générale du STRASS elle met son nom entre guillemets … la classe non ? Quand elle parle des putes mecs elle les appels les « cuves à sperme » … Cette femme est un boulet, et nous la traînons, encore et encore.

– Philippe Doux-Laplace : Ajoutons la misandrie aussi.

-Thomas Marcel Veillard : Les lesbiennes, faut toujours qu’elles se démarquent. Anticonformistes. Brise-couilles quoi. Reste chez toi va.

-Walter Ninety-nine Percent : c’est bon elle est calmée la goudou 🙂

-Danvers Frank : Elle est vraiment grave la Le Doaré, aigrie de ne pas être organisatrice??? »

Sympa non ? Qu’est-ce que le masculinisme ? C’est une idéologie visant à défendre la position dominante des hommes et leurs privilèges. Les masculinistes nient les violences faites aux femmes, conjugales et sociales. Ils se font passer pour des victimes, ils nourrissent de la haine envers les femmes, qu’ils veulent rappeler à l’ordre patriarcal établi. *

La domination masculine, les rôles impartis aux femmes et aux hommes, la violence exercée à l’encontre des femmes dans le but de s’approprier leur vie pour la sexualité et la reproduction, les féminicides, les viols, les violences en tous genres pour maintenir la domination, etc. ; tout ce que le féminisme combat vise à l’égalité, au respect des différences, à l’abolition du sexisme mais aussi de l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, et à promouvoir d’autres modalités relationnelles entre les êtres humains. Pourtant, ils rejettent ce féminisme-là et se rendent complices du système d’oppression patriarcal à l’origine même de l’homophobie qu’ils subissent. Pathétique !

Faut-il comprendre que ceux qui versent dans le masculinisme font avant tout le choix d’une solidarité envers la classe des hommes à laquelle ils appartiennent ? S’emploient-ils à lui donner des gages dans le but de gagner l’estime de ceux dont ils veulent être reconnus et aussi séduire ? C’est bien ce que la violence de leurs propos, qui cache mal leur haine des femmes, donne à penser.

Le prétexte de la prostitution est à ce titre exemplaire. On peut être réglementariste ou abolitionniste ou ne pas avoir d’idée arrêtée sur cette question polémique. En revanche, comme dans le cas de KG, dénigrer violemment et de façon diffamatoire une position politique est inadmissible. Volontairement accuser les abolitionnistes de tuer des prostitué-e-s alors que c’est bien le système prostitueur, les clients qui contaminent en baisant sans capote, les violences que subissent les personnes prostituées et les substances qu’elles absorbent qui les tuent, est une manipulation sordide. Volontairement amalgamer prohibition (chasse aux prostitué-e-s) et abolition (prévention, éducation et pénalisation des clients) est parfaitement irresponsable. Les abolitionnistes qui espèrent une société avec moins d’exploitation et de violences, veulent abolir la loi relative au racolage passif, adopter des mesures sociales et de réinsertion des personnes prostituées qui le souhaitent et proposer des stages pour les clients, afin qu’ils questionnent leur demande. La prostitution est l’une des dernières violences faites aux femmes que la loi ne punit pas. Le problème ce ne sont pas les prostituées et aucun abolitionniste n’est anti-pute bien au contraire, mais les clients qui jouissent d’un privilège exorbitant du patriarcat : violer les femmes et leur consentement en le monnayant. «On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme et il s’appelle prostitution ». Victor Huguo. A méditer. Dans tous les cas, pervertir ainsi le débat en proférant de grossiers et vulgaires mensonges est aussi vain que sordide.

Peut-être le plus choquant encore est-il que de tels propos aient été tenus sur la page de l’évènement Facebook de l’Inter-LGBT, sans être modérés. Bien sûr, l’Inter-LGBT a fini par modifier le titre de l’évènement et a ajouté la lesbophobie, mais à quel prix ! Des années d’investissement au sein du mouvement LGBT, à rabâcher encore et toujours, avec d’autres lesbiennes et certains gays aussi, que la domination masculine du système patriarcal est à l’origine des LGBTphobies, que ce système est à combattre globalement et conjointement, et essuyer à cet endroit-là, une telle violence machiste, est révoltant.

A la veille de la journée contre les violences faites aux femmes, cela me laisse songeuse. L’égalité des droits c’est certes important, les LGBT comptent sur une mobilisation féministe et citoyenne, mais les femmes peuvent-elles compter sur eux pour avancer vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes ? De ce côté-là, tout reste à démontrer.

Je ne vais pas épiloguer, les temps sont difficiles et nous avons toutes et tous fort à faire avec la droite réactionnaire et les religions toujours solidaires sur notre dos, mais messieurs, essayez donc un peu d’y penser seuls, le mot lesbophobie n’a pas été inventé pour rien ! Faites aussi un peu le ménage dans vos rangs ! Travaillez un peu ces questions fondamentales et vous pourrez vous prétendre pro-féministes ! Un conseil : être pro-féministe, ce n’est pas juger ce qu’est le «bon » ou le « mauvais » féminisme (en général, vous aimez ce qui ne vous remet pas trop en question), mais  c’est écouter, lire, apprendre et comprendre, puis vous engager à convaincre d’autres hommes.

Dans tous les cas, et une fois de plus, force est de constater qu’il faut avoir un véritable sens des priorités, une conviction militante inébranlable, être solidement engagé-e en faveur de l’égalité des droits et contre les LGBTphobies, pour manifester le 16 décembre, parmi trop – même s’ils ne sont pas une majorité – de gays misogynes, voire masculinistes. Si tant de femmes vous soutiennent, c’est peut-être parce qu’elles ont mesuré la longueur du chemin qu’il vous reste à parcourir et souhaitent, dans l’intérêt de toutes et tous, vous encourager à accélérer le mouvement !

Christine Le Doaré

*

http://sisyphe.org/spip.php ?article2941

La percée de la mouvance masculiniste en Occident par Hélène Palma, maître de conférence en études anglophones.

http://www.ladominationmasculine.net/themes/42-masculinisme.html


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