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Instrumentalisation de la sociologie au service de la domination

1000110_401464493297401_428725151_n La sociologie étudie et explique la dimension sociale des comportements et représentations humains. Les sociologues, parfois dans un jargon inabordable voire pédant, traduisent de façon savante, nos vies familiales, professionnelles, etc.
Je ne sais pas vous, mais j’ai noté que trop de sociologues, plutôt que d’étudier de manière factuelle et objective, les systèmes de relations, orientent leurs travaux dans le but d’influencer les politiques publiques.
En l’espace de deux semaines, j’ai relevé dans les médias, cette pratique qui implique au moins 4 sociologues.

Daniel Weizer Lang est un sociologue spécialisé dans l’étude du masculin ; il s’est longtemps présenté comme féministe. Il a démissionné du groupe de recherche sur les rapports sociaux de sexe, à l’Université Toulouse-Le Mirail (UTM) suite à de nombreux témoignages de ses étudiantes qui se plaignaient de harcèlement sexuel et moral. *1.
Il travaille depuis au Centre d’études des rationalités et des savoirs (Cers-CNRS) de l’UTM.

Quand DWL admet l’existence du système patriarcal, il ignore les responsabilités des individus masculins et s’intéresse surtout aux rapports hiérarchiques entre eux.
Dès lors il ne parle pas d’une classe bénéficiant des mêmes privilèges et complice de pratiques d’oppression contre les femmes, mais de différents groupes d’hommes hiérarchisés. Le refus de responsabiliser les agresseurs, de considérer que la violence est un moyen de contrôle social de classe, le conduira à signer en 2007, la pétition lancée par Éric Verdier « Manifeste citoyen pour les garçons, les hommes et les pères ».

DWL vient de publier aux éditions La Musardine un ouvrage intitulé « La putain et le sociologue ». Est-ce utile de le préciser, lui est LE sociologue, elle est LA putain.
Egotisme et fantasme masculin de domination, la littérature et pas seulement de hall de gare en est pleine, alors pourquoi pas la sociologie, me direz-vous ?
Sauf que les universitaires sont en situation d’exercer un pouvoir sur des générations d’étudiants et les rapports qu’ils produisent peuvent éclairer des politiques publiques.

Détaché comme devrait l’être tout bon sociologue, DWL ? Lisez plutôt, elle est « libre et heureuse » et leur double signature l’atteste.
Vous ne trouvez pas étrange vous, que ce soient toujours les prostituées, jamais les coiffeuses, institutrices, factrices ou dentistes qui sont absolument « libres et heureuses » ? D’ailleurs, pourquoi faire des études de sociologie alors que le bonheur, c’est de se prostituer ? J’allais oublier, pour les femmes seulement, bien entendu !
L’association « Putain » et sociologue est mise en scène pour donner à l’ouvrage, un caractère sulfureux ; nous sommes bien loin de la distance et rigueur nécessaires à toute étude sociologique. Résumons le propos de l’ouvrage : le couple hétérosexuel « à la vie, à la mort » ce serait fini ; l’avenir, c’est la « sexualité récréative » notamment dans la prostitution. Bien entendu, il s’agit de sexualité masculine : tant qu’il y aura des esclaves ! Quant à la sexualité des femmes, circulez, il n’y a rien à voir, à moins qu’elle ne se plie aux fantasmes masculins, échangisme, domination, etc.
Les hommes clients de prostituées effrayés par une loi qui n’est pas encore votée, se seraient déjà rabattus sur les clubs échangistes ou gays ! Euh… alors comme ça la loi de pénalisation des clients serait aussi responsable de favoriser l’homosexualité ?
« L’hétérosexualité est en train de se décomposer en une myriade de catégories, de pratiques sexuelles ». L’hétérosexualité se décompose donc, voyez-vous ça !
DWL ignore-t-il vraiment que les clubs échangistes, la multitude de pratiques sexuelles « humaines » (SM, bondage, urologie, zoologie et autres petites fantaisies) existent depuis fort longtemps et ce quelle que soit l’orientation sexuelle ?
Quatre ans pour ça ? ! Moi, je regrette d’avoir fait du droit, la sociologie, c’est autrement plus amusant ! Ne me dites tout de même pas que l’université a payé pour ça, si ? Non !
Pourtant, dans un article de la Dépêche du Midi intitulé « Les passes de luxe ont rendez-vous sur le net » daté du 15 avril 2014, cet ouvrage nous est présenté comme une référence ; le tapis rouge est déroulé pour le grand sociologue local !
Pourquoi ? Parce que le ton et le discours complaisants avec une sexualité masculine dominante plaisent : c’est facile, émoustillant ; les médias apprécient, c’est vendeur.

*1 Daniel Welzer-Lang, faux ami du féminisme : http://lagitation.free.fr/?article80

Lilian Mathieu chargé de recherche au CNRS, travaille sur la prostitution, le Sida, la double-peine et sort aux éditions Bourin éditeurs, « La fin du tapin », un titre nostalgique qui d’emblée nous conseille de sortir les mouchoirs pour consoler les pauvres clients de prostituées.

Cet ouvrage ne porte pas sur les personnes prostituées ni sur les clients, mais sur l’abolition vue par un sociologue dont la défense du système prostitueur est le sujet de prédilection, j’allais dire le gagne-pain.
A eux seuls, les titres des chapitres suintent le parti pris ; le ton est donné mais le sociologue connait son métier alors la méthode « scientifique » est plaquée sur le discours politique.
La distance et la neutralité nécessaires à tout travail sociologique manquent et l’étude est compromise.
Cet ouvrage est clairement un manifeste réglementariste. Jugez plutôt : La croisade contre la prostitution réglementée ; L’abolitionnisme, entre féminisme et puritanisme ; À l’assaut du réglementarisme ; Un usage émotionnel des chiffres ; Une production victimaire ; Le proxénète comme folk devil ; etc.

Lilian Mathieu avait publié sur Rue 89, le 8 octobre 2013 « Avec le PS, la préférence nationale commencera-t-elle par le tapin ? ».
Dans une période politique difficile, quand un sociologue ose, pour défendre le système prostitueur, associer PS et FN, pour moi ce n’est pas autre chose que du populisme. C’est ce que je lui avais déjà répondu dans Rue 89 *2
*2 : « Les femmes étrangères rêvent de devenir putes, c’est ça ? » http://www.rue89.com/2013/10/12/les-femmes-etrangeres-revent-devenir-putes-cest-ca-246484

Maurice Godelier a publié chez Flammarion «Métamorphoses de la Parenté».
Petite variante : lui, est anthropologue, c’est un peu plus complet ; il nous étudie sous tous nos aspects, à la fois physiques et culturels, l’unicité de l’Humain dans toutes les diversités culturelles et sa différence avec les sociétés animales.

Dans un article intitulé «Ne pas prêter à la famille des missions illusoires» publié dans Libération le 11 avril 2014, il déconstruit l’a priori selon lequel la parenté serait le fondement de la société et affirme « qu’il serait illusoire de croire que la famille pourrait restaurer la société ».
Je veux bien le croire, aussi, quand il dit que « dans une démocratie, si une minorité revendique des droits qui n’ôtent rien à ceux dont jouit la majorité de la population, tôt ou tard, ces droits lui seront accordés. Ce qui fut fait – en partie – par la promulgation de la loi sur le mariage pour tous. »

En revanche, quand il explique pourquoi il est favorable à la légalisation des « mères porteuses », il ne tient soudainement plus compte de l’exigence posée ci-dessus : « des droits qui n’ôtent rien à ceux dont jouit la majorité de la population ».
Pourtant, dans le cas de la GPA (Gestation pour Autrui), il ne s’agit pas d’un contrat de couple, ni même d’un simple don anonyme de sperme comme le plus souvent en matière de PMA (Procréation médicalement assistée), mais plutôt de la mobilisation, marchandisation ou pas, des femmes, et ce, parce qu’elles ont la faculté biologique de porter les enfants.
Que fait-il des droits des femmes ? Admettons que nous légiférions pour autoriser des mères porteuses qui ne seraient pas, en France, rémunérées, combien de femmes sacrifieraient plus d’an an de leur vie, juste par altruisme (imaginez tous les aléas afférents à une grossesse/un accouchement) ?
Faut-il l’encourager dans une perspective d’émancipation et d’égalité, faut-il à nouveau des femmes au foyer et en masse ?
La mise à disposition du corps des femmes, reproduction (GPA), sexualité (prostitution) a la vie dure et ce ne sont décidément pas nos intellectuels qui vont y renoncer et encore moins la dénoncer.
Pas un instant la journaliste de Libération ne challenge le « sachant » ; il parle, c’est comme ça et c’est tout.

Irène Théry, Directrice d’études à l’EHESS, est co-auteure du rapport «Filiation, origines, parentalité».
Dans une tribune du 10 avril 2014, elle défend l’engendrement avec des tiers donneurs.
A juste titre, elle conteste l’accusation faite aux couples lesbiens de « vouloir mentir aux enfants sur leur mode de conception, alors que ce sont les seuls couples qui ne sont jamais tentés de le faire », en revanche, «le mensonge est organisé depuis le début en matière de PMA (Procréation médicalement assistée) par la médecine et le droit, les parents hétérosexuels ont tout fait pour faire passer le mari stérile pour le géniteur. ».
Elle parle d’homophobie et de climat social dégradé. Elle n’a pas tort, tout ceci est vérifiable, mais elle aurait pu s’arrêter là, plutôt que de se laisser emporter dans un élan qui n’a plus grand-chose à voir avec le travail d’une sociologue, et aborder la question de la GPA « ne parlons pas de la GPA, c’est le diable en personne ».
A mon avis la GPA qui assure, aux hommes hétérosexuels comme homosexuels, une descendance, (transmettre gènes et patrimoines est indispensable à la survie du patriarcat), n’est pas aussi gênante que la PMA qui donne aux femmes la possibilité de se reproduire en dehors des relations hétérosexuelles. Il faut voir comme le système GPA est organisé et prolifère aux USA et ailleurs.
La question de l’appropriation du corps des femmes et de leur faculté biologique reproductrice, ne perturbe pas grand monde, hormis les féministes.
Alors, ouvrir la PMA aux couples de lesbiennes est l’objet de la tribune, mais une fois de plus, Mme Théry n’a pas pu s’empêcher de placer la GPA et faire allégeance au système patriarcal.
Pourtant, parler de tiers donneur pour la GPA c’est rudement osé quand on y pense. Comme si ces deux moyens reproductifs pouvaient être mis sur le même plan !

Le STRASS, groupuscule de défense du système prostitueur qui se présente comme syndicat de défense des personnes prostituées – on aimerait bien connaître la représentativité du dit syndicat *3 -, est quant à lui traité à hauteur de sociologue.
Un article publié encore dans Libération le 14 avril 2014, s’intitule « Le Strass dénonce une augmentation des agressions de prostituées », comme s’il s’agissait d’une entité ayant autorité sur la question.
Le STRASS défend les personnes prostituées mais nombreuses sont ces dernières qui attendent la loi d’abolition et ses alternatives sociales et reprochent au groupe de défendre une libéralisation au profit du système prostitueur qui, comme en Allemagne, n’a pas aidé les prostituéEs mais plutôt a enrichi les proxénètes et développé la criminalité.
Dans cette dépêche AFP reprise sans le moindre esprit critique, le STRASS annonce que la « discussion sur la pénalisation des clients » aurait à elle seule, précarisé et marginalisé les prostituées. Crédible ? Allons donc !
Comme si la prostitution ne résultait pas le plus souvent de la précarité de populations fragilisées ; comme si les clients et les proxénètes ne constituaient pas un danger permanent, sans même parler des violences sexuelles intrinsèques aux actes prostitutionnels pratiqués contre de l’argent ?
Des proxénètes et des client exploitent, agressent, violent, tuent des personnes prostituées, pas les programmes de réinsertion du modèle suédois !
Oui les violences, agressions et meurtres contre les personnes prostituées sont en augmentation, raison de plus pour agir rapidement et mettre en œuvre toute la loi d’abolition afin que les prostituéEs bénéficient du statut de victime, dénoncent leurs agresseurs et sortent d’un système de violences, comme la plupart le souhaite.
Le Parlement Européen, le Conseil de l’Europe votent à une écrasante majorité des rapports et recommandations pour pénaliser sans tarder les clients prostitueurs, mais les médias français n’en parlent pas et continuent de pleurnicher sur le sort des clients, donnant la parole à un groupe qui ne représente qu’une poignée d’escortes et d’activistes politiques non représentatifs.
Sa porte-parole vient d’écrire un article intitulé « putes, corps désirants et émancipations » 4*, laborieuse tentative d’inversion des responsabilités où les industries du sexe ne sont plus des industries ultra-capitalistes qui s’en mettent plein les poches sur le dos de femmes exploitées, où ni proxénètes ni clients ne sont jamais critiqués, mais où les féministes abolitionnistes deviennent des libérales « des franges répressives » qui mettent en danger les personnes prostituées.
Ce texte hallucinant qui explore le concept d’épanouissement sexuel islamophobe devrait éclairer toute personne qui accordait jusqu’alors le moindre crédit à ce groupe.

*3 Anatomie d’un lobby pro-prostitution, étude de cas, le STRASS en France : http://sousleparapluierouge.wordpress.com/2013/03/26/anatomie-dun-lobby-pro-prostitution-etude-de-cas-le-strass-en-france/

 

*4 : STRASS, Morgane Merteuil : inversions et manipulations https://christineld75.wordpress.com/2014/04/08/strass-morgane-merteuil-inversions-et-manipulations/

Je me demande dans quel autre pays occidental, autant de sociologues sont si ouvertement au service de la domination masculine, en particulier sur la question de la prostitution, mais aussi de la GPA.
En France, c’est à eux que les médias déroulent le tapis rouge à longueur de colonnes et c’est tellement flagrant que ça en devient gênant.
Médias qui ne relativisent ni questionnent jamais les allégations du STRASS, ce qui nuit sans conteste, à leur crédibilité.
D’autres matériaux, études, ouvrages ; d’autres experts, associations, auteurEs, informéEs, pertinentEs, intègres, sont disponibles ; ainsi les ostraciser est proprement scandaleux.

Christine Le Doaré

Quand déni rime avec populisme

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La version Rue 89 de ce même article : « Les femmes étrangères rêvent de devenir putes, c’est ça ? »
http://www.rue89.com/2013/10/12/les-femmes-etrangeres-revent-devenir-putes-cest-ca-246484

Quand un universitaire associe PS et FN pour défendre le système prostitueur

En matière de prostitution, envahissantes sont les tribunes complaisantes écrites par des intellectuels ou des artistes appelés en renfort par le bruyant lobby réglementariste.
Mais je crois bien que nous pouvons décerner la palme de la tribune la plus inquiétante à Lilian Mathieu, sociologue et directeur de recherche au CNRS. Jugez plutôt : « Avec le PS, la préférence nationale commencera-t-elle par le tapin ? » sur Rue 89, ce mardi 8 octobre 2013.
Associer PS et FN pour défendre le système prostitueur, à ma connaissance, personne n’y avait encore pensé.

Quelle objectivité peut bien avoir sur cette question, l’auteur qui tente de démontrer que la proposition de loi abolitionniste déposée par la Délégation aux Droits des Femmes de l’Assemblée Nationale s’apparente à l’idéologie du Front National ?
La proposition de loi abolitionniste de la prostitution a mis les réglementaristes aux abois et mobilise leurs alliés intellectuels, people et médias.
Dodo, Antoine, Frédéric, Lilian et les autres nous rappellent les uns après les autres, que des hommes tiennent à leurs archaïques privilèges, s’accrochent dur comme fer, non pas au « plus vieux métier du monde » mais bien à la plus vieille et sexiste exploitation : la prostitution. Quelle superbe arnaque patriarcale tout de même que cet esclavage qui a la peau dure.

Lilian Mathieu sait pourtant qu’il n’y a pas plus de « droit à baiser » que par exemple, de droit à l’enfant, même en payant. Il sait aussi que la proposition de loi abolitionniste constitue un progrès, qu’elle est respectueuse des personnes et permettra d’avancer vers l’égalité, de mieux lutter contre le sexisme et les violences sexuelles. *1.
Abolir progressivement l’une des violences les plus préjudiciables que la domination masculine ait jamais imposée aux femmes, enfants et quelques hommes, la société toute entière y a intérêt et ça, Lilian Mathieu le sait pertinemment.
Il ne peut ignorer que les réglementaristes font très peu de cas des femmes victimes de la prostitution, utilisées mais stigmatisées et méprisées par des générations d’hommes.
Il sait que les seules personnes qui combattent les violences du système prostitueur qui engrange d’énormes profits criminels sur le dos des femmes, sont les abolitionnistes.

Il n’a guère d’arguments à opposer aux mesures proposées mais son intention est de discréditer le projet.
Quoi de plus efficace que de prétendre que les prostitué-e-s étranger-e-s seraient discriminé-e-s par le projet de loi, elles, si heureuses d’être sous la coupe des réseaux !
Dans cette période politique plutôt trouble, un peu de surenchère populiste devrait passer inaperçue et l’idéal, pour frapper les esprits, serait tout de même de parvenir à associer PS avec FN.

Premier artifice, commencer par jeter le doute sur le pourcentage de femmes étrangères en situation de prostitution pour mieux laisser à croire que ce serait le ministère de l’intérieur motivé par la chasse aux sans papiers, qui aurait initié ce projet. Je pense que toute la Délégation au Droit des Femmes de l’Assemblée Nationale qui a déposé la proposition et les abolitionnistes de tous bords politiques qui défendent ce projet, vont apprécier cet argument !
Si Lilian Mathieu arpentait comme les associations qui s’intéressent aux personnes prostituées, les lieux de prostitution ou les sites de petites annonces Internet, il aurait constaté que les prostituées sont dans leur écrasante majorité, et depuis déjà longtemps, des femmes étrangères exploitées par un proche ou un réseau, induites en erreur et conduites sur les lieux de prostitution où elles ne restent qu’un moment avant d’être déplacées ailleurs.
Que ce pourcentage soit de 85, 90 ou 95 % n’y change d’ailleurs pas grand-chose.

Ensuite, tenter de réfuter l’évidence : l’oppression et l’exploitation des femmes ne relèveraient pas de la domination masculine !
Vous l’ignoriez peut-être, mais sachez-le, les femmes étrangères prostituées sont venues s’échouer sur nos trottoirs de leur propre chef ! Voyez-vous ce n’est pas comme les hommes qui rêvent de devenir géomètre, maçon, prof, ou kiné, non, non, les femmes étrangères elles, rêvent de devenir « putes » !
Les macs, les réseaux, la traite, tout ça, n’existe pas, pur fantasme féministe que ce système prostitueur !
Pas de doute, Lilian Mathieu est un sociologue auquel le patriarcat doit beaucoup.

Bien sûr il est utile de feindre d’ignorer les différences entre les 3 régimes*2. existants en confondant prohibition et abolition. Surtout passer sous silence, les mérites de l’abolition qui en inversant la charge pénale sur les clients, aide les prostitué-e-s à se défendre contre des clients violents, puis grâce aux mesures d’éducation et de responsabilisation des clients, parvient progressivement à l’égalité et à une autre conception des relations femmes-hommes.

Malgré tout, Lilian Mathieu est contraint de reconnaître que le projet propose bien des mesures sociales aux personnes prostituées, mais cette partie de la tribune est à dessin embrouillée, et selon lui, le fait de sortir des réseaux, de bénéficier d’une régularisation et de pouvoir exercer une autre activité, constituerait alors une sévère injustice car ces pauvres femmes étrangères ne pourraient plus se prostituer, contrairement aux françaises !

Mais dans quel monde vit donc Lilian Mathieu ?
Imagine-t-il vraiment que les femmes prisonnières de proxénètes ou de réseaux mafieux qui les exploitent, choisiront cette prison ? Sait-il ce qu’est un camp de dressage, a-t-il la moindre idée des menaces qui pèsent sur ces femmes qui s’acquittent le plus souvent d’une dette et dont la famille est menacée de mort au pays ?
Pense-t-il que les femmes françaises s’éclatent dans la prostitution ? Ignore-t-il que la plupart d’entre elles ont vécu des violences sexuelles, que des rapports sexuels répétés et sans aucun désir, la peur au ventre, occasionnent d’innombrables douleurs physiques et psychologiques, et que toutes les femmes pour se prostituer se réfugient dans la dissociation ? Doute-t-il vraiment que l’écrasante majorité d’entre elles souhaite en sortir et ne plus jamais en entendre parler ?
Les femmes doivent être de bien étranges créatures pour Lilian Mathieu !

Enfin, comme une cerise qui aurait eu le temps de pourrir sur un gâteau bien rassis, la chute de ce texte dangereux, tombe. Les mesures proposées reviendraient « à appliquer sur le « marché du sexe », la revendication du Front national : la préférence nationale réservant aux seuls nationaux une activité fermée aux étrangers » !
Oui, oui, vous avez bien lu ! Voici ce qu’écrit un universitaire sollicité par le lobby pro-prostitution. Un bel exemple de supercherie intellectuelle.

Ce qui échappe à Lilian Mathieu, c’est la finalité de cette proposition qui vise à progressivement fermer « le marché » de la prostitution.
La sexualité ne peut être soumise aux marchés financiers. L’esclavage sexuel, ni dans la conjugalité, ni dans la prostitution, n’est plus admissible.
Enfin, le principe d’indisponibilité du corps humain doit être réaffirmé. Même le libéralisme ne peut tout vendre et tout acheter.
Il n’y a donc pas de « marché du sexe », ni de » travailleurs du sexe », mais un privilège patriarcal qui à terme disparaîtra et des personnes victimes d’une exploitation et de violences sexuelles que cette proposition de loi vise à protéger.
Certes des femmes « françaises » dont beaucoup sont pauvres et racisées, pourront continuer de se prostituer si elles le souhaitent, de moins en moins nombreuses et de moins en moins longtemps, nous l’espérons. Mais ce n’est en rien un privilège et nous verrons bien combien feront le choix de continuer alors que des alternatives et des aides leur seront proposées.
Quant aux femmes étrangères, si elles y sont encouragées, il y a fort à parier qu’elles dénonceront leur réseau et choisiront une alternative à la prostitution.
C’est bien mal connaître la réalité de la prostitution que de prétendre le contraire. Ces femmes ne sont pas venues sur nos trottoirs de leur plein grés, elles ont été trompées, elles sont captives (leurs papiers leur sont retirés), elles subissent des violences.

Ce texte démagogique et emprunt de populisme, produit par un sociologue censé encadrer des travaux de recherche, est inquiétant. Un sociologue n’est-il pas au moins supposé questionner les idées reçues sur la sexualité, les rapports sociaux de sexe, la domination masculine ?
Le projet abolitionniste est un projet d’émancipation qui relève de la défense des droits humains, et en particulier, des droits des femmes ; défendre de manière aussi consternante un système d’exploitation et de domination qui a fait son temps, n’honore pas l’université française.

Christine Le Doaré

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*1. La proposition de loi a pour objectif d’adopter une politique globale et cohérente pour abolir progressivement l’une des violences les plus préjudiciables que la domination masculine ait jamais imposée à l’égard des femmes, des enfants et de quelques hommes.
Toutes les personnes prostituées y ont intérêt, celles qui vont arrêter comme celles qui vont continuer ; ce que les rédacteurs de la proposition leur disent c’est :
– nous savons que la violence est inhérente à l’activité prostitutionnelle (Le taux de mortalité des personnes prostituées est terriblement élevé comparé à celui du reste de la population), nous voulons cesser de faire des victimes les coupables et abroger le délit de racolage…
– nous voulons que les personnes prostituées aient un meilleur suivi en matière de santé, pas uniquement sous l’angle de prévention des IST, mais dans une approche globale de santé sexuelle, physique et mentale, selon la définition de l’OMS…
– nous voulons permettre à celles et ceux qui le souhaitent, de se réinsérer grâce à un arsenal social de mesures d’aide à la formation, au logement…
– nous voulons permettre à celles et ceux qui sont étrangers, d’être régularisé-e-s par un titre de séjour, s’ils sortent de la prostitution …
– nous allons renforcer la lutte contre la traite et le proxénétisme, confisquer les biens du proxénétisme pour qu’ils bénéficient à leurs victimes et les aident à se réorienter…
– nous allons adopter des politiques de prévention au risque prostitutionnel et d’éducation à l’égalité et contre le sexisme….
– nous allons responsabiliser les clients prostitueurs et pas seulement lorsque les prostitué-s-s sont mineur-e-s ou en situation de vulnérabilité, et instaurer un délit pour sanctionner tout acte d’achat sexuel.

*2 : trois régimes
– réglementariste, comme en Allemagne ou aux pays bas, qui en légalisant le « travail du sexe », dépénalise le proxénétisme et laisse les marchés criminels envahir le pays au point de ne plus pouvoir rien contrôler
– prohibitionniste qui interdit toute prostitution et pénalise clients comme prostitué-e-s
– abolitionniste qui interdit le seul achat d’acte sexuel mais dépénalise le racolage

L’article de Lilian Mathieu : http://www.rue89.com/2013/10/08/prostitution-ps-reprend-preference-nationale-chere-fn-246404


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