Posts Tagged 'viol'

Appel citoyen contre l’incitation au viol sur Internet

image-42Action collective.

Appel citoyen contre l’incitation au viol sur Internet

Incitation au viol sur un site de coaching en séduction

Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol.
Seduction By Kamal est un site d’apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s’agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).
L’indignation s’est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l’aspect éducatif du site.
Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d’écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).
Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).
Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D’après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société « SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.
Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l’heure où nous écrivons cette lettre.

Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l’Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?

Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d’incitation au viol en ligne sur la page signalée.
Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne

Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée.
De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel…). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l’échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.
Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d’un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.
Or le sexisme en ligne n’a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel.
Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Inteurnet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d’améliorer les systèmes d’identification et de modération des discours de haine misogyne (8).

Côté français, l’incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.
Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l’incitation à la discrimination et à la haine) pour qu’il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.
Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.

Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.

Collectif féministe et citoyen
Plainte au Procureur

Paris, le 05/09/2013
Lettre R.A.R.
Monsieur le Procureur de la République,
Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ».
Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser – captures d’écran ci-joint) intitulée « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :
• « Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix »
• « Attaquez sa poitrine »
• « créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut ».
• « vous décidez […] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire) »
• « perdre tout contrôle de la situation est un « turn on » majeur pour les femmes ».
• « appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer […] c’est ça en fait la véritable notion du fameux « BIEN BAISER ».
• « Imposez votre puissance ».
• « Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture. »
• « Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ».
• « Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup. »
• « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »
• « il vous suffit […] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés. »
• « ne vous refusez rien ».
Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.
La présente faisant valoir ce que de droit.
Copie à
– Monsieur Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur
– Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
– Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
– Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
– Observatoire des Inégalités
– Le Monde
– Le Figaro
– Médiapart
– Rue 89
– Libération
– Les Nouvelles News
– Slate
– Fédération Nationale Solidarité Femmes
– Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013

Capture d’écran de l’article signalé : http://dikecourrier.files.wordpress.com/2013/08/comment-bien-violer-une-femme-par-seduction-by-kamal-kay-et-jb-marsille1.pdf

Sources et liens cités dans l’appel :

(1) http://www.seductionbykamal.com
(2) http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser
(3) http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/19/pick-up-artists-le-marketing-de-la-violence-misogyne
(4) http://www.profils-auto-entrepreneurs.com/profil/jean-baptiste.marsille
(5) http://www.seductionbykamal.com/mentions-legales/
(6) http://www.agence-csv.com/seduction-by-kamal-le-seducteur/
(7) http://www.lepetitjournal.com/varsovie/economie/132935-varsovie-eco
(8) http://www.womenactionmedia.org/facebookaction/how-to-report-gender-based-hate-speech-to-facebook
(9) http://www.legifrance.gouv.fr

Liberté ? Oui, mais en toute égalité !

Présomption d’innocence. Tout peut se résumer dans ces deux mots à condition que les deux protagonistes puissent s’en prévaloir. Que Dominique Strauss Kahn soit innocenté ou non, ce qui m’a interpelée dans cette affaire ce sont les premières réactions de la presse, des politiques, des philosophes, de la population dans son ensemble (sondages) et même des militants PS, voire LGBT.

Les premiers commentaires prenaient fait et cause pour M. Strauss Kahn, il s’agissait d’un complot international, un homme aussi intelligent et riche, présidentiable qui plus est,  ne pouvait commettre une telle erreur, d’autant plus qu’il peut « se payer n’importe quelle femme » ; les uns et les autres pensaient à lui, à sa famille et jugeaient le système judiciaire américain inhumain. C’est clair il n’est pas tendre, mais s’il ne l’est pas pour M. Strauss Kahn, puissant et capable de s’attacher la défense des meilleurs avocats, pensons au justiciable lambda et considérons au moins qu’il aura permis d’engranger rapidement des éléments scientifiques utiles à l’enquête tels que les prélèvements,  marques de griffures etc.

Ce qui me préoccupe le plus dans cette affaire c’est le peu de considération et d’intérêt accordé dans les premiers temps à la femme de ménage présumée victime de l’agression sexuelle. Au mieux elle était oubliée, au pire elle ne pouvait qu’être l’instrument du complot ou plus grave encore, une menteuse, désireuse d’atteindre à l’intégrité du puissant Directeur du FMI. N’est-il pas plus raisonnablement de penser, dans l’état actuel du dossier,  qu’à l’instar de la plupart des américains, elle ne savait pas du tout qui est Monsieur Strauss Kahn ?

Que Monsieur Strauss Kahn soit innocenté ou pas est affaire de justice, mais ce qui a déjà été établi, c’est que l’imaginaire collectif français soutient généralement l’idée que le harceleur sexuel est certes un peu lourd, mais surtout  viril et entreprenant. Pourtant, qu’est-il d’autre sinon un prédateur qui abuse de son pouvoir physique et / ou  social, financier, professionnel, etc. pour s’imposer aux femmes qu’il considère être avant tout, des objets sexuels ?

L’agresseur et le violeur sont quant à eux supposés être des sortes d’aliens alors que depuis des années, les féministes s’époumonent pour démontrer et expliquer à qui veut bien entendre, qu’il n’y a pas de profil type du violeur, le cliché de l’étranger ou du pervers est erroné et  le voisin, le collègue, l’ami ou même le mari peut commettre un viol tout en menant une vie sociale et familiale parfaitement « normale ».

Il aura fallu quelques textes  féministes publiés sur les blogs de Clémentine Autin, A dire d’elles, Osez le féminisme !, etc.… pour réveiller les consciences et commencer ça et là à entendre des voix, jusqu’à enfin la déclaration de Martine Aubry première Secrétaire du PS, s’élever et s’intéresser à la femme de chambre, au cataclysme, dans sa vie aussi.

Sans présumer du tout de l’issue judiciaire de cette affaire, je trouve particulièrement inquiétante, cette profonde scission (de trop rares exceptions : Patrick Jean, etc.),  entre les femmes d’un côté et de l’autre, les hommes, gays ou pas d’ailleurs, liés dans un même élan de communauté d’intérêt masculin. Une fois de plus, la démonstration est faite : en matière de sexe et / ou de genre, au 21è siècle, les femmes ne peuvent toujours compter que sur elles-mêmes.

La domination masculine a de beaux jours devant elle, les mentalités ne sont pas là de changer.

Comment espérer dans ce cas, que l’homophobie, la lesbophobie, la bi-phobie et la transphobie puissent réellement reculer en profondeur et pas seulement dans une égalité de droits qui est nécessaire mais insuffisante, puisque nous le savons, le  rejet des différences est essentiellement lié au profond sexisme de notre société ?

Tant que des hommes, gays compris, ne remettront pas véritablement en question le machisme séculaire de notre culture, nous tournerons en rond et ce ne sont pas les pseudos théories « queers-féministes » qui y changeront quelque chose.

Les « marches des salopes » ou théories « pro-sexe » ne font rien d’autre qu’ajouter à la confusion générale ; elles nous parlent de liberté, oui, mais jamais d’égalité.

Les « queers-féministes » veulent nous faire croire que le patriarcat a été vaincu, que les différences entre les femmes et les hommes sont abolies, que les contraintes de genres sont renversées,  que nous sommes désormais juste et tous queers et donc que nous pouvons toutes et tous librement nous adonner à toutes les formes de sexualité, à la prostitution aussi, sans que cela ne pose aucun problème d’égalité.

Ce n’est évidement qu’une théorie qui n’a pas grand-chose à voir avec la vie des femmes et des hommes de ce pays, indifféremment d’ailleurs de leur orientation sexuelle.

En réalité,  les ardents défenseurs des théories « queers-féministes » sont majoritairement des hommes qui adorent les filles et les garçons qui jouent aux « putes ». A part défendre les intérêts des clients et des industries capitalistes du sexe, on ne comprend pas bien comment ils et elles comptent, en récupérant la colère légitime des femmes injuriées et traitées quotidiennement de salope, aider notre société et particulièrement les jeunes femmes gavées d’images ultrasexualisées et de pornographie, à s’affranchir de l’image survalorisée de la « salope » !

A mon sens, si les femmes doivent s’affirmer, dans les rues et dans leur vie quotidienne, dans leurs relations, leurs familles et dans l’entreprise, c’est bien pour rejeter tout amalgame avec le mépris et l’injure et au contraire, pour revendiquer leur liberté,  en toute  égalité, ce qui signifie aussi le droit à l’intégrité physique.

Notre société pourrait tout y gagner si les femmes et les hommes de bonne volonté, « peuple de gauche » compris, voulaient bien lâcher un peu les vieux réflexes de notre culture si machiste et prêter un peu plus d’attention aux fondamentaux du féminisme que certains se plaisent à discréditer pour mieux conserver leurs privilèges.

Liberté oui, mais en toute égalité !

Christine Le Doaré


Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Archives