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19 femmes pour 40 hommes de quoi s’agit-il ?

téléchargementUn indice ? N’oubliez pas, nous sommes en France, pays des Droits de l’Homme et non des Droits Humains. Trouvé ? Oui, c’est bien la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme).

Elle a rendu le vendredi 23 mai dernier, un avis sur la loi d’abolition de la prostitution. Cet avis est plutôt difficile à traduire en termes de politique à appliquer en matière de prostitution.

Souvenons-nous, l’Assemblée Nationale, cohérente avec la position abolitionniste de la France, vient de voter en faveur de la pénalisation des clients prostituteurs ; de leur côté, inquiètes des résultats déplorables dans les pays qui ont légalisé la prostitution, les instances Européennes ont pris de fermes recommandations abolitionnistes (Résolution du Parlement européen du 26 février 2014 sur l’exploitation sexuelle et la prostitution et leurs conséquences sur l’égalité entre les hommes et les femmes, qui reconnaît que la prostitution est contraire aux principes régissant les droits de l’homme et contraire aux principes de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne *1 ; Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 8 avril 2014 relative à la prostitution, à la traite et à l’esclavage moderne en Europe *2).

Le contexte Français et européen rappelé, on ne peut que s’étonner de l’avis de la CNCDH qui réussit tout de même l’exploit de se référer à plusieurs textes européens, sans mentionner ces récentes et notables résolutions abolitionnistes.

Plus globalement, cette décision donne l’impression que la Commission a peiné à conclure, préférant en fin de compte, rester dans un entre deux inefficient.
D’un côté, elle reconnaît l’intérêt d’une politique abolitionniste, mais de l’autre, elle craint, sans pour autant apporter d’arguments convaincants, que la pénalisation des clients n’entraîne des effets négatifs.
Plus étrange encore, elle déconseille la pénalisation des clients, mais le regrette en remarquant que c’est dommage de se priver de l’effet pédagogique d’une telle mesure.
Comment dire ?
Cela aurait été trop cohérent d’aller jusqu’au bout de l’analyse et reconnaître que toute demande des clients de la prostitution nourrit la traite, puis d’y mettre un terme ?
Les clients consomment des « produits », de plus en plus jeunes, de plus en plus vulnérables, sans se préoccuper de leur vie, sans savoir si les prostituées ne sont pas captives, menacées, brutalisées.
Eduquer à une sexualité libre et désirante, à l’égalité, au respect de l’autre et surtout à refuser l’exploitation sexuelle d’un être humain par un autre, ne sont-ce pas des orientations et préconisations que l’on attendrait de la part d’une commission sensée défendre les Droits Humains ?

Dans son rapport, la CNCDH se dit préoccupée par le risque de clandestinité et d’éloignement de la prostitution dans des lieux reculés. Mais à quoi fait-telle exactement allusion ?
Ignore-t-elle que la prostitution a déjà lieu sur des aires d’autoroutes désertes, sur des routes isolées, des abords de bois, de parcs et dans divers lieux que l’on peut qualifier de « reculés » ?
Ne sait-elle pas que les prostituées assassinées le sont autant dans un appartement, une ruelle, un parc ou un bois ; que le risque permanent provient soit des proxénètes qu’ils appartiennent ou non à des réseaux, soit des clients eux-mêmes ?
La situation d’isolement avec le client, dans n’importe quel lieu que ce soit, en plein centre-ville, dans une chambre d’hôtel, une voiture, un parc, un quai, une villa ou un hôtel de luxe rend toute personne prostituée vulnérable.
L’activité, l’acte prostitutionnel, voilà le danger.
La CNCDH n’a-t-elle pas pris le temps d’interviewer les procureurs des pays abolitionnistes ?
Dommage, parce qu’ils expliquent que la prostitution résiduelle continue de se produire dans les centres villes et que cet argument ressassé en boucle par les défenseurs du lobby prostitueur ne repose sur aucune réalité.
En revanche, dans les pays abolitionnistes, les programmes d’accompagnement de sortie de la prostitution autant que les mesures de prévention, tout comme la pénalisation des clients sont bien parvenus à drastiquement réduire cette forme archaïque et sexiste d’exploitation et à protéger efficacement les personnes prostituées qui choisissent malgré tout de se prostituer car elles ne sont plus pénalisées.

Dans quelles contradictions s’est enfermée la CNCDH pour à la fois reconnaître qu’il faut continuer de pénaliser la prostitution de personnes « vulnérables *3 », tout en affirmant que pénaliser les clients, risquerait de pousser les personnes prostituées dans « des lieux encore plus reculés » ?
Il faut savoir ! Les personnes prostituées vulnérables ne risqueraient rien à être poussées dans des « lieux reculés » ?
Si les clients de prostituées vulnérables peuvent et doivent être pénalisés, sans que la Commission ne s’inquiète du risque de clandestinité les concernant, alors à fortiori, ce risque n’est pas plus réel pour des prostituées moins vulnérables.
En réalité, les risques encourus par les personnes prostituées, tout le monde les connait, ils consistent à subir toutes sortes de violences : la violence sexuelle intrinsèque à la prostitution, les violences relatives à leur état de santé, qu’il s’agisse de contracter une IST autant que de développer des addictions à toutes sortes de substances pour tenir et une mauvaise prise en charge générale, enfin les violences physiques et psychologiques, qu’elles émanent des clients ou des proxénètes.

Je vois au moins deux raisons à cet avis particulièrement confus et qui une fois de plus s’intéresse au faible pourcentage de prostituées réellement « libres » au dépend de toutes celles qui subissent, captives ou non de réseaux mafieux.
La première raison est que le lobby prostitueur n’a pas ménagé ses efforts et mobilisé des soutiens de poids.
Mise à part son amitié avec Dominique Strauss Kahn, que connaît Monsieur Badinter des réalités de la prostitution ? M. Lilian Mathieu, chantre de la légalisation de la prostitution, est-il le seul sociologue en France ?
Les associations gays de lutte contre le sida ne voient la question de la prostitution que par le prisme hygiéniste de la seule lutte contre le sida, sans jamais considérer les personnes dans leur globalité ni s’intéresser aux droits des femmes ou à l’égalité femmes-hommes.
Le STRASS n’est pas un syndicat représentatif mais un groupuscule qui verrait d’un bon œil la légalisation du proxénétisme à l’Allemande se développer chez nous ; je suis curieuse de savoir si le nombre de femmes prostituées membres du STRASS fait un ou deux chiffres, la CNCDH le leur a-t-elle demandé ?
Il ne semble pas que les « survivantes » de la prostitution qui pourtant, savent de quoi elles parlent et peuvent s’exprimer sans subir de pression depuis qu’elles ont quitté le milieu prostitutionnel, aient été auditionnées.
La seconde raison est que cette décision n’a pas été adoptée à l’unanimité, loin s’en faut, mais plutôt de très peu : 4 abstentions, 16 voix contre, 20 voix pour.
Heureusement cet avis n’est que consultatif et passera vite aux oubliettes de l’Histoire.

A l’évidence, cet avis rendu par une écrasante majorité d’hommes, à contre-courant de toutes les mises en garde contre le dangereux développement du business criminel de la prostitution, ménage les clients prostitueurs et plus généralement les vieilles prérogatives sexistes d’une prétendue sexualité masculine irrépressible.
La domination masculine et ses industries du sexe sont toujours à la manœuvre quand il s’agit de se raconter des histoires à bon compte sur le dos des femmes.
Tout de même, je suis étonnée que les hommes ne soient pas plus nombreux à se lever contre la prostitution qui les caricature tant et les rabaisse au niveau d’opportunistes prédateurs.

Les violences sexuelles sanctuarisées par les valeurs libérales et patriarcales d’une commission dont le rôle est pourtant de défendre les Droits Humains et donc aussi les droits des femmes.
Le corps des femmes n’est pas une marchandise, un produit, ni même un service à disposition des hommes, alors vivement une société paritaire et féministe, car ce que nous impose cette société machiste et libérale, nous ne le supporterons plus longtemps.

Dissolution de cette Commission des Droits de l’homme et place à une commission des Droits Humains paritaire, humaniste et féministe !

Christine Le Doaré

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*1 Résolution du Parlement européen du 26 février 2014 sur l’exploitation sexuelle et la prostitution et leurs conséquences sur l’égalité entre les hommes et les femmes, qui reconnaît que la prostitution est contraire aux principes régissant les droits de l’homme et contraire aux principes de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : http://www.europarl.europa.eu/news/fr/news-room/content/20140221IPR36644/html/Sanctionner-les-clients-et-non-les-prostitu%C3%A9es

*2 Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 8 avril 2014 relative à la prostitution, à la traite et à l’esclavage moderne en Europe http://assembly.coe.int/nw/xml/News/News-View-FR.asp?newsid=4964&lang=1&cat=8

*3 prostituées vulnérables : femmes enceintes, etc.

Ni « liberticide », ni « morale », la loi abolitionniste de la prostitution est POLITIQUE

prison-code-barreQuelques intellectuels et artistes prétendent que la proposition de loi d’abolition de la prostitution serait « liberticide » et « morale ».
Croient-ils vraiment qu’au 21ème siècle, une proposition de loi relative à la prostitution pourrait être « liberticide » et « morale » alors que nous vivons dans un monde de violences de toutes sortes où les représentations sexistes, l’hypersexualisation des adolescentes, la pornographie et les industries du sexe inondent en permanence toute notre culture et nos marchés économiques ? Allons-donc !

Pourquoi ces accusations d’intention « morale » et « liberticide » dans le contexte de la prostitution, alors qu’il s’agit bel et bien d’un projet POLITIQUE ?

– Considérons la question du refus de la violence sexuelle :
Les prostituées sorties de la prostitution et qui peuvent enfin en parler librement, le disent clairement : pour se prostituer il faut mettre en œuvre une distanciation, dissociation avec son corps et ce processus entraîne de lourdes conséquences sur leur santé globale.
Alors, « Liberticide », mais pour qui ? Selon vous, le droit d’abuser de la vulnérabilité des êtres acculés à la prostitution pour survivre, serait un droit humain fondamental dont vous ne devriez pas être privé ? Non, les violences sexuelles sont inadmissibles et les combattre sans la moindre complaisance relève bien d’un engagement POLITIQUE.

– Puis celle du refus de la marchandisation des corps et des vies humaines :
Le principe de non-patrimonialité des corps humains est un principe de droit fondamental. Certes, l’emprise du libéralisme sur nos vies est envahissante, mais pensez-vous vraiment qu’il faille remettre en question le droit au respect de l’intimité physique et sexuelle d’une personne, le droit à l’intégrité des êtres vivants ? « Liberticide », mais pour qui ? Qu’est-ce qui vous autoriserait, pour la plupart hommes blancs, riches et de pouvoir, à payer d’autres humains pour assouvir vos désirs sexuels ? Non, ce droit n’existe pas, le libéralisme et le patriarcat sont des systèmes d’oppression, il n’est pas « moral » mais bien POLITIQUE de leur opposer des principes de Droits Humains fondamentaux.

– Celle également du refus de toute sexualité contrainte :
Promouvoir une sexualité libre et entre adultes consentants, une sexualité partagée sans contrainte d’aucune sorte, serait-ce « moral » ou « liberticide »? Mais pour qui ? Liberticide envers ceux qui abuseraient du rapport de force, de violences physique et/ou psychologique ? Mais dans ce cas, vive la limitation des libertés et vive la morale ! Liberté à disposer de son corps, pas de celui des autres.
La prostitution aurait toujours existé selon vous ? Admettons, et alors ? Les vols, viols, meurtres également ; sont-ils pour autant autorisés ou sont-ils réprimés ? Ce qui est vieux n’est pas nécessairement mieux !
La sexualité masculine doit être réhabilitée, c’est une sexualité humaine, les hommes ne sont pas des animaux perdus dans la jungle. Les femmes ont autant de pulsions sexuelles que les hommes, pour autant elles ne sautent pas sur tout ce qui bouge autour d’elles, question d’éducation et de respect de l’autre. Les hommes en sont tout autant capables, prétendre le contraire est insultant pour le genre masculin. Défendre de telles valeurs, n’est pas moral ni liberticide mais bien POLITIQUE.

– Enfin, le refus des inégalités et de la domination masculine :
Vouloir vivre dans une société moderne d’égalité entre les femmes et les hommes, qui ne gomme pas les différences mais les place à égalité, repense la sexualité et rejette les privilèges archaïques de la domination masculine, serait « liberticide » et « moral » ? Mais pour qui ? Des hommes qui ne veulent pas lâcher prise, qui ne comprennent pas l’intérêt d’une société équilibrée ? Mais dans ce cas, tant pis pour eux, nous, féministes, femmes et hommes, qui avons compris l’intérêt d’un autre « vivre ensemble », continuerons ensemble d’avancer pour sortir des ténèbres de l’oppression des femmes et des enfants. Notre combat n’est ni moral, ni liberticide, il est éminemment POLITIQUE.

En conclusion, préférer un projet POLITIQUE de société, moderne, humaniste, féministe à des situations de « débrouille individuelle », dans leur immense majorité, contraintes et ayant des conséquences catastrophiques pour l’ensemble de la société, n’a rien ni de « moral » ni de « liberticide ».
Bien au contraire, c’est responsable et courageux. C’est POLITIQUE.
L’Etat ne peut continuer de fermer les yeux sur ces femmes, enfants et quelques hommes sacrifiés à ce qui n’est pas de la sexualité mais de la violence et du pouvoir.
Ces personnes ont pour la plupart vécu des violences sexuelles avant même l’entrée en prostitution, elles sont le plus souvent pauvres, racisées, étrangères, et vous voudriez continuer de les voir exploitées ?
L’état se doit de leur offrir d’autres alternatives et c’est justement ce que la loi d’abolition se propose de faire.
La prostitution ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais les personnes qui voudront en sortir bénéficieront d’aides. Les prostituées qui continueront, seront-elles, dépénalisées.
Enfin, les programmes de prévention et d’éducation qui seront mis en œuvre, avec le temps, valoriseront une sexualité et les relations femmes-hommes où les rapports tarifés n’auront plus leur place.
Ne rien faire, pire encore, légaliser, c’est nous proposer un projet de société mortifère, c’est nous condamner à une libération du proxénétisme comme en Allemagne, Hollande, Espagne, etc., avec 400 000 prostituéEs (contre 20 000 en France), une criminalité exponentielle, des meurtres de personnes prostituées en grand nombre, car la prostitution nourrit une traite mafieuse que plus rien ne peut endiguer.

Dans quelle société voulez-nous vivre ?
Dans un monde où les histoires pour enfants mettent en scène des petites filles hypersexualisées rêvant de vivre dans le plus grand des lupanars du Redlight district de leur ville ?
Sans nous ! Les abolitionnistes ont pour l’humanité, des projets POLITIQUES d’émancipation.
Ce qui est immoral, c’est de justifier, quel que soit l’argument, que des personnes vulnérables puissent encore au 21è siècle, être exploitées et subir la violence sexuelle de la prostitution, une forme d’esclavage qui n’a plus aucune raison d’être.

Christine Le Doaré

Ils sont inquiets, aussi, je les invite à lire la proposition de loi ; très équilibrée, elle s’appuie sur 4 domaines d’actions, alors qu’ils choisissent de ne parler que de la « pénalisation » des clients prostitueurs :
https://christineld75.wordpress.com/2013/11/08/au-fait-que-dit-la-loi-dabolition-de-la-prostitution/

Toujours dans l’intérêt du débat, il serait intéressant qu’ils s’informent de la position de la société civile sur cette question, un collectif de juges et avocats, puis de grands noms de la médecine, s’étant prononcés sur la question :
http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/12/ce-sont-les-acheteurs-de-sexe-qu-il-faut-penalise_3512622_3232.html et : http://www.lejdd.fr/Chroniques/Invite-du-JDD/Systeme-prostitutionnel-Il-est-temps-d-agir-avec-efficacite-638119

Il ne faudrait pas que tant d’inquiétude les mène eux aussi au populisme. Si même des sociologues ne sont pas à l’abri d’un tel danger, l’heure est grave :
http://www.rue89.com/2013/10/12/les-femmes-etrangeres-revent-devenir-putes-cest-ca-246484

Christine Le Doaré


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