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Des papillons au ventre !

esp27_aNous y sommes, Maud Olivier, députée de l’Essonne, a présenté à la délégation des droits des femmes, un ensemble de recommandations visant à abolir la prostitution en France. Va suivre une proposition de loi visant à « lutter contre le proxénétisme, accompagner des femmes prostituées, adopter une prévention auprès des jeunes, et à responsabiliser les clients. »

Enfin, le travail des associations féministes et humanistes qui notamment luttent contre les violences sexuelles, la persévérance des associations comme le Mouvement et l’Amicale du Nid et du Réseau des « Survivantes de la prostitution » qui travaillent en direction des personnes prostituées et contre le système prostitueur, l’implication des politiques engagés en faveur de l’abolition, Danielle Bousquet et Guy Geoffroy d’abord, Catherine Coutelle et Maud Olivier ensuite et de tant d’autres, l’énergique mobilisation du Collectif Aboltion 2012/13 enfin, vont porter leurs fruits.

Beaucoup de journalistes semblent l’ignorer, mais le régime juridique en France, est déjà l’abolition. Seulement, il était mal appliqué, avec cette proposition de loi, nous allons pouvoir corriger le tir, c’est-à-dire soutenir les personnes prostituées contre le système prostitueur, qu’il s’agisse des proxénètes comme clients qui entretiennent la demande.
Il faudra donc abolir le délit de racolage, adopter des programmes sociaux de réinsertion, renforcer la lutte contre la traite et pénaliser les clients prostitueurs.
C’est tout le sens d’une politique abolitionniste, c’est différent de la prohibition qui elle pénalise tous les acteurs, personnes prostituées comprises.

Il ne faut pas s’y tromper, il ne s’agit pas d’une bataille de pouvoir, il s’agit de la vie de tant d’êtres humains, aussi, de la société dans laquelle nous voulons vivre.
Cette question est cruciale et son traitement aura un impact sur l’avenir des femmes et des hommes de ce pays, sur leurs relations. Les personnes prostituées sont bien les victimes des violences sexuelles dont nos sociétés sont comptables, bien souvent avant d’entrer dans la prostitution, pendant qu’elles se prostituent et de longues années après en être sorties.
De bonne foi, il n’est pas possible de soutenir que l’intrusion d’inconnus dans l’intimité d’une personne contrainte à des pratiques sexuelles qu’elle ne désire pas, est sans conséquence sur son équilibre, sa santé, son espérance de vie.
S’enfiler des sexes, respirer des odeurs, toucher des peaux, et à la chaîne, parfois dans des conditions sordides, laisse des traces.

Bien sûr, il est toujours possible de trouver des prostitué-e-s- qui disent maîtriser la situation et même la choisir, peu de femmes et d’hommes issus de la bourgeoisie, malgré tout !
Dans certaines situations ultra minoritaires, c’est possible, mais les politiques publiques construisent des projets de société, doivent éduquer à l’égalité et contre les violences de genre, dont les violences sexuelles.
Elles doivent aussi se donner les moyens d’éradiquer un barbare trafic d’êtres humains, or il n’est pas cohérent de lutter contre la traite en laissant se développer une prostitution dont il est impossible de s’assurer qu’elle est vraiment « libre ».
Dans tous les cas, tout échange d’argent nourrit le système prostitueur, l’un des trois marchés criminels les plus prolifiques avec ceux de la drogue et des armes.

Tant a déjà été écrit et dit sur la nécessité d’abolir la prostitution, qu’il s’agisse du contexte de violence et d’humiliation dans lequel s’exerce la prostitution ; du terrible bilan des pays réglementaristes et à l’inverse, de l’expérience globalement positive des pays nordiques ; des méfaits de la prostitution sur la santé de personnes soumises à un stress tel qu’elles ne peuvent l’assumer que dans le déni et la dissociation mentale ; de la nécessité d’abolir enfin les privilèges de genre de la domination masculine et de questionner les idées reçues sur la sexualité ; etc.

De solides arguments sont disponibles pour qui veut bien dépasser la surface des clichés complaisants. Des témoignages poignants et édifiants de prostitué-e-s ou ex-prostitué-e-s explicitent les violences diffuses et/ou sauvages subies dans le cadre du système prostitueur.
Il suffit de bien vouloir les entendre plutôt que de se rassurer avec les deux ou trois porte-parole professionnels d’un lobby individualiste et ultralibéral, favorable à la libéralisation de la marchandisation des corps.

Alors à l’aube de l’adoption d’une loi digne, juste, humaine et féministe, j’espère qu’un massif mouvement citoyen se lèvera pour conforter les élus, associations et individu-e-s à l’origine de ce projet, afin tous ensemble, de dire enfin stop à cet usage archaïque, non pas le plus vieux métier du monde, mais bien la plus vieille arnaque patriarcale.

La prostitution n’existe que parce que des hommes ont pensé avoir le droit d’exercer une domination sur les femmes, convaincus que leur position sociale de dominant, leur pouvoir, les autorisait à contrôler la sexualité aussi en dehors du mariage et à asservir des femmes destinées à assouvir leurs désirs.

Avec un cynisme sans nom et une grande hypocrisie, ils ont exigé un quota de femmes sacrifiées à leurs fantasmes de pouvoir, tout en les méprisant, les cachant et les isolant. Mais, surtout pas leurs mères, leurs femmes, leurs filles, seulement les autres, les pauvres, les racisées, les immigrées, etc. Une exploitation ultime et particulièrement malveillante de la misère.

Plus personne ne l’ignore, la prostitution n’a en réalité pas grand-chose à voir avec la sexualité, les clients prostitueurs ne sont pas célibataires mais mariés le plus souvent et les violeurs ne sont pas pour autant clients de la prostitution. Bref, les clichés ont vécu et ce temps là est révolu.

Certes, la sexualité humaine est diverse, complexe, mais il n’y a plus aucune raison pour que le genre/sexe masculin continue de s’assurer un accès privilégié et sécurisé, à moindre coût, à une sexualité « garantie » grâce à des rapports sexuels tarifés. L’égalité est en marche, seuls des échanges libres entre partenaires consentants sont acceptables ; l’esclavage sexuel, ni dans la conjugalité, ni dans la prostitution, n’est plus admissible.
Bien sûr messieurs, il vous faudra séduire et convaincre, mais c’est bien le minimum, non ?

Du reste, la prostitution ce n’est pas du sexe, le sexe entre adultes consentants, tout le monde s’en fiche, ce qui en revanche est un problème, c’est l’échange d’argent, c’est l’achat d’un acte sexuel tarifé.
L’indisponibilité du corps humain, de ses organes comme de son intimité doit être rappelée et garantie. Il ne peut y avoir de marché de la « passe », côté en bourse ou pas, encore moins de formation ni de diplôme de la bonne ou du bon prostitué-e, et pourquoi pas des agences d’évaluation de la compétence ou de la performance tant qu’on y est !

Le libéralisme est passé par là, il faudrait tout monnayer, tout vendre et spéculer aussi sur les corps humains, leur valeur sexuelle marchande, mais heureusement, certains états essayent de mettre des barrières.
L’enjeu est de taille, des millions de femmes, d’enfants, quelques hommes aussi, chez nous mais partout dans le monde, comptent sur nous ; pourvu que nous soyons à la hauteur !
Avec un peu de cohérence et de volonté politique, bientôt, nous rejoindrons les pays progressistes qui ont bien eu raison de faire le pari d’un autre vivre ensemble et de faire évoluer les mentalités.
Il faut toujours espérer que les mentalités évolueront dans le sens de l’émancipation de toutes et tous.

Lutter contre les violences inouïes du système prostitueur, voici pour la France, une belle façon de se distinguer et de briller au plan international, surtout, ne la manquons pas.

Christine Le Doaré

– Sites d’information sur les régimes politiques abolitionnistes (ne pénalise que le client prostitueur ; prohibitionniste : pénalise la personne prostituée comme le client prostitueur / interdiction ; réglementariste : régularise le proxénétisme (bordels, vitrines… le prostitueur devient un client comme un autre / et /ou un commerçant comme un autre) :

http://www.abolition2012.fr

http://www.mouvementdunid.org

http://www.prostitutionetsociete.fr

-Informations sur le lobby pro-prostitution : http://scoop-it/u/fee-ministe

– Informations classées par rubriques (légales, rapports, articles, etc.) sur la prostitution. Régulièrement mis à jour : http://www.scoop-it/t/prostitution-les-lobbys-pro-french-English

EELV, abrogation du délit de racolage ? Oui, mais pas seulement !

contre prostitutionEn octobre 2012 le groupe écologiste du Sénat déposait une proposition de loi visant à abroger le délit de racolage. Puis retirait sa proposition, admettant que l’abrogation du délit de racolage, devait faire partie d’un projet de loi global sur la prostitution.
Mais considérant que le gouvernement ne va pas assez vite, (c’est vrai qu’en ce moment, il n’a pas tant de problèmes à adresser), EELV, Esther Benbassa en tête, s’impatiente et revient à la charge.

Beaucoup en conviennent, réglementaristes comme abolitionnistes, ce texte doit être abrogé. En revanche, se limiter à son abrogation, sans appréhender la question de la prostitution dans sa globalité, serait une grave erreur. Comme tout le reste, la prostitution s’est mondialisée ces dernières années et les enjeux ont changé d’échelle. La situation est devenue alarmante et ne se limite plus, loin de là, à la seule question des conditions d’exercice de l’activité, en France.

La prostitution forcée, avec ses réseaux de proxénètes et ses mafias très puissantes qui brassent des milliards de devises, est désormais un phénomène de très grande ampleur qui plonge dans un immense désarroi un nombre effarent et toujours croissant de femmes et d’enfants déplacés. Toutes et tous, sont à la merci du crime organisé, des proxénètes et mafias mondialisées, qui sans scrupules aucun, les exploitent après un conditionnement des plus barbares (maisons de tortures et de viols systématiques pour briser toute résistance).
La traite des êtres humains et le proxénétisme mondialisé inquiètent désormais les institutions européennes et les pays qui ont réglementé la prostitution, se voient dépassés par ce qui constitue la troisième industrie criminelle mondiale après la drogue et les armes.

Dans tous les pays confrontés au problème, les décideurs en conviennent, la façon d’endiguer ce phénomène est de protéger les personnes prostituées vulnérables, mais aussi d’adopter des programmes de prévention et d’éducation, de proposer des alternatives aux personnes prostituées, d’éduquer et de pénaliser les clients afin de contraindre la demande. Récemment, plusieurs pays dont l’Irlande et la Norvège, réfléchissent à rejoindre les pays abolitionnistes.

Répétons-le, l’abolition n’étant pas la prohibition, une prostitution résiduelle dite « libre » continuera d’exister le temps que cette nouvelle politique publique produise ses effets et probablement pendant pas mal de temps. Aussi, est-il en effet nécessaire d’abolir le délit de racolage afin que les personnes prostituées qui resteront dans la prostitution puissent bénéficier de conditions sanitaires et sociales satisfaisantes.

Toutefois, on se demande parfois à quoi jouent les élu-e-s d’ELLV et s’il faut leur faire confiance sur les questions de société. D’ailleurs, si l’on en croit les derniers résultats électoraux, ils ont bien du mal à convaincre sur d’autres questions que celles de l’écologie.
L’argumentation du Groupe écologiste qui soutient la réglementation de la prostitution, s’il apparaît naïf est en réalité très idéologique, basé sur la liberté individuelle poussée à son paroxysme.
En réalité, nul n’ignore :
– que la prostitution dite « libre » est marginale (environ 10% de la prostitution en France), qu’elle est le plus souvent liée à des violences sexuelles dans l’enfance et que bien adressés, ces traumatismes pourraient trouver, en tous cas pour une partie des personnes prostituées, d’autres réponses que ces formes de thérapie destructrices ;
– que c’est l’activité prostitutionnelle elle-même, aussi la surenchère d’une offre pléthorique en période de crise économique et la demande des clients qui contraignent les personnes prostituées à accepter des prises de risque inconsidérées qui les exposent aux IST ; il est d’ailleurs peu probable que l’abandon de la politique répressive ait des répercussions spectaculaires (sachant par ailleurs qu’il suffit de passer dans certains quartiers à certaines heures pour constater que la prostitution se pratique déjà sans aucune entrave policière) ;
– que les violences subies (psychologiques et physiques), sont le plus souvent, le fait de clients et ne vont pas pour autant disparaître ; d’ailleurs, la prostitution elle-même est bien la dernière violence faite aux femmes que la loi ne réprime pas ;
– de même, il est peu probable que la prostitution puisse s’exercer au grand jour et dans les endroits fréquentés sans que les riverains et divers mouvements citoyens ne s’y opposent.

Néanmoins, ce délit de racolage public qui n’a jamais prouvé son efficacité, mais qui expose trop souvent les personnes prostituées à des comportements policiers abusifs et aux violences liées à la clandestinité, doit en effet être abrogé.

Si cette position fait l’unanimité, en revanche, ce qui fait bien polémique c’est de ne proposer que cette seule mesure, alors que la situation globale de la prostitution est catastrophique.
C’est bien la preuve d’une position purement idéologique qui ne tient pas compte des réalités et encore moins des risques.
L’industrie criminelle de la prostitution n’attend que des encouragements et considère d’un très bon œil les alliés que sont pour elle, qu’ils en soient conscients ou non, les réglementaristes.
Dans quelle société voulons-nous donc vivre ? Demandez aux populations de la Jonquera espagnole ce qu’elles pensent du déferlement de délinquance et violences en tous genres, généré par la prolifération industrielle des bordels dans la région. Demandez aux populations belges ce qu’elles pensent de ces quartiers entiers, réduits en vitrine où sont exposées des femmes, telles des marchandises. Egalité entre les sexes-genres, dites-vous ? Et surtout, demandez aux familles des femmes des pays de l’Est, d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs, ce qu’elles pensent des chantages et violences qu’elles subissent pour que leurs filles, sœurs, femmes, restent prisonnières des réseaux. Demandez-leur si elles remercient le système prostitueur, c’est-à-dire les proxénètes, les clients sans lesquels le marché n’existerait pas et tous ceux qui le soutiennent, politiques, médias et people en tête.

Alors, abrogation du délit de racolage, oui bien sûr, car les personnes prostituées ne sont pas celles qui profitent du système prostitueur, une minorité d’indépendant-e-s libéraux mis à part. Elles en sont les otages et souvent les victimes. Mais pas d’abrogation sans projet global d’abolition du système prostitueur, c’est-à-dire, l’adoption de programmes alternatifs de réinsertion, de programmes d’éducation, de prévention et de pénalisation des clients, seuls responsables par leur demande d’un immense trafic humain et de son corollaire, le crime organisé.
Merci aux élus d’EELV de nous rassurer, elles et ils veulent bien toujours vivre dans une société d’égalité et de progrès ?

Christine Le Doaré


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