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Un tournant décisif pour l’abolition !

14037_148752161961252_1608100489_nAlors bien sûr il y a eu l’avis de la Commission des Droits de l’Homme, un avis qui n’aide pas vraiment à y voir plus clair et surtout pas à libérer les femmes de leurs obligations patriarcales.
Des « sages » pas prêts à remettre en question les privilèges de la domination masculine, les leurs tout compte fait, puisque cette commission est composée de 40 hommes pour 19 femmes !
(https://christineld75.wordpress.com/2014/06/01/19-femmes-pour-40-hommes-de-quoi-sagit-il/)

Heureusement, les évidences ont cela de bien que malgré toutes les traditions, toutes les réticences, tous les lobbys, tôt ou tard, elles crèvent les yeux du plus grand nombre.
Toute personne de bonne foi qui fait un parallèle entre les bénéfices et désavantages du régime suédois et allemand ou hollandais, par exemple, ne peut être que convaincue par l’urgence de mettre un terme à un système néfaste pour les êtres humains qui le subissent et par ailleurs second plus important marché criminel au monde.

La prostitution, ça ne peut simplement pas durer parce que :
– Les hommes qui y ont recours entretiennent un marché dont le produit est un être humain, son intimité, marché alimenté principalement par des criminels et un petit pourcentage d’indépendantes qui se disent « libres » et heureuses « d’être pute » (selon les termes exacts du groupuscule qui entend les représenter : le STRASS)
– L’égalité femmes-hommes est compromise par une répartition des rôles qui assigne aux femmes de mettre leur corps au service de la sexualité et surtout de la domination masculine ; toute éducation au respect dans la sexualité devient hasardeuse
– La prostitution est une violence sexuelle qui occasionne de sérieux traumatismes physiques et mentaux
C’est en substance ce que vient de dire la Délégation sénatoriale aux Droits des Femmes et à l’Egalité des Chances entre les Hommes et les Femmes, le 5 juin dernier, en adoptant le rapport de Mme Brigitte Gonthier-Maurin (CRC, Hauts-de-Seine), et en l’assortissant de 11 recommandations.
Le rapport appuie la pénalisation de l’achat d’actes sexuels et la responsabilité des clients de la prostitution, l’abrogation du délit de racolage ainsi que l’attribution de moyens pérennes au financement du parcours de sortie de prostitution :
« La délégation a considéré que la prostitution est avant tout une violence qui s’exerce contre les femmes, qu’elle ne saurait être considérée comme un métier et que le débat sur la prostitution pose, en réalité, la question de l’égalité entre hommes et femmes. « et en ajoutant : « La délégation souhaite également, renforcer la sensibilisation à l’égalité entre hommes et femmes dès le plus jeune âge. Elle recommande également la généralisation des ABCD de l’égalité »

Le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes de son côté, a salué l’adoption de ce rapport favorable à la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, déjà votée par l’Assemblée Nationale. Il a rappelé que le renforcement de la position abolitionniste de la France s’inscrivait dans une dynamique européenne initiée par l’adoption du rapport Honeyball, en février dernier.

Il faudrait maintenant que le vote de la proposition de loi soit rapidement inscrit au calendrier du Sénat afin que nous puissions engager une véritable politique abolitionniste en France et venir en aide aux personnes prostituées qui le souhaitent. Il y a urgence.

Il semblerait bien que cette dynamique désormais dépasse les frontières de l’Europe : le gouvernement Canadien s’est prononcé à son tour, le 4 juin dernier, pour un dispositif global incluant la protection des victimes du système prostitueur, la pénalisation des proxénètes et des clients. Le gouvernement canadien reconnait que les femmes autochtones sont sur-représentées parmi les personnes prostituées.
Son approche consiste à agir sur plusieurs axes : criminaliser les clients qui alimentent et perpétuent la demande de la prostitution ; protéger les personnes prostituées, les aider à sortir de la prostitution, mais ne pas intervenir lorsqu’elles souhaitent continuer leur activité ; également protéger les collectivités contre les torts causés par la prostitution.
Le gouvernement canadien veut frapper fort, les peines de prison prévues sont comprises entre 18 mois et 5 ans, assorties d’amendes, 500 $ pour la première infraction.
Ces amendes seraient doublées si l’infraction est commise près de parcs, d’écoles où des enfants pourraient se trouver.
L’objectif est que les clients comprennent les préjudices qu’ils causent aux personnes prostituées et cessent cette pratique d’un autre âge.
La loi s’attaque aussi au proxénétisme en renforçant le dispositif existant, elle accroît notamment la peine d’emprisonnement maximale de 10 ans actuelle en la portant à 14 ans.
Enfin, les programmes de réinsertion seront financés par des nouveaux fonds qui s’élèvent à 20 millions de dollars.

Enfin, l’exploitation, et n’ayons pas peur des mots, l’esclavage, qui frappe les plus démunis et vulnérables, qui est responsable de trafics sordides d’êtres humains, sont en passe d’être véritablement combattus à l’échelle de la planète.

Cependant, la mobilisation doit continuer, les lobbys des industries du sexe sont particulièrement puissants, infiltrés à tous les niveaux de décision, les enjeux financiers sont pour eux colossaux, alors vigilance et persévérance sont de mise.
Il serait naïf de penser qu’ils ne vont pas tenter de résister, d’agir et jusqu’au bout, et toujours, comme tout système d’exploitation et d’oppression.
Les élus de tous bords doivent s’investir et faire preuve d’un fort courage politique.

Christine Le Doaré

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France :
http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/violences-de-genre/actualites-69/article/la-delegation-aux-droits-des
http://www.mouvementdunid.org/Une-loi-d-abolition-de-la
http://www.osezlefeminisme.fr/article/communique-de-presse-06juin2014-prostitution-labolition-au-senat-maintenant

Europe :
http://www.prostitutionetsociete.fr/actualites/actualites-europe/inedit-le-conseil-de-l-europe
http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2014-0162+0+DOC+XML+V0//FR

Canada:
http://sisyphe.org/spip.php?article4780#.U5DR0LeIyyM.facebook
http://www.abolitionprostitution.ca…
http://www.cbc.ca/news/politics/jimmy-carter-offers-canada-advice-on-updating-prostitution-laws-1.2654394
http://blogues.journaldemontreal.com/liseravary/societe/qui-est-derriere-le-lobby-de-la-prostitution/#.U5Hd96OQTPK.twitter
http://www.lepoint.fr/monde/prostitution-le-canada-veut-penaliser-les-clients-05-06-2014-1832581_24.php

Inverser la charge pénale et permuter le rapport de force – ou la pénalisation du client

story_wideUne proposition sur l’abrogation du délit de racolage a été déposée au Sénat par Esther Benbassa – EELV (Voir ses liens avec le STRASS qu’elle finance avec des fonds publics : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/ ). Il est probable que la loi passe au Sénat, la plupart des formations politiques étant, comme les abolitionnistes d’ailleurs, favorables à l’abrogation du délit de racolage.

En effet, le texte sur le racolage met en difficulté les personnes prostituées, notamment lors de rafles policières. Les plaintes des riverains ou encore les contraintes d’urbanisme et d’aménagement des quartiers motivent le plus souvent ces brutales initiatives policières, (Néanmoins, la prostitution a bien lieu de jour comme de nuit, et aux yeux de tous, dans nombre de quartiers des grandes villes).

Le Sénat, poussé par Mme Benbassa, va se précipiter et peut-être même adopter des amendements qu’il regrettera, sentant confusément qu’il ne peut pas se contenter de seulement abroger le délit de racolage sans ouvrir la boîte de Pandore, mais ne se donnant pas non plus les moyens d’étudier une loi globale. C’est pourtant ce qu’avaient préconisé les 54 associations du Collectif Abolition 2012 : http://abolition13avril.wordpress.com/2013/03/23/communique-dabolition-2012-non-au-saucissonage/

A l’évidence, il serait préférable d’adopter une politique globale en matière de prostitution. Une politique cohérente et digne d’un pays abolitionniste comme la France doit comporter plusieurs volets et pas seulement l’abrogation du délit de racolage. Dans la proposition de loi Benbassa manquent : des alternatives crédibles à la prostitution avec des programmes de réinsertion et l’adoption de mesures d’éducation et de pénalisation des clients. Mais, espérons-le l’Assemblée Nationale, à la rentrée prochaine, ne cautionnera ni la méthode, ni le contenu, encore moins les conséquences d’un texte par trop réducteur.

En effet, la prostitution dite « choisie » est marginale, en revanche, la prostitution contrainte et d’abatage, à la main des réseaux et des mafias, envahit l’Europe dans un flot incessant et grandissant. Dans ces conditions, la seule solution politique possible dans notre pays abolitionniste depuis 1946 et la promulgation de la loi Marthe Richard, est bien de le rester mais d’évoluer car l’abolition ne se confond pas avec la prohibition, c’est-à-dire la chasse aux personnes prostituées, et ne se conçoit pas non plus, sans un plan de lutte d’envergure contre cette violente exploitation des femmes. Un projet digne de ce nom devrait comporter à la fois l’abrogation du délit de racolage, mais aussi l’adoption de solutions de sortie de la prostitution et la pénalisation du client prostitueur afin d’endiguer les violences sexistes et éduquer à l’égalité entre les sexes.

L’abolition de l’esclavage ne l’a pas éradiqué de la planète, mais il a donné aux esclaves les moyens de se battre et aux politiques ceux d’adopter des politiques répressives et éducatives efficaces. La prostitution est une forme d’esclavage qui demeure pour les femmes, c’est le tribut qu’elles payent au système patriarcal, (quelques hommes également, car tous les hommes ne sont pas hétérosexuels). Nous devons nous donner les moyens de l’abolir, c’est-à-dire de commencer à agir et espérer, tout en étant bien conscients qu’une prostitution résiduelle subsistera, le temps que les mentalités évoluent.

Lorsque des élus EELV ou des groupes tels que le STRASS disent que les personnes prostituées sont en grand danger, craignent des violences, subissent des viols parce que le délit de racolage les pousse à la clandestinité ou à s’isoler en dehors des villes, ils ont raison et ils ont tort. En réalité, dans le cœur des villes ou à leur lisière, dans la sécurité apparente d’un appartement ou dans la précarité et l’isolement d’une voiture, d’une ruelle ou d’un sous-bois, peu importe les modalités de la mise en relation, la personne prostituée est toujours seule et toujours en danger. Mais elle l’est à fortiori si le client n’est pas en infraction.

En effet, il est important de comprendre que pénaliser le client revient à inverser la charge de la preuve. Le délit de racolage étant abrogé, la personne prostituée n’est plus en infraction, en revanche, si l’acte d’achat de sexe est pénalisé, le client lui, commet un acte répréhensible et est passible d’une amende. Le rapport de force lui est défavorable, il le sait, la personne prostituée aussi, elle le tient !

En cas de vol, de violences, de viol, la personne prostituée pourrait alors se retourner contre le client prostitueur. L’inversion de la charte pénale est donc à la fois dissuasive pour le client qui sensibilisé, comprendra peu à peu qu’il n’achète pas du sexe déconnecté d’une personne humaine, mais le consentement d’une femme ou un homme en général en difficulté sociale, mais c’est aussi un moyen d’empowerment et de protection de la personne prostituée.

Dans tous les cas, les personnes prostituées mais surtout les lobbies pro-prostitution qui craignent pour les pauvres clients importunés, doivent comprendre que le projet consiste essentiellement à se donner le droit de les interpeller pour les sensibiliser à l’égalité femmes-hommes et à questionner les abus du système patriarcal, puis le cas échéant, à leur infliger une amende en espérant que d’ici une génération ou deux la société aura évolué et que la prostitution ne sera plus que marginale, comme dans les pays abolitionnistes. En somme rien de bien dramatique pour eux ; en revanche, un espoir de sortir enfin des violences de l’enfer prostitutionnel subi par tant de femmes déplacées, sans parler des nouvelles formes de prostitution dues à la crise économique, comme la prostitution des étudiant-e-s.

Il est vraiment temps d’agir. La France est abolitionniste, mais il ne s’agit que d’une posture ; dans les faits, elle ne déploie pas une véritable politique publique adéquate. Pourtant, l’abolition est bien la seule solution humaniste, féministe et progressiste d’une société toute entière. Nos responsables politiques ne revendiquent-ils pas plus de justice et d’égalité ? En outre, nous venons de le voir, les personnes prostituées elles-mêmes ont tout intérêt à la pénalisation du client et au-delà à un dispositif global qui lui permettra, lorsqu’elles le souhaiteront de bénéficier de programmes de sortie de la prostitution.

Alors, qu’attendons-nous, qu’attendez-vous, pour vous engager pour l’abolition du système prostitueur et nous rejoindre le 13 avril prochain, à la Machine du Moulin Rouge, pour l’abolition citoyenne de la prostitution !

Christine Le Doaré

Retrouvez l’événement sur le blog : abolition13avril.wordpress.com

Twitter : @abolition2012

Facebook : http://www.facebook.com/abolition2012?ref=hl


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