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Affaire J. Sauvage, du grain à moudre

6456684_fusil-chasse_300x188P.- S. : afin de tenter d’éviter toute polémique stérile ou faux débat, je précise à toutes fins utiles que j’ai signé pour la libération de Jacqueline Sauvage, que j’ai considéré sa peine bien trop forte et que mon propos n’est pas de refaire le procès, encore moins de contester les violences faites aux femmes. Mon intention est de questionner les limites d’un féminisme « victimaire » qui oublie que le corolaire de l’oppression et de l’aliénation sont la résistance et la libération. Ce n’est pas en enfermant systématiquement et indéfiniment les femmes dans l’irresponsabilité, en les réduisant à des mineures bloquées dans les années 70 et même 50 que nous allons avancer. Il s’agit d’une réflexion politique sur des perspectives politiques perdues du féminisme, non pas de nier l’oppression, ni encore moins les violences faites aux femmes bien réelles et qui doivent être combattues sans relâche. Cette affaire Jacqueline Sauvage comporte bien des zones d’ombre, nier la part de responsabilité Mme Sauvage est une impasse. J’ajoute en bas de page un troisième lien, celui d’un article d’une « féministe historique » Anne Zelinski « Jacqueline Sauvage : responsabilité, ma soeur » (je précise : je n’aime pas beaucoup Causeur, mais ça dépend des auteur-e-s), je ne suis pas en accord avec tout ce qui est écrit et je trouve le texte un peu brutal, mais il a le mérite de placer le débat au niveau politique, de rappeler le sens du combat féministe : nommer, lutter, dépasser. Ce débat devrait pouvoir avoir lieu sereinement entre féministes. Mais de nos jours, l’analyse est si pauvre et l’anathème si prompt…

Je n’ai pendant longtemps rien eu envie de dire sur « l’affaire Jacqueline Sauvage ». Pourtant, mon opinion sur cette affaire est belle et bien forgée et maintenant que Madame Sauvage est libre, je peux l’exprimer.

Tout d’abord, il me paraît utile de rappeler que les violences conjugales sont l’une des manifestations les plus hideuses du système patriarcal.  Les hommes exercent une violence brutale et perverse sur l’être le plus proche et donc vulnérable, qu’ils ont sous la main.

Jacqueline Sauvage était indéniablement victime de violences conjugales.

L’enjeu de « l’affaire Jacqueline Sauvage » était peut-être moins sa libération que la situation vécue par toutes les femmes victimes de violence conjugale. Ces odieuses violences patriarcales dignes d’un autre siècle doivent cesser, il en va des droits des femmes autant que de santé publique.

Les lâches auteurs des violences faites aux femmes sont les geôliers d’un système d’oppression, ils doivent être condamnés lourdement et être mis dans l’incapacité de sévir à nouveau. 

Mais ce n’est pas, comme l’a si bien dit Luc Frémiot *, le droit qui doit changer, mais les mentalités. Toutes les mentalités : celles des institutions et pouvoirs publics en charge de prendre et d’appliquer les lois, celles des hommes que des campagnes de prévention et une juste répression doivent remettre à leur place, mais aussi celle des femmes.

En effet, il est grand temps que les femmes s’aident un peu. Le système patriarcal ne va pas tomber tout seul, les associations féministes n’y suffiront pas, les institutions non plus, si elles n’y mettent pas un peu du leur. Depuis le temps que ces violences sont perpétrées, il serait temps que les femmes analysent leur manière d’appréhender leurs rapports aux hommes :

  • mettre à distance mirages et illusions,
  • comprendre le fonctionnement des relations humaines : la séduction, le désir, l’amour, le couple
  • être un peu moins passives en tous cas un peu plus lucides, sans pour autant se méfier de tous ni faire d’amalgames.

En outre, le féminisme victimaire qui s’engouffre sans nuances dans la défense de femmes qui sont loin d’être dénuées de responsabilités,  fait beaucoup de tort aux luttes féministes.

Jacqueline Sauvage : une femme sous l’emprise d’un violent manipulateur pervers, mais aussi une femme d’emprise qui a tout de même beaucoup dissimulé, notamment aux enquêteurs et lors du procès. Elle se marie alors que les premiers coups ont déjà été portés, elle accepte d’avoir non pas un mais quatre enfants avec cet homme qui viole ses filles dans sa propre maison. N’est-elle d’ailleurs pas complice de ces viols, elle qui a tout de même choisi de croire le mari violent qu’elle connaissait parfaitement, plutôt que ses propres filles ? Jacqueline Sauvage est à mes yeux une femme définitivement antipathique. Je ne lui nie évidemment pas le statut de victime, mais elle n’a en rien tenté de sortir de la situation ni de préserver ses filles, son fils. 

Tant de femmes, ne serait-ce que pour protéger leurs enfants, prennent le risque de partir, quitte à sauter dans l’inconnu, Jacqueline Sauvage  est restée, faisant de ce fait, aussi le choix de sacrifier ses filles.

Elle a tiré dans le dos. Elle savait parfaitement se servir d’un fusil, femme de caractère, chasseuse et rompue au tir au fusil ; elle n’était à ce moment-là pas du tout en état de légitime défense. Sidération et  SPT* ont  tout de même bon dos.

Je plains les victimes que sont aussi et surtout les enfants de Jacqueline Sauvage et leurs propres enfants.

Les juges feront mieux leur travail quand ils seront plus éclairés sur la nature des violences conjugales et leurs conséquences ; ils ne devront pourtant jamais inventer une légitime défense quand elle est inexistante au moment des faits. L’inverse reviendrait à un instituer un permis de tuer, alors que les solutions résident dans la prévention et un plan de lutte généralisé. Ce n’est pas le droit, mais bien les mentalités, le droit au respect, à la sécurité, à l’égalité, qui doivent évoluer.

La grâce présidentielle est constitutionnelle, elle s’exerce en pleine âme et conscience et n’a pas à faire l’objet ni de pressions ni de commentaires, encore moins des magistrats (séparation des pouvoirs).

La lutte contre les violences faites aux femmes est un immense chantier, les violences conjugales n’en sont qu’une partie. Le retour en force du religieux et du communautarisme les accélèrent et aggravent considérablement. La lutte sera longue, très longue mais ne sera victorieuse que lorsque tous les paramètres seront mis en perspective. Le droit désormais est satisfaisant, ce sont les mentalités qui devront changer alors que pourtant, elles régressent.

Tout ce qui met les femmes en danger doit être combattu ; la société, les institutions ont un rôle majeur à jouer, mais les parents également, les garçons comme les filles, doivent recevoir une éducation non sexiste.

Les hommes violents doivent se faire soigner ou être dénoncés, jugés et mis hors d’état de nuire, aucune complaisance ne doit être tolérée jamais ; les femmes doivent vouloir être libre de leur vie sans contrainte masculine d’aucune sorte.

Nous ne sommes plus au moyen-âge mais au vingt-et-unième siècle !

Christine Le Doaré

  • Edifiant : Jacqueline Sauvage : ses filles racontent l’enfer familial :

http://madame.lefigaro.fr/societe/jacqueline-sauvage-les-filles-racontent-lenfer-familial-310116-112185

  • *Luc Frémiot  France Inter « Ce n’est pas le droit mais les mentalités qu’il faut changer 

https://www.facebook.com/franceinter/videos/1209657315736053/?pnref=story

  • Politique féministe : Anne Zélinsky : « Jacqueline Sauvage : responsabilité, ma soeur »

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

En mouvement

En mouvement

Après des années d’immobilisme et de démobilisation, tout bouge soudain et très vite.

Cet été déjà, la violente réaction contre l’enseignement du genre et de l’orientation sexuelle, dans les manuels SVT des classes de première, nous avait sortis de notre torpeur.

Ces députés et sénateurs qui n’acceptent pas que des élèves comprennent que le genre n’est pas déterminé de façon aussi binaire qu’il y parait et que l’orientation sexuelle n’est pas unique ni figée, nous avaient quelque peu inquiétés et agacés. Des avancées arrachées à grand peine, à peine prises en compte et aussitôt menacées ? Pas question.

Puis, nous apprenions l’abandon des charges au pénal contre DSK et son retour en France. Le traitement médiatique et les réactions politiques qui s’en sont suivis n’ont pas manqué de nous interpeller et de mobiliser les groupes féministes et leurs alliés.

La tentative de réhabilitation médiatique orchestrée avec la complicité de proches et de médias, véritablement indécente et donnant à penser que les puissants trouvent toujours les moyens de se sortir de tout, ne pouvait rester sans réponses.

Non, l’abandon des charges contre DSK ne signifiait pas qu’il était « blanchi », puisqu’on ne peut être blanchi qu’après avoir été condamné à tort et rejugé. Le procureur, dans un contexte éminemment politique, avait abandonné les charges parce qu’il doutait de pouvoir convaincre un jury populaire, embarrassé par les mensonges de Mme Diallo.

Dans cette affaire, les deux protagonistes ont menti.

Elle, qui pour quitter son pays, n’avait pas trouvé d’autre stratégie (Quelle révélation, la vie des gens pauvres est probablement plus complexe que celles des gens sans problème !) ; lui, car s’il ne s’agissait pas d’un rapport tarifé, comment expliquer dans ce cas qu’en 7 minutes chrono, ce sémillant sexagénaire ait pu baratiner Mme Diallo, la séduire, et dans un rapport parfaitement consenti, lui enfourner son sexe dans la bouche et éjaculer ? !

Au moins trois faits majeurs sont incontournables : Mme Diallo a bien menti sur son passé ; l’ADN de DSK a bien été relevé dans cette chambre d’hôtel le rapport sexuel est prouvé et même minuté ; un rapport médical est disponible, il mentionne des brutalités et blessures.

Pourtant, les mensonges de Mme Diallo auront pesé bien plus lourd dans la balance que ceux de DSK, puisque c’est sur ce seul élément que la justice américaine à décidé d’abandonner les charges.

Aux USA, DSK s’en est bien sorti, il n’a pas été jugé au pénal ; il est libre et bénéficie de la liberté d’expression, mais rappelons-le, il demeure toujours sous le coup d’une plainte pour tentative de viol en France et d’une procédure civile, aux USA.

Dans son cas, la seule attitude digne et responsable aurait consisté à exprimer des excuses sincères auprès des intéressées et non du FMI, à engager une thérapie pour traiter son addiction sexuelle et son comportement de prédateur sexuel et surtout à modestement et lucidement, disparaitre de la scène politique et économique française.

Mais non, il aura préféré se livrer à une mascarade télévisuelle à laquelle tout compte fait, très peu de personnes ont adhéré.

Et maintenant, indécent jusqu’au bout, ces avocats demandent l’immunité au civil, en arguant des fonctions qui étaient les siennes au FMI, au moment des faits.

On touche ici du doigt la complaisance de l’institution qui met ses protégés à l’abri des lois et de la justice humaine.

L’affaire DSK est décidément révélatrice de l’état de notre société, malade de son patriarcat.

DSK est désormais le symbole de l’impasse du machisme et des comportements de mépris et de violence exercés par tant d’hommes de pouvoir sur les femmes ; et autant le préciser, ces rapports de pouvoir, on les retrouve à tous les niveaux de la société, y compris même au sein du couple, trop souvent nid de violences conjugales.

Il serait temps de revenir aux fondamentaux car les enjeux de société sont énormes : la lutte contre le viol – 200 viols déclarés par jour en France -, contre tous les viols ici et ailleurs, mais aussi contre les violences, toutes les violences ici et ailleurs, faites aux femmes et aux enfants et aussi à beaucoup de personnes LGBT – 16 % des femmes et 5 % des hommes interrogés lors de l’enquête CSF ont déclaré avoir subi des rapports sexuels forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie -.

Mais pour cela, nous aurions aussi besoin d’entendre de la bouche des responsables politiques dignes d’exercer une telle fonction au plus haut niveau, que jamais, ils ne permettront à un tel individu de revenir en situation d’exercer un quelconque pouvoir politique.

De telles déclarations, franches et sans détour, se font encore attendre.

Dans un même temps, les primaires socialiste, que les sondeurs s’acharnent à nous prédire gagnées d’avance, battent leur plein.

Puis soudain c’est la surprise, les sénatoriales sont emportées par la gauche et cette victoire nous prend à rêver de changements et de renouveau.

Un bémol toutefois, car le nombre de sénatrices est passé de 80 en 2008 à 77 et seules 49 femmes ont été élues sur les 170 sièges à renouveler.

Après des années de piétinement, de dégradations et de reculs en tous genres, dans le domaine socio-économique mais aussi en matière de droits et de libertés, ce mouvement qui soudain s’accélère, la forte mobilisation des féministes, la combativité des LGBT et plus généralement le grand ras-le-bol de la population, nous tiennent en haleine.

Le slogan de la Marche des Fiertés n’était pas pour rien « En 2011 je marche, en 2012, je vote !

2011 nous aura réveillés, 2012 pourrait nous réserver bien des surprises, dans tous les cas, nous sommes toutes et tous désormais en mouvement.

Christine Le Doaré


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