Indécente instrumentalisation des luttes LGBT par Morgane Merteuil

72807_4909590014134_1266105167_nProfitant de la mobilisation homophobe des anti-mariage pour tous du 13 janvier dernier, dans sa tribune « Homophobie, putophobie même combat ? » publiée le 14, dans la rubrique Rue69 du site en ligne du Nouvel Observateur, Morgane Merteuil, Porte-Parole du STRASS, instrumentalise sans scrupule, les luttes LGBT et amalgame légalisation du mariage pour tous et prostitution.
A force d’investir le mouvement LGBT et menacer les abolitionnistes, le STRASS a sans doute fini par se convaincre que tout les LGBT soutiennent le lobby pro-prostitution !

La recette : amalgames et lyrisme, c’était bien tenté. Que Mme Merteuil et le STRASS se jettent sur l’occasion pour récupérer les luttes LGBT et manipuler l’opinion, ne constitue pas vraiment une surprise ; en revanche, que des journalistes, en particulier ceux du site du Nouvel Observateur, tombent ainsi dans le panneau, est beaucoup plus étonnant.

Je souhaite rappeler à Mme Merteuil que les luttes LGBT concernent des personnes, des couples et des familles qui subissent des discriminations et des violences liées à leur seule orientation sexuelle.
Des préjugés archaïques les privent de droits et les placent dans des situations d’injustice voire d’insécurité.
La revendication du mariage n’a de sens que dans une perspective d’égalité des droits, car l’orientation sexuelle ne peut à elle seule priver des couples et des familles, de droits et obligations auxquels peuvent accéder les citoyens français.
L’égalité des droits n’est pas négociable et ne relève d’aucune activité marchande, d’aucun marché. Les personnes LGBT, citoyens à part entière, seront les seuls bénéficiaires des luttes pour l’égalité des droits.

Mme Merteuil semble avoir momentanément perdu de vue que les bénéficiaires de la prostitution sont les clients qui achètent des services sexuels et en cas de prostitution forcée (écrasante majorité), les souteneurs, proxénètes, réseaux et mafias.
La prostitution est le second marché criminel après la drogue et avant les armes ; les états qui ont réglementé ne parviennent plus à endiguer la criminalité prostitutionnelle ni à distinguer sur le terrain ce qui relève ou non de la « libre » prostitution.
C’est fâcheux, mais qu’à cela ne tienne, Mme Merteuil qui n’est plus à une pirouette rhétorique prés, occulte ces réalités pour mieux nous égarer.

On imagine bien que Mme Merteuil ne nous parle pas des droits des proxénètes et des réseaux.
Mais de quels droits alors, nous parle-t-elle ? De ceux des personnes prostituées ?
Certes, les personnes prostituées doivent être respectées et protégées par la loi, mais, nul besoin d’une loi réglementariste pour ça.
Personne mieux que les abolitionnistes ne défend les droits des personnes prostituées.
L’abolition n’étant pas la prohibition, le projet abolitionniste prévoit lui aussi l’abrogation du délit de racolage, mais il se contente pas de cela, il exige des programmes de réinsertion, sociaux et de santé, pour les personnes qui souhaiteraient sortir de la prostitution. En réalité, et qu’elle l’assume ou non, c’est bien des droits des clients dont nous parle Mme Merteuil. Les clients prostitueurs qu’il faudrait préserver, ménager, choyer car business is business.
Bien entendu elle défend également les affaires de quelques escortes « libres » contre l’écrasante majorité de prostituées contraintes.
En d’autres mots, notre activiste porte haut et fort les pratiques et la philosophie du libéralisme !

Ce qu’il faut comprendre de cette tribune, c’est que Mme Merteuil et le STRASS nous condamnent à entretenir cette vieille légende, cette incroyable mystification patriarcale qui consiste à présenter la sexualité masculine comme irrépressible et justifiant par conséquent, la mise à disposition de quelques femmes qui auraient le privilège de la satisfaire !

Sachez-le Madame, il est incompatible de vouloir à la fois, pérenniser les privilèges exorbitants du système patriarcal, et revendiquer l’égalité, qu’il s’agisse d’égalité réelle entre les femmes et les hommes ou d’égalité des droits pour les minorités. L’indisponibilité de l’être humain, de son corps, est protégée par la loi et doit rester en dehors des lois du marché. D’ailleurs la prostitution a bien moins à voir avec la sexualité qu’avec la domination masculine ; elle est affaire d’éducation contre la domination et les violences.

Alors, Mme Merteuil, vous qui avez l’outrecuidance d’instrumentaliser les luttes LGBT, sachez que cette grossière tentative de récupération est stérile car lutter pour nos droits et libertés est incompatible avec votre lutte pour l’institutionnalisation de l’esclavage sexuel des femmes et de quelques hommes.

Christine Le Doaré

https://christineld75.wordpress.com/2012/12/18/au-fond-qui-estime-vraiment-les-personnes-prostitue-e-s/

https://christineld75.wordpress.com/2012/09/05/pour-se-liberer-morgane-merteuil-va-devoir-choisir/

9 Responses to “Indécente instrumentalisation des luttes LGBT par Morgane Merteuil”


  1. 1 romain blachier 16/01/2013 à 22:59

    les prostituées, elles subissent aussi la violence et les discriminations. Et c’est aussi pour des raisons liées à la sexualité. Il y a donc de sérieux point de convergence….

  2. 2 Christine Le Doaré 16/01/2013 à 23:11

    @Romain : comme si je ne le savais pas ? !!! et comment, c’est justement le problème ! manifestement vous n’avez pas lu mon texte, alors merci de relire

  3. 3 Salomé 16/01/2013 à 23:43

    Je suis extrêmement choquée par la photo qui illustre cet article : comment pouvez-vous poster une image aussi humiliante et violente des gens que vous prétendez défendre ?
     
    Je voudrai relever la phrase  suivante : « Des préjugés archaïques les privent de droits et les placent dans des situations d’injustice voire d’insécurité ». Il le semble qu’elle pourrait s’appliquer mot à mot aux personnes se livrant à la prostitution, qu’elles le fassent librement ou sous la contrainte. L’absence de cadre juridique place les prostituées dans une situation d’insecurité intolérable. 
    Et egalement : « L’abolition n’étant pas la prohibition, le projet abolitionniste prévoit lui aussi l’abrogation du délit de racolage passif, mais il se contente pas de cela, il exige des programmes de réinsertion, sociaux et de santé, pour les personnes qui souhaiteraient sortir de la prostitution »
    Mais que faites-vous de celles qui ne le souhaiteraient pas ? Pour des raisons qui peuvent aller du goût pour cette activité, ce qui me parait aussi étrange qu’à vous mais peut être envisageable, à des raisons économiques, la prostitution étant une activité lucrative et le boulot ne se trouvant pas à tous les coins de rue ? 
    Je ne comprends pas bien votre position: quel mal peut faire la réglementation aux prostituées victime d’un proxénète ? Au contraire me semble-t-il : en reconnaissant leur existence, en accordant des droits, on  leur permet de porter plainte contre leur sputeneur, de s’ouvrir des droits aux congés maladie, à la retraite, à la formation professionnelle, et ainsi préparer une reconversion. 
    Il faut alors accepter que certaines peuvent effectivement faire cela par choix. Mais de même qu’il est intolérable que l’on regarde dans le lit d’un couple pour savoir s’il est ou non homo, il me semble intolérable de vouloir empêcher des gens user librement de leur corps. Même si elles me choque, je ne peux m’arroger le droit de dicter leurs pratiques. 

    Desolee si j’ai ete un peu longue. 

    Salomé

  4. 4 martindufresne 16/01/2013 à 23:48

    Si Mme Merteuil avait pris la peine de chercher le lien entre la prostitution et la lesbophobie, elle l’aurait trouvé facilement. Dans une société où des femmes sont, a priori, tenues à la disposition sexuelle de n’importe quel homme un tant soit peu argenté – et avec la traite, le prix de la passe est en chute libre… – les femmes qui se refusent à cette règle de cuissage en raison d’un choix différent sont d’autant plus méprisées et sujettes à discrimination.
    Faire reculer l’emprise croissante du marché sur l’identité et l’activité sexuelle de l’ensmeble des femmes lèverait sans doute une grande part de la colère qui rage contre celles qu’on voit se refuser à un désir/pouvoir masculin devenu normatif pour raisons de méga-profits (qui finance le STRASS, au fait?).
    Permettez-moi de recommander la lecture d’un bouquin d’Andrea Dworkin, qui a été tour à tour prostituée et lesbienne. Dans « Les femmes de droite », elle fait une analyse implacable des « modèles de la ferme et du bordel » où la droite – tant conservatrice que néolibérale – cherche à enfermer les femmes pour tirer bénéfice de leur vagin ou de leur utérus.
    (Recension de Kim Dockstader: http://montreal.mediacoop.ca/story/les-femmes-de-droite-dandrea-dworkin/14934)

  5. 5 Christine Le Doaré 17/01/2013 à 00:00

    absolument Martin, excellent comme toujours et merci pour rappeler cette référence

  6. 6 Christine Le Doaré 17/01/2013 à 14:22

    Mais Madame ou Monsieur, ce n’est pas la photo qui est choquante, ce sont les violences de la prostitution ! Les mots, les images utilisées par les « survivantes » comme elles se nomment elles-même, sont autrement violents croyez-moi !

    Vous n’avez peut-être pas lu mon texte attentivement, car je suis bien d’accord avec vous pour dire que « les prostituées sont dans une situtation d’insécurité intolérable ». Je le répète donc, le projet abolitionniste s’intéresse à la situation des personnes prostituées, mais il s’y intéresse vraiment, pas seulement pour nous présenter une image fantasmée de la prostitution ou pour ne parler que de la situation archi minoritaire de quelques escortes et de leur business. L’abolition du délit de racolage, des programmes sociaux et de santé pour toutes et, pour celles qui le souhaitent des programmes de réinsertion, tout ceci figure bien dans le projet abolitionniste. Mais nous savons qu’il restera, comme dans tout pays abolitionniste, une prostitution résiduelle qui finira peut-être un jour par disparaître à force d’éducation et de prévention et nous voulons la protection des prostiuées qui continueront aussi.

    Ce que nous ne voulons pas c’est ouvrir la porte aux réseaux, aux mafias, déjà bien implantés. Ce que nous voulons c’est vivre dans une société qui ne considère pas « normal » de sacrifier quelques femmes (mais surtout pas ni leurs mères, ni leurs soeurs, ni leurs filles) aux caprices de la domination masculine ! Une société qui réfléchit aux rappors entre les gens, à l’exploitation, et qui veut privilégier l’égalité entre les femmes et les hommes, plutôt que maintenir des idées archaïques sur la sexualité et sur le genre ! N’inversez pas les rôles et demandez-vous plutôt qui défend vraiment les personnes prostituées et les droits des femmes ?

    Manifestement, vous ne connaissez pas grand chose à ce sujet, je vous invite à vous renseigner et lire les autres textes sur mon blog (en particulier « Qui estime vraiment les personnes prostituées ») ou sur d’autres, aussi à consulter le site abolition2012.fr

  7. 7 Martin Scriblerus 17/01/2013 à 18:03

    Il me paraît aujourd’hui acquis que la fonction première du Strass est, au delà de son rôle de figure médiatique sulfureuse (les jobards que cela impressionne ne manque pas) du credo libéral masculiniste, de nier purement et simplement l’existence, en la rendant invisible et inaudible, en la travestissant systématiquement en une grotesque posture moraliste, autoritaire et pudibonde, de la critique féministe radicale du système prostitutionnel.
    A en croire Morgane Merteuil et ses amis, une telle critique serait tout simplement impensable, et tout se jouerait en fait entre joyeux libertins libertaires et tristes mères-la-pudeur étatistes.

    Hélas, je ne partage pas votre étonnement devant l’accueil qui lui est réservé sur rue89. L’innocence et la complaisance des journalistes face aux discours légitimant la prostitution ou calomniant les positions abolitionnistes est à ce jour une constante, comme il a par exemple été possible de le constater dans le Monde ou Libération à plusieurs reprises durant le second semestre de 2012.

    Pour ma part, à l’article de Morgane Merteuil, j’ai répondu ce qui suit (ça n’est pas la première fois que j’ai le plaisir d’être confronté à son discours):

    « L’auteure de l’article et ce groupement d’auto-entrepreneurs au service de la marchandisation des corps, de la chosification des femmes et de la masculinité la plus crasse, dont elle défend bec et ongle les intérêts particuliers – le Strass – nous ont depuis longtemps habitué à leurs calomnies et leurs mensonges à l’encontre de quiconque ose formuler une critique du système prostitutionnel, en tant qu’élément constitutif d’une société sexiste et des rapports de genre. Sans parler d’un penchant pour les amalgames grossiers à faire blêmir le moins consciencieux des arracheurs de dents.
    Il faut dire que le système prostitutionnel, au Strass, on en fait un sympathique et libertaire gisement d’emplois, et ses critiques, d’affreux pudibonds moralistes et tout puissants : par ces temps de crise, on conviendra donc avec lui que seul d’odieux et privilégiés réactionnaires oseraient discréditer et ternir la réputation d’un secteur aussi prometteur ; et que, par ailleurs, les seuls des malheurs qui accablent les prostituées dont le Strass veut entendre parler, sont le fait de ces odieux abolitionnistes.
    Assez plaisanté.
    La poudre au yeux du Strass est inoxydable. Aucun argument, aucun raisonnement, aucune discussion de la très opportune et très intéressée gratuité de ses allégations n’ébranle jamais son beau credo libéral-proxénète.
    Le torrent d’ineptie du 14 janvier ne mérite pas un inutile démenti de plus : les lecteurs de bonne volonté trouveront sur le web suffisamment de blogs abolitionnistes où le lire, et suffisamment de fils de commentaires et de discussion où tous les arguments de Mme Merteuil se voient démontés.
    Quant aux lecteurs de mauvaise volonté, je leur épargne volontiers la pénible lecture d’une démonstration qui ne leur serait pas plus utile ni profitable que les précédentes.
    A ces derniers, malgré leur gosier déjà bien assoupli par les cohortes de couleuvres qui l’ont précédé, la dernière héneaurme calomnie en date – Attention ! quiconque critique le système prostitutionnel est l’allié de facto des homophobes ! – demandera un surcroît d’effort de déglutition.
    A lire les commentaires, il semble toutefois que certains athlètes de la complaisance intellectuelle y parviennent aisément.
    Pour ma part, je suis curieux de voir quelle sera la prochaine abracadabrantesque calomnie que le Strass, comme les masculinistes à la petite semaine que ce syndicat fascine, imagineront d’imputer aux critiques du système prostitueur et des rapports de domination. »

  8. 8 Nimesh 19/04/2013 à 17:05

    Bonjour,
    je vis actuellement en Chine. Ici, à cause de la politique de l’enfant unique, il y a plus d’hommes que de femmes. Dans certains coins de la Chine on atteint 135 hommes pour 100 femmes.
    J’ai entendu dire que c’est la même chose en Inde.
    Que proposez-vous ?

  9. 9 Christine Le Doaré 19/04/2013 à 22:28

    je propose que vous commenciez sans tarder à mobiliser contre le génocide des bébés féminins ! Dans tous les cas, je ne vois vraiment pas pourquoi les femmes devraient encore et toujours payer de leur personne, ni en Chine, ni ailleurs !


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