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8 mars, une éprouvante journée

149087_10200540470928727_1254857611_nChaque année revient le 8 mars et avec lui, la Journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes.

Cette année encore, il a fallu :

  • Expliquer, à s’en casser la voix et les doigts sur le clavier, que non, ce n’est pas la fête des femmes et qu’il est indécent, par exemple, de leur offrir une rose pour l’occasion ;
  • Rabâcher jusqu’à la nausée que la journée de LA femme c’est essentialiste, que ça ne vaut guère mieux que la journée de la musique folklorique ;
  • Expliquer que le comité ONU Femmes a reconnu une mauvaise traduction et s’est engagé à mener une campagne pour corriger cette erreur ;
  • Rappeler que le 8 mars, pour les  féministes, c’est tous les jours.

N’en déplaise aux « nuls en féminisme », la journée et même désormais la semaine du 8 mars, sont consacrées à rappeler que partout dans le monde,  les femmes sont en lutte pour :

  • combattre les discriminations et innombrables violences à leur encontre,
  • en terminer avec la domination masculine,  l’aliénation patriarcale et le féminicide,
  • s’émanciper et parvenir à l’égalité.

Mais il y a pire encore, de nouveaux expertEs en féminisme s’obstinent à le détourner de ses fondamentaux. Leur mission, ils et elles l’ont acceptée, consiste à pratiquer la récupération des idées et des luttes pour mieux nous diviser et ainsi maintenir le système de domination masculine en place, juste en l’égratignant, pour la forme.

En occident, les droits et libertés des femmes, acquis de haute lutte, restent fragiles, constamment remis en question. C’est particulièrement vrai en matière de droits reproductifs, mais aussi de droits sociaux et culturels. Les violences, qu’il s’agisse des violences conjugales, des agressions et des viols ou de l’exploitation sexuelle dans la prostitution, ne régressent pas et les chiffres donnent le tournis. L’appropriation du corps des femmes est toujours un enjeu, le marché de la GPA est lucratif et les pressions s’intensifient. Les politiques de la ville, la gestion de l’espace public sont pensés pour une population masculine.

Le système patriarcal est à la manœuvre sur toute la planète, aussi, le seul féminisme à même de le renverser est-il nécessairement universaliste. La solidarité entre les femmes de tous les pays est vitale.  Dans nombre de régions du monde,  la situation des femmes est encore bien pire que dans les pays occidentaux car se surajoutent aux discriminations et violences déjà citées, toutes celles qui découlent des traditions et codes de la famille misogynes qui les infantilisent et les placent sous la coupe de l’arbitraire de leur père, frère ou mari. Elles sont en grand nombre mariées de force, souvent mineures ; sont excisées, reniées, emprisonnées pour ne pas avoir porté avec suffisamment de rigueur le voile islamique, lapidées, exécutées pour laver « l’honneur » de leur famille, etc.

 

Toutes ces injustices et persécutions constituent un volume considérable de sujets à traiter ; de quoi donner le vertige certes, mais matière à  occuper amplement journalistes, chercheurs et politiques qui souhaitent s’exprimer à l’occasion du  8 mars.

Eh bien malgré tout, de prétenduEs expertEs en féminisme s’autorisent à enfouir cette abondante matière pour nous vendre à la place leurs cafouillages, à longueur d’articles et interviews, radio, TV ou presse.

 

Ainsi, ARTE, tout de même pas la plus nulle des chaînes de TV, nous a bassinés toute la journée du 8, avec « la journée de LA femme ».

 

Ainsi, dans Libération, Cécile Daumas, nous a-t-elle expliqué que le féminisme est dans une « compétition désastreuse avec l’antiracisme ». Elle pense avoir découvert que le « féminisme serait pris en otage dans le débat sur la place de l’Islam » et prétend que « les féministes qui défendent la culture occidentale, les « féministes de la liberté des mœurs », sont moins prolixes pour évoquer la parité en politique ou en économie ».

Déjà dans un article relatif à l’affaire des viols de Cologne, elle soutenait subtilement les lyncheurs de Kamel Daoud et le tançait elle aussi, pour avoir critiqué la manière dont sont abordées les questions de sexualité et de liberté des femmes dans les pays musulmans.

Elle a touché le pompon, maintenant elle tire dessus !

Non, il n’y a aucune compétition entre féminisme et antiracisme : le féminisme est transverse à toutes les autres oppressions, de classe et de « race » notamment, car les femmes, la moitié de l’humanité, subissent toutes, d’une manière ou d’une autre, la domination masculine et peuvent être victimes de violences. Si les femmes sont toutes victimes du système patriarcal, se surajoutent pour certaines, d’autres discriminations, de classe, « race », orientation sexuelle, handicap, etc. Où est la compétition ?

Ce qui est certain et historiquement vérifié, en revanche, c’est que les hommes ont objectivement intérêt à détourner les femmes du féminisme universel et à les mobiliser pour d’autres causes.

La journaliste reproche aux féministes attachées à la « liberté des mœurs » de ne pas parler de parité en politique. La parité c’est un minimum mais ce n’est pas non plus un gage de féminisme, il ne faut pas confondre femme et féminisme, la nuance est tout de même de taille. Mais surtout, cette accusation ne repose sur rien, mais accusez donc, il en reste toujours quelque chose !

Non, le féminisme ne sera pas pris en otage, la liberté que les femmes occidentales ont chèrement arrachée et doivent défendre sans relâche, seulEs les féministes, pro-féministes et progressistes ont le droit de s’en revendiquer. Aucune féministe n’est dupe des tentatives de récupération politiques, notamment de l’extrême droite !

En revanche, il est parfaitement hors de question de renoncer à la « liberté sexuelle » et à l’égalité, pour pouvoir « débattre de la place de l’islam » en occident. Les religions ont toujours infantilisé et même asservi les femmes ; celles des opprimés aussi, opprimés qui dans d’autres contextes sont les puissants.

Les religions ne dicteront pas leur loi, pas plus l’islam qu’une autre, et le féminisme islamiste n’existe pas plus que le féminisme catholique, fumisterie !

Cécile Daumas croit aussi que l’affaire de Cologne a révélé « un schisme entre générations de militantes », c’est faux et c’est bien mal connaître les mouvements féministes : les divergences d’opinion sur cette affaire sont transverses aux générations.

A quand un article sur l’exploitation sexuelle, les viols et trafics humains, dans les camps de réfugiés ? Parce que la réalité c’est aussi ça, les femmes, partout, toujours, subissent les violences masculines, y compris à l’intérieur de leur propre groupe, aussi défavorisé et désespéré soit-il.

 

Ainsi, le Nouvel Obs a-t-il vanté le « féminisme fondamentaliste » à travers les voix de deux journalistes Eric Aeschimann et Marie Vaton qui prétendent que l’islam serait un vecteur de l’égalité hommes-femmes. Selon eux, les féministes qui critiquent les religions et la place qu’elles réservent aux femmes, l’islam surtout, car les autres religions n’ont guère droit de cité, feraient preuve d’une laïcité ringarde.

Dans quel monde vivent-ils ? Non contents de s’abstenir de critiquer les violences inouïes des formes intégristes des religions, en particulier les exactions barbares des islamistes, ils cautionnent l’oppression des femmes inhérente aux versions plus orthodoxes ?

Quelles sont donc les motivations de ceux qui inversent ainsi la réalité et les responsabilités ? Pourquoi critiquent t’ils le catholicisme lorsqu’il impose le contrôle du corps des femmes, l’interdiction de l’avortement et de la contraception, de l’homosexualité, mais approuvent les contraintes et violences sexistes faites aux femmes, au nom de l’islam ?

 

Les exemples sont légions et cet article pourrait faire 100 pages. L’idéologie islamo-gauchiste a perverti la pensée politique et universitaire, les médias rivalisent désormais de soumission envers ces théories absurdes et mortifères qui sacrifient sans vergogne les femmes, les enfants aussi.

La sociologue et écrivaine iranienne Chahla Chafiq a dit  «En désignant la liberté sexuelle comme le point crucial de la culture occidentale, l’islamisme identifie les droits des femmes et des homosexuels comme les pires fléaux d’une occidentalisation qui détruirait l’identité islamique.» Dans notre société dysfonctionnelle, ses propos rationnels sont précieux mais certains les jugent suspects, un comble !

Nous n’avons pas entendu tous ces gens soutenir les associations féministes quand le juge versaillais a relaxé le rappeur Orelsan pourtant condamné en première instance, pour provocation à la violence. En réalité, le féminisme est la dernière de leurs préoccupations, ils font semblant de s’y intéresser pour mieux le détruire et retarder l’émergence d’une société féministe, libérée des rapports de force et de domination.

 

Alors à toutes celles et ceux qui nous divisent pour nous ralentir, intersectionnels et vendeurs de soupe à la mode islamiste, brandissant à tours de bras l’accusation d’islamophobie comme une bible, j’affirme que :

  • le féminisme est et sera toujours la somme des luttes contre la domination mondiale du groupe des femmes, par le système patriarcal qui profite aux seuls hommes ;
  • la laïcité est la garantie d’atteindre plus certainement cet objectif.

Démasquer et neutraliser tous ces faux expertEs en féminisme et juges en islamophobie, devraient être une priorité pour les féministes qui veulent ne plus avoir à vivre un éternel 8 mars, parce que la domination masculine serait enfin vaincue et l’égalité, réelle et partout dans le monde.

Christine Le Doaré

 

STRASS, Morgane Merteuil : inversions et manipulations

marche-tete-04-900x599Morgane Merteuil, STRASS, réglementaristes de la prostitution et inversion rhétorique au service de la manipulation.

Savez-vous que les personnes qui ne consomment pas assez de biens matériels sont responsables des ratées du système capitaliste ? Egalement, que les victimes du racisme sont responsables de l’inquiétude des occidentaux menacés par une société métissée et plurielle ?
Je vous sens crispéEs là, non mais c’est quoi ce discours néolibéral et raciste ? Inversion sémantique au service de la manipulation idéologique ? Oui, sans aucun doute !
Pourtant, quand Morgane Merteuil, porte-parole du STRASS*1. écrit que les clients et plus généralement les bénéficiaires du système prostitueur rendent service aux femmes en leur permettant de se prostituer quand les féministes abolitionnistes, elles, les mettent en danger, le procédé est rigoureusement le même mais peu y trouvent à redire.
Pourquoi sur le sujet de la prostitution tant de progressistes ont-ils l’esprit critique en berne, quand sur d’autres sujets, ils sont prompts à repérer les tentatives de manipulation à coups d’inversions sémantiques flagrantes ?

Le dernier texte de Morgane Merteuil est un chef-d’œuvre du genre. Elle y opère une double manipulation.
Elle s’appuie sur un texte de Joan W. Scott « Émancipation et égalité : une généalogie critique », donné lors d’une conférence Au-delà du patriarcat du colloque Penser l’émancipation (Nanterre, février 2014).

Le titre de Merteuil « Putes, corps désirants et émancipations », donne le ton, comme si juxtaposer des mots inconciliables suffisait pour convaincre de la pertinence du propos :
« putes » ce qui signifie : femmes (le plus souvent, mais pas seulement) performant des rapports sexuels sans désir et pour de l’argent, sous la contrainte (le plus souvent, mais pas toujours) ; rien que l’utilisation du mot « pute » est douteux, il permet de détourner l’attention et d’effacer la violence de la réalité de la prostitution,
« corps désirants » mais qu’est-ce donc qu’un corps désirant ? Un être désirant, oui, je vois, un corps désirant, déjà beaucoup moins, à moins que Morgane Merteuil ne reconnaisse l’état de distanciation / dissociation nécessaire pour se prostituer, l’esprit ici et le corps tout là-bas ?
Dans tous les cas, parler de « corps désirants » dans le cadre de la prostitution, alors que nombre de professionnels de santé et de féministes s’accordent à la qualifier de violence sexuelle intrinsèque et que les associations de défense de prostituéEs prétendent en faire un travail, est pour le moins contradictoire.
« émancipations », le mot est au pluriel, c’est tout de suite plus signifiant.
C’est aussi un artifice pour associer l’émancipation des femmes musulmanes à celles des femmes prostituées, le STRASS ratisse large et aux côtés de ses amiEs des Indigènes de la République, Morgane Merteuil tente de nous convaincre que « féminisme musulman » et « féminisme pute », même combat ! *2.Voir « Des déchaînézs au genoux du patriarcat ».

Le texte est à l’image du titre : une laborieuse tentative d’inversion des responsabilités, chaque argument étant maltraité jusqu’à l’absurde.
Bien entendu, les industries du sexe ne sont plus des industries ultra-capitalistes qui s’en mettent plein les poches sur le dos de femmes exploitées, les proxénètes comme les clients ne sont plus des instruments de la domination masculine et ne sont jamais responsabilisés, en revanche, les féministes abolitionnistes seraient des libérales « des franges répressives » et mettraient en danger les personnes prostituées.
De quelle manière et avec quels moyens, vous ne saurez jamais, ce qui compte c’est de semer le doute, de faire de la désinformation et de propager des mensonges.

Joan W. Scott prétend que « la rhétorique de l’émancipation sexuelle et de l’égalité entre les sexes, en ce qu’elle est soumise à un capital mondialisé qui fait du désir, et de sa capacité à l’assouvir, un préalable à la citoyenneté, contribue à la perpétuation de la domination de « populations minoritaires défavorisées », et notamment des femmes musulmanes ».
La théorie de Joan W. Scott est tout de même particulièrement perverse, elle suggère que l’émancipation des femmes occidentales, leur droit à une sexualité libre et désirante, leur volonté d’égalité, sont responsables de la domination des femmes musulmanes qui elles, n’auraient pas atteint ce niveau de liberté et ne pourraient donc, de ce fait, accéder au statut de citoyenne.
Entendez bien, les femmes musulmanes ne seraient pas opprimées par la domination masculine, l’interprétation masculine de textes religieux, le poids des traditions, non, du tout, elles seraient dominées à cause des féministes, des femmes occidentales libérées et seules dignes d’un statut de citoyenne !
Formidable exemple d’inversion des responsabilités et de manipulation rhétorique !
Les féministes universalistes « orientales » qui luttent dans les pays musulmans apprécieront cette obole au féminisme islamiste et plus encore au système patriarcal !
[Que des intervenants capables de telles manipulations soient invitéEs dans des universités françaises me laisse perplexe.]

Puis, entraînée dans son élan, non contente, comme Joan W. Scott, d’accuser « la communauté des nations » d’avoir choisi « le désir sexuel comme dénominateur commun universel dans la définition de l’humain », et par conséquent, selon Morgane Merteuil, d’être « islamophobe », [vous suivez j’espère ?], la porte-parole du STRASS extrapole et, seconde manipulation, se demande « si le rejet des revendications des travailleuses du sexe peut, lui aussi, correspondre un autre aspect du discours civilisationnel analysé ici par Joan W. Scott ».

Je vous épargne quelques paragraphes plutôt inintelligibles, pour arriver à ceci : « L’accent placé sur une sexualité libérée … fait écho au désir de consommer qui sert de moteur au marché, et permet de détourner l’attention des injustices économiques et sociales qui résultent de la discrimination et des formes structurelles de l’inégalité. On touche bien là à un des fondements de l’idéologie libérale, qui fait finalement reposer sur la volonté individuelle la capacité d’émancipation (sexuelle), sans prendre en compte les rapports de domination et de dépendance qui peuvent entraver celle-ci. Ainsi, dans le débat sur la prostitution, la position abolitionniste consistera essentiellement en une volonté de « responsabilisation » des clients…, sans que ne soient jamais abordées les causes économiques et structurelles qui peuvent pousser des femmes non seulement à exercer cette activité mais de manière plus générale à être dépendantes des hommes. »
Quel plus beau déni de la réalité des luttes féministes !
Un allié pareil, le patriarcat en rêvait, Morgane Merteuil l’incarne, il peut dormir sur ses deux oreilles.
Morgane Merteuil avance que la libéralisation de la prostitution et la soumission à des dictats religieux/coutumiers, sont des enjeux de luttes émancipatrices.
En réalité, les groupuscules d’activistes du STRASS, du collectif « 8marspourtoutes » et leurs quelques alliéEs politiques et universitaires s’emploient à faire diversion pour éviter toute atteinte sérieuse au système patriarcal et c’est à peu prés tout.

Constamment et simultanément les féministes combattent les systèmes d’oppression idéologiques, économiques et sociaux, dénoncent la pression des industries patriarcales et capitalistes du sexe qui ne cessent d’envahir nos sociétés hypersexualisées, combattent les inégalités femmes-hommes, etc.
Nous abordons la question de la prostitution, en tant que projet de société, à fortiori collectif, par opposition aux réglementaristes qui ne parlent jamais que de choix individuels de quelques « libérales/libéraux » qui exerceraient « librement » sans se préoccuper des millions de femmes déplacées, torturées, violées et prisonnières de proxénètes, de la traite.
Et tout ça, nous le ferions sans jamais interroger et combattre les raisons économiques et sociales qui poussent les femmes à se prostituer ?
Allons donc, nous ne cessons d’expliquer que désespoir, besoin d’argent et passage à l’acte favorisé par des violences sexuelles antérieures, sont les raisons qui poussent le plus souvent les femmes à se prostituer, quand elles n’y sont pas contraintes par un proxénète ou un réseau mafieux.
Une seule femme opprimée, une seule femme violée, une seule femme prostituée et ce sont toutes les femmes qui risquent elles aussi, de subir ce même destin.

Le féminisme n’a pas de sens s’il n’aboutit pas à libérer les femmes, toutes les femmes, de l’emprise de la domination masculine, de leur exploitation et de leurs violences.
La domination masculine vise à contrôler les femmes, leur sexualité, la reproduction ; les religions, les traditions, les institutions sont les instruments de ce pouvoir masculin.
La prostitution n’est jamais que l’un des plus archaïques moyens de s’approprier les femmes – et souvent les enfants, parfois des hommes – réduitEs à des commodité sexuelle au service des hommes. Le voile et plus encore la burqa, le niqab, n’ont d’autre fonction que d’effacer les femmes et de les désigner propriété exclusive du père ou du mari tout puissant.
Morgane Merteuil aura beau triturer la réalité dans tous les sens, nous inventer des concepts « d’épanouissement sexuel islamophobes », – quelle personne sensée peut accréditer une seule seconde l’idée que nos politiques publiques associent épanouissement sexuel et droits sociaux ? -, elle n’est jamais du côté des femmes, de leur libération, de l’abolition du patriarcat.
C’est d’ailleurs pour cette unique raison et manifestement pas pour la pertinence de ses analyses, qu’elle cumule tant de soutiens et d’intérêts médiatiques et politiques.

Une manipulation rhétorique aussi grossière que celle qui consiste à inverser les responsabilités et absoudre au passage les bénéficiaires des systèmes patriarcal et prostitueur, est lamentable mais ce qui l’est plus encore, c’est la complaisance dont elle bénéficie pour continuer sans vergogne, à la tête du STRASS et des réglementaristes de la prostitution, à salir le mouvement féministe et tenter de le diviser.

Christine Le Doaré

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*1.STRASS : Syndicat des travailleurs du sexe

*2 : https://christineld75.wordpress.com/2014/04/02/des-dechainees-aux-genoux-du-patriarcat-2/

« 8marspourtoutes » ou l’oubli d’un énorme détail de l’histoire féministe

575373_10202012807114692_107629470_nUn groupe hétérogène de femmes et d’hommes » féministes pro-sexe » 1. regroupéEs dans un collectif « 8 mars pour toutes » 2. revendique de ne pas pénaliser le client prostitueur et cultive le relativisme culturel, encourageant les femmes à se soumettre à la domination machiste, sous prétexte religieux.

N’auraient-ils pas oublié un énorme détail de l’histoire du féminisme ?
Le féminisme est universaliste, laïc et matérialiste.
Ces principes fondateurs sont plus que jamais nécessaires à l’émancipation des femmes.
Le féminisme vise à libérer toutes les femmes,de toute contrainte sexuelle, tant dans le mariage et toutes formes de relations, que dans la prostitution. (L’argent ne pouvant effacer un viol tarifé qui ne dit pas son nom).
Depuis toujours le féminisme lutte contre le système patriarcal. La principale raison d’être de ce système est de s’approprier les femmes en les opprimant par tout moyen, y compris la violence, dans le but majeur de contrôler la sexualité et la reproduction ou plus précisément de contrôler la sexualité pour maitriser la reproduction et la transmission des gênes autant que du patrimoine.

La prostitution fait partie de ce système coercitif d’appropriation des femmes.
Personne ne combat un système de domination et de violences avec des gentillesses. Surtout un système responsable des violences les plus inouïes et générant des profits criminels considérables.

Le relativisme culturel est très utile pour maintenir des femmes dans des situations de soumission aux hommes ; les renvoyer à leur culture, dans tous les cas patriarcale, est souvent criminel.

Il faut croire que les activistes et soutiens de cette nébuleuse « pro-sexe » ne pensent ni aux 85 % de femmes prostituées étrangères contraintes d’exercer sur le sol français, ni à celles qui dans leur pays risquent les pires traitements quand ce n’est pas la mort, pour résister aux violences masculines.

Quand on sait que la « pénalisation » des clients consiste en une contravention punie d’une amende et-ou d’un stage de sensibilisation, que les objectifs de ce dispositif sont de limiter les développements et l’emprise du système prostitueur, de faire évoluer les mentalités en matière de respect et d’égalité femmes-hommes, de faire reculer les violences, on reste sans voix devant tant de complaisance vis à vis des clients, oppresseurs et coupables de violences sexuelles !
Les femmes prostituées rencontrent des problèmes de santé sans nombre, et surtout, la plupart témoignent d’une sexualité brisée, car la prostitution ce n’est pas de la sexualité, mais bien de la domination et des violences sexuelles ; pourtant « 8marspourtoutes » s’aligne sur les positions hygiénistes des associations de lutte contre le sida, réglementaristes de la prostitution.

Que des femmes qui se prétendent féministes, puissent exprimer une telle complicité envers les clients prostitueurs est pour le moins troublant.
Qu’elles se complaisent dans des alliances avec les Indigènes de la République et autres adeptes du relativisme culturel est criminel pour les femmes qui vivent privées de liberté dans tant d’endroits sur notre planète et menacées si elles ne se plient pas aux exigences familiales et religieuses.
Ce groupe « 8marspourtoutes » avec ses alliances douteuses est une imposture.
Complices ou en lutte contre les violences de la domination masculine, il faut choisir !

Comme des milliers d’autres, et des millions au monde, demain samedi 23 novembre, pour la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes du 25 novembre, puis ensuite le 8 mars, au sein d’une manifestation féministe unitaire, nous choisirons de défiler contre toutes les violences et surtout pour l’abolition de la plus archaïque et destructrice d’entre elles, la prostitution.

Manifestation Montparnasse 23 novembre 2013 _ 14 H

1. Le « féminisme » pro-sexe issu du milieu queer, apparaît dans les années 1980 aux États-Unis. Il prétend faire du plaisir et du travail sexuel des outils politiques dont les femmes devraient s’emparer, mais ne déconstruit en rien les schémas de domination et d’exploitation sexuelle. Comme si le seul fait que des femmes s’en emparent suffisait à y changer quelque chose.

2. collectif 8 mars pour tous, issu de groupuscules STRASS (syndicat des travailleurs du sexe), associations de santé communautaires telles que Act-Up …

PS 1 :
En matière d’intersectionnalité des luttes, concept très à la mode chez les post-modernes « pro-sexe » et leurs alliés, il faut relire ce texte qui rappelle la nécessaire solidarité de la classe des des femmes contre le patriarcat et le capitalisme/libéralisme et pointe du doigt le piège de l’intersectionnalité qui ne vise jamais à abolir les privilèges masculins. Bien entendu, les questions de classe et race doivent être traitées au sein du mouvement des femmes.
http://beyourownwomon.wordpress.com/2012/08/15/ignorer-et-defendre-le-male-le-piege-de-lintersectionalite/

PS 2 :
Lire également de GLOSSWITCH : “Sex-positive” feminism is doing the patriarchy’s work for it » paru dans http://www.newstatesman.com/

http://www.newstatesman.com/lifestyle/2014/03/sex-positive-feminism-doing-patriarchys-work-it

En français :  » Le féminisme pro-sexe fait le sale boulot du patriarcat  »
https://www.facebook.com/notes/martin-dufresne/le-f%C3%A9minisme-dit-pro-sexe-fait-le-sale-boulot-du-patriarcat/10153954677065595

Christine Le Doaré

Libération sexuelle et liberté de disposer de son corps

600269_10151496884167948_298307319_nLiberté, quelle liberté, où en sont les femmes ?

Entre timides battues en brèche, violents retours de bâtons, le système patriarcal contre lequel nous sommes mobilisé-e-s, détient probablement le record de longévité des systèmes d’oppression. Il sévit dans tous les domaines mais affectionne particulièrement l’intime et la sexualité.

Je me suis souvent demandé comment s’étaient débrouillés les hommes pour que le mouvement de libération sexuelle des années 60/70, leur profite autant ? Il n’est pas question de le nier, les droits et libertés des femmes ont progressé à partir des années 60, mais nombreuses sont celles qui ont fini par l’admettre : la libération des mœurs sans égalité réelle femmes-hommes jetait comme une ombre au tableau. Les femmes se devaient surtout d’être en permanence disponibles et enthousiastes, sous peine d’être considérées comme de mauvaises coucheuses. Alors, libération sexuelle oui, mais dans les limites imposées par la domination masculine.

Après plus de 40 ans la situation a certes évolué mais je ne suis pas certaine que dans leur majorité, les femmes s’en sortent vraiment mieux. Le patriarcat n’en finit pas de s’éterniser, les femmes n’ont toujours pas gagné l’égalité, encore moins leur liberté. Un peu partout, les droits reproductifs dont l’avortement sont menacés, limités ; des millions de femmes sont toujours enfermées dans les mariages forcés et la prostitution.
Nos sociétés phallocrates essayent bien de nous faire croire que tout va pour le mieux : que les femmes orientales se satisferaient de la soumission et que le voile les protègerait ; que les femmes occidentales s’éclateraient de la Lolita à la Couguar !
En réalité, de manière plus ou moins subtile, partout des femmes résistent aux humiliations et aux violences. Dans les sociétés occidentales, l’hypersexualisation des petites filles et la chosification / pornification des femmes s’impose massivement et à une vitesse fulgurante.
C’est le leurre qu’a trouvé la domination masculine pour continuer de nous contrôler et imposer sa volonté. Des femmes libérées, fort bien, mais qui plaisent aux hommes !

Finalement, la Suède, reste l’un des rares pays a n’avoir pas gommé le caractère féministe de la révolution sexuelle ; elle a notamment choisi d’abolir la prostitution, c’est-à-dire de ne pas inquiéter les prostituées qui, sans craindre d’être arrêtées, peuvent porter plainte en cas de violences ; mais de condamner le proxénétisme et l’achat de services sexuels, pour instaurer l’égalité femmes-hommes et promouvoir l’indisponibilité marchande de l’être Humain.

Dans un tel contexte, quelles sont les libertés sexuelles des femmes ?

Peut-être faut-il commencer par poser le postulat que jamais, personne, n’est totalement libre. Notre naissance, notre cadre de vie, nos rencontres, nous font et défont constamment. Les institutions sont déterminantes, l’enseignement, les valeurs républicaines et/ou religieuses, politiques, syndicales sont des moules.
Bien sûr chaque personne dispose d’une marge de manœuvre et opérera des choix tout au long de sa vie ; des choix cruciaux, mais jamais en dehors du regard des autres ni des codes des groupes d’appartenance et/ou de rejet. Un « sans abri » est aussi libre que moi, mais de quoi est-il ou elle, libre, exactement ? Suis-je aussi libre que d’autres qui détiennent des moyens que je n’ai pas (âge, revenus, formation, qualifications, réseaux sociaux/politiques, etc.) ?
Dans bien des situations, ce n’est pas la liberté qui protège les personnes vulnérables ou fragiles, mais la loi, le cadre social, les références culturelles et morales ou leur absence.

Rappelons aussi que les espaces de liberté sont de nos jours de plus en plus réduits. Notre imaginaire aussi est colonisé. Les industries du sexe, les plus inventives et prolifiques qui soient, savent se vendre : omniprésentes, elles influencent toute notre culture : la représentation hypersexualisée des femmes et des petites filles dans la mode, la photographie, le roman, le cinéma, etc., ce sont elles.
Elles servent les fantasmes masculins et séduisent nombre de jeunes et moins jeunes femmes, elles leur racontent qu’elles sont libération et émancipation.
L’hétérosexiste industrie du sexe formate et tient sous contrôle la sexualité des femmes comme celle des hommes ; elle répond aux attentes, quand elle ne les crée pas, de consommateurs mâles, toujours plus exigeants et violents. Même quand des lesbiennes se lancent dans la production pornographique, il est rare que les codes de domination / soumission qui prévalent dans la très normative industrie du sexe, soient vraiment questionnés.
Yolande Geadah a écrit : « La banalisation de la pornographie, conduit à la “prostitution de la sexualité”, à travers laquelle la sexualité est pour ainsi dire confisquée par l’industrie du sexe, qui réussit à imposer partout sa culture pornographique. De marginale qu’elle était, la prostitution devient ainsi la nouvelle norme sexuelle, encouragée et mise en valeur très activement par l’industrie du sexe. »

Paradoxe invraisemblable, de plus en plus de femmes, influencées par les industries du sexe, réclament le droit de se pornifier et de se prostituer au nom du féminisme et de la liberté à disposer de son corps !
Seulement voilà, quand les féministes des années 60/70 défendaient le droit de « disposer librement de leur corps », elles réclamaient l’imagination au pouvoir et non le carcan des normes d’une industrie, elles revendiquaient une sexualité libre et gratuite, hors des contraintes du mariage « traditionnaliste » (devoir conjugal et maternité), elles voulaient jouir d’une sexualité de désir et de plaisir, d’échanges dans l’écoute de soi comme de l’autre.
Elles réclamaient une contraception libre et gratuite et la légalisation de l’avortement. Ces slogans ont été récupérés, détournés aux fins de chosification et de marchandisation des corps (des êtres en réalité, car le corps n’est pas dissociable).
Liberté et libéralisme ce n’est pas pareil. Comme l’a si bien dit Richard Poulin : « La prostitution prétendument “libre” relève du libéralisme et non de la liberté ».

Personne ne l’ignore, dans leur écrasante majorité, les femmes prostituées sont de classes sociales défavorisées, racisées (déplacées de leurs pays d’origine, réfugiées, immigrantes clandestines), souvent victimes d’un accident de la vie, souvent elles ont été violées, parfois elles cumulent plusieurs de ces situations. Les pays qui ont légalisé la prostitution le reconnaissent un par un, et le dernier en date, l’Allemagne : les violences et les agressions augmentent.
Dans un Rapport remis au gouvernement en 1997 dans l’Etat de Victoria, il était déjà écrit : « La légalisation, loin de protéger les prostituées, ne fait que légitimer le droit des hommes à abuser sexuellement des femmes ».
Comment un état peut-il à la fois lutter contre le harcèlement sexuel et organiser un marché du sexe dont il taxe les revenus ? L’état lutte contre les violences faites aux femmes mais il organiserait et cautionnerait un système de domination et de violences sexuelles, auquel accéder moyennant finance ?
Le paiement, cette « ruse de la domination », a dit l’anthropologue Françoise Héritier. L’argent, qui nourrit le système prostitueur légal comme illégal, garantit aux hommes d’accéder aux femmes, quand bon leur semble.

Par quel paradoxe, les libertaires et antilibéraux qui dénoncent la « marchandisation » envahissante, sauf lorsqu’il s’agit des femmes, en arrivent-ils à envisager, au nom du principe à disposer librement de son corps, de légaliser les violences sexuelles du système prostitueur ? Pour organiser l’exploitation et les violences, il suffirait d’appeler les prostitué-e-s « travailleuses du sexe » et le tour serait joué ? Pour accepter que des femmes subissent la dissociation émotionnelle ou anesthésie mentale, indispensable pour supporter de se prostituer et d’y retourner chaque jour, il suffirait donc de brandir le sésame du « libre choix » ?
A quoi bon s’interroger sur le respect de l’intime et de la dignité, ne pas occulter le traumatisme des violences sexuelles subies avant l’entrée dans la prostitution et sa fossilisation ensuite, c’est tellement complexe, alors que le « libre choix », c’est tellement plus simple !

Malka Marcovich, militante abolitionniste a écrit : « Le corps n’est pas une marchandise et il conserve des traces. Des pénétrations à répétition, sans désir, même avec vaseline, ne laissent pas indemne. »
Mais nos champions des libertés préfèrent complaisamment prendre fait et cause pour une minorité d’escort-e-s activistes, micro-entrepreneurs non représentatifs. (+ de 90% des prostituées veulent en sortir, mais le lobby pro-prostitution, comme les médias ne s’intéressent qu’aux 10% restants).
Entretenir des fantasmes, c’est tout de même beaucoup plus sexy ! Oui, des anti-libéraux, des Verts favorables à la décroissance, des progressistes, peuvent quand il s’agit de sexualité et domination, se rendre complices d’un système criminel d’exploitation et de violences inouïes qui génère toujours plus de profits.
Et ce ne sont pas les puritains, depuis toujours défenseurs de la prostitution qui vont leur donner tort ! « La morale puritaine bourgeoise, inspirée du christianisme, selon laquelle l’idéal féminin réside dans la virginité ou la maternité, interdit les relations sexuelles libres pour les femmes, mais tolère ou encourage la prostitution pour assouvir les besoins sexuels des hommes célibataires tout en préservant la chasteté des jeunes filles de bonne famille », rappelle Yolande Geadah.
Le pire encore c’est quand de grandes bourgeoises intellectuelles qui ne connaissent rien à la question, grâce à leur notoriété et vernis féministe, prétendent s’exprimer au nom des femmes prostituées. Elisabeth Badinter dans Le Monde (31 juillet 2002) « Redonnons la parole aux prostituées », bien sûr, il n’y a qu’elle qui s’exprime, et ne lui demandez surtout pas de donner aux « survivantes » de la prostitution !

Ceux qui comme Madame Badinter, ne font pas la différence entre libéralisme et liberté, dans une société phallocrate de plus en plus acculturée et dépolitisée, individualiste et vide de sens collectif, compromettent en réalité toute chance d’abolir un jour le patriarcat.
Le libéralisme, les récupérations successives des luttes féministes, l’absence de politiques ambitieuses éducatives et répressives contre les violences faites aux femmes, les ravages de la libéralisation de la prostitution et des industries du sexe, présentées comme apologie de la liberté sexuelle, pèsent sur toutes les femmes ; imposent une plus grande chosification ; instaurent une véritable culture du viol.

C’en est assez ! Non, les femmes ne sont pas toutes vénales, non les femmes ne sont pas toutes masochistes, non les femmes ne sont pas toutes des « putes » et encore moins des « putes féministes » !
Ces slogans misogynes du lobby-prostitution, qui plaisent tant aux hommes et aux femmes qui le soutiennent, sèment la confusion et tentent de faire passer pour libération sexuelle ce qui n’est en réalité que subordination de la sexualité des femmes à la domination masculine et aux dictats des industries du sexe.

Oui les femmes veulent disposer librement de leurs corps, c’est pourquoi elles s’opposent à toute forme de servage. Dans le couple ou le mariage, elles veulent inventer les amours et sexualités qui les épanouissent.
Yolande Geadah a écrit : « Les rapports sexuels dans le mariage ne sont qu’un élément de la vie à deux, important certes, mais qui s’inscrit dans une relation humaine complète et non pas morcelée, comme c’est le cas dans la prostitution ».

Les industries du sexe et la prostitution (non pas « le plus vieux métier du monde », mais bien la plus vieille arnaque patriarcale) ne sont en rien subversives ni libératrices, mais au contraire, juste un enfermement de plus.
Du « plan cul » à la relation de couple, les femmes veulent s’émanciper, libérer leurs désirs et leurs plaisirs autant de la domination masculine que du libéralisme.
Liberté, égalité !

Christine Le Doaré

Note :
« Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique,le temps où toute chose, morale ou physique,étant devenue valeur vénale, est portée au marché. » Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847, cité par Richard Poulin dans La mondialisation des industries du sexe

Non, votre féminisme n’est pas nouveau !

Non, votre féminisme n’est pas nouveau !

8 mars, Journée internationale des femmes oblige, laissons de côté quelques instants nos combats LGBT. La moitié ou à peu près de l’humanité mérite tout de même bien ça !

Depuis toujours récupéré, dévoyé, dévalorisé, parfois même ridiculisé, le féminisme est bel et bien toujours pertinent pour changer les relations entre les êtres et espérer un jour vivre dans un monde plus égalitaire et apaisé.

L’égalité n’est pas une alternative, c’est une impérieuse nécessité ; n’est-il pas extravagant qu’au xxie siècle elle ne soit toujours pas achevée ?

Le 8 mars est organisée une manifestation à laquelle participeront de nombreux groupes féministes, mais aussi associations et quelques partis politiques. La plate-forme revendicative est accessible sur le site du Collectif national des droits des femmes (CNDF) : monde du travail – inégalité des salaires, 80 % des travailleurs pauvres, plafond de verre… –, représentativité politique, sexualité et contraception, santé, violences et viols, prise en compte des revendications lesbiennes…

Le CNDF est un collectif, le mouvement des femmes n’a d’ailleurs jamais été uniforme : entre psy et po (psychanalyse et politique) et les femmes de l’extrême gauche, ça n’a jamais été le grand amour et les lesbiennes n’ont pas toujours non plus été accueillies bras ouverts ! Au sein d’un collectif se confrontent des positions parfois divergentes, ce qui permet d’apprendre des autres et d’évoluer, à condition toutefois d’adhérer aux fondamentaux fondateurs.

Une « nébuleuse alternative » constituée de groupuscules et individus en appelle à « un nouveau féminisme » et propose une autre manifestation que celle du CNDF. Par nature curieuse, j’ai voulu comprendre les raisons d’un tel besoin de séparation et de visibilité ; alors j’ai comparé leurs revendications avec celles de la plate-forme du CNDF. J’ai aussi consulté leurs échanges sur le groupe Internet « Un nouveau féminisme est possible » et j’y ai retrouvé, sans surprise, quelques militants de la nébuleuse des alternatifs « pro-sexe » ou « sexe positif ».

Quel bilan tirer de la comparaison des revendications ? Si on les survole, elles sont similaires : contre l’oppression, l’appropriation du corps des femmes, l’injonction aux normes, aux rôles ; contre les violences, le viol, les violences conjugales ; contre la précarisation des femmes, les différences de salaire ; contre la sous-représentation politique des femmes ; pour la sauvegarde de la gynécologie médicale, l’IVG… Je précise que toutes ces revendications m’agréent à 100 %.

La « nébuleuse alternative » s’intéresse peut-être plus – et à juste titre – aux questions de choix de sexe, genre et sexualité. Indéniablement, beaucoup de féministes sont éloignées des questions trans ; pourtant, des trans sont devenues, deviendront des femmes, d’autres ne veulent pas être assimilées au genre masculin, d’autres encore veulent s’affranchir du genre.

Notre « nébuleuse alternative » insiste aussi sur les problèmes des femmes « racialisées » ; étrange expression tout de même, si l’on considère qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine. J’ai un peu de mal à imaginer que le CNDF et la Marche Mondiale des Femmes ne soient pas convaincu de la nécessité de lutter contre le racisme et surtout de l’exigence d’inclure plutôt que de parler en leur nom les femmes de couleur, les femmes immigrées qui doivent enfin avoir voix au chapitre pour dénoncer leur double, voire triple oppression !

Je comprends aussi que les membres de la « nébuleuse alternative » reprochent au CNDF d’exclure des individus ou groupes du cortège du 8 mars. L’exclusion n’est peut-être pas une réponse adaptée en effet, mais ce sont en partie les mêmes qui veulent chasser Gaylib (les LGBT de l’UMP) de la Marche des Fiertés LGBT ! Comprend qui peut…

À condition d’adhérer aux principes fondamentaux de la plate-forme revendicative et de ne pas trahir les principes fondateurs de la lutte, quelles que soient par ailleurs leurs différences politiques et stratégiques, tous ceux qui défendent les droits des personnes LGBT et ne s’opposent pas à l’égalité des droits ne doivent-ils pas pouvoir participer à la Marche des Fiertés, et tous ceux qui défendent les droits des femmes pouvoir défiler à la manifestation féministe du 8 mars ? Je crois bien que si.

Nous venons de le vérifier, les revendications convergent. Reste une question à élucider : la « nébuleuse alternative » contrevient-elle aux principes fondamentaux du féminisme ?

Il faut persévérer un peu, au bout de la liste des revendications, je crois bien avoir trouvé la raison de la vindicte des féministes à leur encontre : « Parce que nous subissons de front la loi sur la sécurité intérieure (LSI). Parce qu’on nous dit qu’on ne peut pas faire ce qu’on veut de nos corps et de nos vies. Parce que les prostituéEs sont criminaliséEs, harceléEs, violentéEs. Parce que ce sont d’abord elles et eux qui sont précariséEs et misEs en danger par la pénalisation des clients. Parce que c’est la loi sur le racolage et la clandestinisation supplémentaire des étrangères qui sont dangereuses, pas le travail du sexe quand il est choisi, et s’il est autogéré et protégé par le droit commun. »

Cette phrase indique sans ambiguïté que des « travailleurs du sexe » sont membres du groupe et que ce groupe revendique la réglementation de la prostitution.

Les travailleurs du sexe qui s’expriment notamment au travers du Syndicat des travailleurs du sexe (STRASS) affirment qu’ils se prostituent librement ; ce sont majoritairement des hommes « biologiques », également quelques trans femmes (M to F), mais plus rares sont les prostituées femmes « biologiques » ou les trans masculins (F to M) en leur sein.

Ces travailleurs du sexe sont particulièrement doués en matière de communication et avec quelques prostituées de luxe, escortes filles et garçons, sur Internet, ils monopolisent l’attention des médias sur la question ; rien de bien surprenant en cela, ils ravissent la bonne conscience de beaucoup d’hommes, allez disons-le, qui rechignent à questionner leur rapport à l’autre dans le domaine du sexe et plus généralement de l’intime.

À l’inverse, les esclaves modernes que sont les prostituées en provenance des pays de l’Est ou d’Afrique notamment ou les gamins gay mis à la porte de chez eux et n’ayant pas d’autre alternative pour survivre n’intéressent guère les médias car lorsqu’ils s’expriment, c’est pour raconter leur cauchemar, à des années-lumière de tout glamour ! Il faut avoir entendu ces garçons raconter leur histoire ; ces filles qui n’ont aucune échappatoire car leurs familles sont menacées, décrire jusqu’à la nausée les violences subies, la drogue et l’alcool, elles enchaînent les passes, leurs conditions de vie sont lamentables et beaucoup sont assassinées dans l’indifférence générale.

J’ai visionné récemment un documentaire sur la prostitution sur Arte, j’ai bien écouté les prostituées « volontaires », toutes rêvent d’en sortir, l’une de celles qui dit s’être librement prostituée confiait sans ciller être actuellement amoureuse et donc ne plus se prostituer ! Tiens donc, mais pour quelle raison, s’il s’agit comme le prétendent les travailleurs du sexe, d’un métier comme un autre ? En France, 92 % des prostituées veulent en sortir, mais ce sont les 8 % de « volontaires » qui fascinent les médias ! En outre, creuser un peu leur discours, c’est vite comprendre que pour beaucoup d’entre elles, la prostitution fait office de thérapie paradoxale pour tenter de dépasser un traumatisme, le plus souvent des violences sexuelles dans l’enfance.

Sans même questionner le caractère « volontaire » proclamé par quelques prostitué(e)s, pour un ou une prostitué(e) « volontaire », combien de centaines de prostitué(e)s forcé(e)s ?

Si tout le monde est bien convaincu de la nécessité de ne pas stigmatiser les prostitué(e)s, mais plutôt de lutter contre les violences et discriminations commises à leur encontre, en revanche, les avis divergent sur les modalités pour y parvenir et sur leur finalité.

Pour quelles raisons les « pro-sexe » et pro-prostitution plus généralement ne disent-ils jamais que les féministes sont favorables à la poursuite des proxénètes et des industriels du sexe, également des clients (sans client, pas de marché), mais pas du tout à la poursuite des prostitué(e)s ? Ils ne parlent jamais non plus de l’expérience des féministes australiennes qui se sont battues pour réglementer la prostitution et le regrettent aujourd’hui, le bilan étant désastreux.

La légalisation de la prostitution, une expérience sociale qui a échoué en Australie : http://sisyphe.org/spip.php?article723

En fait, ils ne donnent que peu d’arguments, jamais de chiffres, ils se contentent de nier en bloc, de prétendre que les abolitionnistes et les féministes en particulier sont malhonnêtes et n’ont rien compris. Seulement voilà, il faut juste les croire sur parole !

Ce que je trouve plus accablant encore, c’est que des universitaires, des chercheurs, sans surprise très majoritairement masculins, sont de fervents adeptes de la réglementation et de la banalisation de la prostitution ; ceux-là devancent ou cautionnent les mouvements pro-réglementation.

Du haut de leurs privilèges, ils défendent notamment qu’il n’est pas pire de se prostituer que de se faire exploiter dans des emplois « classiques ». Bien sûr, ils ne s’intéressent qu’à la prostitution « choisie », balayent tout le reste d’un revers de la main, et surtout font comme s’ils ne savaient pas que l’argent facile du ou de la prostituté(e) est aussi l’argent qui les détruit, l’argent qu’il faut pour payer toutes les substances et autres artifices nécessaires pour tenir sur la longueur et que les « carrières » ne durent pas ! Plus grave encore, ils ignorent les conclusions des rapports établis par les pays qui ont adopté la légalisation. L’objectif premier de la réglementation consiste à soustraire les industries du sexe au crime organisé ; ces rapports révèlent pourtant clairement que le contrôle des mafias et du crime organisé sur ces industries est, après réglementation, pire que jamais ; également qu’il n’est plus possible de faire la chasse à la prostitution forcée, car interdire le trafic tout en autorisant la prostitution revient exactement au même que vouloir interdire la traite tout en autorisant l’esclavage !

Face à une telle mauvaise foi, je finis par me demander à qui profitent de telles positions et qui les finance ? Une amie, jeune chercheuse, m’a récemment confiée avoir voulu entreprendre une thèse féministe sur la prostitution : elle a fini par abandonner, sa directrice de thèse ayant été menacée.

En France, c’est donc la guerre entre partisans de la réglementation et ceux de la prohibition et quelque chose me dit que les féministes de la manifestation unitaire du 8 mars ne défendent pas les intérêts des industries du sexe, prostitution comprise, qui drainent sans complexe les capitaux néocoloniaux et exploitent souvent jusqu’à la mort des femmes, parfois des garçons, du monde entier, toujours plus nombreux et plus jeunes.

C’est indéniable, défendre les industries capitalistes et mondialisées du sexe ne fait pas partie des fondamentaux du féminisme, n’en déplaise aux partisans « pro-sexe » !

Les « pro-sexe » prétendent que les féministes subissent une influence religieuse et morale ou encore qu’elles sont dépassées, qu’il s’agit d’une question de génération. Pourtant, de très jeunes féministes sont abolitionnistes et certains « pro-sexe » ont amplement passé soixante ans !

En réalité, ce sont tout à la fois une conscience aiguë de l’oppression des femmes et de la domination masculine, également une remise en question des mythes naturalistes relatifs à la sexualité et surtout une forte conscience de classe qui motivent leur position. Yolande Geadah l’a fort bien résumé : « La morale puritaine bourgeoise, inspirée du christianisme, selon laquelle l’idéal féminin réside dans la virginité ou la maternité, interdit les relations sexuelles libres pour les femmes, mais tolère ou encourage la prostitution pour assouvir les besoins sexuels des hommes célibataires tout en préservant la chasteté des jeunes filles de bonne famille. » Ce n’est pas par hasard si Christine Boutin est favorable aux maisons closes !

Les féministes et pro-féministes refusent la forme ultime de l’exploitation de l’homme par l’homme ou de la femme par l’homme (sans oublier la prostitution gay). Je ne peux m’empêcher de citer ici un fameux philosophe du xixe siècle, insoupçonnable d’une quelconque influence religieuse : « Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché » (Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847, cité par Richard Poulin dans La Mondialisation des industries du sexe). Édifiant, non ?

Ce sociologue canadien qui déclare « La prostitution prétendument “libre” relève du libéralisme et non de la liberté » a également observé que les victimes de la prostitution sont dans leur immense majorité des femmes et des enfants issus « de couches sociales défavorisées, aux revenus précaires et limités, de minorités ethniques, de groupes indigènes, de réfugiés, d’immigrants clandestins, du tiers monde, des pays déstructurés par leur transition vers l’économie capitaliste ».

Nous comprenons mieux pourquoi notre « nébuleuse alternative » ne peut déployer ses banderoles pro-prostitution dans le cortège féministe du 8 mars. Ce jour est la Journée internationale du droit des femmes : drôle d’idée tout de même que de vouloir intégrer un cortège féministe pour revendiquer le droit de se prostituer alors que l’écrasante majorité des prostitués sont des femmes qui exercent sous la contrainte ! Si la question de la prostitution devait être abordée lors de cette manifestation, ce serait pour dénoncer les industries du sexe, les mafias, les trafics, les profits des patrons de maisons closes, les violences, les viols, la drogue…

Personnellement, je trouve que le modèle suédois qui sanctionne toute forme de proxénétisme et tout achat de services sexuels, mais n’inquiète jamais directement les prostitué(e)s qui peuvent ainsi porter plainte sans risque pour des faits de violences ou des viols, constitue peut-être bien l’une des meilleures réponses existantes. Reste peut-être à étudier mieux encore la question et les solutions à mettre en œuvre chez nous.

Aussi, quel étrange mélange des genres de se revendiquer « pour un féminisme qui refuse de voir son discours récupéré à des fins racistes, qui sache se démultiplier, concevoir l’émancipation sous toutes ses formes, et se revendique aussi des féminismes anticolonialiste, pro-sexe, trans et lesbiennes » ? Qu’ont donc en commun les théories anticolonialistes et les assertions des « pro-sexe » et pour quelles obscures raisons s’arrogent-ils l’exclusivité ou la spécificité des luttes antiracistes ? Peut-on m’expliquer en quoi défendre les droits des lesbiennes et ceux des trans serait lié aux théories « pro-sexe » ? Comme des milliers d’autres, je suis lesbienne, féministe, je défends ardemment les droits des trans, plus généralement des personnes LGBT, je combats toute forme de racisme, les discriminations vécues par les personnes handicapées me révoltent aussi… et pourtant, les préoccupations « pro-sexe » au mieux m’indiffèrent et souvent m’exaspèrent !

Tout ceci ne relève-t-il pas d’une forme de mystification qui n’a de progressiste ou révolutionnaire que le nom ? Que ce soit en matière de prostitution où je rejoins Yolande Geadah (« Les réglementaristes acquiescent, sciemment ou non, au célèbre adage thatchérien : “Je ne connais pas de société, je ne connais que des individus” ») comme dans tous les autres domaines d’ailleurs.

Face aux théories, événements, comportements, productions, créations qualifiés de « pro-sexe », je reste souvent perplexe, rarement séduite.

Tout d’abord, se revendiquer « pro-sexe » sous-entend nécessairement que d’autres sont contre. Mais qui sont donc ces autres ? L’Église, la bourgeoisie, les générations précédentes ? Il y a longtemps que les apôtres de la pudibonderie ont perdu la bataille ! Pourquoi alors ce besoin de promouvoir le sexe ; serait-il menacé ? Il me semble pourtant que le sexe est à l’aise partout, omniprésent dans les programmes télé, au cinéma, dans la rue, sur les affiches ; les enfants y sont désormais confrontés dès leur plus jeune âge… Partout des incitations à jouir sans entraves, jusque dans nos assiettes avec tous ces aliments et compléments alimentaires aphrodisiaques dont on nous rebat les oreilles. Mais quels sont donc les problèmes des « pro-sexe » avec le sexe pour être ainsi dans la surenchère et s’imaginer être plus libres, créatifs, émoustillants et exaltants que les autres et que produisent-ils donc de si alléchant ?

Toujours motivée par ma curiosité, les performances « artistiques » que j’ai pu découvrir relèvent, à de rares exceptions près, de l’amateurisme le plus déplaisant ; le propos y est somme toute assez pauvre, le jeu des acteurs très approximatif. Que l’on souhaite s’amuser en privé, je comprends et alors tout est bon à prendre, mais capturer un public et lui faire payer un droit d’entrée pour de bien piètres prestations, j’ai plus de mal à suivre. Les films porno quant à eux sont souvent déconcertants, parfois même d’une tristesse et d’une laideur confondantes, les corps sont ultra-instrumentalisés, plus les godes sont énormes et les situations glauques, mieux c’est ! Les soirées sex-club sont promues comme un must incontournable et terriblement in. En réalité, il ne s’agit que de reproduire ce qui se joue dans n’importe quel sex-club depuis des décennies : esclave sexuel tenu en laisse, voyeurisme, exhibition, artifices et instruments, pratiques sadomaso… Bien entendu, certains produits sont mieux aboutis et plus convaincants que d’autres et soyons clair, je ne porte aucun jugement moral sur tout ceci : élevée par des parents athées, je considère que chacun choisit sa sexualité et les pratiques qui lui conviennent à partir du moment ou tout se passe entre adultes consentants, mais je n’ai toujours pas compris ce que tout ceci pouvait bien avoir de particulièrement excitant, encore moins de nouveau et surtout de subversif !

À vrai dire, l’univers « pro-sexe » m’inspire au mieux un sévère ennui, au pis je perçois tant de souffrances et d’entraves dans ce qui nous est montré à voir et entendre par certains et surtout certaines que je crois comprendre ce qui se joue là en réalité mais ne se dit pas, ne se discute jamais. Ceci me bouleverse et m’intéresse infiniment plus.

Ce qui nous est vendu là, car c’est aussi un business ne nous y trompons pas, pour être une géniale débauche de sexe ultradécomplexé et en toute convivialité, me conduit à me demander jusqu’où les « pro-sexe » iront dans une forme de thérapie financée par un public quelque peu naïf et généreux, prêt à soutenir, avec beaucoup d’indulgence, ce que produit sa communauté !

Allez, j’ose le dire, le sexe est en effet génial, comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs, mais celui qui me comble et me trouble, c’est celui que je partage avec l’autre que je ne perds jamais de vue dans sa globalité, celui qui peut avec le moins d’artifices et de mise en scène possible nous transporter ; pas étonnant que les performances « pro-sexe » me déçoivent le plus souvent. Je ne leur en veux bien sûr pas pour ça, mais parce qu’ils prétendent ériger en nouveaux standards de la sexualité et de la jouissance moderne et subversive leurs modèles tristes et glacés à pleurer ; fort heureusement pour eux, beaucoup de personnes LGBT ont un humour, une patience et une solidarité à toute épreuve et réclament rarement un remboursement !

À peine connues et déjà dépassées, les théories « pro-sexe », malgré mon agacement, ne méritaient peut-être pas autant d’attention, d’ailleurs, de nos jours c’est le mouvement « no sex » qui les supplante ! Oui, l’alternance en quelque sorte, trop de pression à consommer du sexe conduit, par opposition, les adeptes du « no sex » à refuser tout échange sexuel et c’est furieusement tendance aux États-Unis.

En France, avec notre petit retard habituel, les « pro-sexe » exercent encore une fascination sur des personnes mystifiées par ce qui n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux. Il est vrai qu’il n’est pas si facile de déconstruire de séduisantes théories apparemment révolutionnaires et admettre qu’elles peuvent se révéler réactionnaires.

N’est-ce pas terrible de réaliser notamment que les mafieux du crime organisé et les patrons des industries du sexe ne pouvaient pas rêver de meilleurs alliés ?

Non, votre féminisme n’est pas nouveau, il n’est tout simplement pas si féministe que ça !

Christine Le Doaré


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