Griveaux, son organe sexuel et le kompromat

 

 

 

 

 

 

L’affaire Griveaux est remarquable à plus d’un titre. De manière spectaculaire elle nous confirme que :

  • beaucoup d’hommes, et notamment d’hommes politiques, ont une relation particulièrement immature avec leur organe génital ;
  • l’extrême gauche n’hésite plus à s’investir dans des manoeuvres obscènes et délictueuses pour déstabiliser la démocratie ;
  • les réseaux sociaux, l’anonymat et la multiplication de faux comptes, accélèrent et hystérisent la vie politique.

Les faits.

Alexandra de Taddéo mise en examen et placée sous contrôle judiciaire pour atteinte à la vie privée pour divulgation de vidéo à caractère sexuel, a conservé une vidéo intime datant de 2018. Celui dont elle est désormais la compagne, Piotr Pavlensky, performeur de l’extrême russe, adepte du Kompromat * a t’il décidé seul d’exploiter cette vidéo privée. Pavlensky est réfugié en France après une accusation de viol en Russie. Il est visé par deux enquêtes, une pour atteinte à la vie privée, et l’autre pour violence volontaire avec arme, infraction commise lors de la soirée du nouvel an 2020 et pour laquelle il était recherché. La soirée avait lieu chez Juan Branco, avocat (par équivalence), ancien candidat aux législatives 2017 pour la France Insoumise et activiste Gilet Jaune, et sa compagne. Juan Branco n’a pas porté plainte contre Pavlensky qui a pourtant agressé et blessé au tesson de bouteille et au couteau, certains de ses convives.  Le bâtonnier de Paris a ouvert une enquête déontologique pour statuer sur le cas de l’avocat activiste Juan Branco.

Un trio dont les rôles exacts de chacun doivent être précisés. Juan Branco notamment, est-il simple témoin, a t’il aidé Pavlensky à monter cette affaire, ce qui en ferait un complice et l’empêcherait de le représenter pour raison évidente de conflit d’intérêt ? Dans une vidéo, il s’inclut dans la préparation de cette action en disant « Nous ». *2.

Un véritable thriller.

Benjamin Griveaux et son organe sexuel.

La relation hors mariage ne regarde que Benjamin Griveaux et sa femme. En revanche, Griveaux s’est comporté dans cet épisode de sa vie sexuelle, tel un adolescent libidineux. Ce n’est certes pas pénalement répréhensible, et il s’est probablement fait piéger par Alexandra de Taddéo mais, réaliser une telle vidéo est à minima révélateur d’une immaturité et d’une curieuse manière d’appréhender son rapport aux femmes.

Plus grave encore est de s’être comporté de la sorte alors que responsable politique. Exercer des fonctions politiques exige selon moi un comportement exemplaire que les politiques qui se croient suffisamment importants pour nous représenter, feraient bien d’adopter. Un jour peut-être, les hommes grandiront.

Benjamin Griveaux a démissionné 24h après la publication de la vidéo sur les réseaux sociaux ;  que les politiques n’aient toujours pas intégré la capacité de nuisance de ces outils, alors même qu’ils les utilisent à leur profit, est tout de même sidérant.

Une fois de plus, une affaire politique a pour élément déclencheur le comportement sexuel douteux d’un homme politique, néanmoins, les sombres dessins politiques de la clique à la manoeuvre sont autrement préoccupants.

Se limiter à critiquer Benjamin Griveaux et mettre sur le même plan un comportement sexuel immature et stupide, et un complot ourlé entre un activiste violent accusé de viol et ses éventuels complices, c’est refuser de voir ce qu’il y a derrière l’affaire.

L’intrigue, sa finalité.

Au delà de faire tomber Benjamin Griveaux et de changer le cours de l’élection parisienne, l’objectif était bien de déstabiliser nos démocraties en utilisant des moyens inqualifiables s’il le fallait.

Pavlensky a prétendu avoir agi de la sorte parce que Griveaux était hypocrite. Pour un anticonformiste transgressif, c’est impayable ! Moralisateur en diable, cet activiste qui fustigeait sauvagement le conservatisme du régime russe ! Juan Branco dés le début de l’affaire, prétend que la divulgation de la vidéo est « légitimée par la peopolisation de la campagne de Benjamin Griveaux ». En résumé la fin justifierait les moyens, même les plus tordus ;  bien sûr au nom du peuple idéalisé et fantasmé pur et innocent.

Heureusement la loi nous protège désormais du revenge porn ; c’est une infraction sévèrement punie : deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende.

Mais  bien au delà de l’infraction et de sa sanction, de telles pratiques présentent un risque majeur pour notre démocratie : dans cette affaire,  il ne s’agit évidement pas que de vie privée, mais bien d’une atteinte à un pays, à ses règles et à son système politique.

Arbitraire et violence dites « révolutionnaire ». De telles pratiques, en mon nom, car après tout je fais aussi partie du peuple, je dis non. Mille fois non. L’histoire regorge des atrocités innommables commises au nom d’idéologies qui n’ont jamais rien démontré d’autre que leur capacité à produire des régimes autocrates et mortifères.

N’en déplaise à la clique réactionnaire d’exaltés rouges-bruns, gilets jaunes, insoumis et autres bourgeois gauchistes, agitateurs et nihilistes aux méthodes dignes du KGB ou du FSB, rien n’a jamais égalé la démocratie, aussi insatisfaisante et imparfaite soit-elle. 

En tant que féministe aussi, je dis non. Non au revenge porn et non aux actions de déstabilisation d’activistes tels que Piotr Pavlensky. Il y a 8 ans de cela, j’écrivais un texte sur l’affaire des Pussy Riots. Piotr Pavlenski est l’un des mentors des Pussy Riots et de Voina. Une recherche m’avait fait découvrir leurs performances à caractère sexuel dans des musées en Russie. *3. Les femmes y sont objectivées, instrumentalisées, pornifiées. Je n’oublie pas non plus que Piotr Pavlensky est accusé de viol.

Le monde que nous propose ces activistes est glauque, violent, machiste, un monde hideux que je ne nous souhaite pas.

Christine Le Doaré

 

*1.  Kompromat : la technique russe du kompromat consiste à construire un dossier sur l’ennemi afin de lui nuire définitivement. Employée pendant la guerre froide et par les services secrets russes.

*2. Vidéo de l’aveu de Juan Branco :

https://twitter.com/unjourunjaune/status/1228801515273453569?s=21&fbclid=IwAR1RPSGtlOTa5QWR4dIGXp2xPvPiv1VCjOCbVaaau85uAKIX4AijM_8H45Y

*3. Texte de 2012 « Pussy Riots, faut pas pousser » : le lien sur la vidéo des performances sexuelles dans les musées sont en fin de texte :

https://christineld75.wordpress.com/2012/08/13/pussy-riots-faut-pas-pousser/?fbclid=IwAR3il6A6KQYvYo6YHNQL6njw7hgzI60FSMecr76SD4fiTd6Ytnj32bBMfC0

 

4 Responses to “Griveaux, son organe sexuel et le kompromat”


  1. 1 vendredidavril 26/02/2020 à 06:59

    Bonjour,
    On apprend (notamment par un article du Point) que monsieur Griveaux aurait relancé madame de Taddeo en lui adressant des vidéos de masturbation, après une seule rencontre sexuelle .
    Le même monsieur aurait envoyé des vidéos similaires à d’autres femmes — envois réalisés sur Messenger, la messagerie de Facebook.

    — Ne pensez-vous pas qu’un responsable politique de premier plan s’expose ainsi à divers chantages ? S’exposant de la sorte, est-ce que son comportement (irresponsable) n’interpelle pas tou.te.s les administré.e.s ?

    — Je suis très étonnée d’entendre tant de personnages médiatisés dire qu’envoyer des « dickpics » est banal ; « on l’a tous fait » : ah bon ?? Recevoir des dickpics choque les femmes, même si après coup le rire permet de se dissocier — à ce que je retiens de discussions autour de moi.

    Votre publication interroge les niveaux de responsabilité des « diffuseurs », c’est effectivement un aspect du pb. Mais au-delà, c’est en tant que femme et en tant que citoyenne que je m’interroge …

    Merci pour votre attention … et pour vos réflexions !
    Bonne journée 🌿

  2. 2 Christine Le Doaré 26/02/2020 à 10:21

    Merci pour votre contribution. Peut-être devriez-vous relire le texte ? Ce que vous écrivez sur la responsabilité des politiques, et sur une manière pour le moins sexiste de vivre sa sexualité, je l’ai également écrit. Et plus durement que vous. Je ne comprends donc pas bien votre remarque.
    La différence c’est que je ne porte pas de jugement moral sur des relations de nature privée et que je dénonce la manœuvre politique et des méthodes KGB dangereuses pour la démocratie française.

  3. 3 vendredidavril 27/02/2020 à 10:08

    Bonjour Madame et merci pour cet échange.
    Pour le dire en peu de mots et consciente que l’affaire BG soulève de multiples questions (autour de Pavlensky, etc) je m’interroge : qu’aurait-il fallu faire ?
    Se taire au nom du respect dû à la vie privée et accepter qu’un responsable de premier plan s’offre ainsi en pâture à des maîtres-chanteurs — la pratique étant récurrente chez lui ? Ou alerter les citoyens ?
    Si vous aviez eu connaissance des faits avant leur publication au grand public, qu’auriez-vous fait ?

  4. 4 Christine Le Doaré 27/02/2020 à 10:41

    Décidément il est clair que vous n’avez pas lu mon texte, si ce n’est en diagonale, peut-être ? A quel moment ai-je cautionné le comportement de Griveaux que je compare à un adolescent libidineux ?
    En fait vous dissertez seule et pour avoir raison. Grand bien vous fasse, c’est tout sauf intéressant.
    Enfin sachez pour clore cet échange, qu’il y a la loi (interdiction du revenge porn et d’atteinte à la privée) et puis la morale très subjective, et pire la délation. Je serai toujours du même côté, celui de la loi.


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