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Combien y a-t-il de féminismes ?

img_6122N’en déplaise aux modes médiatiques, aux révisionnistes et aux imposteurs, il y a toujours eu plusieurs versions du mouvement social qu’est le féminisme.

En résumé, en France, dès les années 60/70, ont coexisté trois principaux courants : réformiste, révolutionnaire puis socialiste et enfin radical ; sans oublier quelques théories critiques plus marginales. Ces courants, encore aujourd’hui, partagent l’idée que dans nos sociétés patriarcales, les femmes ne doivent plus être subordonnées au pouvoir masculin. Le système patriarcal organise l’appropriation et le contrôle des femmes et de leur corps pour maitriser la reproduction, la sexualité, l’organisation sociale de la famille et de nos sociétés.

Le féminisme, structurellement, fondamentalement, c’est donc avant tout, la reconnaissance d’une subordination des femmes en tant que groupe/classe des femmes (la moitié de l’humanité) à l’autre groupe/classe des hommes, et les moyens de l’abolir.

Les causes et solutions varient mais des objectifs sont communs : déconstruire pour les dépasser les rapports sociaux de sexe, et ainsi parvenir à l’égalité dans le respect des différences, proposer une société avec des relations humaines libres des rapports de domination.
Certes,

– le féminisme réformiste égalitariste s’intéresse surtout au sexisme dans l’éducation et la culture ;

– le féminisme révolutionnaire accuse lui, le capitalisme d’être responsable de l’oppression des femmes, arguant que seules les luttes de classes en viendront à bout ;

– le féminisme socialiste tente d’articuler les oppressions des systèmes capitaliste et patriarcal ;

– le féminisme radical opère une rupture majeure avec les deux autres courants en affirmant que l’oppression des femmes est première et transverse à toutes les autres oppressions qu’elles soient de classe ou de « race », et que l’ennemi à combattre c’est le patriarcat : pouvoir exercé par la classe sexuelle des hommes sur celle des femmes ;

– la critique de l’hétérosexualité conduit les lesbiennes radicales à promouvoir le séparatisme, puis à s’inscrire au sein des rapports sociaux de sexe ;

– l’afro féminisme élargit la lutte contre le patriarcat à celle contre le racisme, et ce faisant ouvre une brèche dans le socle commun des luttes contre la domination masculine, s’intéressant aux différences entre femmes, les « blanches » et les autres ;

néanmoins, ces courants, imprégnés au fil des années et à différents degrés de féminisme radical et universaliste, s’accordent au moins sur l’exigence de disposer librement de son corps dans la sexualité et la reproduction notamment, et de lutter contre les violences faites aux femmes.

Un des principaux clivages entre ces courants, nait dans les années 70, de l’influence de la psychanalyse qui met en avant les différences spécifiques communes aux femmes (biologiques et psychologiques), et à laquelle s’opposent les féministes matérialistes radicales (combinaison du féminisme socialiste et du féminisme radical) qui elles, combattent le système hiérarchique d’organisation sociale des sexes/genres féminin et masculin.

A partir des années 90 avec les théories post-modernes des universitaires américaines, apparaissent d’autres clivages qui visent à abolir les genres féminin/masculin tels que nous les connaissons, et qui d’une certaine façon, disqualifient les luttes féministes qui n’auraient plus les mêmes raisons d’être. Le mouvement Queer et le « féminisme » dit « pro-sexe » s’en inspirent allant jusqu’à imposer une vision de féminisme qui n’appartient qu’à eux, parfois avec violence à l’égard des féministes radicales. Ce mouvement qui s’éloigne des fondamentaux du féminisme, ouvre une autre brèche.

On le voit, il y a toujours eu plusieurs versions du féminisme, mais la constante à minima pour qu’un courant puisse se revendiquer du féminisme, c’est qu’il se développe à partir du noyau commun, des fondamentaux initiaux, en l’occurrence : la lutte contre des rapports sociaux de sexe préjudiciables aux femmes, lutte qui passe à minima par la revendication d’une autonomie et maitrise totale par les femmes, de leur vie (couple, famille, éducation, emploi…), de leur corps (sexualité, reproduction, …).

Depuis les années 2000 a émergé un « féminisme » relativiste qui a pour particularité de réduire les femmes à une identité culturelle, religieuse, régionale, etc. et d’aménager l’oppression.

Ce « féminisme » n’est pas apparu spontanément mais dans la foulée de la montée des religions et de l’influence grandissante de pays tel que l’Iran qui a financé des groupes antiféministes (contre l’avortement…) au sein des institutions internationales. Ces pays se sont attaqués, à l’ONU notamment, à l’universalité des droits des femmes, faisant valoir des spécificités régionales. Le relativisme culturel a engendré des « féminismes » identitaire, communautaire, essentialiste, « racialiste » qui séparent les femmes les unes des autres au profit d’autres luttes que celles contre le patriarcat, également au profit d’idéologies politico-religieuses.

Qu’il s’appelle identitaire, dé-colonial, musulman, islamique ou que sais-je demain, ce « féminisme » relativiste s’oppose au féminisme universaliste qui lui, continue de revendiquer partout dans le monde, l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles, liées dans le monde entier et ce quelles que soient leur origine, couleur de peau, culture ou religion, par un socle commun de discriminations et de violences patriarcales.

Il faut le dire très clairement, ce « féminisme » relativiste fait fi du noyau fondateur, il tente de s’imposer partout et d’étouffer les voix des féministes universalistes des pays arabes et/ou à dominante musulmane, qui elles, tentent de s’affranchir de tous les diktats politico-religieux qui s’imposent à elles, voile en tête.

La sociologue et écrivaine iranienne Chahla Chafiq a dit «En désignant la liberté sexuelle comme le point crucial de la culture occidentale, l’islamisme identifie les droits des femmes et des homosexuels comme les pires fléaux d’une occidentalisation qui détruirait l’identité islamique.»
Le « féminisme » relativiste n’est pas seulement un dévoiement du féminisme radical universaliste, c’est un contre-féminisme.

Toutes les cultures ou presque (les cultures matriarcales sont ultra marginales), toutes les religions sont patriarcales ; les religions ont même de tous temps été l’un des instruments les plus répressifs du système patriarcal.

Renvoyer les femmes à leur communauté, leur culture, leurs traditions, leur religion, le plus souvent empreintes d’un sexisme séculaire, les séparer des autres femmes, ne pourra jamais les émanciper mais retarde considérablement l’avancée de toutes les femmes.

Celles qui acceptent les règles qui scellent un apartheid genré, trouvent dans les coutumes, traditions, religions des justifications pour limiter l’autodétermination des femmes, ne peuvent en aucun cas se revendiquer du féminisme.

Les oppressions se surajoutent, être femme, noire, et pauvre par exemple, est plus compliqué qu’être homme ou même femme, blanche et riche ; le racisme et la xénophobie, tout comme l’antisémitisme et tous les autres préjugés doivent être fortement combattus, mais le repli identitaire et communautaire, le renvoi des femmes à leur groupe d’origine ont peu de chance de les affranchir du machisme qui depuis toujours, traverse toutes les classes, toutes les origines.

Il n’existe pas plus de « féminisme » musulman que chrétien ou juif car il n’y a pas d’aménagement possible de l’oppression. C’était déjà vrai dans les années 70/80 quand les féministes occidentales se battaient contre tous les interdits et ça l’est toujours aujourd’hui. C’est tout simplement indécent, aberrant, d’affubler de tels qualificatifs, le combat féministe.

Quant au « féminisme » dé-colonial qui noie les revendications des femmes dans les agendas masculins, solidarise les femmes avec la classe des hommes, avec « leurs » hommes, je me demande bien en quoi il est féministe ? Il le torpille plutôt. *1.

En outre, le colonialisme date, l’histoire de l’humanité n’est de toute façon faite que de luttes de domination et de pouvoir, nombre de pays décolonisés n’ont rien à envier dans l’horreur aux colonisateurs et le machisme n’a jamais eu besoin de l’occident ni des colonisateurs pour exister. *2.

Prétendre que seule l’expérience autorise à parler d’une discrimination est réducteur, cela signifierait par exemple, qu’il est impossible de comprendre et s’engager dans un combat contre l’homophobie si on n’est pas homosexuel-le soit même. Segmenter, diviser jusqu’à plus soif le corps social, il faut se demander au profit de qui ?

Les féministes ont besoin de travailler ensemble, d’apprendre les unes des autres pour parvenir à se libérer ensemble des systèmes d’oppression et de leur ennemi principal commun : le système patriarcal. Tout ce qui les divise sert le système patriarcal.

L’affaire du burkini est à ce point exemplaire : les « féministes » qui défendent la déferlante de vêtements islamiques destinés aux seules femmes, adhèrent de facto à l’idée essentialiste qu’il existerait des caractères, féminin peu enclin à la réserve, à la pudeur, et masculin concupiscent ; par conséquent, les femmes devraient se cacher et s’enfermer dans ces tenues. Injonction à la pudeur ségrégationniste et sexiste, marquage des femmes par l’islam politique ; en cédant, les femmes qui se voilent et leurs soutiens s’engagent dans une action prosélyte qui n’est pas sans conséquence pour les autres femmes.

Nous sommes donc à des années lumières du féminisme, mouvement social de libération DES femmes.

Dans les années 70/82, il ne serait venu à l’idée de personne d’associer des tenues imposées par des religieux avec le féminisme.

S’il n’y a pas qu’un féminisme, certains « féminismes » ne sont que des impostures : le féminisme ne s’adapte pas aux règles posées par l’oppresseur, il les renverse. L’idéologie islamo-gauchiste a perverti la pensée intellectuelle en substituant à la lutte contre le racisme, celle contre l’islamophobie ; politiques, universitaires, médias rivalisent désormais de soumission, par effet de mode et peut-être aussi parce que ce « féminisme » identitaire ne risque en rien de renverser le système patriarcal.

Cet antiféminisme essentialiste, différentialiste est tout aussi dangereux que celui des réactionnaires, masculinistes, etc., il n’a pas sa place dans un pays laïc qui a mis au cœur de son projet de société, l’égalité femmes-hommes.

Je n’oublie pas que les féministes occidentales ont chèrement acquis des droits et libertés, que la domination masculine et ses violences sévissent toujours, que l’égalité est loin d’être achevée. Ces impostures nous ramènent en arrière.

Je n’accepte pas que le féminisme soit vidé de son sens fondateur, récupéré, dévoyé, ridiculisé par des gens qui ne connaissent rien au sujet.

Je n’accepte pas la récupération politique du féminisme par les identitaires de tous bords, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Pour un féminisme radical, universaliste et laïc, debout et jusqu’au bout.

 

Christine Le Doaré

*1. Houria Bouteldja du PIR (Parti des Indigènes de la République) « Mon corps ne m’appartient pas… J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’islam ».
*2. Un des derniers esclavages fut aussi l’un des plus barbares : il a fait la fortune de Zanzibar où les africains étaient esclavagisés par les arabes.

Féminisme et mouvement LGBT, le divorce est-il prononcé ?

163506_3026252351461_1229066125_nEn France, depuis 2010, le contexte politique s’est considérablement durci, et c’est dans une extrême tension qu’a été adopté le mariage pour tous.

A cette occasion, l’homophobie et la lesbophobie se sont déchaînés et les LGBT ont bien besoin de la solidarité des mouvements sociaux, en particulier du mouvement des femmes qui de toujours, a été son meilleur allié.

Pourtant, au fil du temps, le mouvement LGBT, s’acharne à creuser un fossé toujours plus profond entre lui et le mouvement féministe. Il refuse de travailler sur la domination masculine, l’organisation sexiste de la société, la place des femmes et des lesbiennes qui subissent une double discrimination. Il brille par son manque de solidarité, absent des luttes féministes, mobilisations, manifestations. A l’inverse, toujours sous la coupe des associations de lutte contre le sida et de leur vision hygiéniste de la société (pas de « travailleuses » contaminées par une IST, des clients préservés et peu importe le sexisme des violences sexuelles, physiques et mentales de la prostitution), il choisit de s’allier aux divers lobbies pro-sexe qui sont sous l’influence des industries du sexe, en particulier au lobby pro-prostitution.

En revendiquant la légalisation de la prostitution et de la GPA (Gestation pour autrui), il contribue de manière égocentrique et sexiste à enfermer les femmes dans leur double assignation patriarcale, de « pute » ou reproductrice. Les féministes refuseront toujours l’appropriation du corps et des vies des femmes dans la sexualité (prostitution, viol…) et dans la reproduction (GPA, mise en danger de l’avortement et de la contraception…) parce que c’est justement la raison d’être d’un système patriarcal qu’elles combattent. Est-ce le rôle du mouvement LGBT de s’associer au système patriarcal et libéral, contre les femmes ? Pourquoi de telles logiques d’alliances ? Pourquoi choisit-il d’attaquer et diffamer les féministes qui contestent de telles dérives ? Accepterait-il qu’un autre mouvement social redéfinisse pour lui, ce que doivent être les droits et libertés LGBT ?

En juin, en France, c’est le mois des Gay Prides. Gay Pride et non Lesbian and Gay pride comme on les a un temps appelées, si on en croit tant la communication militante que médiatique. A Paris, ce sera la Marche des Fiertés, un nom créé pour n’oublier personne, en réalité, un cache-misère. Je me souviens des moqueries quand en 2011 ou était-ce 2012, j’avais été la seule à réagir dans une réunion de l’Inter-LGBT, à l’idée que la Marraine de la Marche soit une actrice porno mainstream ; comme si l’image des femmes n’est pas dégradée dans la pornographie, comme s’il fallait associer revendication LGBT et industries du sexe, comme si personne d’autre n’était disponible pour nous représenter ! Cette année, la chanteuse choisie comme Marraine est une habituée des Unes des magazines masculins les plus sexistes – je vous laisse juger (2 photos) *1  ; la leçon n’a toujours pas été retenue, la culture dominante sexiste est toujours prisée par le mouvement LGBT.

Dans ces conditions, on se demande quelle peut bien y être la place des lesbiennes, plutôt des lesbiennes féministes car ce mouvement s’y entend pour recruter des groupies à son image qui ne vont pas troubler l’image caricaturale qu’ils ont encore trop souvent des femmes. L’entre soi masculin et l’invisibilité des lesbiennes dans le mouvement LGBT est à l’image de la place des femmes dans la société française. Les lesbiennes et associations lesbiennes ou LGBT, un tant soit peu féministes, politisées et suffisamment expérimentées pour remettre en question la domination masculine au sein du mouvement LGBT, ont échoué à le faire évoluer. Il faut dire que les militants Verts « la Commission LGBT des Verts » et socialistes « homosexualité et socialisme » en particulier, associées à Act-Up et au STRASS, se sont particulièrement désolidarisés des luttes lesbiennes et féministes et au contraire, se sont arc-boutés sur des positions clivantes en matière de prostitution et de GPA.

Il paraît que le « nouveau féminisme lesbien » remplacera avantageusement la Coordination Lesbienne en France (CLF) et les militantes aguerries ; on aimerait bien, mais à voir le choix de la Marraine 2014 à Paris, malgré tout, on en doute ! Si le mot lesbophobie est désormais entré dans le dictionnaire, ce n’est sûrement pas grâce au mouvement LGBT, plutôt aux associations telle la CLF qui d’ailleurs, vient de le quitter en tirant un bilan sans appel. – CP de la CLF *2

En ce qui me concerne, après 12 ans de présidence d’associations LGBT, SOS homophobie d’abord, puis le Centre LGBT Paris, j’avais déjà tiré un sévère bilan en 2012 – 3 articles bilan *3  Bilan évacué d’un revers de manche par des militants suffisants qui auraient mieux fait de s’y intéresser car depuis, la situation n’a fait qu’empirer, dans le mouvement LGBT mais aussi à sa périphérie avec des groupes Queers-trans-féministes issus du STRASS, Act-Up et de groupes extrêmes TPDG (TransPDGouines), tel que 8marspourtoutes – articles sur 8marspourtoutes *4

Au sein même du mouvement LGBT les démissions des personnes et associations lesbiennes féministes sont considérables, la CLF, (La dernière rencontre de la CLF en mai 2014 a tout de même réuni le CEL (Marseille), les caram’elles (Nice), les Voies d’Elles (Grenoble), ELEA (Avignon), Bagdam Espace lesbien (Toulouse), Lesbianisme et solidarité (Clermont Ferrand), La Lune (Strasbourg), de FiEres (Paris), de Cibel (Paris), Les Lesbiennes Dépassent les Frontières (Paris), de CQFD Fierté Lesbienne (Montreuil), la coordination de la CLF (Paris)…), mais désormais, des voix s’élèvent aussi à l’extérieur du mouvement, partout dans le mouvement féministe mais aussi dans l’ensemble du mouvement social pour contester les orientations qui sont prises. Osez-Le-Féminisme 69 est diffamée par la LGP Lyon qui plutôt que de se remettre en question sur un amalgame de revendications qui n’ont rien à voir avec les droits LGBT, préfère se ridiculiser en répondant qu’OLF rejoindrait la Manifpourtous ! Mais quelle honte !

Quand je pense que j’ai milité 15 ans pour ce mouvement ! OLF 69 soutenue, par tout OLF mais surtout par une liste impressionnante d’associations et formations telles qu’ATTAC, la Mutuelle des Etudiants, l’UNEF, la Marche Mondiale des Femmes, le CNDF, la CLF, … rappelle que prostitution et GPA sont des violences intolérables faites aux femmes. « Nous tenons à dénoncer clairement la confusion induite par ce mot d’ordre, entre les luttes contre les LGBTphobies, celles pour les droits reproductifs et sexuels des femmes ET la défense de deux des pires produits des systèmes patriarcal et capitaliste : la Gestation Pour Autrui (GPA) et la prostitution. » – le CP d’OLF 69 et les signataires *5

– Le Parti communiste s’oppose également au mot d’ordre de la LGP Lyon, il sera présent mais refuse de partager le mot d’ordre, trouvant dangereux « l’amalgame entre les luttes contre les homophobies et la GPA et la prostitution, qui entrent dans le système marchand capitaliste. Autoriser la GPA revient à l’égaliser la marchandisation du corps des femmes, surtout des plus pauvres. » Ajoutant : « le PCF est en effet pour l’abolition de la prostitution, qui est une violation des droits humains. Nous refusons de parler de prostitution choisie, quand il est clair qu’elle est majoritairement subie, au sein de réseaux mafieux contre lesquels nous devons lutter activement. » – CP du PCF *6

CertainEs sont surpris que l’on en arrive là, pas moi, tout ceci était annoncé et même dénoncé et depuis 2010 au moins. La fracture est seulement plus nette, les militants LGBT sont de moins en moins challengés sur leur sexisme et de plus en plus crispés sur des revendications égocentriques, un peu comme si subir des discriminations et les violences justifiait l’exploitation de personnes encore moins bien placées que soi dans la hiérarchie sociale. Même l’engagement du mouvement LGBT derrière la revendication de la PMA (Procréation médicalement assistée) n’est pas transparent. Les lesbiennes engagées pour la PMA elles-mêmes ne réagissent pas quand les médias titrent à l’occasion de la parution du manifeste « Avec les 343 fraudeuses » : « PMA pour TOUS ». Allons-donc, la PMA ce n’est pas pour tous, mais pour toutes ! Derrière, la PMA, c’est d’autonomie reproductrice des femmes et des couples lesbiens dont il s’agit. Gageons qu’une bonne partie de ce mouvement rêve, à l’instar de la LGP Lyon, d’un paquet cadeau PMA-GPA pour tous, mais n’ose pas encore le dire, pas encore ! La PMA et la GPA n’ont pourtant rien de commun, une simple technique dans un cas, une année de la vie d’une femme et les risques d’exploitation, dans l’autre – Analyse : Asymétrie reproductrice et gestation pour autrui * 7

A l’évidence, les véritables enjeux liés à l’autonomie reproductrice des femmes n’ont pas du tout été compris ou certains se fichent pas mal de la PMA, instrumentalisée juste pour obtenir ensuite la GPA. En outre, même si j’ai signé ce manifeste, je déplore cette course égocentrique occidentale à reproduire ses gènes, alors que la planète étouffe, surpeuplée, que des millions d’enfants pourraient être adoptés (orphelins de guerre, enfants des rues …) mais désespèrent dans l’indifférence totale de tous, même des LGBT qui trouvent préférable d’exploiter des femmes en payant des GPA. Je trouve facile et limite malhonnête intellectuellement d’utiliser le concept des « 343 salopes » à tour de bras, alors qu’il ne s’agit pas de vie ou de mort, contrairement au manifeste original.

Veiller aux équilibres sur la planète, être solidaire de la moitié de l’humanité plongée dans un féminicide sans fin, des millions d’enfants livrés à eux-mêmes, exploités, embrigadés ou croupissant dans des institutions, etc. n’est pas interdit. Pourquoi ne pas lutter pour une évolution européenne et mondiale des droits de l’adoption et s’occuper des enfants déjà néEs ? Le narcissisme couplé au manque d’analyse politique est tel, que les gens imaginent indispensable de se reproduire et pour cela de recourir à n’importe quelle solution pourvu qu’il y ait un résultat rapide et conforme à leurs caprices. L’égalité n’est pas une fin en soi, encore moins quand elle consiste en une égalité d’adhésion au conformisme !

Ne parlons pas des dérives sectaires violentes, portées par des groupes de TPDG noyautés par le STRASS et Act-up, par 8marspourtoutes, qui attaquent physiquement les féministes qui osent s’exprimer, comme lors du ZAP de Marseille pendant la Lesbopride l’an dernier, avec pour objectif de les museler ou encore lors de l’attaque de Zéromacho à Toulouse, dans une manifestation pour la liberté de l’avortement ! Les mêmes qui prévoient en juin d’attaquer les policiers et policières LGBT de l’association FLAG dans les Prides : à Toulouse, « Riposte radicale » soutenus par Act-Up c’est certain, tant qu’à faire plutôt que de s’attaquer à des policiers ripoux, autant zapper ceux qui ont le courage de lutter dans leur institution et de défiler à visage découvert ! – photo de Riposte Radicale *8

Quelle tristesse tout de même de voir une minorité en prise avec des discriminations et des violences ne rien trouver de mieux à faire que de sacrifier sur son chemin les droits des femmes, moitié de l’humanité victime de la domination masculine et du libéralisme, systèmes d’oppression à l’origine de toutes les discriminations à l’encontre de toutes les minorités. Je me demande tout de même quel électrochoc sera assez fort pour réveiller un mouvement par trop noyauté par des extrêmes et leur idéologie douteuse, négligeant ses liens avec le mouvement féministe et au-delà avec le mouvement social.

Quand on constate que même des militantes « historiques », personnalités, lieux, censés représenter des idées et engagements lesbiens et ou féministes et ou radicaux, pour protéger leurs intérêts, gloire intellectuelle et ou universitaire, ou chiffre d’affaire, sont atones devant toutes ces dérives, voire joignent leurs voix à la confusion politique actuelle et contribuent ainsi au dévoiement du sens même du mot féminisme, de ses fondamentaux, de ses luttes et de son histoire, comment s’étonner que le mouvement LGBT lui-même ne se sente pas tenu à plus de solidarité et de cohérence ?!

Mais où sont donc passées la conscience politique féministe et la solidarité des militants des luttes de libération des années 70/80 ? À quand une prise de conscience salutaire ? Si une minorité n’est plus solidaire des grands mouvements sociaux, à qui fera t-elle appel au moindre retour de bâton ? Gay Prides 2014, marcher parce que les ignobles opposants au mariage sont désormais décomplexés et qu’il faut les remettre à leur place ; ne pas marcher parce que ce mouvement n’est solidaire que de lui-même et des industries du sexe patriarcales sur le dos des femmes ?

Je ne dis pas merci, ni au mouvement LGBT inconséquent, encore moins à ses détestables extrêmes, pour me/nous poser un tel dilemme !

Christine Le Doaré

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*1 : 2 photos de la marraine de la Marche des Fiertés 2014 à Paris 1455985_10152499850094743_3019453888523529746_n (1) 10444757_10152499849929743_5314020272186561870_n (1)

*2 CP de la CLF : http://www.coordinationlesbienne.org/spip.php?article309

*3 3 articles bilan

– Combien de temps le mouvement LGBT va-t-il pouvoir se cacher derrière son petit doigt : https://christineld75.wordpress.com/2013/07/18/combien-de-temps-le-mouvement-lgbt-va-t-il-pouvoir-se-cacher-derriere-son-petit-doigt/

– Les 4 lettres du sigle LGBT : https://christineld75.wordpress.com/2012/06/01/les-quatre-lettres-du-sigle-lgbt/

– Quelle mixité ? : https://christineld75.wordpress.com/2011/11/28/quelle-mixite/

*4 4 articles 8marspourtoutes :

– 8marspourtoutes ou l’oubli d’un énorme détail de l’histoire féministe : https://christineld75.wordpress.com/2013/11/22/8marspourtoutes-ou-loubli-dun-enorme-detail-de-lhistoire-feministe/

– Un étrange 8 mars : https://christineld75.wordpress.com/2014/03/09/un-etrange-8-mars-2014/

– Encore un 8 mars et des questions qui fâchent : https://christineld75.wordpress.com/2014/03/04/encore-un-8-mars-et-des-questions-qui-fachent/

– Des déchaînées aux genoux du patriarcat : https://christineld75.wordpress.com/2014/04/02/des-dechainees-aux-genoux-du-patriarcat-2/

*5 CP du PCF : http://www.lyonmag.com/article/65326/le-parti-communiste-s-oppose-au-mot-d-ordre-de-la-marche-des-fiertes

*6 CP d’OLF 69 : http://osezlefeminisme69.wordpress.com/2014/06/03/desolidarisation-de-la-marche-des-fiertes-de-lyon-du-14-juin-2014/

*7 Analyse PMA – GPA : Asymétrie reproductrice et gestation pour autrui : https://christineld75.wordpress.com/2011/05/30/asymetrie-reproductive-et-gestation-pour-autrui-gpa/

*8 : photo de « Riposte Radicale » 10371710_10152502571534743_6333835371701202936_n


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