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Quand Le Monde me fait marrer pour la journée de visibilité lesbienne

C’est la journée de la visibilité lesbienne, des politiques sont mobilisés (1) et c’est bien, mais je n’aurais jamais pensé que cela me ferait rire.

« La « joie » et le « soulagement » des féministes qui se « découvrent » lesbiennes ». En lisant ce titre d’un article du Monde (2), publié pour l’occasion, j’ai explosé de rire. En lisant l’article, j’ai pensé que notre époque était absolument délirante. Pourquoi ?

Je suis lesbienne, ni fière ni heureuse de l’être, je le suis, et pour rien au monde ne voudrais changer. C’est une évidence pour moi comme pour mon entourage et je crois bien que ça a toujours été comme ça à partir du moment où je l’ai compris, j’avais alors une vingtaine d’années. Le truc c’est que ça ne date pas de la semaine dernière puisque j’ai eu vingt ans quelques années avant que ne soit dépénalisée l’homosexualité en 1981 ! Quand je lis les réactions des femmes interviewées dans l’article, je m’étonne, c’est tout juste si elles ne me donnent pas l’impression de sortir de la clandestinité !  Mais enfin, nous sommes en 2021, grâce aux luttes des militant.es du mouvement de libération homosexuelle, il y a quarante ans nous pouvions déjà vivre notre homosexualité au grand jour et pourtant, on ne peut pas dire qu’à l’époque, on croulait sous les modèles ! D’ailleurs, on s’en fichait des modèles, on voulait réinventer le monde. A l’époque il n’était pas question de fierté identitaire mais de lutte contre les discriminations et les violences, de droits et de libertés. Ces histoires de fierté identitaire, dans tous les domaines, sont décidément bien ridicules.  

« La joie et le soulagement des féministes qui se découvrent lesbiennes «.  C’est tout de même sidérant ! Les féministes hétérosexuelles ou bisexuelles, vous avez compris ce qu’il vous reste à faire, suicidez-vous ou faites un effort, devenez lesbienne  ! Je peux à peine écrire tellement je rigole …

D’ailleurs, des féministes dans les années 70/80 nous ont déjà fait ce coup-là. Une sorte de phénomène de mode qui a traversé un temps le mouvement, il fallait avoir eu son expérience lesbienne et si ça fonctionnait, c’était tout bénéfice : autrement plus facile de vivre son engagement féministe sans être impliquée dans une relation de couple avec un homme et devoir affronter quelques contradictions dans le secret de l’intimité. D’où le fameux slogan, le privé est politique. Affichée et repérable si l’on peut dire, je me souviens bien de cette époque où il me fallait plus souvent qu’à mon tour, décliner de charmantes propositions. Mais pas toujours hein ! Le truc c’est que quelques années plus tard, j’en ai recroisé en couple hétérosexuel. Pour elles, c’était une agréable récréation,  mais moins facile, surtout à l’époque, pour élever des enfants, alors … Dans tous les cas, si l’orientation sexuelle peut en effet être plus fluide qu’on ne le pense, tout le monde ne change pas d’orientation sexuelle comme de chemise. D’autres sont devenues lesbiennes, parce qu’il peut aussi suffire d’aimer, une fois, et d’oser se révéler à soi-même et aux autres. Moralité, selon moi, éviter les généralités, se décrisper et voir comment les choses évoluent.

Revenons à notre actualité. Des décennies déjà qu’à longueur de productions culturelles en tous genres : films, séries TV, littérature, peinture, théâtre, danse, télé-réalité, reportages … nous avons accès à des histoires d’amour et représentations homosexuelles, lesbiennes comprises. Alors, je bloque quand je lis qu’il n’y aurait pas de représentations ni de modèles lesbiens. On rigole là ! En outre, depuis au moins trente ans, des gays et des lesbiennes font leur coming out ; en lisant l’article on se demande un peu à quoi ça a servi ! Et d’ailleurs, est-ce si utile d’avoir des modèles ? Et l’imagination, et être soi, simplement soi-même, non ? Et d’ailleurs, qui peut croire que les hétérosexuels disposent de représentations et modèles hétérosexuels si formidables et que les reproduire est la garantie du bonheur ? Tout le monde doit inventer et réinventer son chemin.

Alors c’est vrai, la contrainte à l’hétérosexualité n’est pas une vue de l’esprit et nos cultures patriarcales sont habiles à conditionner et contingenter nos imaginaires amoureux, tout est prévu, des histoires pour enfant jusqu’à l’organisation de la société pour promouvoir l’hétérosexualité et en particulier la mise à disposition des femmes, de leur corps et de leur vie, dans la sexualité et la reproduction. Et puis, c’est plus gratifiant socialement de se conformer aux schémas hétérosexuels, confort, sécurité, reconnaissance, tout est plus simple, surtout pour les femmes. Une moindre prise de risque en sorte. C’est également vrai, les lesbiennes sont beaucoup moins représentées et valorisées que les gays, mais aussi beaucoup moins affichées ; ce n’est guère surprenant, on imagine mal comment pourrait être vendeur d’être femme et lesbienne dans une société qui par bien des aspects reste patriarcale. Mais personne ne peut nier l’évolution considérable de ces cinquante dernières années, et bon sang un peu de détermination et de courage ne ferait pas de mal, depuis le temps que l’homosexualité existe, c’est bon, en 2021, en France, on ne va pas distribuer des médailles non plus ! Je ne nie pas la lesbophobie, mais en être encore à parler de révélation et de modèle ne va pas aider à banaliser l’affaire.

En outre,  les gays et les lesbiennes ne sont parfois pas moins conformistes, le mariage pour tous et l’homoparentalité après tout, qu’apportent-ils de si différent de la norme ?  Ce qui m’étonne encore le plus c’est la croyance que le lesbianisme serait une sorte de sésame pour le bonheur. N’est-ce pas la qualité d’une relation entre deux personnes qui fait son intérêt ? Être lesbienne n’est pas un passe porte bonheur, vivre une relation avec une autre femme non plus. Il y a des lesbiennes formidables, mais d’autres sont imbuvables, stupides, vulgaires, violentes, manipulatrices, … mais si ! Il n’y a pas tant que ça de génie en fait, il faut toujours une belle alchimie et intelligence pour une histoire d’amour réussie et aucune femme ne change d’orientation sexuelle pour régler des problèmes de couple hétérosexuel, seulement parce qu’elle est attirée par une autre femme, en tombe amoureuse … Elle peut aussi n’aimer que cette femme-là et ne pas devenir lesbienne pour autant, tout est possible, tout existe. Quant au besoin de déconstruire les rapports sexuels et de séduction, il reste entier dans les relations lesbiennes aussi.  

Je voudrais bien savoir en quoi une féministe hétérosexuelle, serait moins investie et efficace dans son engagement féministe pour lutter contre les discriminations et les violences sexistes ? C’est certain, la domination masculine imprègne la société et il est impossible que des féministes hétérosexuelles n’aient pas à gérer ses effets, même subtils, dans leur vie intime, mais quand elles confrontent des contradictions, des hommes avancent vers l’égalité. Et je serais bien plus encline à faire confiance à une féministe hétérosexuelle qu’à une lesbienne qui se compromet dans des impasses intersectionnelles avec des groupes qui prônent le relativisme culturel, le racialisme ou défendent le sytème prostitueur ou encore des trans activistes qui pourtant menacent les droits des femmes.

L’identité assenée comme un mantra, érigée en dogme, avec des slogans brandis pour se rassurer, peine à convaincre, à me convaincre. Pour cette journée de la visibilité lesbienne, je dirais qu’être féministe et lesbienne, c’est peut-être bien une chance, mais surtout, c’est l’envie et le besoin d’être soi, de s’assumer pour être bien avec soi et les autres. Ce n’est surtout pas une quête identitaire et c’est pourtant politique.

Christine Le Doaré

(2) L’article du Monde

La « joie » et le « soulagement » des féministes qui se « découvrent » lesbiennes

Cécile Bouanchaud

« Solange, Edith et Noémie étaient en couple avec des hommes il y a encore quelques mois. Leur prise de distance vis-à-vis de l’hétérosexualité est survenue en même temps que leur cheminement féministe.

Au milieu du cortège du 8-Mars, sa silhouette élancée la distingue. Laure brandit un écriteau parsemé de paillettes : « Pénis partout, jouissance nulle part ». L’an dernier, à la manifestation pour les droits des femmes, la professeure des écoles de 36 ans n’avait pas de pancarte. L’année écoulée a fini d’alimenter une misandrie longtemps tue. Au point de renoncer aux hommes ? « Je suis en plein questionnement », reconnaît Laure, évoquant « le lesbianisme comme une réponse politique au modèle pesant de l’hétérosexualité ».

Autour d’elle, de nombreuses femmes se tiennent la main, s’enlacent et s’embrassent. Dans la foule, des centaines de slogans font écho au sien : « Délivrez-nous du mâle », « Engagez-vous dans le Gouinistan », « Ras les boobs de ce monde de couilles », « Nos désirs font désordre », « Visibilité lesbienne ». « De plus en plus de jeunes femmes assument leur lesbianisme, c’est très frappant », constate en marge du rassemblement Alice Coffin, militante lesbienne, élue écologiste au Conseil de Paris. En attestent les manifestantes qui viennent la remercier pour son essai Le Génie lesbien (Grasset, 2020), lequel a suscité la controverse en septembre.

L’année 2020 a constitué une charnière pour la représentation des personnes lesbiennes dans la sphère publique. D’Adèle Haenel quittant les Césars pour dénoncer le couronnement de Roman Polanski, soutenue dans une tribune au vitriol par Virginie Despentes, au coming out de la chanteuse Angèle, elles ont marqué l’actualité et parfois fait basculer les esprits. « Faire son coming out, pour une personnalité, c’est crier “je suis lesbienne” pour que d’autres, moins connues, puissent assumer leur identité dans la rue, leur famille, leur sphère professionnelle », écrit Alice Coffin dans son livre, confiant être « passée à côté de dix ans de sa vie » faute de représentations lesbiennes auxquelles s’identifier.

« Des signes »

Mais s’assumer lesbienne procède bien souvent d’un long cheminement. Surtout lorsque l’on grandit dans un milieu où l’hétérosexualité est la norme. « En Haute-Savoie, d’où je viens, il n’y avait aucune représentation de couple LGBT », se souvient Noémie Gmür, 30 ans. « Le lesbianisme est un impensé, ça n’existe pas, c’est rendu invisible », renchérit Edith*, 30 ans, militante au sein de l’association Osez le féminisme, qui publie lundi 26 avril – journée de la visibilité lesbienne – Naissance lesbiennes, un recueil de témoignages sur le sujet.

Toutes deux se souviennent d’une adolescence où les autres jeunes filles étaient évoquées autour d’elles comme des rivales plutôt que comme de potentielles amantes. « Dès le plus jeune âge, l’attention que les hommes portaient sur nous définissait notre valeur. Plus on avait de regards, plus on était valorisées », ajoute Edith, décrivant « un système qui conduit automatiquement à l’hétérosexualité ». Sans compter les moqueries, voire la stigmatisation, à un âge où l’on cherche avant tout à s’intégrer.

Leur vie a pourtant été jalonnée de « signaux » venant souligner une attirance ineffable ou la possibilité d’une autre intimité. Avec le recul, elles repensent aujourd’hui à cette amitié fusionnelle ou à ces baisers fugaces en soirée. « C’était diffus, il y avait des signes, mais je ne les percevais pas », se souvient Solange, 35 ans, mère d’une petite fille. Longtemps, elles ont étouffé ces présages. « Répondre au modèle hétérosexuel comprend des avantages dont il est difficile de se départir, notamment un certain confort matériel », résume Juliet Drouar, militant non binaire, qui a créé en 2018 le festival Sortir de l’hétérosexualité.

Quand survient le déclic ? Pour Edith, « il n’y a pas eu d’avant-après ». « Je ne découvrais pas mon désir pour les femmes », précise la juriste, qui est « sortie de l’hétérocaptivité » quelques mois après s’être engagée chez Osez le féminisme. Personne non binaire, assigné femme à la naissance et dont le genre ne correspond pas à son identité, Max* a, pour sa part, quitté son compagnon deux mois après avoir rejoint le collectif Collages féminicides Paris. Celui qui se genre avec les pronoms « il » ou « iel » évoque aujourd’hui « le décalage fou » qui s’était créé avec son amoureux de l’époque, avec qui il vivait depuis deux ans.

A l’inverse, « une connexion évidente », « un lien invisible », « une sororité puissante » lient les militantes. « J’ai rencontré des personnes qui m’ont ouvert un espace pour me sentir libre, me définir comme je le souhaite, en sortant des dynamiques hétéronormées », se réjouit Solange, militante au sein de Nous toutes.

« Un vécu partagé » guide aussi bien souvent cette évolution : en 2018, 99 % des personnes condamnées pour violences sexuelles étaient des hommes, selon les derniers chiffres communiqués par le secrétariat d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes. « Connaître ces chiffres oblige à se repositionner dans notre rapport aux hommes, pointe Solange. Nos problèmes ne sont pas des problématiques individuelles, mais le résultat de constructions sociales et de rapports de domination. »

En plaçant au cœur de ses revendications la question de l’intime et des violences faites aux femmes, le mouvement féministe actuel – dont #metoo est l’une des émanations – a redonné de la vigueur au lesbianisme politique. « Les forces se combinent et permettent à de nombreuses femmes de s’assumer lesbiennes », s’enthousiasme Alice Coffin, qui évoque une plus grande visibilité du militantisme lesbien, notamment à travers le collectif Oui oui oui, lequel milite pour la PMA pour toutes, ou encore la Conférence européenne lesbienne.

« Il y a tout à inventer »

« A un moment, on se sent prête », résume Noémie Gmür. C’est une rencontre qui lui a ouvert le champ des possibles. « J’ai senti que j’allais tomber amoureuse, je ne voulais pas passer à côté de cette histoire », confie celle qui a lancé le podcast « Entre eux deux », « pour interroger nos relations intimes ».

« Joie », « libération », « soulagement », sont autant de termes employés pour décrire leur coming out. « Je n’ai pas abandonné les hommes dans le sacrifice et la tristesse, c’est un choix joyeux », insiste Max, qui se définit comme « gouine ». « Je me suis dit “j’arrête de persister dans des relations qui ne me rendent pas heureux”. »

En s’assumant lesbiennes, ces féministes se disent plus en phase avec leur identité profonde. Meilleure communication, rééquilibrage du travail domestique et de la charge émotionnelle – ce soin apporté au couple et au bien-être de l’autre : entre femmes, un sentiment d’évidence leur est apparu. « Avec une femme ou une personne non binaire, il y a une connexion extrêmement forte, jamais je n’aurai pu avoir ce niveau de compréhension et d’empathie avec un homme cisgenre », estime Max.

« Une question de déconstruction »

Devenir lesbienne a bien souvent provoqué chez les féministes une redéfinition de leurs rapports intimes, de la séduction aux relations sexuelles. « C’est une révolution, il y a tout à inventer, on n’a pas de modèle, alors tous les horizons sont possibles », se réjouit Max. Si les militants et les militantes reconnaissent qu’« on ne crée pas un désir sur une conviction militante », la sexualité est à leurs yeux une construction sociale : « Ce qui a été construit peut-être déconstruit », lance malicieusement Juliet Drouar.

« Chez les hétéros, il y a cette idée qu’un couple qui fonctionne, c’est un couple qui fait l’amour », regrette le militant, qui a depuis appris à « respecter sa temporalité ». Edith, elle, se sent libérée de l’injonction à la performance sexuelle qu’elle ressentait en relation hétérosexuelle, « où tout est tourné vers le plaisir masculin ». « Je ressentais une pression de performer, d’être sexy, d’être séduisante, tout cela a volé en éclats avec le lesbianisme et avec le féminisme », commente la jeune femme, qui dit ne plus se sentir « objectivée ».

Mais, pour les militantes interviewées, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur les féministes hétérosexuelles. Et franchir le Rubicon ne règle pas tout. « Le fait d’être lesbienne ne solutionne pas les relations intimes, il s’agit avant tout d’une question de déconstruction », abonde Noémie, 29 ans, qui confie avoir vécu une relation dysfonctionnelle avec une femme. « L’hétéronormativité est partout, c’est une dynamique qui touche les hétérosexuels, mais aussi les personnes LGBT », souligne la journaliste Camille Regache dans un des épisodes de son podcast.

« Etre une féministe bien déconstruite, ce n’est pas forcément devenir lesbienne, mais c’est avoir conscience que la femme est une construction sexiste », renchérit Juliet Drouar. Sortir de l’hétérosexualité, c’est aussi s’exposer à la lesbophobie et à la difficulté de fonder une famille, alors que la loi de bioéthique n’a toujours pas été adoptée en France. Pas de quoi arrêter la réalisatrice Olympe de G. qui, « fatiguée par vingt ans de relations hétérosexuelles », a, quant à elle, commencé, en mars dernier, « une grève de l’hétérosexualité », rappelant que le projet fondateur du lesbianisme … « 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/25/la-joie-et-le-soulagement-des-feministes-qui-se-decouvrent-lesbiennes_6077968_3224.html?fbclid=IwAR3LJ_3GWSEbGwdU80Ke7ADInCBaF-O9kRh2cu6_UPoG2xf4bwUkla8k13g

(1)

L’UNEF n’est pas fondée à organiser des réunions en non-mixité raciale, ni à les comparer aux réunions féministes

C’est décidément l’époque des grandes confusions.

Le mouvement « Nous Toutes » et d’autres groupes féministes soutiennent Mélanie Luce, la présidente de l’UNEF en difficulté depuis qu’elle a défendu les réunions tenues en non-mixité raciale « réunions interdites aux blancs » dans son syndicat.

Pour justifier ces réunions « interdites aux blancs », l’UNEF et ses soutiens les mettent sur le même plan que les réunions féministes non-mixtes (c’est-à-dire tenues entre femmes).

Pourtant la comparaison ne tient pas et ce pour plusieurs raisons.

Le Mouvement des femmes comme son nom l’indique est un mouvement, ce n’est pas une association ni un syndicat, personne ne paye de cotisation au mouvement des femmes.

L’UNEF en revanche est un syndicat. Pour pouvoir organiser des réunions publiques interdites aux blancs, il faudrait que soit inscrit dans ses statuts, notamment dans son objet, la défense d’une catégorie « raciale » ou « racisée » de la population.

L’UNEF ne défend pas les intérêts des étudiants « non-blancs » mais des étudiants, de tous les étudiants hommes comme femmes et ce quelle que soit leur couleur de peau ou origine.  

D’ailleurs rien que le terme « non-blanc » pose problème. L’UNEF a-t-il conçu un nuancier pour savoir qui entre ou n’entre pas précisément dans la définition de « non-blanc » ?

En outre, rappelons que le Mouvement des femmes a démarré avec des groupes de paroles où les femmes échangeaient sur leur vécu. Il était souvent question d’intime et de sexualité, certaines réunions consistaient à découvrir son corps, alors à l’évidence la non-mixité s’imposait pour créer des espaces où la parole comme la pratique pouvaient s’exprimer librement sans le regard ni le jugement des hommes.

Il était question d’émancipation de la moitié de l’humanité.

Si le racisme, comme d’autres formes de rejets et discriminations sont bien de tristes réalités, les races n’existent pas, il n’y en a qu’une seule, la race humaine.

En revanche, les sexes existent bel et bien et si le sexisme est bien l’affaire de toutes et tous, des espaces sécurisés entre femmes sont à l’évidence indispensables dans un certain nombre de situations.

Les Maisons des femmes sont souvent non-mixtes, même s’il leur arrive d’organiser des évènements publics ouverts à tous. Ce qui au regard du droit ne pose pas de problème puisque ce qui pourrait être considéré par certains comme une discrimination, est autorisé par l’article 225-3 alinéa 4 du code pénal : exemption à discrimination fondée sur le sexe lorsque la discrimination est justifiée par la protection des victimes de violences à caractère sexuel, la promotion de l’égalité des sexes ; en revanche, rien de tel pour les discriminations liées au racisme.

Par conséquent, l’UNEF à aucun titre n’est fondée à organiser des réunions, à fortiori publiques, en non-mixité raciale et encore moins à les comparer aux réunions en non-mixité sexuelle ou de genre. Pour autant je ne vois guère de raisons ni motifs juridiques pour demander sa dissolution.

En revanche, il serait tout de même temps que les groupes qui se revendiquent du féminisme, plutôt que de plonger tête baissée dans les pièges de l’intersectionnalité, s’intéressent à l’histoire et aux fondamentaux du féminisme.

Christine Le Doaré

Remballe ton féminationalisme !

Remballe ton féminationalisme !

Retour sur le débat sur France culture « Projet de loi principes républicains et droits des femmes »

Le jour de la présentation du projet de loi du gouvernement sur le respect des principes républicains au Parlement, Emmanuel Laurentin proposait dans Le temps du débat sur France culture, un débat intitulé « Le Projet de loi sur les principes républicains fait-il avancer les droits des femmes ? ». Ghada Hatem obstétricienne et présidente de la Maison des Femmes de Saint-Denis, Kaoutar Harchi sociologue et moi-même juriste et militante féministe porte-parole des VigilantEs, étions invitées à débattre. L’émission était bien préparée et le temps de parole fut globalement bien réparti, pour une fois, les conditions du débat furent bonnes. Le panel choisi devait garantir un équilibre : une intervenante globalement favorable à la loi, une autre franchement opposée et la troisième devait se situer entre les deux. Je vous laisse écouter le podcast si vous avez manqué le direct et en juger par vous-même mais en ce qui me concerne, j’ai tout de même eu nettement le sentiment que nous étions deux contre une.

Ce qui m’a étonnée d’emblée c’est que les deux intervenantes autant que le journaliste ont éludé les motivations qui prévalent au projet de loi, comme si le danger islamiste auquel nous étions confrontés n’existait pas. Parler d’un projet de loi en esquivant le contexte dans lequel il s’inscrit est tout de même troublant.

Quand j’entends et lis la sociologue Kaoutar Harchi, je l’associe à la mouvance relativiste, indigéniste et anticolonialiste.  Ghada Hatem quant à elle se présente comme universaliste mais se réfugie le plus souvent derrière son expérience du quotidien. J’ai trouvé un peu court le fait de se contenter de présenter un témoignage alors qu’il est question d’un projet de société, et quelque peu cynique de conclure en affirmant que cette loi ne sert à rien sans avoir apporter le moindre argument féministe et politique.

Si j’ai apprécié le calme contenu du débat, tenu mon cap et pu développer quelques arguments, j’ai tout de même trouvé pénible d’intervenir face à une relativiste qui construit artificiellement un discours à coups de contrevérités enrobant le tout dans un verbiage aussi prétentieux que creux. Et surtout, je regrette de n’avoir pas eu le temps de mieux contrer l’arnaque sémantique présentée par Kaoutar Harchi sous le terme de « féminationalisme ».

Jamais à court de manipulation, les relativistes cherchent désormais à décrédibiliser les féministes universalistes qui travaillent sur les droits des femmes, avec des institutions républicaines.  Ce terme de « féminationalisme » signifie que l’état ne peut être à l’initiative d’aucune bonne mesure en matière de droits et de libertés des femmes, d’égalité femmes-hommes. C’est logique puisque l’état selon ces relativistes est pourri, xénophobe et génère des discriminations. Après le « racisme d’état », nous voici avec un « sexisme d’état » !  On aurait dû la voir venir celle-ci !

Ce terme de « féminationalisme » est une énorme arnaque sémantique, c’est surtout la manifestation d’une haine insensée envers nos institutions républicaines et l’état français. Il y a du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie, du sexisme en France, des racistes, des xénophobes, des homophobes, des sexistes … mais l’état condamne ces haines, il prend des lois pour les punir, adopte des dispositifs de prévention et d’éducation pour les combattre. Il peut faire plus et mieux mais il n’est pas à l’origine de ces haines. Les femmes qui vivent dans les pays où la religion fait loi souffrent d’une oppression sans nom, mais c’est en France que nous serions en but à un sexisme d’état, mais bien sûr !

A l’évidence ce sont bien les féministes qui imposent un rapport de force et entraînent notre démocratie vers l’égalité femmes-hommes, mais quand nos institutions sont réceptives et prennent en charge – pas toujours au mieux ni suffisamment certes – la lutte contre les discriminations et violences sexistes, quelle perversion tout de même d’oser parler de « féminationalisme » pour discréditer ces avancées ! Et dans quel but ? Faciliter les coups de boutoir des intégrismes et au premier chef de l’islam politique ? L’association décomplexée entre un certain marxisme et l’islamisme n’a pas fini de me stupéfier. Pourquoi donc vouloir protéger l’islam politique ? Décidément, féminisme relativiste, indigénisme et distorsion rhétorique sont des pléonasmes. Je l’affirme une fois de plus, vivre dans une République laïque protège les femmes des pires injonctions religieuses et politiques patriarcales. La laïcité est un principe juridique mais aussi d’organisation sociale émancipateur, pour les droits des femmes comme pour tous.

Kaoutar Harchi prétend aussi que tous les féminismes sont universalistes. Bien essayé, mais non. Empiler les discriminations comme le fait l’intersectionnalité, pour reléguer les revendications féministes aux calendes grecques ou les dénaturer, voire les saboter, ne leur donne pas du tout une portée universaliste. Le prétendre c’est relativiser l’universalisme. L’agenda de Kaoutar Harchi est prioritairement de déstabiliser l’état français, le féminisme n’est pour elle qu’un cheval de Troie et Ghada Hatem n’a pas une seule fois tenté de la contrer. Malaise.

Les intervenantes ont aussi insisté sur le fait que certains des articles de cette future loi existent déjà pour partie, certes, mais ils sont manifestement inopérants pour lutter contre des délits de fait, il est donc nécessaire de les préciser et compléter.

Les « féministes » relativistes qui sans vergogne sacrifient les droits et libertés, l’émancipation des femmes sur l’hôtel de l’intersectionnalité des luttes et condamnent les femmes les plus vulnérables à subir les traditions et religions d’un communautarisme qui les exclut des avancées bénéfiques aux femmes qui ont la chance de vivre dans une république laïque, sont des cyniques qui abandonnent nombre de femmes aux violences de leur communauté. Que de telles féministes séduisent une bonne partie de la gauche et pas seulement, ainsi que les médias qui se pensent progressistes, est l’une des pires absurdités de notre époque. C’est peut-être aussi la meilleure forme de résistance du patriarcat.  

Je le redis, selon moi, cette loi répond à un besoin urgent, celui de contrer les fondamentalismes religieux et les séparatismes qu’ils produisent en renforçant les principes républicains et la laïcité. Il aura fallu l’assassinat de Samuel Paty pour qu’enfin un gouvernement s’attèle à l’immense tache de freiner la progression des intégrismes religieux et notamment de l’islam politique qui fracture la cohésion nationale. Nous ne pouvons pas laisser se renforcer l’emprise des mouvements fondamentalistes déjà très prégnante. La communauté nationale, la citoyenneté républicaine prévalent sur le communautarisme et l’identitarisme.

Désormais défendre la laïcité ne suffit plus, le terrorisme islamiste nous décime et il faut s’attaquer à l’idéologie politique qui le nourrit. Le problème n’est jamais celui de la laïcité, les principes républicains ne tuent personne mais les intégrismes et en particulier l’islamisme si. Rien dans le projet de loi ne vise les musulmans, mais le fondamentalisme, l’islam politique et radical, le salafisme et les Frères musulmans qui les menacent tout autant que nous. Les laïques militent pour une République unie par des valeurs de progrès et d’émancipation, les laïcistes ou laïcards n’existent pas. Les dangereux « laïcards » sont en réalité ceux qui sont l’objet de menaces permanentes.

La loi pose des interdits, protège les plus vulnérables, elle traduit le rejet par une société, d’actes et comportements répréhensibles. Dans une société égalitaire qui prône l’égalité Femmes-hommes, les pratiques sexistes qui constituent des discriminations et des violences doivent être condamnées par la loi. Le mariage forcé, l’exigence de virginité, l’excision, la captation sexiste d’héritage, la polygamie sont toutes des pratiques sexistes qui ne visent et pénalisent que les femmes et leur valeur sur le marché du mariage communautaires. Ce sont bien des violences faites aux femmes, à ce titre ils doivent donc être frappés d’interdit, devenir des délits. Si les textes existants sont contournés et ne suffisent pas, ils doivent être précisés. S’opposer à ce projet de loi c’est favoriser l’islamisme et tous les intégrismes. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas chercher à le corriger, perfectionner, enrichir.  Il n’est pas parfait.

Christine Le Doaré

Pour aller plus loin.

La loi comporte un volet répressif

Renforcer notre législation répressive, en créant de nouveaux délits dans le code pénal.

L’article 25 lutte contre la haine en ligne, il créée un délit de mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne permettant de l’identifier ou de la localiser. Délit puni de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amendes.

L’article 4 crée un délit quand des pressions, menaces, intimidations sont exercées sur des agents de l’Etat ou des élus. Il aurait pu sauver Samuel Paty s’il avait existé. Délit puni de 5 ans d’emprisonnement.

Renforcer notre appareil juridique avec la création d’un pôle de magistrats spécifique dédié à la lutte contre la haine en ligne.

D’autres dispositions visent contrôler les lieux de culte et neutraliser les extrémistes. Il s’agit de s’assurer de la transparence de l’exercice des cultes en modifiant le financement des associations cultuelles et d’éviter toute prise de contrôle d’une mosquée par des extrémistes.

Concrètement, il s’agit de :

  • modifier la loi de 1905 en encourageant  les associations cultuelles musulmanes (loi 1901) à adopter le statut « loi 1905 ».
  • modifier la loi de 1905 de séparation des églises et de l’état sur le volet des financements : les dons étrangers dépassant 10 000 euros seront soumis à un régime déclaratif de ressources. Les comptes annuels devront être certifiés par un commissaire aux comptes.
  • élargir le droit d’opposition de Tracfin (suivi des flux financiers indésirables) pour savoir qui finance qui et quoi sur le territoire de la République.
  • interdire par un juge, la parution dans les lieux de cultes de personne condamnées pour acte de terrorisme ou provocation à la discrimination, haine ou violence, article 45.
  • porter à 7 ans de prison la peine pour provocation à la haine ou à la violence, commises dans un lieu de culte

La Loi comporte un volet éducatif

Concrètement, il s’agit :

  • d’interdire des écoles associatives clandestines
  • d’interdire l’instruction à domicile pour les enfants de plus de 3 ans (sauf cas particuliers à lister – demande du Conseil d’état ) article 18.
  • de renforcer l’encadrement des écoles hors contrat avec fermeture en cas de dérives, article 20.
  • d’attribuer aux enfants un identifiant national destiné aux autorités académiques qui devront s’assurer qu’aucun enfant ne soit privé de droit d’instruction, article 20.

Il a été observé dans des quartiers que des petites filles manquent à l’appel.

La loi renforce le contrôle du respect des valeurs de la République par les collectivités et associations.

Concrètement il s’agit de :

  • D’interdire aux auteurs de délits relatifs à la provocation et à l’apologie d’actes terroristes d’exercer des fonctions au contact du public. La neutralité religieuse des agents de service public doit être obligatoire (SNCF, aéroports, bus …). Terminé de refuser de parler ou serrer la main des femmes. (Sanction par le préfet)
  • De renforcer les pouvoirs des préfets : En matière de financement d’associations qui prétendent avoir un objet culturel alors que ce sont des associations cultuelles notamment, les préfets pourront s’opposer au versement de subventions publiques aux associations qui ne respectent pas les valeurs de la République (mixité, laïcité … ). L’article 6 oblige les associations à signer un contrat d’engagement républicain. L’article 8 modifie les conditions de dissolution des associations en fonction des agissements de certains de leurs membres.

L’article 24 renforcera le contrôle sur les fédérations sportives.

  • Les objectifs de mixité sociale dans les logements sociaux et l’hébergement d’urgence pourront être modifiés par ordonnance.  art. 27 et 28)
  • Renforcer l’égalité des droits des femmes : Pour lutter contre la discrimination à l’héritage, la polygamie et le mariage forcé, la nouvelle loi renforce le droit des familles et la protection des femmes.

-L’article 13 renforce la réserve héréditaire sur les biens situés en France quand la succession relève d’une loi étrangère.

-L’article 16 punit d’un an d’emprisonnement l’établissement d’un certificat médical de virginité : cette question ne doit plus relever de la responsabilité individuelle des médecins qui peuvent d’ailleurs subir une pression des familles ; c’est une question de droits des femmes, d’émancipation, d’égalité F-H. La loi protège les personnes les plus vulnérables de l’obscurantisme. Si une jeune femme doit fournir un certificat de virginité avant le mariage, dans quelle situation risque-t-elle de se trouver après le mariage ? Les gynécologues pourront d’autant plus facilement refuser de délivrer un tel certificat si la loi l’interdit. En outre, rien ne les empêche de faire un signalement pour protéger leur patiente et vérifier qu’il n’y a pas contrainte, menace et mariage forcé. Tout le reste n’est que concession à l’oppression des femmes.

-L’article 17 contraint les officiers d’état civil à saisir la justice en cas de doute sur le consentement des futurs mariés.

  • La polygamie sera un obstacle à la délivrance d’un titre de séjour et à la pension de réversion. Depuis les lois Pasqua 1993 et l’article 147 du code civil, elle est interdite en France. Mais contournée par des mariages à l’étranger. Il s’agit de lutter contre la polygamie de fait.

Espérons que par le jeu de la navette parlementaire et des amendements nous irons plus loin et que seront adoptés des articles relatifs au voilement des fillettes, véritable maltraitance : perte d’innocence par une sexualisation prématurée, endoctrinement.

Une telle loi aurait dû être prise bien plus tôt, mais aucun gouvernement n’a eu jusqu’alors ce courage politique.

Dans l’intérêt de tous. Nous ne sommes plus en capacité de résister efficacement à l’influence du religieux, au fondamentalisme conquérant, ni au relativisme culturel de trop d’intellectuels et politiques qui constamment montent au créneau pour justifier que des musulmans mais d’autres aussi, ne soient pas éligibles aux droits humains universels, au prétexte que leur culture serait différente, alors que l’humanité et les droits humains sont indivisibles.

Il n’y a pas en France de racisme d’état, pathétique tentative d’hystériser le débat et de l’aligner sur des problématiques propres à d’autres pays, en particulier les USA. La laïcité est attaquée en France et globalement partout. A l’ONU nombre de représentants ne dissimulent pas leurs convictions religieuses, en particulier en matière de droits des femmes. Pourtant la laïcité est un préalable aux droits humains, il est évident que la séparation des cultes et de l’état favorise les libertés notamment celles des femmes et des minorités sexuelles.

Dans le monde, des militantes féministes qui vivent sous la menace des autorités religieuses s’inquiètent de l’influence des fondamentalistes dans les instances internationales et du soutien qu’ils reçoivent des intellectuels, universitaires et médias dans les pays occidentaux. Le relativisme culturel peut avoir pour elles de très graves conséquences. Ceux qui veulent substituer aux droits universels des droits culturels spécifiques pour une mosaïque de micro-identités affaiblissent et menacent les droits humains universels.

Dans l’intérêt des femmes. Renforcer et sécuriser les principes républicains dans notre république laïque, ne peut que profiter aux droits des femmes. L’influence des traditions et religions n’est pas étrangère à l’oppression des femmes. C’est pourquoi la laïcité est un projet émancipateur. Les féministes universalistes et laïques savent que la laïcité est un préalable à l’émancipation des femmes. A l’évidence, les femmes sont plus autonomes et libres dans les pays où la loi les protège et c’est le cas en France, plutôt que dans ceux où les religions patriarcales sont la source du droit.

Christine Le Doaré

Le podcast de l’émission :

Cette journée du 9 décembre est à la fois la journée de la Laïcité (115ème anniversaire de la loi du 1905) – et vous avez entendu sur notre antenne et sur notre site des programmes spéciaux consacrés à ce principe – et celle que le gouvernement a choisi pour présenter au Conseil des ministres son projet de loi sur les principes républicains. Cinquante-sept articles, cinq parties : un des grands projets législatifs de ce quinquennat qui devrait venir devant le Parlement en février. En l’annonçant lors de son discours des Mureaux le 2 octobre, le président de la République avait dit qu’un de ses objectifs, alors que ce projet voulait alors combattre ce qu’il qualifiait de « séparatisme », était de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes.

INTERVENANTS

https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/le-temps-du-debat-emission-du-mercredi-09-decembre-2020?fbclid=IwAR2H5yZfHJetsCMfAlPf0dWuEIgTjAHwhBoNX9vSNTfSkZKgSOLCQxlSAiA

Alice Coffin, la soutenir ou pas ?

Soutenir ou ne pas soutenir Alice Coffin, une fois de plus le débat est mal posé. Comment en arrive t’on à autant d’absurdité et de violence ? 

Je m’oppose aux idées et analyses défendues par Alice Coffin, à sa manière de faire de la politique et de défendre la cause féministe et des lesbiennes, mais je condamne tout autant la manière dont ses propos ont été déformés et plus encore le déferlement d’attaques incroyablement violentes sur sa personne. Combattre les idées, pas les personnes.

J’ai vu passer des commentaires ignobles sur les réseaux sociaux. Certains en profitent pour faire preuve d’une lesbophobie épouvantable. Elle l’aurait bien cherché, quel beau prétexte pour se lâcher. Les commentaires sur l’apparence physique cachent mal ce besoin d’imposer des normes de féminité et masculinité qui ne sont jamais que des constructions sociales. En réalité il y a autant de façons d’être femme ou homme que d’individu.es. Ces attaques sont minables, inadmissibles.

Je condamne aussi le procédé qui consiste à sortir une phrase de son contexte. Alice Coffin n’a jamais écrit qu’il fallait « éliminer les hommes » contrairement à ce qu’a prétendu David Abiker de Radio Classique. Article qui a déclenché les hostilités. Dans son livre elle écrit : «  Il ne suffit pas de nous entraider, il nous faut à notre tour les éliminer. Les éliminer de nos images, de nos esprits, de nos représentations. Je ne lis plus les livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. » 

Pour ma part, je pense que c’est stupide de mettre tous les hommes dans le même sac, que c’est sectaire et que ça ne résoudra rien, mais après tout, c’est son droit de privilégier les créations produites par des femmes. Indéniablement, des siècles durant, les femmes n’ont pas été valorisées au plan culturel, que ce soit dans les manuels scolaires, les lieux culturels, ou encore les médias. Alors moi aussi, je lis plus de femmes que d’hommes, je suis inspirée par nombre de musiciennes et m’intéresse aux femmes artistes, mais je ne me vois pas faire abstraction de leurs homologues masculins qui peuvent également m’enchanter et me captiver.

Selon moi, les propos d’Alice Coffin soulèvent au moins deux problèmes majeurs. 

Le premier : beaucoup de femmes ont intériorisé le sexisme, et il ne suffit pas d’être de sexe féminin pour remettre en question la domination masculine. Il arrive souvent que des oeuvres soient « androgynes » et surtout, la sensibilité, l’ouverture d’esprit, le talent, le génie n’appartiennent pas à un sexe plus qu’à un autre, mais à des individu.es. Je ne crois pas que c’est en reproduisant à notre tour les schémas d’effacement et d’exclusion que allons résoudre les problèmes de domination, d’autant plus que la situation des femmes artistes a tout de même évolué au cours de ces dernières décennies. 

Le second : Alice Coffin ne nous fait pas part de ses choix sur le ton de la confidence, il s’agit d’un manifeste. En tant que porte-parole de l’association des journalistes LGBT, en tant qu’élue EELV, et que militante lesbienne, elle entend représenter et entraîner des lesbiennes et des féministes sur cette voie.  Avec un opportunisme certain, elle embarque sur l’armada metoo, cancelculture et woke culture qui place l’identité au coeur des revendications politiques. Le sens du timing et du marketing ne lui font pas défaut. Après l’affaire Christophe Girard, la parution du « Génie lesbien », ne doit rien au hasard. Il ne faut pas oublier qu’Alice Coffin a bénéficié en 2018 de la bourse Fullbright pour étudier aux USA le traitement des questions LGBT dans les médias.

Donner à une orientation sexuelle des qualités et prérogatives particulières, prôner un apartheid sexuel culturel pour rétablir l’égalité ne sont que des éléments d’une stratégie de pouvoir. Multiculturalisme, indigénisme, communautarisme, intersectionnalité, politiques de l’identité et velléités de dictature des minorités, néo-féminisme et lesbianisme qui volontairement s’affichent misandres et guerriers : c’est une stratégie globale, celle de la haine du mâle blanc, celle de la cancelculture. Ce radicalisme n’a rien d’improvisé. Il y a des raisons objectives à l’émergence de cette mouvance, au premier chef le système patriarcal met un temps fou à battre en retrait, mais à l’évidence, pensées et stratégies primaires et binaires ne sont que des impasses qui nous feront aussi perdre du temps sur le chemin de l’égalité femme-homme et de l’émancipation féministe. 

Penser que l’on va pouvoir venir à bout de la domination masculine, du sexisme ou de l’hétéronormalité avec des idées et stratégies toutes aussi sectaires est selon moi totalement contreproductif. Ce monde là ne m’intéresse pas non plus. 

Christine Le Doaré

Alice Coffin n’est pas une VigilantE :

https://vigilantes2015.wordpress.com/2020/07/27/alice-coffin-nest-pas-une-vigilante/

Il est important de bien recentrer le débat sur ce qui est important : l’identitarisme, les alliances entre indigénistes et néo-féministes, LGBT …, tout un mouvement avec ses stratégies guerrières, tout est calculé rien n’est improvisé … 

La critique du néo-féminisme est-elle tabou ?

 

 

 

 

 

 

 

Deux tribunes publiées dans le Monde la même semaine m’ont quelque peu énervée.

La première dans laquelle Camille Froidevaux-Metterie règle des comptes avec Mazarine Pingeot et Belinda Cannone,  Néoféminisme : « La morgue de Mazarine Pingeot ne nous tuera pas » et la seconde, dans laquelle Christine Bard omet d’exercer un regard critique sur les évolutions hasardeuses d’un féminisme de réaction.

Selon Camille FM, Mazarine Pingeot et Belinda Cannone développeraient un féminisme universaliste qui «refuserait de voir disparaître l’ancien monde de domination masculine». Les néo-féministes quant à elles, refuseraient de réduire le féminisme à l’égalité des droits et des chances alors que les femmes continuent de subir des violences physiques et sexuelles.

Ça commence mal. Je me demande ce que signifie féminisme universaliste pour Camille FM ? Pour rappel, le féminisme universaliste conformément au fondamentaux du féminisme, lutte contre un système patriarcal dans lequel les hommes s’approprient le corps et la vie des femmes pour la sexualité et la reproduction (transmission des gênes et du patrimoine) en les dominant, ET cette lutte est universelle puisque toutes les femmes subissent un socle commun de discriminations et de violences (ce qui ne contredit en rien le fait que des spécificités se surajoutent). 

Par quel curieux raisonnement le féminisme universaliste devient-il synonyme de simple égalité des droits ? Ça n’a aucun sens,  la simple égalité de droits n’est qu’un préalable incontournable. Ce sont bien les rapports de force et de domination sociaux culturels qui sont en jeu. L’égalité des droits relève d’une exigence républicaine et progressiste. Il n’y a même pas besoin d’être féministe pour l’exiger.

Les néo-féministes n’ont donc strictement rien inventé et il est stupide d’opposer féministes universalistes et néo-féministes sur ce point.   

 

Camille FM va plus loin : «Mais ce que les croisées de la vertu universaliste refusent surtout d’admettre, c’est le fait certain que, derrière chaque victime de violences, il y a un agresseur, un homme donc.» «Les croisées de la vertu universaliste» ?! Rien que ça ? Les féministes universalistes sont-elles désormais coupables de viser l’émancipation des femmes du monde entier et au-delà de l’humanité ?

Les féministes universalistes refuseraient de reconnaitre que derrière chaque victime il y a un homme ? C’est absurde. Aucune personne sensée, aucune féministe, aucun pro-féministe ne peut décemment nier que dans un système patriarcal, les violences sexuelles sont dans une écrasante majorité commises par des hommes. En tous cas, aucune féministe universaliste ne le fait. Nous nageons en pleine confusion des concepts.

En réalité, le problème est ailleurs : dans la manière d’agir et dans la récupération politique. Quand l’émotion l’emporte sur la raison et que l’outrance et la haine guident une lutte, et que des stratèges politiques sont en embuscade, que peut-il en sortir de constructif ? Le mouvement mainstream s’appuie sur l’émotion des féministes 3ème vague qui à bout, plongent sans analyse, recul ni perspective, dans la victimisation, le ressentiment, la vengeance. Rien de plus facile que de récupérer cette énergie et de la détourner à profit d’autres desseins. 

Camille FM veut «démolir les fondements patriarcaux de notre société», très bien, les féministes universalistes aussi, elles s’y emploient d’ailleurs depuis toujours, Camille FM je ne sais pas. Mais démolir un système c’est le remplacer par un autre. 

Justifier par ses blessures de mener des procès en place publique alors même que les désignés à la vindicte ne sont pas inquiétés par la justice (affaire Coffin/Girard), et tout en ménageant des T. Ramadan ou A. Traoré par exemple, n’est pas crédible et instaure une dangereuse violation de la présomption d’innocence. Brandir des pancartes d’appareils génitaux masculin tranchés, et sur lesquelles il est question de viol « génocide individuel », c’est surement jubilatoire, mais je doute que cela nous amène à envisager sereinement un projet de société alternatif et puis les mots ont un sens, il faudrait s’en souvenir.  Enfin, tout ceci n’est pas sans risque d’un violent retour de bâton.

 

On s’en doutait, le mot universalisme n’était pas là pour la forme et le mot intersectionnel n’allait pas tarder à apparaître. Camille FM en fait la promotion et verse dans les passions racialistes du moment, racontant que les féministes universalistes « avaient mis des décennies à se débarrasser de leur solipsisme blanc ». Quel manque de culture féministe, quel manque de militantisme féministe. Toute féministe ayant milité dans le mouvement, une maison des femmes ou ailleurs, sait les liens, les campagnes, le solide travail de fond et de solidarité internationale tissé avec les féministes du monde entier ; sait tout le travail entrepris avec les femmes des quartiers, l’accueil des femmes émigrées, migrantes, sans papier, contre l’excision … De tels raccourcis sont inadmissibles et une insulte au mouvement féministe.

 

Grâce aux intellectuelles gavées de soupe intersectionnelle Social Justice Warriors, essentialiste et différentialiste, le féminisme victimaire qui manque cruellement d’analyse et de perspective est récupéré pour d’autres agendas par les mouvements identitaires ; aujourd’hui au nom de l’antiracisme, par les mouvements racialistes et indigénistes, obsédés par la race et l’épuration à la sauce cancelculture. Un gigantesque boulgi-boulga dans lequel le projet de société féministe sera rapidement dissous. L’intersectionnalité des luttes conduit toujours à affaiblir les luttes des femmes au profit d’autres causes jugées prioritaires.

Camille FM est philosophe et professeure de sciences politiques à l’université, on comprend mieux comment sont formatées les générations d’étudiant.e.s qui désormais semblent toutes sortir du même moule. Avoir son propre mode de raisonnement et d’analyse vous voue immédiatement aux gémonies.

 

 

Christine Bard quand à elle nous rappelle à juste titre que « le féminisme d’action a toujours été critiqué » et nous explique que les divisions sont inévitables dans le mouvement féministe.

Certes mais il y a une marge considérable entre une tendance et une imposture. Le féminisme à la carte où des femmes défendent l’apartheid sexiste du voile imposé par les religieux, tournent le dos aux femmes contraintes au port du voile obligatoire, au mariage forcé, au mariage des mineurs, à la polygamie, à la loi du père et des grands frères … ce n’est pas du féminisme, c’est une grossière imposture.   Invoquer la sororité pour contraindre les féministes universalistes à accepter de tels dévoiements du féminisme est tout de même limite.

Des femmes qui se disent féministes mais s’engagent dans des idéologies différentialistes, racialistes, empreintes de relativisme culturel ne sont pas à mes yeux «engagées pour en finir avec les violences masculines et le patriarcat» et n’en déplaise à Christine Bard, ne sont pas mes soeurs. Il ne s’agit pas de bon ou de mauvais féminisme, c’est du féminisme ou ça n’en n’est pas.

 

Contrairement à Christine Bard, je ne pense pas que le féminisme d’action de la Barbe ait jamais été diabolisé, celui des Femen plutôt ; seulement ce type d’activisme qui fait plutôt consensus, porte en lui ses limites : quand on monte cent fois sur une estrade pour dénoncer l’absence des femmes à la tribune, à la cent et unième fois, ça n’intéresse plus plus grand monde. Selon moi, ce n’est pas ça le féminisme radical. Le féminisme radical ne fait pas de concession, il poursuit l’objectif d’émancipation de toutes les femmes partout dans le monde, et donc la fin de toute oppression patriarcale, communautaire et religieuse comprises. Avec la Barbe et bien d’autres, on en est loin. Comparer la Barbe des années 2000 aux suffragettes qui n’avaient ni droit de vote ni aucun droit à la moindre autonomie et un peu léger pour une historienne féministe.

 

Je suis en accord avec Christine Bard quand elle constate l’étendue des violences patriarcales et leur tolérance dans nos sociétés. Les femmes sont sans aucune contestation possible, toutes victimes de la domination masculine et de violences sexuelles, à des degrés différents, parfois à peine perceptibles (position sociale, professionnelle, éducation, … ), et cela doit prendre fin. Mais nous enfermer dans un féminisme victimaire qui maintient les femmes dans un statut de victime est une impasse.

Dans le sillage des mobilisations américaines, les dernières manifestations féministes sont certes plus massives mais les organisatrices de talent auxquelles Christine Bard fait référence font carrière dans le féminisme, elles disposent de moyens adéquates ; en revanche, elles choisissent soigneusement leurs mobilisations, on ne les entend guère condamner les pressions communautaires et religieuses auxquelles sont soumises des femmes, ni condamner certains violeurs ; on ne les entend pas plus soutenir les femmes Kurdes, Iraniennes, Pakistanaises… Elles tirent profit de l’élan des jeunes néo-féministes qui, on le comprend fort bien, n’en peuvent plus des violences sexuelles et se lèvent enfin.

Mais je regrette qu’une experte telle que Christine Bard, que je respecte pour son précieux travail, ayant l’occasion de prendre la parole dans Le Monde, ne dise rien des dangers de ce déferlement improvisé d’émotions instrumentalisé par des stratèges plus aguerries et par une extrême-gauche opportuniste. Je regrette que Christine Bard n’exprime aucune réserve sur des velléités de justice féministe spécifique et en dehors de tout principe de droit républicain.

 

Cette génération blessée qui ne supporte plus rien, qui voudrait tout condamner et tout effacer de manière expéditive sait-elle seulement que la prochaine à en faire les frais sera d’ici peu, elle-même ?

Les universitaires et autres faiseurs d’opinion peuvent-ils encore exprimer leurs doutes et critiques ou sont-ils déjà tétanisés par le terrorisme intellectuel qui, poussé par un mauvais vent venu d’outre atlantique, cherche à s’imposer chez nous ?

Il semble bien que garder un oeil critique sur les évolutions du féminisme soit devenu tabou.

Christine Le Doaré

Rififi à Paris, Alice Coffin, EELV et féminisme

Alice Coffin si vous ne la connaissiez pas, moi oui. Je militais dans le mouvement LGBT à une époque où avec Alix Béranger sa compagne de l’époque, elles s’intéressaient plus particulièrement aux problématiques liées au sida. Il y a une douzaine d’années de cela. 

Pour celles et ceux qui sont un peu perdu.es dans les étiquettes, je dirais pour la situer, ni lesbienne radicale ni lesbienne féministe, plutôt militante LGBT tendance queer ; recentrée sur les questions propres aux lesbiennes et vent debout pour la PMA ;  pas féministe radicale ni universaliste, mais plutôt néo-féministe tendance queer, relativisme culturel et intersectionnalité.

J’ajouterais bien verte en diable. Je ne parle pas d’écologie mais de ces mouvances et stratégies politiques radicales que les Verts ont intégré depuis quelques décennies : féminisme intersectionnel (où l’agenda féministe se couche devant d’autres agendas révolutionnaires prioritaires), soutien indéfectible à la Palestine et tant pis si le Hamas et autres groupes terroristes en bénéficient, soutien aux communautarismes et séparatismes politico-religieux, abolition des frontières, soutien aux mouvements indigénistes et racialistes, soutien des trans activistes haineux envers les féministes, …

La liste est longue, en fait, je me demande parfois s’il reste des écologistes chez les Verts, je n’en suis pas certaine du tout, en revanche, toutes ces mouvances aussi extrêmes que marginales se retrouvent chez eux et progressent dans la société grâce à eux.

Un exemple parmi tant d’autres : les féministes abolitionnistes de la prostitution n’ont pas oublié les exploits du STRASS issu du mouvement LGBT qui jetait du faux sang sur les militantes féministes, les calomniait, les menaçait de toutes les manières possibles avant le vote de la loi d’abolition de la prostitution. Thierry Schaffauser fondateur du STRASS menait campagne chez les Verts qui se sont derrière lui, alignés sur la défense du système prostitueur.

L’amateurisme et l’immaturité politique des Verts donnent des ailes aux activistes de l’extrême qui trouvent chez EELV un moyen de percer et une fois fait, d’imposer leurs idées et manières de faire. L’entrisme fonctionne un peu partout en politique, mais chez les Verts c’est un jeu d’enfants.

Ce qui m’étonne c’est l’attitude du PS quand il s’allie à EELV faisant comme s’il s’agissait de mettre en avant des préoccupations liées à l’écologie, la défense de la nature, la protection de la planète, la sauvegarde du climat … Je rigole, vert, vert de rage. Comme si le PS ignorait à qui il a réellement à faire !

Alice Coffin, en plein Conseil de Paris crie « la honte, la honte, la honte » lors de l’hommage rendu à Christophe Girard, l’adjoint à la culture d’Anne Hidalgo qui a démissionné pour avoir eu des liens d’amitié avec Gabriel Matzneff visé par une enquête pour viols sur mineures ?

Avec Alix Béranger et Raphaëlle Rémy-Leleu, également élue écologiste à Paris et ancienne militante d’Osez-le-féminisme, Alice Coffin organise un mini rassemblement de vingt personnes devant l’hôtel de ville, avec des pancartes amalgamant Paris à un « pédoland » ?

J’ai presque envie de dire, banal, insignifiant pour des activistes radicaux EELV ;  ils peuvent faire beaucoup plus spectaculaire et embarrassant. Les amalgames, les caricatures, les condamnations à l’emporte-pièces, les tribunaux populaires, ils savent faire.

A la décharge d’Alice Coffin, il y a une différence entre l’activisme et la fonction d’élue, par manque de métier, cette subtilité lui aura probablement échappé. Les politiques plus aguerris sont plus ronds, plus roublards aussi.

A sa décharge toujours, il est vrai que le milieu politique PS gay parisien est bien spécifique. Un petit entre soi élitiste, fait de coteries et cooptations, et qui n’est pas exempt de misogynie. De là à tomber dans l’insulte et le mépris homophobe associant homosexualité et pédocriminalité :  « pédoland », il y a un monde.

En outre, Alice Coffin connaissait Christophe Girard et a fait campagne sur la même liste, de là à conclure qu’elle aurait pu y penser avant ? Non, quand on connait les Verts, on sait que tous les moyens d’arriver à ses fins sont bons et que les coups de couteau dans le dos ne les dérangent pas spécialement. Quant à l’indignation pour les affaires de viol, elle peut être à géométrie variable : pas de quartier pour Polanski, mais Ramadan, Traoré, … ça se discute.

Que sur les réseaux sociaux, Alice Coffin soit remise à sa place sur le fond de ses propos et sur sa manière de réagir, ne me dérange pas. Ses propos sont caricaturaux, on ne peut pas amalgamer comme elle le fait tous les hommes, c’est un système que l’on combat, le sytème patriarcal, pas tous les individus de sexe masculin qui ne sont pas tous auteurs de violences conjugales ni des violeurs.

Son interview donnée à la chaine TV russe est consternante. Sa manière d’exiger la démission de Christophe Girard, est excessive. Malgré tout, je me demande bien, pourquoi il a ainsi pris les devants en démissionnant après une mini manifestation de vingt activistes. Très étonnant, y aurait-il autre chose ? Pour l’instant Christophe Girard n’est pas inquiété par la justice. Alors qu’il était secrétaire général de la Maison Yves Saint-Laurent, Christophe Girard a financé pour l’écrivain, deux ans de séjours à l’hôtel où ce dernier violait sa victime. C’est glauque, pour autant, ces tribunaux populaires qui condamnent et coupent des têtes avant que des procès en bonne et due forme puissent se tenir, sont insupportables.

En revanche, quand sur les réseaux sociaux, les internautes s’attaquent à son physique, critiquant sa manière de s’habiller ou de se coiffer, il s’agit clairement de lesbophobie. Elle se donne l’apparence qu’elle veut, les coupes courtes ne sont pas réservées aux hommes et ces clichés sexistes sont d’un autre temps.

Anne Hidalgo est en colère et va saisir la justice ? Mais enfin, les faits d’arme des Verts sont notoires, notamment à Paris ! Dans le 20ème arrondissement, l’adjointe verte de la Maire PS à l’époque, avait organisé au nom de la Mairie pour le 8 mars 2015, un évènement à la gloire du relativisme culturel, avec Rockaya Diallo et d’autres défendant le port du voile et autres spécificités politico-religieuses pour les femmes musulmanes, sans qu’aucune contradiction ne puisse être apportée. Cette affaire qui avait fait grand bruit, est encore dans toutes les mémoires féministes parisiennes, et ce n’est qu’un exemple.

Anne Hidalgo ne peut ignorer la véritable nature des Verts, et si quelques EELV sont  rompus à un fonctionnement politique plus policé, combien d’activistes brut de décoffrage et aux stratégies de cracheurs de feu compte ce mouvement ? Une  réaction quelque peu étrange, Anne Hidalgo ne peut écarter des élues et le groupe écolo à la Mairie de Paris n’exclura pas ses militantes, il lui faudrait sinon se délester de la plupart de ses militant.es de base, or il y a bien longtemps que les écologistes, à Paris en tous cas, ont quitté EELV justement à cause de ces extrémistes.

EELV fera t’elle un jour son autocritique, se séparera t’elle de ces militants gauchistes qui n’ont pas grand chose à voir avec l’écologie ? J’en doute.  A cause de l’amateurisme des Verts et de l’arrogance du PS qui décidément se refuse à apprendre de ses erreurs, la gauche à Paris est donc en guerre ouverte. Ça promet pour la suite, une ville qui souffre et qui n’avait vraiment pas besoin de ça.

Christine Le Doaré

Et en complément l’article des VigilantEs féministes universalistes et laïques :

Alice Coffin n’est pas une VigilantE : 

https://christineld75.wordpress.com/2020/07/28/alice-coffin-nest-pas-une-vigilante-les-vigilantes/

 

#25novembre beau bilan, mais merci qui ?

Bilan du #25novembre 2019 par une féministe universaliste

La banderole de tête du cortège nantais

En tant que féministe universaliste, j’ai ressenti le besoin de tirer un bilan de la mobilisation du 25 novembre,  Journée Internationale contre les violences faites aux femmes.

La libéralisation de la parole qui n’est certes pas exempte de dérapages, a eu le mérite de faciliter  une prise de conscience généralisée et l’expression d’un rejet massif des violences touchant les femmes. A Paris comme un peu partout en France, les cortèges furent imposants, on ne peut que s’en féliciter. 49 000 personnes à Paris, on n’avait pas vu ça depuis la grande manifestation féministe du 6 octobre 1979 pour la pérennisation de la loi Veil. Alors merci à celles qui ont parlé  publiquement, ce qui n’est jamais sans risque, et un immense bravo à toutes les femmes et hommes également, qui ont défilé les 23 et 25 novembre contre toutes les violences patriarcales. Il est en effet absurde de viser une égalité entre les femmes et les hommes tout en tolérant d’infernales violences à l’encontre des femmes.

Les femmes sont victimes de violences conjugales certes, mais aussi de harcèlement de rue, violences sexuelles, viols, agressions ; sans oublier les violences liées aux origines, religieuses et communautaires, telles que l’excision, le mariage forcé, le voilement… d’ailleurs souvent oubliées dans les différentes manifestations, un peu comme si les violences conjugales occultaient toutes les autres violences. Les enfants sont également victimes de terribles violences sexuelles, physiques et psychologiques. D’autres catégories de la populations subissent également des violences.

Le nombre de manifestant.es était considérable, c’est un succès incontestable, en revanche, le nombre n’est pas gage que de qualité. Dans les manifestations ont été relevé des comportements, pancartes, slogans que je qualifie de pitoyables et même anti-féministes. Même si une majorité de manifestant.es ne les partage pas, leur multiplication et visibilité grandissante posent un sérieux problème.

Ce n’est pas un secret, pour faire nombre, les organisatrices se revendiquant de #NousToutespour  ont recherché des compromis avec des tendances du mouvement des femmes et des groupes  éloignés des fondamentaux du féminisme. Les conséquences ne sont pas anodines et devraient alerter bien plus qu’elles ne le font. Mais il est vrai que nous sommes à une époque où s’opposer à une certaine doxa militante expose à une stigmatisation, voire de sévères représailles, ce qui musèle pas mal de monde.

  Dans le cortège parisien ont été relevé les faits suivants : 

  • des femmes dénonçant « la pratique esclavagiste de la GPA » ont été prises à partie, leur tracts déchirés et jetés à terre.  « NousToutes » ah bon ? ;
  • des slogans hostiles à l’abolition de la prostitution ont été massivement scandés (Ils révèlent que la loi n’est toujours pas comprise : accuser les abolitionnistes de tuer les personnes prostituées alors que ce sont toujours les clients ou les réseaux criminels qui les tuent est d’une absurdité sans nom, en outre, la loi a dépénalisé les personnes prostituées mais pénalise les clients qui alimentent la demande et entretiennent le trafic d’êtres humains.) ;
  • des slogans favorables au voile islamique ont été hurlés, comme si la soumission à des diktats religieux patriarcaux pouvait préserver les femmes des violences ;
  • des slogans accablant l’Etat français de pratiquer un « racisme d’état » et une « islamophobie d’état » ont été scandés (Pourtant, nous ne sommes pas aux USA, et s’il y a bien du racisme, d’ailleurs pas à sens unique, des lois contre le racisme s’appliquent et l’éducation nationale notamment, fait de la prévention contre le racisme. Il n’y a pas non plus « d’islamophobie d’état », en revanche, la critique des religions est libre ; le racisme anti-musulman existe (peu en réalité) mais il y a des lois contre ça. Il est donc faux de parler de « racisme d’état » et « d’islamophobie d’état » car l’Etat n’organise aucun racisme,  il les combat. Il est parfaitement stupide d’alimenter les stratégies de groupes victimaires indigénistes, ségrégationnistes et/ou islamistes. En revanche, je note que l’antisémitisme, en nette augmentation, ne semble pas bouleverser grand monde.)
  • des slogans anti-Macron (bien que ce gouvernement soit tout de même le premier à instaurer un Grenelle et à adopter des mesures conséquentes qui devront être évaluées et complétées en fonction des résultats) et contre le libéralisme (mais pour quelle alternative crédible et derrière qui, on cherche encore, d’autant plus que ce n’était pas vraiment le sujet du jour ! )
  • des performances douteuses émaillaient la manifestation, comme celle d’une fameuse Marie dont la vidéo où des hommes torse nu sont fouettés, a été vue en boucle sur les réseaux sociaux. Comment mieux dévaloriser les combats féministes pour une société sans domination ?
  • etc. 
slogan pro-voile :  quel lien en réalité entre le voilement des femmes (doctrine intégriste) et des femmes mortes sous les coups de leurs conjoints ; et qui tolère quoi au juste ? confusion totale
slogan pro-voile : les hommes qui parlent de voile sont ceux qui veulent inférioriser et invisibiliser les femmes dans l’espace public, les intégristes/radicaux ; et par quel biais tordu lier le viol et le voilement des femmes ? Le viol est un crime, il est puni par la loi. Totale confusion là encore ? En se croyant super intelligent.e
pancarte apologie du relativisme culturel : racialiste, pro-voile, en défense du système prostitueur ; en résumé absolument antinomique avec les fondamentaux du féminisme mais qui prétend que les femmes blanches ne le sont pas ; comment marcher sur la tête !

 

 

 

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Agression des femmes s’exprimant contre la GPA

A Toulouse, des féministes abolitionnistes ont été attaquées dans le cortège, elles ont été frappées et leurs pancartes jetées au sol. Un comble tout de même que des violences soient exercées à l’encontre de femmes dans une manifestation contre les violences faites aux femmes !

Agression à Toulouse des abolitionnistes

 

 

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A Nantes, j’ai défilé dans un cortège important d’environ 2 000 personnes, une belle mixité femmes-hommes, des associations, syndicats, groupes politiques, mais surtout énormément de jeunes. Fait remarquable, aucun blackbloc n’a pointé son nez (en tous cas masqué). Beaucoup d’énergie, de colère et de créativité. Mais comme ailleurs, des slogans pro-voile, contre la loi d’abolition qui pourtant protège comme jamais les personnes prostituées, des slogans relativistes mensongers contre le « racisme d’état «  et  l’ « islamophobie d’état ». Et cerise sur le gâteau, le slogan du cortège LGBT qui en a « marre de cette société qui ne respecte pas les Trans, les Putes et les PD ». Ça a le mérite d’être clair, les lesbiennes n’existent même plus, on leur a substitué « les putes » pour mieux défendre le système prostitueur,  et l’ultra-minorité Trans prend la tête pour nous expliquer ce que c’est que d’être une femme !

« abolos féministes saveur facho », c’est bien connu, les abolitionnistes sont des fachos, mais les macs, les réseaux et les clients des anges qui s’autorisent le sexe tarifé ou en vivent. Le niveau zéro de l’analyse.

 

comment lutter contre les violences sans même questionner les codes du sexisme ? non, nous ne somme pas des bombes sexuelles !

 

 

En résumé, une forte mobilisation certes, mais un cortège hétéroclite, et par endroits à des années lumières de s’intéresser vraiment aux violences faites aux femmes. Alors, s’il faut se réjouir de voir tant de monde dans la rue, il est impossible de ne pas s’inquiéter de ces dangereuses dérives, de toute cette bêtise aussi. Ces travers essentialistes, relativistes, intersectionnels, racialistes, communautaristes, religieux même, qui pervertissent tous les mouvements sociaux sont épouvantables. Celles et ceux qui les favorisent et endoctrinent les jeunes en les enfermant dans une confusion indescriptible sont sans aucun scrupule, au service d’eux-mêmes et de causes qui n’ont pas grand chose à voir avec la lutte contre les violences faites aux femmes, et encore moins avec le féminisme. Comme dans toutes les manifestations désormais, il est de plus en plus difficile de participer à une manifestation féministe  sans ressentir de malaise à la vue de tant de confusion.

Le 25 novembre, le gouvernement quant à lui, présentait les mesures retenues à la fin du Grenelle. Parmi les plus significatives : la levée du secret médical ; la suspension de l’autorité parentale des pères violents ; la suppression de l’obligation alimentaire des enfants envers leur père violent ; la prise en compte du suicide forcé dans le droit pénal ; le 3919  désormais accessible 24h/24h et 7j/7 jours; l’ouverture de 26 centres de suivi pour les coupables de violences conjugales  ; le recrutement de 80 intervenants sociaux supplémentaires dans les commissariats (un total de 330 en tout) ; l’adoption d’une grille unique d’évaluation du danger dans les commissariats ; une convention entre le 3919 et le ministère du logement pour faciliter l’accueil des victimes ; la création de 1 000 nouvelles solutions d’hébergement immédiatement ; 6 millions d’euros alloués au déploiement du bracelet anti-rapprochement ; un « conseil de vie » mis en place au collège et au lycée ; une formation «obligatoire» sur l’égalité entre les filles et les garçons pour les enseignants ; un module sur les violences conjugales pour le service national universel (SNU) ; un document unique de signalement pour les enfants exposés aux violences familiales pour le personnel enseignant ;  etc.

Il me semble raisonnable d’admettre que ce n’est pas rien, et dans tous les cas, c’est infiniment plus que ce que tous les gouvernements précédents avaient mis en oeuvre. Bien entendu, de telles mesures devront être évaluées à l’aune des résultats obtenus et corrigées, complétées si besoin. Le Haut Conseil à l’Egalité s’est félicité de l’adoption de ces mesures tout en rendant un Avis «Violences conjugales : pour une culture de la protection des femmes et des enfants ». Savoir reconnaitre des avancées, rester prudent et évaluer au bout de quelques temps les résultats d’une politique est une attitude constructive. En revanche, le collectif #NousToutes – mais est-il si représentatif des manifestant.es  des 23 et 25 novembre ? –  s’est immédiatement opposé au plan de mesures annoncé et un rassemblement fustigeant le gouvernement était organisé le soir même. A mon sens,  une manoeuvre partisane dont l’objectif est bien plus de critiquer le gouvernement que de travailler de manière constructive à endiguer les violences faites aux femmes. Rien de bien étonnant lorsque l’on sait que l’organisatrice de #NousToutes la plus en vue, a aussi défilé le 10 novembre dernier contre l’ » islamophobie d’état « aux côtés d’islamistes.

C’est aussi oublier que les violences faites aux femmes ne se limitent pas, loin s’en faut, aux violences conjugales et qu’il faudrait aussi se préoccuper des autres violences, opportunément poussées sous le tapis par certain.es. Quid de l’insécurité, du harcèlement, du viol et des violences sexuelles dans l’espace public, de la violence prostitutionnelle ? Quelles sont les politiques Genre et ville qui prennent toutes ces problématiques véritablement au sérieux et agissent concrètement ? Qui fait quoi contre les violences communautaires et religieuses ? Pas grand monde, tout juste si l’on ose en parler, de peur d’être accusé.es de racisme ou d’ « islamphobie ». En tous cas pas #NousToutes ! Seules Femmes Solidaires et le réseau  des  VigilantEs l’ont fait clairement, appelant à la Manifestation avec un communiqué sans ambiguïté : féminisme universaliste,  abolitionniste et contre le relativisme culturel, le racialisme et le communautarisme. Il y avait également un cortège abolitionniste dans la manifestation parisienne, bien leur a pris de se regrouper et d’être nombreuses.

Pour conclure, si je salue une mobilisation massive, je déplore les dérives idéologiques qui entachent le mouvement des femmes comme tous les mouvements sociaux. J’ai, après des décennies de marches lugubres et stériles le 25 novembre, enfin l’impression que le gouvernement a commencé à prendre la mesure du problème et que les mesures adoptées  permettront d’avancer. Je rappelle que les violences conjugales ne sont pas les seules violences faites aux femmes et que se focaliser sur elles-seules enfonce un peu plus toutes les femmes qui subissent d’autres formes de violences, et nous laisse toutes démunies face aux violences subies dans l’espace public et bien des lieux.

En définitive un bilan positif, mais que l’organisation de #NousToutes avec ses compromis douteux et son attitude partisane, ne doit certainement pas s’attribuer, à elle seule.

Christine Le Doaré

 

Marie dans le cortège parisien NousToutes : https://youtu.be/jq-Bj_WoUK0

CP des VigilantEs : https://vigilantes2015.wordpress.com/2019/11/09/ce-qui-divise-la-gauche-divise-aussi-le-mouvement-des-femmes/

CP de Femmes Solidaires : https://femmes-solidaires.org/25-novembre-stopfeminicide-stopimpunite/

CP du HCEfh : http://haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/cp_avis_hce_violences_grenelle_2019_11_25.pdf

Voile et sorties scolaires, assez joué !

Disparition – artiste yéménite Bouchra Almutawakel

Tout d’abord, je trouve scandaleux que la question de l’accompagnement des sorties scolaires ne soit abordée que sous l’angle des accompagnatrices. Où sont les pères ? S’occuper de leurs enfants ne fait pas partie de leurs attributions ? Ils ne seraient donc jamais disponibles, n’ont pas de congés ni RTT à poser ? Ou la société française doit-elle valider une organisation sexiste de la famille qui serait propre à une communauté ?

Ensuite, pourquoi parle-t’on des mères accompagnatrices pour tout le monde mais des « mamans » voilées pour les musulmanes ? « maman » c’est plus touchant ? Si l’intention est de nous attendrir, il s’agit d’une manipulation.

Enfin, pourquoi ignore t’on l’avis de l’écrasante majorité des français.es qui selon un dernier sondage IFOP sont à 66 % favorables à l’interdiction du port ostentatoire de signes religieux ? Les personnalités comme Omar Sy, Christine Delphy et d’autres qui tentent d’influencer la politique française en matière de laïcité, à coups de tribunes victimaires : « Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ?» confondent à dessein la haine des musulmans avec la lutte contre l’islam politique.  De telles tribunes prônent un renoncement aux valeurs universelles républicaines face au religieux et au communautarisme. Quand on y pense, à quelques jours du carnage de la Préfecture de Paris, culpabiliser la société française avec une « haine des musulmans » purement fantasmée, est d’une extrême indécence.

 

Aucun gouvernement n’aura eu le courage d’imposer le respect de notre constitution avec un projet de loi. Le Conseil d’Etat avait rendu en 2013 une décision double : liberté de conscience des parents mais possibilité pour l’éducation nationale de leur demander de ne pas manifester une croyance religieuse. En 2019 les Républicains – déposent une proposition de loi pour interdire les signes religieux ostentatoires aux accompagnants d’élèves et personnes concourant au service public de l’éducation, lors des sorties scolaires.

Le fait déclencheur aura été l’intervention de l’élu RN Julien Odul qui s’était offusqué le 11 octobre, de la présence d’une femme voilée accompagnant une classe au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Il y a des manières de faire les choses et le RN n’est pas un parti républicain crédible, mais les partis politiques ont laissé le RN en roue libre face aux offensives de l’islam politique.

Le gouvernement et plus généralement LREM, sont divisés sur les questions du voile et de la laïcité ; sur la radicalisation et la lutte contre l’islam politique.  Le président de la République nous exhorte à une vigilance générale contre la radicalisation, mais ne propose aucun plan de lutte d’ensemble contre l’islamisme. Il est certes vital de s’assurer de notre sécurité, mais il est tout aussi crucial de protéger la société dans laquelle nous voulons vivre au quotidien. C’est à la puissance publique d’assurer notre sécurité mais aussi de garantir que notre société reste conforme aux principes  de notre république laïque et ne se dissolve pas dans des communautés juxtaposées. Le gouvernement doit se donner les moyens de mener une lutte idéologique globale  contre l’islam politique qui imprègne déjà toutes les sphères et tous les domaines de la société.

Mais quand un ministre comme Jean-Michel Blanquer tente de clarifier la situation et précise qu’il ne juge « pas souhaitable que des mères puissent être voilées à l’occasion de sorties scolaires », il est attaqué par Adrien Taché, député du même parti. Jean-Michel Blanquer exige une sanction à l’encontre de Taché, j’espère qu’il obtiendra gain de cause. Déclarer comme l’a fait Taché : « Julien Odoul récupère les mots de Jean-Michel Blanquer. « est inadmissible. C’est une véritable déclaration de guerre contre le ministre, contre la laïcité et même contre la possibilité pour l’état de lutter contre l’islam politique. Les A.Taché, F. Lazaar ou L. Avia partisans d’un statut quo qui sert de tremplin aux intégristes ne doivent pas être encouragés ; nous avons besoin du courage de J-M Blanquer, M. Schiappa et A. Berger. 

 

Comment se fait-il qu’un député, qui d’ailleurs vient du PS, ignore que la loi peut évoluer, ne serait-ce que pour répondre efficacement aux attaques de l’islam politique ? Lui est-il donc si difficile de comprendre qu’un.e accompagnateur/trice scolaire n’effectue pas une promenade en privé, avec sa progéniture, mais accompagne toute une classe, d’une école publique et laïque ? La laïcité est un cadre juridique et politique qui garantit à toutes les croyances ou absence de croyance de s’exprimer librement, mais pour vivre ensemble, l’état unit tous les citoyens de manière universelle, sans accorder de droit ni de privilège spécifique à une religion plutôt qu’à une autre. Les religions n’ont donc pas à se manifester, en aucune façon, dans le cadre de l’école publique, à l’intérieur comme à l’extérieur.

En outre, il ne faudrait pas oublier que le voile n’est pas un accessoire comme un autre. Le voile islamique (hijab), est devenu un véritable instrument de revendication identitaire. Marqueur de la pudeur des femmes qui se déroberaient ainsi à la concupiscence masculine, c’est en réalité l’affirmation d’un renoncement à toute évolution des rapports femmes-hommes, à fortiori à l’égalité. Par voie de conséquence, les musulmanes qui ne se voilent pas sont stigmatisées, considérées comme mauvaises. Porter le voile c’est consentir à l’infériorité des femmes, à un apartheid genré ; c’est consentir à son propre asservissement à l’autorité masculine et/ou religieuse patriarcales. La place du voile dans le Coran est très marginale, c’est un islam rigoriste et radical qui l’impose. Le voile est l’étendard de l’islam fondamentaliste qui oeuvre à le déployer partout. Banaliser le port du voile c’est donc faciliter le travail de l’islam politique. Accommoder le voile à toutes les modes et peu à peu le retrouver aussi porté par des fillettes. Une manière comme une autre de sexualiser les petites filles et de les conditionner à accepter leur infériorité et soumission aux hommes. Le voilement des fillettes devrait depuis des lustres préoccuper la protection de l’enfance et les professionnels de santé. Mais non, et plus le voile se généralise, plus il est facile de créer une légende, celle d’une France qui hait les musulmans puisqu’elle rejette les femmes voilées dans certaines situations ;  et c’est encore plus vendeur si au lieu de femmes, on parle de « mamans ». Une victimisation bien travaillée et qui vise à nous intimider, à compromettre la marche de notre société vers l’égalité femmes-hommes. Les personnalités du spectacle, universitaires et politiques qui tombent dans le panneau de l’islam politique ne font qu’enfermer plus encore les femmes de culture musulmane dans un communautarisme d’où il devient difficile de s’extraire. J’imagine ces idiots utiles de l’islam politique, dans les années 70, refusant aux féministes de s’affranchir du patriarcat religieux catholique qui s’arc-boutait contre la contraception et l’avortement, l’émancipation des femmes par le travail… A l’époque, qui aurait pu imaginer, qu’à gauche, émergeraient de tels complices du patriarcat religieux ? !

 

Le problème n’est pas de s’interroger sur la place à accorder à l’islam dans la société française mais plutôt de la place que ne doit pas prendre l’islam fondamentaliste. La religion catholique, nous l’avons plus ou moins mise à sa juste place, dans la consciences privée de ses adeptes, il est grand temps d’en faire de même avec l’islam. Et de toute urgence.

Christine Le Doaré

Hôtesses du Tour, arrêtez de pédaler dans le féminisme !

La toile s’enflamme pour la question des hôtesses du Tour de France. Les hôtesses ont-elles ou pas choisi leur rôle, et pourquoi celles qui défendent le libre choix de se voiler, s’attaquent-elles à celles qui choisissent la fonction d’hôtesse du Tour ? Faut-il condamner celles qui ont lancé la mobilisation, faut-il les soutenir ? S’agit-il d’une question mineure, de pudibonderie ou à l’inverse d’une juste lutte ? Peut-on parler de censure, de féminisme ou de néo-féminisme  … ? Vertige.

La polémique des hôtesses du Tour de France est insensée. Le débat, une fois de plus, est mal posé, ne serait-ce que parce que le féminisme n’est pas une vague idée que l’on peut mettre à toutes les sauces, mais bien un projet de société.

Le système patriarcal est un système global d’oppression des femmes. Un système qui organise, structure nos modes de vie, nos pensées et nos valeurs. Et nous ne sommes pas là d’avoir déconstruit ce système dans sa globalité ; personne, exceptions faites de quelques rares théoriciennes féministes universalistes de confiance et qui ont fait leurs preuves dans la durée.

Dans le système patriarcal, selon un grand nombre de paramètres dont la culture, l’éducation, … à différents degrés, de l’insignifiant au majeur,  tout contribue à maintenir les femmes dans le système d’oppression et à le reproduire.

Tout est utile pour s’assurer l’appropriation et le contrôle de leur corps pour la sexualité et la reproduction,  des contes de fées enfantins, à la contrainte à l’hétérosexualité, et jusqu’aux contraintes et violences d’un intégrisme religieux s’il le faut. Question de degré. Par conséquent, toutes les manifestations sexistes de la domination masculine, de la plus inoffensive en apparence, à la plus sérieuse sont critiquables. En principe, par cohérence et efficacité, il faudrait les condamner et combattre toutes.

La tradition de la remise de la médaille au gagnant de l’étape du Tour par des femmes les plus jeunes et jolies possibles, selon les critères de la mode en vigueur, signifie que la récompense est encore plus gratifiante si une femme désirable vous la remet. Les rôles de genre sont clairement établis, il s’agit ni plus ni moins d’une version re-visitée, d’une sorte d’adaptation « moderne » de la récompense du guerrier méritant. La connotation sexuelle est patente. Lorsque j’avais 9/10 ans, l’été, je suivais le Tour avec mon grand-père, et j’en avais déjà conscience ! Cette sexiste tradition est critiquable et condamnable. D’ailleurs, j’aimerais assez que les coureurs soient récompensés par d’autres grands coureurs, un bisou par le coureur gagnant du ou des tours précédents aurait beaucoup plus de force symbolique, ah non ?

Se revendiquer du féminisme, c’est défendre la fin de la tradition des hôtesses du Tour de France, et peu importe que la mobilisation ait été lancée par des relativistes intersectionnelles ou pas.

En revanche, rien n’interdit d’expliquer que ces dernières manquent de cohérence et que leur féminisme n’est pas crédible. En effet, s’attaquer à la tradition des hôtesses sans condamner les manifestations les plus attentatoires à l’intégrité des femmes telles que l’exploitation et la marchandisation dans la prostitution ou la GPA, la violence du voilement des femmes et des fillettes, des mariages forcés, de l’excision, etc. est d’un cynisme sans nom.

Elles ont détourné le principe de libre choix qui signifiait à l’époque libre choix d’avoir ou non un enfant, pour le mettre au service du patriarcat qui n’en demandait pas tant ! Libre choix de se prostituer, de se voiler, autant dire choisir soi-même (enfin pour les autres en général), un esclavage volontaire et tant pis pour l’émancipation des femmes passée à la trappe. Le relativisme culturel intersectionnel est amplement promu par les queers et des hommes tellement intéressés par le féminisme, qu’ils ont remplacé les études féministes par les études de genre et écrasé les féministes universalistes pour mettre en avant leurs féministes autorisées, celles qui ne les descendront pas de leur piédestal.

Et pour certaines d’entre elles, c’est pire encore, le féminisme n’est qu’une stratégie de valorisation personnelle, grâce aux médias si peu professionnels et friands de tout ce qui peut amuser la galerie à bon compte. Ce n’est ni du féminisme, ni même du néo-féminisme, juste de l’auto-promotion et de l’enfumage ;  ça plait beaucoup.

Il n’y a aucune raison dans cette polémique folle de choisir entre les relativistes intersectionnelles qui mobilisent pour l’abandon de la tradition des hôtesses et les féministes issues des mouvances laïques qui considèrent cette mobilisation, dérisoire. Si les relativistes sont inconséquentes et dangereuses, les secondes manquent parfois de background théorique féministe,  et si les enjeux de la lutte contre le voile et autres violences imposées par le communautarisme et les intégrismes religieux n’ont aucun secret pour elles, elles manquent parfois de subtilité face à la complexité du système patriarcal. 

Ce qu’il faut reprocher aux relativistes intersectionnelles ce n’est pas de critiquer la tradition des hôtesses du Tour de France, mais bien leur trahison du féminisme universaliste qui les mène, en revanche,  à se taire devant le pire. En ce qui me concerne, je condamne la tradition des hôtesses du Tour de France, parce que cette tradition n’est pas si anecdotique que ça ;  parce que je suis féministe et cohérente. De bout en bout, toujours.

Christine Le Doaré

L’Université populaire de Nantes se soumet aux trans. activistes et bafoue le féminisme

 

 

 

 

Un nouvel épisode de la série culpabilisation et menaces intellectuelles par des activistes de la nébuleuse « islamo-gauchiste » indigéniste, racialiste, anticolonialiste ou queer/trans/« travailleurs du sexe »,  (tous partisans du relativisme culturel, ce qui peut expliquer cette curieuse alliance),  s’est produit dernièrement à Nantes.

Une conférence gesticulée intitulée « Harry Potiche, féminisme et bipolarité à Poudlard ». était proposée le 20 mars 2019 par L’ardeur, association d’éducation populaire politique, dans le cadre de l’Université Populaire de Nantes. 

Sous la pression d’activistes trans. et « travailleurs du sexe », à l’issue de la conférence,  l’Université Populaire s’est publiquement excusée de l’avoir programmée, en ces termes : « Nous dénonçons et refusons les propos violents envers les travailleuses du sexe, les personnes trans., les personnes racisées ou encore les personnes queer. » (voir ci-dessous l’intégralité du communiqué de l’Université Populaire de Nantes).

L’Université Populaire bat sa coulpe, régurgite une propagande qu’elle endosse tel un mantra ; le tout suinte le repentis à plein nez.

Aucun recul, aucune analyse des réactions ni de la rhétorique des militants trans./queer «  pro-sexe »  qui se sont déclarés choqués par la conférence ;  au contraire, seule l’émotion a voix au chapitre donc,  ce qu’ils disent est parole d’évangile et seul compte leur rejet.

L’Université Populaire fait sienne leurs doléances. L’idéologie relativiste et anti-féministe de ces activistes n’est ni évaluée à l’aune du féminisme universaliste, matérialiste ou autre, encore moins déconstruite ; aucun esprit critique. Ils sont une minorité, ils crient à la discrimination, vitupèrent, par conséquent, ils ont forcément raison et il est convenu d’instantanément se répandre en excuses, et tant pis pour la censure, et tant pis pour le féminisme.  L’intox et la menace fonctionnent à merveille et condamnent au silence, en particulier, les féministes universalistes et abolitionnistes de la prostitutions. C’est un choix idéologique et politique, est-il seulement compris et assumé par l’Université Populaire ? L’Université Populaire sait-elle à quel point ces  trans. activistes ne rendent  pas service aux personnes trans., encore moins au mouvement LGBT ? 

Non contente de son coup de force, l’association « Trans-inter action » s’est acharnée sur la performeuse « Harry Potiche, féminisme et bipolarité à Poudlard », la diffamant sans aucune mesure, avec des termes choisis à dessin. Ce mode opératoire est appliqué à de nombreuses féministes en vue de les discréditer et les faire taire : il suffit de les qualifier de transphobe, queerphobe, putophobe, et raciste. « Toutphobe » serait plus simple !

Jeter en pâture toute féministe qui ose remettre en question les sacro-saints dogmes trans-activistes fait partie des stratégies développées par les trans. activistes ces dernières décennies et en France, ce n’est rien comparé à la violence exprimée dans les pays anglo-saxons où les féministes sont qualifiées de TERF (Trans exclusive radical feminist), ce qui est supposé être une injure.  En effet, gare à qui ignore que les femmes cisgenres (c’est à dire des femmes biologiques) ne connaissent rien à la condition des femmes ! Les trans. M to F (trans woman) vont mettre tout ça au clair et expliquer aux femmes ce que c’est d’être une vraie femme *1. C’est curieux, j’ai tout de même l’impression que les militants trans. F to M (trans man) sont beaucoup moins agressifs ;  les militants LGBT feraient peut-être bien de se poser les bonnes questions et se demander si l’arrogance et les exigences tyranniques des trans. activistes M to F ne relèvent pas de la domination masculine. Les théories Queer n’ont pas toujours rendu service au féminisme, s’il n’y a plus de genre (gender fluid) il n’y a  plus besoin de luttes féministes, n’est-ce pas ? ( « Mais qui vous dit que je suis un homme Monsieur ? » !!!).  Quand les études de genre ont supplanté les études féministes, c’est au niveau universitaire et institutionnel que les portes de la confusion se sont grandes ouvertes, reléguant délibérément le féminisme à l’arrière plan pour promouvoir un féminisme dévoyé, dit « pro-sexe » et relativiste.  J’y ai toujours vu un moyen d’adaptation et de résistance du système patriarcal.  Ceci mériterait un débat de fond, mais ce n’est pas l’objet de ce texte.

Cette affaire finira probablement au pénal avec toutes les conséquences imaginables pour la santé et la carrière de la performeuse. L’université Populaire en réagissant comme elle l’a fait, cautionne des pratiques d’intimidation et de discrédit de féministes. C’est très grave.

Comment croire que l’association Trans-inter action, ne savait pas à quelle conférence elle assistait ? Intimider et interdire à toute institution, toute structure, de prendre à l’avenir le risque de présenter une création qui n’aurait pas leur assentiment est une manière de procéder habituelle de tout mouvement qui pratique l’entrisme et tente de s’imposer par le chantage et la menace intellectuelle. L’Université Populaire comme tant d’autres avant elle, a plongé dans le piège tête baissée et choisi ce faisant d’adouber l’intimidation de féministes. C’est désolant,  à l’image de notre époque confuse et perturbée.   

La réponse de l’association Conférences Gesticulées Ardeur est éloquente, je la restitue intégralement ci-dessous.

Christine Le Doaré

1* (Sachez qu’il ne faut plus parler d’appareil génital féminin (ni de vagin ni de clitoris), mais plutôt de « trou devant »* afin de ne pas discriminer les trans M to F. (*manifeste trans.genre qui recommande l’usage de certains termes plutôt que d’autres).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le communiqué de Conférences Gesticulées Ardeur

25 mars 2019

Suite au communiqué de l’Université populaire de Nantes du jeudi 21 mars 2019, le communiqué rédigé par l’équipe de L’ardeur, association d’éducation populaire politique.

En 2018, Ludivine Lalara nous a contactés pour engager son expérience douloureuse de femme diagnostiquée bipolaire, dans une démarche de réalisation d’un objet public d’interpellation sous la forme d’une conférence gesticulée. Nous avons accompagné cette conférence à laquelle, une fois réalisée, nous avons accordé notre aval et notre admiration.

La double contrainte d’un récit incarné qui ne verse pas dans la psychothérapie et d’une analyse politique qui présente les contradictions d’un problème en se gardant de la tentation du tract nous a paru intelligemment tissée dans la conférence de Ludivine, dont l’humour pudique n’a laissé personne ignorer ni la gravité du problème vécu ni les pistes de réflexion qu’elle ouvrait, et en particulier la question des différentes approches se réclamant du féminisme.

Le 20 mars, notre collègue Ludivine Lalara présentait sa conférence gesticulée « Harry potiche- féminisme et bipolarité à Poudlard », à l’invitation de l’Université populaire de Nantes.

Durant cette soirée, une poignée de spectateurs « transactivistes », militants queers et pro-sexe, soutenus par les organisatrices de l’Université populaire présentes ce soir-là, a utilisé des méthodes d’intimidation et de victimisation visant à créer le désordre et à empêcher la conférencière d’exposer, en toute sérénité, son récit de femme féministe, abolitionniste, antiraciste et anticapitaliste.

Nous aimerions par ce communiqué revenir sur la responsabilité de l’Université populaire de Nantes, s’agissant de leurs prises de positions publiques sur un objet élaboré dans le cadre de nos formations, et sur leur participation active en tant qu’organisateurs de la soirée (garants donc de la sécurité des intervenants) au lynchage public de notre amie et conférencière gesticulante.

Passé le moment de stupeur face à leur attitude que nous condamnons, nous souhaitons affirmer ceci :

1- S’agissant de l’humiliation publique infligée à cette femme. Nous n’avons jamais vu un organisateur se désolidariser publiquement de la conférencière qu’il a sollicitée et fait venir, et cela sous les yeux de la conférencière et au su et au vu de tous. La violence de cette humiliation appelle une réparation à proportion de cette attitude inacceptable. A tout le moins des excuses publiques et une rétractation de l’Université populaire ou un désaveu des instances dirigeantes quant aux responsables de cette avanie.

2- S’agissant de la proposition de la conférencière de présenter les différents débats qui traversent le féminisme, et de son choix clair de positionnement entre ces différentes tendances, il appartenait à l’Université populaire de profiter de cette proposition et d’organiser un moment d’éducation populaire en instituant les conditions d’un débat politique serein mettant en présence et en perspective les différentes options en présence. S’agissant par exemple de l’abolition de la prostitution, ou au contraire de sa reconnaissance comme travail rémunéré, ou de l’approche matérielle de la condition féminine face à une approche essentialiste ou une théorie du sujet indéterminé propre au queer, il était possible d’organiser les conditions d’une discussion apaisée sans passer par le lynchage public.

3- L’invitation de l’Université populaire à Ludivine de venir exposer ses prises de conscience en tant que féministe matérialiste, alors même que l’organisateur plébiscite une autre alternative (la théorie queer), s’apparente rétrospectivement à un traquenard. L’argument invoqué « on n’avait pas vu avant sinon on ne l’aurait pas fait venir » ne fait que renforcer le caractère doublement pathétique de la chose: manque de sérieux et amateurisme mettant les gens en danger, et profonde lâcheté devant les méthodes utilisées. Ces méthodes visent à instiller la peur des représailles auprès des organisateurs afin de les dissuader à l’avenir de faire venir d’autres intervenants.

4- Loin d’en rester à cette humiliation publique et à ses probables conséquences pour la conférencière gesticulante face à la centaine de spectateurs présente ce soir-là, l’Université Populaire a redoublé son affront sous la forme d’un communiqué public envoyé cette fois aux quelques 4000 membres abonnés à sa page. Officialisant cette fois-ci par écrit et pour des personnes n’ayant pas assisté à la soirée, donc incapables de se faire une idée, l’agression perpétrée plus tôt contre elle. Dans ce communiqué, l’Université Populaire invisibilise volontairement 90% du propos tenu par la conférencière, (le passage sur les féminismes ne représentant que quelques minutes de sa conférence), faisant passer ses propos comme « violents et caricaturaux ». La conférence gesticulée amène souvent des personnes à être en désaccord avec des propos radicaux tenus dans la conférence, et pourtant, nous n’avons jamais vu des ressentis individuels devenir cause de rejet global. En s’exposant comme une femme, dans des difficultés liées à la condition de femme bipolaire et prolétaire, la conférencière était une proie facile…

Dans ce communiqué, l’Université populaire de Nantes se présente comme un relais des associations locales en invitant ses abonnés à s’y intéresser : Paloma, Trans-Inter action. Malheureusement, elle ne cite pas toutes les associations qui œuvrent sur le territoire, comme le Mouvement du NID, les 44 vilaines filles ou Osez le féminisme pourtant présentes dans la salle et/ou sur le territoire. Par cette invisibilisation de certaines associations au profit d’autres, l’Université populaire de Nantes a délibérément choisi de se poser en censeur de militantes féministes.

5- Comme si cela ne suffisait pas, la volonté de destruction à l’encontre de la conférencière a également pris la forme d’un affiche publiée par le collectif « Trans-inter action » la représentant affublée de quatre insultes écrites en gros caractères : transphobe, queerphobe, putophobe, raciste. Ici, l’agression prend une autre dimension et relève dorénavant de la loi, civile ou pénale. Outre la demande de suppression de cette page auprès de l’opérateur Facebook, c’est une réparation sous la forme d’un dépôt de plainte de Ludivine avec constitution de partie civile de l’ardeur, qui est ici dorénavant possible. Fait totalement incroyable, l’Université populaire de Nantes a liké cette affiche se rendant complice de cette abjection illégale et diffamatoire. L’Université populaire de Nantes devra s’en expliquer…

L’université populaire de Nantes est un organisme à visée éducative qui travaille avec de nombreuses associations, avec des collectifs militants et avec des mouvements d’éducation populaire, et même avec L’ardeur puisqu’un de nos membres a encadré la formation aux conférences gesticulées proposée par L’université populaire durant l’année 2017-2018. Cette affaire revêt évidemment d’une dimension régionale voire nationale. Nous envisageons dorénavant toute forme de réparation de la part de l’Université populaire de Nantes et nous ne comprendrions pas qu’aucune sanction ne soit envisagée contre les responsables de cette agression inouïe, de nature morale, mais aussi financière sur la carrière de la conférencière gesticulante et possiblement physique sur sa santé.

 

Le communiqué de L’Université Populaire de Nantes

Précisions et excuses à propos de la conférence gesticulée

Nous tenons à revenir sur la conférence gesticulée du mercredi 20 mars : « Harry Potiche, Féminisme et bipolarité à Poudlard ».

Tout d’abord, nous nous excusons d’avoir organisé cette conférence sans nous être suffisamment renseigné·es sur son contenu, sans avoir regardé la vidéo en intégralité.

Nous regrettons d’avoir participé à la diffusion de ce discours en lui offrant un espace de parole. Nous nous excusons auprès de l’ensemble du public, et plus particulièrement auprès des personnes qui ont dû partir pour ne plus avoir à subir la violence de la situation.

Nous dénonçons et refusons les propos violents envers les travailleuses du sexe, les personnes trans, les personnes racisées ou encore les personnes queer. Un résumé caricatural, inexact et déformé des différents mouvements féministes, dans le but de défendre une opinion politique, a amené a de nombreux contre-sens violents.

Nous défendons une éducation populaire qui favorise la lutte contre toutes les formes d’oppressions, des espaces d’échanges qui ne perpétuent pas les rapports de domination de la société. Or, nous n’avons pas pu garantir un cadre sécurisant pour tous et toutes durant cette soirée du 20 mars.

Si vous souhaitez approfondir ces sujets, des associations à Nantes travaillent sur ces questions, tels que PalomaTRANS INTER Action, etc.

Nous sommes conscient·es que nous devrons redoubler de vigilance dans le choix des conférences gesticulées.

La commission conférences gesticulées de l’Université Populaire de Nantes

L’universalisme est inhérent au féminisme

IMG_1929Le féminisme a toujours été pluriel : qui s’intéresse au féminisme a entendu parler des clivages dans les années 70, entre la tendance essentialiste de psychanalyse et politique d’Antoinette Fouque, la tendance universaliste opposée au différentialisme le jugeant consécutif de constructions sociales, et la tendance matérialiste des féministes lutte de classes.

Plus récemment, les féministes, qu’elles soient engagées pour l’abolition de la prostitution ou contre le voile islamique des employées de crèche (affaire babyloup) et celui des mères accompagnatrices scolaires, témoignent que les oppositions actuelles sont infiniment plus violentes que celles des années 70. Les théories Queers américaines ont inspiré un féminisme dit «pro-sexe» (comme si le féminisme était contre la sexualité !), ses activistes peuvent être très virulent.e.s contre les féministes cisgenres (par opposition à transgenre) et les militantes abolitionnistes de la prostitution. Le sont tout autant les activistes relativistes des mouvements indigénistes et racialistes qui malgré des contradictions flagrantes, se prétendent féministes. 

Dès la fin des années 90, avec la montée des intégrismes religieux et l’influence grandissante au sein des institutions internationales, de pays tel que l’Iran ou l’Arabie Saoudite, émergent des groupes dits «féministes musulmans» ; généreusement financés, ils s’emploient à contester l’universel des droits des femmes et à disqualifier le féminisme universaliste. Les féministes universalistes iraniennes, saoudiennes, égyptiennes, et toutes les autres, sont empêchées ou menacées et beaucoup doivent trouver asile en occident pour résister.

En occident, ceci se traduit par un relativiste culturel dont nombre d’intellectuels et politiques de gauche se font hélas les porte-voix. Le relativisme culturel renvoie les femmes à des spécificités communautaires, traditionnelles et religieuses. Ce qui est valable pour les femmes occidentales, ne le serait pas pour celles qui chez nous, ont des origines étrangères. Mettre en avant l’origine, la culture, la religion, pour en faire des instruments de soumission à l’oppression patriarcale, il fallait y penser, les islamo-gauchistes ne s’en sont pas privés et tant pis si le communautarisme pénalise les femmes : le musulman opprimé, la musulmane c’est moins sûr, s’étant substitué au prolétaire, dans l’imaginaire révolutionnaire.

S’il est entendu que le mouvement féministe a toujours été fluctuant, il devient de plus en plus difficile de s’y retrouver, c’est pourquoi il est important de revenir souvent aux fondamentaux :

le groupe des femmes est globalement, toujours en situation d’infériorité par rapport au groupe des hommes :

  • contraception, avortement, le groupe des femmes est essentiellement confronté à ces problématiques, 
  • les carrières, travaux, oeuvres, du groupe des femmes sont globalement moins valorisées et rémunérés que ceux des hommes,
  • les violences sexuelles et les violences conjugales frappent de manière écrasante  le groupe des femmes,

Quelles que soient leur origine, couleur de peau, religion ou absence de religion, classe sociale, ou orientation sexuelle, les femmes subissent toutes et dans le monde entier,  les effets du système patriarcal. Ils sont à peine perceptibles pour certaines, mais dans le pire des cas, des femmes sont privées de toute liberté. Le système patriarcal ne sera plus une menace le jour où nous serons toutes libres. Le féminisme exige une solidarité entre les femmes du monde entier. C’est un mouvement social, universel, d’émancipation, pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Osé, ne trouvez-vous pas ? Croyez-le ou pas, cette vue est amplement contestée de nos jours.

L’universalisme c’est la vocation universelle d’une idée, d’un projet, etc.

En France, l’universalisme républicain est une doctrine qui pose l’égalité en droit entre tous les citoyens et citoyennes, comme constitutionnelle de la République. Les Droits Humains sont constitués d’un corpus de droits et libertés dont peuvent se prévaloir tous les êtres humains. Par définition, ils s’opposent à tout relativisme. Et c’est bien ainsi, que dans le monde entier, le féminisme aussi a été pensé et pratiqué. L’universalisme est inhérent au féminisme.

Nul besoin d’inventer de «nouveaux féminismes» comme le font au 21ème siècle, les médias friands de sensationnalisme : les violences obstétricales ou le harcèlement de rue seraient de nouvelles préoccupations pour les féministes ? Comme si nous ne les avions pas toujours combattues !

Nul besoin d’accoler des adjectifs au féminisme tels que :

  • «féminisme musulman« représenté par : l’association «Femmes dans la mosquée» alors qu’il n’existe pas plus de féminisme musulman que catholique ou juif,  ou par l’association Lallab dont le credo est de rejeter «le féminisme blanc» et d’imposer l’acceptation du voile islamique. L’islam politique veut imposer le voile, c’est un marqueur de sa progression, et la mode dite «pudique» l’aide à y parvenir en le dépolitisant de son caractère religieux. Lallab cautionne les injonctions à la pudeur prescrites aux seules femmes et ce faisant, est un relais efficace du système patriarcal.
  • « afro-féminisme » comme si la couleur de peau avait la moindre incidence sur l’oppression vécue, en tant que femme, dans une société patriarcale,
  • « féminisme inclusif » comme si le féminisme excluait des personnes engagées pour l’élimination du système patriarcal et pour l’égalité femmes-hommes ; comme s’il était incapable de prendre en compte des discriminations et violences spécifiques. Il suffit d’entrer dans une maison des femmes pour voir le nombre de groupes et de thématiques qui y interagissent. En revanche, comme tout mouvement social, le féminisme n’échappe pas aux tensions et dissensions internes. Le féminisme dit inclusif est souvent prétexte à la victimisation, aussi à plus ou moins de complaisance envers des comportements sexistes considérés comme acceptables parce que l’appartenance au groupe communautaire est prépondérante à l’appartenance au groupe des femmes. Ceci ne signifie pas pour autant que le mouvement féministe est exempt de reproches ; il doit se soumettre à la critique, mais il y a des manières constructives de le faire.
  • « féminisme dé-colonial, «féminisme intersectionnel» : certes, les oppressions se surajoutent et à l’évidence, être femme, noire et pauvre par exemple, est sûrement plus difficile que d’être blanche et aisée socialement. Mais une femme blanche, même aisée, est toujours susceptible de subir discriminations et violences de genre.  Le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, tout autant que la pauvreté et les discriminations en général, doivent êtres combattus, mais aucun repli identitaire ne peut affranchir les femmes de la domination masculine qui traverse toutes les communautés, toutes les religions, toutes les cultures et toutes les classes sociales. La domination masculine n’a jamais eu besoin de l’occident ni des colonisateurs pour exister. Le plus souvent, l’intersectionnalité dilue les revendications féministes dans des agendas politiques, et invariablement, elles passent au second plan. Empiler les oppressions, les hiérarchiser en atomisant les femmes et en rendant les femmes blanches responsables de l’oppression des personnes racisées est un renversement des responsabilités qui incombent en réalité, aux systèmes patriarcaux et capitalistes. L’intersectionnalité, dé-construction de la solidarité universelle féministe, ne peut renverser la domination masculine, elle l’entretient.

Accoler des caractéristiques au féminisme n’ajoute rien, au contraire, cela divise. Le différentialisme sépare les femmes les unes des autres. Comment pourrait-il en être autrement : traditions et religions sont empreintes de sexisme, elles ont toujours servi le système patriarcal avec le plus grand zèle. Assigner des femmes à des spécificités plutôt que les rassembler dans une lutte commune, retarde l’émancipation collective du groupe des femmes. 

Le relativiste culturel avec toutes ses variantes, n’est pas seulement une récupération, un dévoiement du féminisme, c’est un contre-féminisme, une forme particulièrement perverse de résistance du système patriarcal.

S’il n’y a jamais eu une seule version du féminisme en effet, certains féminismes ne sont que des impostures,  jamais le féminisme ne s’adapte pas aux règles posées par l’oppresseur, il les renverse.

Le féminisme universaliste est pourtant de plus en plus isolé, régulièrement censuré et pour ainsi dire banni des milieux universitaires et médiatiques qui préfèrent promouvoir le relativisme et ses égéries. Le féminisme universitaire influence intellectuels et médias et exerce une emprise y compris sur le mouvement des femmes. Les relativistes et indigénistes en lutte contre un fantasmagorique « racisme d’état » ont réussi à imprégner tous les mouvements sociaux, et les mouvements antiraciste, féministe et LGBT n’ont pas été épargnés. Il est temps de passer à l’offensive et de réhabiliter le féminisme universaliste, qui seul peut venir à bout du système patriarcal universel. Nous nous y employons nombreuses et déterminées,  et nous y parviendrons.

Christine Le Doaré

et en Vidéo – intervention lors de la Rencontre féministe universaliste pour le 8 mars, le 2 mars 2019 au Château de Nantes : https://www.facebook.com/clr.paysdelaloire.7/videos/pcb.208884030068090/208882783401548/?type=3&theater

 

 

Non, les droits des musulmanes ne sont pas des Droits des Femmes ! Réponse à la Tribune la libre.be 2/8/18

IMG_7125Non, les droits des musulmanes ne sont pas des Droits des Femmes !

Réponse à la Tribune la libre.be 2/8/18

Selon un article paru jeudi 2 août dans la libre.be , « Les droits des musulmanes font partie des droits des femmes ». D’après ce texte, « l’interdiction de signes ou vêtements religieux dans l’emploi ou le secteur public constitue une discrimination ».

Ce texte n’a pas été écrit par hasard. Sous la pression d’un Collectif de musulmanes qui revendique « un modèle d’inclusion et de pluralisme européen », la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement Européen (mais si, un jour viendra, elles et ils parleront de droits DES femmes et éviteront tout essentialisme) a débattu récemment de la place des femmes musulmanes en Europe.

Ce collectif considère que les restrictions relatives au port des vêtements religieux témoignent d’une suspicion généralisée envers les musulmans. Interpellant les états membres de l’UE, il affirme que le débat qui s’est tenu au sein du Parlement Européen sur la situation d’exclusion des musulmanes, constitue « un soutien à la solidarité féministe avec les femmes musulmanes qui commence à se manifester en Europe ».

Parmi les signataires nous retrouvons Rokhaya Diallo, Lila Charef du Collectif contre l’islamophobie en France, etc.

Je commence par noter que les groupes de pression sur les institutions nationales et européennes ne sont pas sans effet.

Pourtant la façon de faire n’est pas nouvelle : se victimiser « femmes musulmanes exclues » et détourner les référentiels droits humains, droits des femmes «  solidarité féministe « pour obtenir des privilèges spécifiques communautaires et religieux .

Pourtant le risque est grand de compromettre l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes dans chaque pays, comme au niveau européen ainsi que compromettre le principe de neutralité religieuse dans les secteurs privé et public.

Sur le « féminisme » revendiqué dans cet article, je note que la question des violences faites aux femmes est survolée, quasiment accessoire dans le texte ;  elle n’est que prétexte à promouvoir l’idée d’une islamophobie généralisée en Europe. Instrumentalisation des luttes féministes s’il en est !

Le port d’un signe distinctif ostentatoire tel que le voile islamique, hijab, abaya… est un marqueur sexiste puisqu’il ne concerne que les femmes. Il est sensé marqué la pudeur des femmes face à l’avidité sexuelle des hommes, et par voie de conséquence,  accuse les femmes qui ne se voilent pas d’impudeur. Etrange manière de lutter contre les stéréotypes sexuels et sexistes et d’avancer vers l’égalité femmes-hommes. Dans l’espace public, c’est déjà difficile de voir à quel point le nombre de femmes soumises à ce diktat communautaire et religieux patriarcal est en augmentation, mais dans le milieu de l’entreprise ou des services publics, ce serait catastrophique pour les droits et libertés des femmes. Ce marqueur et drapeau de l’islamisme est une entrave à l’émancipation des femmes et la marche vers l’égalité femmes-hommes, nous ne le dirons jamais assez. Les musulmanes ne se voilent pas toutes loin de là, celles qui le font affichent une revendication politique.

Sur « la place des femmes musulmanes en Europe », je pense utile de rappeler que les femmes musulmanes n’ont pas de droits spécifiques en tant que musulmane, pas plus que les catholiques, les juives, les boudhistes, …, elles ont des droits en tant que citoyenne d’un état membre de l’UE, et en France citoyenne d’une République laïque.

Elles ont donc le droit de pratiquer leur culte dans leur sphère privée et intime, culte qui ne doit en rien interférer avec la vie de la République, ses institutions, ses services.

Dans l’entreprise, imagine t’on des salariés organisés et divisés selon leur conviction religieuse ? A quoi veut-on aboutir exactement ici ? A favoriser le vivre ensemble ou à afficher le religieux avant le reste, à exacerber les communautarismes, à diviser les citoyens d’un pays de l’UE, à fragmenter une UE déjà fort fragilisée ?

Des signataires de cet article sont aussi celles qui se revendiquent soit du féminisme essentialiste, relativiste, racialiste, intersectionnel, « pro-sexe »/queer d’une Joan Scott ou d’une Christine Delphy par exemple, ou du « féminisme islamique », aussi celles qui signent les tribunes exigeant la libération de Tariq Ramadan…, étrange coalition, pas étonnant qu’elle ait si peu à voir avec le féminisme. Pour s’y retrouver dans le féminisme, ses « versions » et dérives : https://christineld75.wordpress.com/2016/10/07/combien-y-a-t-il-de-feminismes/

L’action d’un tel Collectif représente un danger pour nos démocraties nationales comme pour l’Union Européenne. Il serait temps d’en prendre pleinement conscience. C’est-à-dire pour les féministes occidentales refuser toute alliance avec cette imposture de « féminisme », et pour les parlements et gouvernements, ne pas se laisser aussi facilement influencer, manipuler, et à l’inverse consolider le socle toujours imparfait mais irremplaçable de valeurs d’égalité sur lequel se fondent nos démocraties.

Christine Le Doaré

Le féminisme universaliste censuré par le « féminisme » universitaire francophone

Quand le féminisme universaliste est censuré par le milieu universitaire francophone, il est temps de se demander si le féminisme n’est pas tellement dévoyé aujourd’hui qu’il serait temps de le refonder.

https://christineld75.wordpress.com/2016/10/07/combien-y-a-t-il-de-feminismes/?wref=tp

Le relativisme culturel a le vent en poupe, les intersectionnelles, racialistes, post-coloniales, indigénistes, ont réussi, à force d’entrisme politique, à pervertir tous les mouvements sociaux, le mouvement des femmes n’a pas été épargné. Enfermer les femmes dans des communautés, origines, cultures et religions, pour mieux les diviser, le patriarcat n’aurait pas fait mieux.

Désormais, l’université francophone dite « féministe » est-elle aussi gangrenée par ces dérives essentialistes au service d’agendas politiques masculins.

L’odieuse censure de l’intervention sur le féminisme universaliste organisée par l’Institut Émilie du Châtelet et pourtant au programme du 8ème Congrès International des recherches sur le féminisme », en est une illustration de plus.

BOYCOTT !

Christine Le Doaré

Je reproduis ci-dessous le CP de l’IEC auquel j’adhère totalement. 

 

Le C0 de l’IEC communique :

« Le Café de l’IEC du 28 août 2018 a été déprogrammé par le CIRFF ! »

Paris, le 25 juillet 2018

Les intervenantes choisies par le Conseil d’orientation (CO) de l’Institut Émilie du Chatelet (IEC) pour introduire le Café de l’IEC  « Conditions et contours d’un féminisme universaliste, aujourd’hui »  avaient été agréées et programmées pour le 28 août 2018 par les instances de l’IEC et du CIRFF (8e Congrès international des recherches sur le féminisme dans la francophonie : voir ci-dessous le Programme, p. 118-119). Elles ont été récemment (4 juillet  2018) unilatéralement récusées par un Conseil scientifique du CIRFF, avec l’aval de la présidente de l’IEC. Pourquoi ?

Christine Le Doaré et Fatiha Boudjalhat sont connues pour revendiquer leur attachement à la laïcité, à la République et à l’universalité du féminisme. Elles avaient été invitées par le CO de l’IEC, en charge de l’organisation des Cafés, pour introduire le débat avec la salle, dans un espace de dialogue où tous les avis pouvaient se faire entendre, à l’instar des nombreux autres échanges prévus :

https://cirff2018.parisnanterre.fr/le-congres/programme/

Il faut dénoncer et faire publiquement connaître cette décision inique, antidémo-cratique et insultante pour les intervenantes comme pour les organisatrices ; elle relève de la censure : le féminisme universaliste est donc interdit de cité dans le milieu universitaire francophone, dit féministe.

Il est impossible, pour le CO de l’IEC — en tant que groupe de femmes fidèles à leurs idées et à leurs paroles — de céder à ces injonctions et de cautionner ces pratiques. C’est pourquoi, avec beaucoup de regrets et d’inquiétudes, nous avons décidé de nous retirer de l’organisation du Café de IEC du 28 août 2018.

Cette information est diffusée pour sortir de l’entre-soi et du catimini que le Conseil scientifique du CIRFF et la présidente de l’IEC, responsables de cette déprogrammation essaient d’imposer, tout en cherchant à se dédouaner de leurs responsabilités.

Salutations féministes.

Le CO de l’IEC, Christine Le Doaré, Fatiha Boudjahlat.

Copie extraite du Programme général

du 8e Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF2018), p. 118 et 119, publié en juin 2018

Mardi 28 août 2018 – Session 4                                                                 Amphithéâtre C2

             DEB006 : Conditions et contours d’un féminisme universaliste, aujourd’hui

Café IEC

Peut-on aujourd’hui parler encore du féminisme, et d’un féminisme se revendiquant universaliste, ou faut-il maintenant se référer à des féminismes ? Laïcité, voile islamique, abolition/ règlementation de la prostitution : les femmes s’opposent. Pourtant, l’égalité, l’éducation, l’autonomie économique, le droit au travail, les droits sexuels et reproductifs, le refus des violences… sont des revendications qui leur restent communes, partout. Peuvent ces

revendications s’inscrire aujourd’hui encore dans une démarche universaliste ?

Modératrice

FOUCHÉ Nicole

historienne, chercheuse CNRS-EHESS, Centre d’études nord-américaines (CENA), vice-présidente de l’association Réussir l’égalité Femmes-Hommes (REFH), membre du CO de l’IEC.

Intervenantes

AGAG-BOUDJAHLAT Fatiha

professeure en collège, ex secrétaire nationale du MRC en charge de l’éducation, juge assesseure  au tribunal pour enfants de Toulouse, féministe universaliste, auteure du Grand détournement : féminisme tolérance, racisme, culture.

« Féminisme intersectionnel, féminisme racialisé : à la fin, c’est toujours la femme qui

perd »

LE DOARÉ Christine

juriste conseil en entreprise et porte parole des « VigilantES. Égalité, émancipation, laïcité »

« Qu’est-ce que le féminisme quand il n’est pas universaliste ? »

 

ARRÊT SUR IMAGE Marche des Fiertés, on touche le fond !

ARRÊT SUR IMAGE présente un plateau de militants LGBT à l’occasion de la Marche des Fierté parisiennes 2018. (Voir vidéo jointe) Et c’est la consternation la plus totale.

Ces gens sont sensés défendre qui au juste ? Les droits des personnes homosexuelles, transgenres ? Ah bon vraiment ? Je sais bien que de dérives en dérives on en prenait le chemin, mais cette fois, nous avons bien touché le fond.

Pour représenter un mouvement de plus en plus délirant, un plateau TV sur lequel il n’y a aucune femme. Les lesbiennes n’existent pas, c’est bien connu. Pas de femme sur le plateau fait remarquer l’animateur, mais pas d’inquiétude, tout est résolu, un des hommes affirme ne pas en être un.  De manière sentencieuse, avec vanité et agressivité, ce type qui se donne toutes les apparences, tous les attributs d’un homme, de la calvitie à la barbe,  et qui donc bénéficie de tous les privilèges sociaux associés à son sexe, affirme dans un langage totalement abstrait qui n’a pour but que de rendre muet son interlocuteur, qu’il n’est pas un homme mais un binaire, et que le genre et l’apparence sont deux choses différentes. Ben voyons,  moi je suis un dauphin, pas du tout une femme !

En outre, cet homme, plus blanc que blanc sur un échelle de 1 à 10 rapport au taux de mélanine, met en avant des gènes pour partie Libanais pour affirmer qu’il n’est pas « blanc ».  Je n’avais pas compris que les Libanais étaient noirs ?! Allo Pantone ?

Et qui d’autre dans cette belle brochette de représentants LGBT ?

Thierry Schaffauser escorte de luxe du STRASS, qui pense représenter les droits des gays et des Trans contraints de se prostituer pour vivre, pourcentage infime des personnes prostituées et trafiquées. Ce que vivent les femme trafiquées, violées par des clients à la chaîne, il ne l’imagine même pas, il régurgite la rhétorique hygiéniste du 19 ème siècle : donnez leur des capotes et ne vous occupez surtout pas de l’oppression, de l’exploitation, ni des traumatismes, encore moins des violences. Complice objectif du système prostitueur et des inégalités femmes / hommes.

Le 3ème représente le collectif PinkWashing, prétexte à l’antisémitisme que la liberté des gays et lesbiennes d’Israël insupporte et qui n’intervient jamais pour défendre la violente répression envers les LGBT dans la plupart des pays arabes (interdits partout, notamment en Palestine, pendus en IRAN…) mais ce n’est pas grave, du moment que l’on tape sur Israël. Ce groupuscule appelle cette année à prendre la tête de la Marche des Fiertés, entre personnes exclusivement Queer, Trans, racisé.e.s et non-mixte ? ! C’est-à-dire ? On fait comment, on prend un nuancier Pantone, qui décide, qui exclue ? Et dans le cas d’un couple mixte (deux personnes de couleur différente), on s’ignore pendant la journée ?
Quel rapport avec l’homosexualité ? Quel rapport avec l’orientation sexuelle, la liberté d’aimer une personne de son sexe et le vivre en plein jour, avec la lutte contre les discriminations et les violences… ?

Je refuse à ces gens le droit de me représenter, et je demande aux médias de penser un peu à ce qu’ils nous donnent à voir et à penser. Quel est le problème de ces gens ?  Quels frustrations, échecs et problèmes existentiels tentent-ils de régler en prenant en otage ce que d’autres organisent, en infiltrant tous les mouvements sociaux pour les pervertir ?

Ces gens constituent posent problème à plus d’un titre, mais en particulier pour les droits des femmes. Les féministes devraient le réaliser très vite et agir en conséquence car avec de tels discours, le féminisme n’aura bientôt plus de raison d’être puisque des hommes peuvent se revendiquer à leur guise, soit homme, soit femme, soit non binaire, (et pourquoi pas ectoplasme !), comment dans ce cas articuler des luttes et revendications contre la domination masculine,  alors que les femmes continueront de subir discriminations et violences de sexe. Ce mouvement queer, gender, non binaire… est la plus grosse arnaque patriarcale du siècle, pas étonnant que cette tendance ait tant d’affinités avec les courants identitaires, indigénistes, anticoloniaux.
Ces gens sont de dangereux individu.e.s prêt.e.s à tout pour imposer leurs théories fumeuses, et les médias comme les universitaires leur facilitent tellement la tâche, en leur offrant tous les tremplins possibles. Une fois les Etudes féministes remplacées par les Etudes de Genre, il n’y avait plus qu’à foncer, c’est fait. Pendant ce temps là, trop de féministes font diversion avec des distributions de tampon ou autres campagnes guère prioritaires, et leur laissent le champ libre.

Féministes, gays et lesbiennes universalistes, réveillez-vous, et barrez la route à tous ces champions de la division et de la haine avant qu’il ne soit trop tard !

Indigénistes, mouvance décoloniale, etc.,  un cortège racialiste, excluant, prend la tête de la MarchedesFiertés 2018 à Paris. L’inter-LGBT laisse faire. Des complicités constantes ont facilité l’entrisme de ces groupuscules, et leur récupération du mouvement LGBT (ou devrait-on dire, gay et trans.) depuis des années ; désormais ce mouvement pris en otage, comme tant d’autres mouvement sociaux, ne sert plus les droits et libertés des personnes homosexuelles, il pourrait même les mettre rapidement en danger. 

PIR MarchedesFiertés

#BalanceTonPorc et maintenant ?

Je ne reviens pas sur l’affaire Harvey Weinstein, ni sur la vague des dénonciations #BalanceTonPorc viral sur les réseaux sociaux. Nous verrons avec le temps si ce raz-de marée capable d’atteindre partout dans le monde, ceux qui jusqu’alors bénéficiaient du silence, peut modifier en profondeur et de manière pérenne, la manière dont tant d’hommes appréhendent les femmes, peut reléguer au placard, le système patriarcal.

 

Quasiment toutes les femmes, (quelques hommes aussi), subissent au moins une fois dans leur vie quand ce n’est pas quasi-quotidien, une ou plusieurs formes de harcèlement à caractère sexuel. Il peut s’agir d’une remarque ou insulte vulgaire, d’une menace comme de violences sous la contrainte  (sifflements, propositions, injures, gestes, violences…) ; cela peut se produire dans l’entourage, à l’école, au lycée, à la fac, dans l’entreprise, dans la vie associative, dans la rue, dans les transports, en fait partout et tout le temps.

Les données disponibles sur les violences sexuelles sont impressionnantes, pourtant elles ne représentent qu’une infime partie des agressions ; en outre, de nombreuses formes de harcèlement ne font quasiment jamais l’objet de plainte. Qui porte plainte pour avoir été suivie, pour attouchements dans le métro ou dans la rue ? Contre qui ?

Personne ne l’ignore, tout le monde l’a intégré de manière plus ou moins consciente et jusqu’à l’affaire Weinstein, car il semble bien qu’il y aura un avant et un après, la société (mises à part les militantes féministes et pro-féministes), s’en accommodait et faisait silence.

Pourquoi ?

 

Il est banal de critiquer des systèmes d’exploitation et de domination notamment économiques,  il est à la mode de parler de colonisation et d’esclavage, en revanche, reconnaître que pendant des siècles, la moitié de l’humanité a vécu dans un système d’oppression globalisé, le système patriarcal,  n’est toujours pas à l’ordre du jour. Certaine femmes disposaient d’un peu plus de libertés et privilèges que la moyenne, mais il s’agissait bien d’un système de domination opprimant les femmes dans leur ensemble, système qui depuis peu cède du terrain et encore, pas complètement ni partout.  L’émancipation des femmes, à l’échelle de l’humanité, est d’ailleurs très récente.

Depuis leur plus jeune âge, les enfants sont élevés dans un système genré qui ne signifie pas différences mais positionnement social : même les vêtements leur rappellent qu’ils vivent dans le rose ou dans le bleu. Même les bébés y dont droit, les tenues de bébé sont agrémentées de fanfreluches pour les filles. L’hyper-sexualisation des petites filles, adolescentes puis femmes ne dérange pas grand-monde et fait les choux gras des business publicitaire et de la mode. Dès l’école primaire les enfants intègrent que « le masculin l’emporte sur le féminin », etc.

Il existe des femmes tellement imprégnées par ce conditionnement social qu’elles trouvent une gratification dans les formes les plus légères de harcèlement, ne faisant même pas la différence avec la séduction. Et pour cause : les femmes sont encore très souvent considérées comme des objets sexuels et les puissantes industries du sexe (pornographie, prostitution…) y veillent.

De nombreuses « féministes », notamment dites « pro-sexe » revendiquent d’ailleurs de jouer avec ces codes et encouragent les industries du sexe à prospérer, allant jusqu’à proposer un marché qu’elles prétendent alternatif, allant jusqu’à se faire objectivement complices du système prostitueur, en tous cas lui permettant de se développer sans limite comme par exemple en Allemagne et autres pays ayant légalisé la prostitution.

D’autres « féministes » à l’inverse revendiquent la « mode pudique » et se couvrent pour échapper aux prédateurs, cédant elles aussi aux injonctions patriarcales sexistes mais aussi religieuses.

Dans les deux cas, leurs réponses conviennent parfaitement à l’oppresseur qui garde le contrôle et tire les ficelles à sa guise. Les féministes et pro-féministes en revanche qui ont une conscience aigüe du fonctionnement du système patriarcal, ont bien compris qu’il s’agit là d’impasses.

 

Alors demain ?

Le harcèlement a profité de la « culture du viol » dans laquelle, la supériorité, la puissance et la domination masculine sont valorisées. Les harceleurs avaient un sentiment d’impunité renforcé par le fait que beaucoup de victimes sont mineures la première fois qu’elles y sont confrontées.

Et tout ceci ne va pas changer facilement, même après l’affaire Weinstein.

Des lois sont certes en préparation (définir le harcèlement de rue, allongement du délai de prescription à 30 ans, fixer un âge de consentement – pas avant l’âge de la majorité serait cohérent), mais la difficulté de porter plainte, le laxisme de la justice qui ne protège pas assez les victimes, et au contraire, organise la récidive, est un sérieux obstacle.

Tant que nous vivrons dans un système patriarcal, avec sa culture de domination/soumission, un changement radical n’est tout simplement pas possible. Vous connaissez un système d’oppression qui œuvre à sa propre destruction ?

 

Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que le harcèlement n’est pas un phénomène indépendant que l’on peut combattre isolément du reste : c’est l’une des manifestations de la domination masculine. Certes l’élan #BalanceTonPorc sonne comme le rejet massif d’un mode de fonctionnement machiste toléré depuis si longtemps, mais sans un reversement du  système patriarcal, que peut-il vraiment ?

Si les femmes, les hommes, les gouvernements, si les sociétés dans son ensemble veulent sur la lancée de ce hashtag anéantir le harcèlement et les violences sexuelles, elles ne doivent pas seulement viser l’égalité formelle, pas seulement prendre quelques textes qui seront plus ou moins bien appliqués, mais remettre en question tout un système culturel et social, ses représentations, ses croyances, ses valeurs. Dès le plus jeune âge, dès la crèche, la maternelle et tout au long de la vie des personnes, l’éducation, les actions de prévention doivent éradiquer tout sentiment, toute manifestation de discrimination sexuelle, et tout privilège  attribué à l’un des sexes au détriment de l’autre ; doivent promouvoir sans relâche, la liberté et le respect de l’autre, de ses différences sans jamais les hiérarchiser.

Aucun système de domination ne devrait séparer l’humanité en deux et organiser l’exploitation, l’oppression, notamment le harcèlement sexuel,  de l’une partie par l’autre.

Christine Le Doaré

 

Article 222-22 du code pénal : les agressions sexuelles consistent en une atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte ou surprise : il s’agit de tout acte de nature sexuelle, non consenti.

 

Mise à jour dimanche 29 octobre, après le Rassemblement Paris 

Rassemblement #meetoo #BalanceTonPorc Paris République 15h. 
C’est pénible, décourageant même d’avoir souvent les bonnes intuitions.
Je me doutais qu’il n’y s’y passerait pas grand chose, pourtant j’y étais. Un tel élan mondial contre le harcèlement et les violences sexuelles çà ne se boude pas, même s’il manque une stratégie et de solides objectifs collectifs pour parvenir à changer en profondeur, le contrat social entre les sexes, pour parvenir à renverser vraiment la domination masculine.

C’était comment ?
Allez, 300 personnes au très grand maximum. Un confetti à l’échelle de Paris. Bon, 60 à Nantes, c’est toujours mieux. Encore que ?
En plus, il fallait retrancher :
– la garde révolutionnaire « Nuit debout » même si réduite à peau de chagrin, elle occupe toujours partie de la Place.
– les passants et les touristes qui regagnaient leur hôtel.
– les caméras en surnombre.

Qu’ai-je vu ?
Quelques pancartes témoignages ou slogans vraiment fort à propos mais trop rares.
Ex : ce garçon qui a probablement la chance d’avoir une maman et/ou un papa féministe.s « Éduquez vos garçons », et puis : « On ne se taira plus », ou encore : « Les victimes dénoncent à quand les jugements ? ».
D’autres pancartes auxquelles je n’ai rien compris et enfin des pancartes qui m’ont faite bondir comme par exemple : une citation de Germaine Greer mal comprise (contresens), et puis « chatte en grève » ou « Angry pussy » (comprenez chatte en colère) des EffrontéEs. Tenez-vous bien « chatte » en grève ! Pour lutter contre le harcèlement et les violences se réduire soi-même à des organes généraux/sexuels ?! 😡

Il y avait :
– quelques femmes venues pour témoigner, dans l’esprit de l’appel (très peu) quelques poignées,
– quelques couples, familles, hommes en soutien, très très peu. Il va d’ailleurs falloir arrêter de soutenir mais se retrousser les manches et agir.
– beaucoup de caméras, journalistes et autres, tout passe par l’image de nos jours comme on leur fait dire ce que l’on veut,
– les groupuscules « révolutionnaires habituels » contre toutes les oppressions « cis-(comprenez bio), white,…power…
Comment dire ? Un peu repoussoir ? Surtout quand on écrit partout dans son enclos « pas d’homme cis ici » ! Perso je commence à penser que sans un vaste mouvement d’hommes pro-féministes (mais en dehors de nos « jupes ») capable de mobiliser et convaincre les autres hommes qu’il est temps de changer le disque dur, rien ne changera jamais durablement,
-des vieilles militantes féministes (dont moi), pleines d’espoir (ça va reprendre),
– une très grosse délégation de l’Alliance des Femmes (A. Fouques survivors).
-Clémentine A qui repérerait une caméra même sur des docks londoniens en plein pic de fog
– Caroline D H qui se demandait quels trottoirs de la Place on pourrait encore élargir ?
-…

Alors pourquoi ce qui déclenche une vague gigantesque sur les réseaux sociaux, fait un flop criant quand il s’agit de se rassembler et d’agir ensemble ?
Je n’ai rien vu aujourd’hui de bien pensé, informé, articulé. Globalement cela donnait l’impression d’un pauvre bricolage. Rien à voir avec l’intelligence, l’impertinence, l’imagination, la riche créativité des mouvements des années 70…
cet élan viral à l’image de nos sociétés désormais manque t’il de fond, d’un consensus sur le fond, sur la forme et surtout sur la stratégie ?
Est-il trop individualiste, pourtant ça ne devrait pas, chaque femme est concernée. Tout ce qui est dénoncé est vrai et d’une bien plus grande ampleur encore.
En quoi le féminisme universaliste peut-il aider à construire un projet de société libéré des rapports de domination/soumission de la domination masculine ?
Il va falloir commencer par se poser les bonnes questions. Sinon, ce bel élan risque de ne pas être aussi concluant que nous pouvions être en droit de l’espérer.

#BalanceTonPorc et maintenant ?
https://christineld75.wordpress.com/…/balancetonporc-et-ma…/

Féministes contre les extrémismes religieux

CWdpoOSWwAEx-mgLes extrémismes/intégrismes religieux profitent toujours des périodes troublées pour revenir à la charge. Même au « pays des Lumières » rien n’est définitivement acquis, les extrêmes tentent de s’imposer par la censure ou par la mobilisation politique (comme dans le cas du mariage pour tous, par exemple).

Mondialisation, crises économiques et conflits en tous genres, ont poussé des populations à se réfugier en orient, dans des organisations (Frères musulmans…) et des régimes politico-religieux islamistes ; alors qu’en occident, les courants religieux réactionnaires ont mobilisé contre le mariage ouvert aux couples de même sexe, et sont toujours vent debout contre l’avortement.

Dans le mouvement féministe et plus généralement les mouvements progressistes, il est ordinaire de lutter contre les catholiques intégristes obsédés par la hiérarchie des  genres, par la sexualité des femmes, et par l’homosexualité. Beaucoup de combats féministes ont consisté à s’opposer aux restrictions de liberté imposées aux femmes par des dogmes religieux emprunts de misogynie, et à s’affranchir des rôles traditionnellement impartis aux genres féminin et masculin.

En revanche, lutter contre l’influence de l’islam politique est moins consensuel. Les musulmans bénéficient pour une partie de la gauche, du statut jadis reconnu à la classe ouvrière opprimée. Par voie de conséquence, critiquer ce qui, d’une manière ou d’une autre,  relève de l’islam est tabou. Une partie du mouvement antiraciste a  substitué à la lutte contre le racisme, la lutte contre l’ »islamophobie ». Il ne s’agit plus tant de combattre les discriminations et violences à raison de  l’origine ou de la couleur de peau, que d’empêcher toute critique d’une religion, même quand elle vise à contrôler et à inférioriser les femmes. Les règles, coutumes et traditions communautaires à caractère religieux qui enferment les femmes sont peu contestées par peur d’être jugé «islamophobe».

 

Le contexte étant posé, comment lutter contre les intégrismes religieux ? Selon moi,  il est important de commencer par se mettre d’accord sur ce qu’est et ce que n’est pas le féminisme :

Il n’y a pas un seul féminisme, des clivages sont apparus dès le début, puis dans les années 70 entre des tendances luttes de classe et psychanalyse et politique ; puis apparurent les théories queer post-modernes américaines qui visent à abolir le genre et ce faisant disqualifient les luttes féministes, etc.

– Il devrait être possible de se mettre d’accord sur ce qu’est à minima, le féminisme  :

  • reconnaitre que la moitié de l’humanité en tant que groupe/classe des femmes, est toujours dans une situation d’infériorité/inégalité par rapport au groupe des hommes,
  • œuvrer pour une autonomie et maitrise totale par les femmes, de leur corps (intégrité physique, mentale, sexuelle, sexualité, reproduction…), et de leur vie (éducation, couple, famille, santé, emploi…),
  • viser l’égalité réelle en solidarité avec les femmes du monde entier qui subissent toutes, quelle que soit leur origine ou couleur de peau, culture ou religion, des discriminations et violences inhérentes au système patriarcal.

Le féminisme universaliste est un combat universel contre la domination masculine.

– Il devrait être tout aussi facile de se mettre d’accord sur ce que ne peut pas être le féminisme. Il ne suffit pas de se prétendre féministe pour l’être, les impostures hélas ne manquent pas.

Depuis les années 2000 a émergé un « féminisme » relativiste qui a pour caractéristique de réduire des femmes à une identité (régionale, culturelle, religieuse…). Ce féminisme qui consiste à aménager l’oppression est une adaptation aux exigences traditionnelles, communautaires, religieuses. Il n’est pas apparu spontanément mais concomitamment  à l’influence grandissante au sein même des institutions internationales, de pays au régime politique islamique, tel que par exemple l’Arabie Saoudite (qui a rejoint récemment la Commission des Droits de la Femme à l’ONU!). Ces pays financent dans le monde entier, des groupes dits « féministes » qui en réalité, remettent en question des fondamentaux du féminisme.

Ces pays se sont attaqués, à l’ONU notamment, au caractère universel des Droits des femmes, en imposant la nécessité de prendre en compte des spécificités régionales. Ce relativisme culturel a engendré des « féminismes » identitaires, tel le « féminisme islamique » et ses variantes : « dé-colonial »… (En France : c’est notamment l’association « Femmes dans la mosquée » de Hanane Karimi …),  c’est un « féminisme » communautaire, racialiste et donc par nature essentialiste et différentialiste.

Nous constatons que ces « féminismes » séparent les femmes les unes des autres au profit d’autres luttes que celles contre le patriarcat. Comment pourrait-il en être autrement alors que les  traditions et religions ont toujours été l’instrument le plus  répressif du système patriarcal. Renvoyer des femmes à leur religion, leurs traditions, leur communauté, leur culture pour les isoler des autres femmes, retarde notre émancipation collective. 

Il n’existe pas plus de « féminisme » islamique que chrétien ou juif, c’est une imposture car il n’y a pas d’aménagement possible de l’oppression : le féminisme ne s’adapte pas aux règles posées par l’oppresseur, il les renverse, les dépasse pour l’émancipation de toutes et tous.

 

Une fois le féminisme défini, comment résister à sa récupération et à son dévoiement ? :

– Se méfier de certains concepts, comme »islamophobie», »intersectionnalité» ou « inclusif » très prisés par les défenseurs du relativisme culturel. Certes, les oppressions se surajoutent :  à l’évidence, être femme, noire, et pauvre par exemple, est autrement plus difficile à vivre que d’être blanc et aisé. Le racisme et la xénophobie, l’antisémitisme, comme le sexisme et l’homophobie/la lesbophobie, tous les préjugés et rejets de l’autre doivent combattus, mais renvoyer des femmes à leur groupe d’origine ne peut constituer une solution. Comment un repli identitaire pourrait-il les/nous affranchir de la domination masculine qui traverse toutes les origines comme toutes les classes sociales ? L’ »intersectionnalité » comme les « féminisme décolonial », « féminisme inclusif »,  le plus souvent noient les revendications des femmes dans les agendas masculins. Comment pourrait-il en être autrement là aussi : le machisme n’a jamais eu besoin de l’occident ni des colonisateurs pour exister.

– Refuser la banalisation du « féminisme » relativiste, islamique ou autre, s’opposer à la « mode pudique », au « Hidjab day » de Sciences Po et aux groupes tels que Lallab (*) par exemple.

L’islam politique veut imposer le voile, la mode dite «pudique » l’aide à y parvenir en  dépolitisant son caractère religieux : prétendre que des femmes s’affichent couvertes dans l’espace public pour des raisons esthétiques, comme s’il s’agissait de n’importe quel autre accessoire, est perfide. Le voile est l’étendard de l’islamisme, il affiche visiblement et via les femmes, sa progression, mais s’il est banalisé en étant dépolitisé par la mode, il devient alors facile de le généraliser. En revanche, les féministes universalistes ont  plus de mal à le combattre pour ce qu’il est vraiment, même si, paradoxe stupéfiant quand on y songe,  de nombreuses musulmanes dans le monde, se battent contre ce même voile.

Le crédo de l’association « féministe islamique » Lallab est de rejeter le « féminisme blanc » pour imposer des spécificités communautaires et religieuses, en particulier l’acceptation du voile islamique. Lallab cautionne et développe en les intégrant, des règles de conduite, des obligations prescrites seulement aux femmes ; se faisant, l’association s’adapte à l’oppresseur et devient un porte-parole comme un autre, du système patriarcal. Lallab cautionne un apartheid genré et contribue à pérenniser un système d’oppression, c’est donc une indéniable récupération du féminisme. Pourtant, ce groupe accusé de détourner des subventions publiques en recrutant des services civiques, a été défendu par nombre d’associations féministes aveuglées par une idéologie islamo-gauchiste qui peu à peu a convaincu à l’extrême gauche et plus largement.

– Réveiller le mouvement féministe qui se laisse séduire par ces « nouveaux féminismes » promus massivement dans les médias et milieux universitaires. Combien d’émissions de radio et articles de presse ces dernières années sur ce qui nous est vendu comme « nouveau féminisme » ? On ne les compte plus.

 

Dénoncer l’imposture sans complaisance, résister pied à pied à la récupération ne suffisent pas, le féminisme universaliste doit aussi construire des alliances :

  • Avec les groupes féministes laïques tels que par exemple le groupe « Femmes sans voile d’Aubervilliers » en France et d’autres ailleurs, relayer leurs actions, en organiser en commun.
  • Avec les intellectuel.le.s  et militant.e.s qui résistent dans le monde arabe, au Maghreb, en Egypte, également en Iran, etc. Relayer leur parole et les soutenir.
  • Avec les mouvements laïques qu’il faut éclairer sur la domination masculine ; quelques exceptions mises à part, ils ont souvent tendance à  s’afficher féministe uniquement quand il s’agit de contrer les religions.

 

Christine Le Doaré

(*) Lallab : voir l’article d’Ikhwan infos  (les deux fondatrices sont d’anciennes étudiantes de Pascal Boniface …).    http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11198

 

Féminisme, racisme, Lallab etc., la grande confusion

 

J’en ai l’intuition depuis pas mal de temps et l’affaire de Lallab (*1 / *2) et du service civique me le confirme, n’est pas féministe qui veut.

Certaines formes de « féminisme » (essentialiste, victimaire…) n’ont en réalité pas grand-chose de politique, au sens où elles ne visent pas à renverser le système patriarcal mais à s’en accommoder, à l’adapter au mieux, parfois dans l’intérêt des femmes, mais toujours à court terme, et en le pérennisant.

Les féministes matérialistes et universalistes se sont toujours préoccupées de la vie des femmes au sein de la famille nucléaire, dans le monde du travail, et plus généralement à tous les niveaux de la vie sociale, culturelle et politique d’un pays. Certaines se sont attachées plus spécifiquement à un domaine, qu’il s’agisse de l’emploi, des violences, de la sexualité… mais toutes avaient en tête un projet de société féministe et humaniste, bien au-delà de la seule égalité FH, un projet collectif dans lequel tout rapport de pouvoir et de domination serait contesté et bientôt inenvisageable.

Pour le féminisme politique, il ne s’agit pas seulement de mettre des pansements là où ça fait mal, mais de viser une société humaniste, en évitant de calquer de vieux modèles, marxistes ou autres, qui n’ont aucunement fait leurs preuves. De plus en plus de « féministes » perdent de vue cet objectif, se contentent par exemple pour certaines, de se focaliser sur une problématique (le harcèlement de rue, le manspreading…). A notre époque, cette question devrait être prise en charge par des politiques publiques efficaces (certes avec l’aide d’associations maitrisant leur sujet) et les féministes être libres de travailler aussi sur un projet de société alternative.

C’est un piège de se laisser enfermer ainsi, de ne plus prendre de hauteur, de ne plus avoir de vision à long terme ni même de ne plus savoir ce que féminisme veut dire. C’est ainsi que des groupes de femmes comme Lallab peuvent se regrouper autour de problématiques communautaires et/ou religieuses et se prétendre féministes. En réalité, elles ne font que prendre en compte des normes et obligations patriarcales faites aux femmes de leurs communautés et consentir à un « féminisme » adapté. Elles vont en effet défendre à court terme l’intérêt de certaines femmes, dans certaines circonstances, mais aussi contribuer à pérenniser le système.

Il est d’ailleurs fort logique que d’autres « féministes » les adoubent, en particulier celles d’une certaine extrême gauche en prise à un relativisme culturel qui consiste à lier oppression à traditions et donc admettre que certaines violences soient culturellement justifiées ; et les « queer féministes » qui sont tout de même parvenues à substituer les études de genre aux études féministes et ainsi gommer les discriminations et violences subies par le seul groupe social des femmes (ce groupe n’existerait plus puisque désormais les êtres humains s’identifieraient selon leur bon vouloir.).

Quand des féministes universalistes contestent cette récupération (« Combien y a-t-il de féminismes ? *3), ce dévoiement du féminisme, elles sont immédiatement accusées de racisme de manière aussi systématique qu’absurde. Si la diffamation n’était pas si grave, ce serait comique. Pour rappel, le racisme est une idéologie qui admet l’existence de races humaines (et non d’une seule espèce humaine) et affirme sans aucun fondement scientifique qu’elles ne seraient pas égales entre elles. Dans tous les cas, l’islam n’est pas une « race », c’est une religion et donc une croyance. Critiquer le conservatisme, sexisme, lesbophobie/homophobie des religions est progressiste et féministe et fort admis lorsqu’il s’agit d’autres religions que l’islam ; c’est d’ailleurs fort couru et à juste titre, vis-à-vis de l’église catholique parmi l’extrême-gauche et les « queers » auxquels je viens de faire référence, mais l’islam est taboue et ses interprétations plus ou moins fondamentalistes peuvent servir à contrôler et opprimer les femmes.

Contrairement à ce qu’ont prétendu des féministes égarées telle Christine Delphy (*4), les féministes universalistes et laïques ne sont pas racistes, bien au contraire, elles sont solidaires des femmes du monde entier qui subissent les discriminations et violences du système patriarcal ; elles ne sont pas complaisantes, encore moins condescendantes, elles combattent la perversité du relativisme culturel ; en revanche, la condescendance vis-à-vis de personnes issues d’une autre culture/religion qui seraient incapables de savoir ce qu’émancipation et liberté veulent dire, est à l’inverse la manifestation d’un profond racisme, qui s’ignore peut-être mais néanmoins bien réel.

Les personnes qui se revendiquent du féminisme devraient s’interroger sur ce concept, cette lutte, ce projet de société. L’exécrable confusion qui s’étend, empire d’année en année, vide lentement mais sûrement le féminisme de son sens originaire. Bientôt, à force de dévoiement, il ne signifiera plus rien et tout le monde pourra s’en emparer pour le morceler à l’infini, puis le néantiser.

Christine Le Doaré

 

*1 Lallab et islamisme – IKHwan infos :

http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/11198

 

*2 Lallab et service civique – prochoix

http://www.prochoix.org/wordpress/?p=1071

 

*3 Combien y a-t-il de féminismes ? :

https://christineld75.wordpress.com/2016/10/07/combien-y-a-t-il-de-feminismes/amp/

 

*4 Christine Delphy, la supercherie :

https://www.google.fr/amp/s/christineld75.wordpress.com/2015/07/24/christine-delphy-la-supercherie/amp/

 

 

 

 

 

 

 

Oui Anne Hidalgo, le racialisme est un racisme

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Comment qualifier un festival qui discrimine fonction de la couleur de peau, de l’origine ou de l’ethnie  ?  De ségrégationniste ? En tous cas ça y ressemble, même si pour contourner l’interdit, un atelier du festival « Nyansapo » organisé par le collectif « afro-féministe » Mwasi, serait « ouvert à tous » pour environ 20% de la programmation.  Un coup d’oeil sur la pigmentation de sa peau et pour peu qu’elle soit un peu trop blanche, on se sent tout de suite  encouragé.e.s à participer !  En réalité, il s’agit d’une récidive (Camp d’été décolonial de l’an dernier) et les organisatrices sont connues pour appartenir à la nébuleuse « féminisme différentialiste » par opposition au féminisme universaliste :  (féminisme islamique, afro-féminisme, Parti des Indigènes de la République…) ;  il suffit de lire les tweets de Sihame Assbague, Widad.K qui parle des « larmes blanches d’Anne Hidalgo » (*1.) et des autres, toutes plus ou moins proches du PIR (Parti des Indigènes de la République) pour comprendre les objectifs de ce festival et plus généralement de cette tendance.

Cette mouvance de l’entre soi se revendique de l’intersectionnalité des luttes, concept intéressant s’il ne servait surtout à détourner les femmes des luttes féministes au profit d’autres agendas politiques.
Cette mouvance passe plus de temps à accuser le seul colonialisme européen qu’à lutter contre les périls immédiats de l’islam politique et autres régimes totalitaires ;  plus de temps à critiquer un « féminisme blanc » que d’exprimer préoccupation et solidarité envers les femmes qui subissent les diktats de la charia ici et ailleurs ou les féminicides en Amérique du sud ou encore les reculs en matière d’avortement comme en Pologne, ….
Cette mouvance divise le mouvement féministe, oublie ses fondamentaux : lutter pour que cesse l’appropriation du corps et des vies des femmes dans la sexualité et la reproduction et lutter pour parvenir à l’émancipation des femmes et de tous par la suppression des rapports de domination genrés et autres, qu’ils viennent d’une culture, d’une autorité supérieure culturelle ou religieuse ou de l’entourage (fils, frère, père, mari, communauté). (*2)
Ce féminisme se dilue dans le système patriarcal car non seulement, il prend en compte des spécificités communautaires, et donc s’adapte à l’oppresseur, mais en plus il se trompe d’adversaire, assimilant globalement les femmes qualifiées de « blanches » à l’oppresseur. Il se complet dans une haine raciste de l’autre, « la blanche » qui ne peut plus être la soeur, la complice, la camarade de lutte, mais l’ennemie de race ! Au 21ème siècle, c’est une bien étrange manière de lutter contre le racisme, on ne s’attendait certainement pas à ce qu’une telle déviance se développe au sein des mouvements feministes !
Alertée par la LICRA, soutenue par SOS Racisme, Anne Hidalgo souhaite interdire un tel festival,  on ne peut que l’en féliciter même si plutôt que de l’interdire, il faudrait peut-être et surtout commencer par empêcher qu’il puisse se tenir dans des locaux appartenant à la Ville de Paris ou à une quelconque institution financée par les pouvoirs publics.
Dans Libération, un article sur le sujet fait référence à Christine Delphy qui en mai 2006, rappelait « l’importance de ce mode d’organisation dans le mouvement féministe des années 70 » et expliquait : «La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’autoémancipation. » (*3)
Certes, mais ce que la sociologue féministe (jadis matérialiste, défendant désormais des thèses différentialistes, essentialistes, racialistes), oublie de dire, c’est que  racisme et  sexisme ne sont pas assimilables.
Que des journalistes confondent et établissent un parallèle qui n’a pas lieu d’être entre les luttes féministes et l’anti-racisme, peut être compréhensible, mais de la part de Christine Delphy, c’est impardonnable.
Cette universitaire le sait parfaitement la non-mixité basée sur une prétendue race n’est en rien comparable avec la non-mixité du mouvement féministe :
–  les luttes féministes concernent la moitié de l’humanité alors que les couleurs de peau, les origines, les religions et croyances sont aussi diverses qu’innombrables,
–  les luttes féministes sont universelles et non fondées sur l’origine, l’éthnie, la « race » ou la couleur de peau car les femmes sont sur toute la planète  discriminées et agressées par un socle commun de discriminations et de violences sexistes et sexuelles ;  pour autant, personne ne nie que des violences spécifiques touchent certaines femmes fonction du pays dans lequel elles vivent ou de leur communauté d’origine et/ou religieuse.
D’ailleurs, il existe nombre de passerelles, groupes et évènements mondiaux organisant un travail en commun et des solidarités. Mais la mouvance ségrégationniste dont nous parlons s’acharne à effacer ces liens qui l’incommodent car les feministes qui vivent dans le monde musulman s’organisent le plus souvent contre les interdits religieux tels que le voile et autres vêtements islamiques, l’excision, le marriage forcé, … sujets dont elles ne souhaitent pas parler par crainte de stigmatiser leurs communautés.
Une fois de plus le relativisme culturel fait la démonstration de sa condescendance, l’émancipation ne serait pas souhaitable pour toutes les femmes, tout dépendrait de ce que leur couleur de peau, origine, culture ou religion, en fait de ce que leur communauté, décide pour elles ;  communautarisme versus universalisme.
Je parie que défendre ce festival va beaucoup motiver  l’anti-racisme dévoyé, les féministes qui surfent sur l’ambiguïté intersectionnelle, les islamos-gauchistes *(4), les catho-alter mondialistes… qui occupent le devant de la scène universitaire et médiatique ;  en revanche, les féministes universalistes, les laïques et  tous les progressistes qui  ont soupé jusqu’à l’indigestion de ce gloubi-boulga mortifère sont satisfaits de voir enfin des responsables politiques prendre leurs responsabilités.
Christine Le Doaré
( *1.)  :

Widad.K a retweeté Anne Hidalgo

Je suis sure qu’elle a attendu le ramadan exprès pour qu’on ne puisse pas boire ses white tears

Widad.K ajouté,

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 (*2)

Irréductiblement féministe : Combien y a t’il de féminismes ? :

https://christineld75.wordpress.com/2016/10/07/combien-y-a-t-il-de-feminismes/

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 (*3) Christine Delphy, sociologue  préside une association de mamans (mamans pas mères) musulmanes qui veulent porter le voile pendant les sorties scolaires,  il leur serait impossible de le retirer, même très ponctuellement et même dans l’intérêt des enfants.
Irréductiblement feminist : Christine Delphy, la supercherie :
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(*4) Irréductiblement feminist : Islamo-gauchistes prenez-nous pour des cruches :

Féministes ? Ma Chapelle oui !

Ils zonent et opèrent des trafics, ici revente de cigarettes, elles s’occupent des enfants

Dans le quartier du métro La Chapelle dans le 18ème arrondissement de Paris, depuis longtemps la vie est compliquée. Hormis la Halle Pajol et le jardin d’Eole plus haut, au métro Marx Dormoy, le quartier est délaissé. Je le connais bien et depuis longtemps.

Urbanisme : rénovation immobilière inexistante, palissades, grillages sous le métro aérien,… (Un jardin partagé récent, plutôt désert, samedi 20/05/ à 14:00 : une personne)…

Commerces : boui-boui en pagaille, ouvrages qui nous parlent des « devoirs de LA femme » ou de sa pudeur, vêtements d’un autre temps pour mieux l’enfermer et l’entraver… (Rue Jean-Pierre Timbaud c’est pas mal non plus)…

Propreté en berne, pissotières à ciel ouvert, odeurs nauséabondes …

Trafics en tous genres et à la vue de tous, contrebande de cigarettes proposées à tous y compris aux mineurs, produits dangereux,…

Drogues, prostitution, petits caïds et mafias font leur loi…

Harcèlement des femmes, insultes, menaces, contrôle et peur … ;

Les habitants se débrouillent comme ils peuvent avec leur environnement. Là comme ailleurs, (car cette situation n’est pas limitée à La Chapelle mais se retrouve dans nombre de quartiers de Paris, de banlieue, et dans toutes les grandes villes en France), ce sont les populations les plus vulnérables, en particulier les femmes qui trinquent le plus. Les femmes sortent pour faire les courses, gamins sur le dos, accrochés au chariot et à la poussette, les enfants, vous comprenez, c’est leur affaire ; les hommes eux, ont mieux à faire. Ils occupent l’espace public, rues, squares, cafés, par groupe, communauté, business, selon des règles connues d’eux seuls.

Les pressions communautaires sur les femmes sont criantes, dehors pour faire les courses et s’occuper des enfants, elles sont majoritairement voilées quand elles ne portent pas hidjab et abayas.

Paradoxe s’il en est, dans ce quartier de grande mixité, chacun.e semble enfermé.e dans sa communauté, religion ; les femmes et les hommes le plus souvent, sont séparés dans l’espace public. Egalité, mixité ? Où ça ?

Quand on débarque la première fois dans le quartier, on se demande un peu à quelle époque et dans quel lieu on se trouve. Il y a longtemps dans les années 70/80 il y a eu un mouvement féministe avec en projet, la liberté, l’égalité, l’émancipation pour toutes et tous. Il y a longtemps.

 

L’arrivée de migrants, majoritairement masculins, n’a fait qu’amplifier et se dégrader une situation qui préexistait depuis longtemps. Plus d’hommes massés dans l’espace public, plus de promiscuité, de trafics, et plus de harcèlement. Les témoignages de femmes qui se plaignent de regards insistants, d’insultes, de menaces, de violences et de celles qui déclarent éviter de sortir ou ne pas sortir seules tard le soir, sont légions (* 1)

Savons-nous combien de femmes sont concernées ? Non, impossible de le savoir.

 

Une association « laïque et apolitique » SOS La Chapelle (*2) s’est constituée pour dénoncer cet état de fait et demander que des mesures soient prises pour que cessent les trafics et le harcèlement à l’encontre des femmes. Les médias ont relayé leur appel et depuis l’affaire fait grand bruit ; les pouvoirs publics, la Mairie du 18ème, la Mairie de Paris, la préfecture et l’état sont bien forcés de réaliser l’ampleur des nuisances vécues par les riverains et le réel danger auquel doivent faire face les femmes du quartier. Toutes les femmes.

 

Des solutions existent et en grand nombre pour qui veut vraiment s’intéresser au problème. Je peux en citer quelques-unes :

  • Vis-à-vis des migrants : Ouvrir des centres d’accueil en quantité suffisante et étudier rapidement les dossiers, mettre les femmes et les enfants à l’abri, intégrer tous ceux qui resteront en les informant impérativement des valeurs et règles fondamentales de la République, notamment mais pas seulement en matière d’égalité femmes-hommes, en leur donnant à toutes et tous, un enseignement de base, notamment en français ;
  • Vis-à-vis de toute la population : réhabiliter le quartier (logements, équipements, squares, commerces, la station de métro…) ; réinstaller une police de proximité et des unités de protection notamment le soir, également de verbalisation en cas de trafic et de nuisances ; nettoyer l’espace public régulièrement et plusieurs fois par jour si nécessaire ; adopter des dispositifs pour sécuriser les parcours des femmes la nuit, conduire des marches exploratoires pour y parvenir (*3)…

 

Ce qui m’exaspère le plus, hormis les élus et plus généralement les autorités qui laissent les situations dégénérer pendant des années avant de faire leur travail, c’est l’attitude de déni de nombre de gens de gauche et de féministes qui laissent au Front National un boulevard pour instrumentaliser une situation effectivement, indéniablement inadmissible.

Egalité, liberté, laïcité bafouées partout. Les femmes subissent depuis des décennies un puissant retour arrière, les mouvements féministes des années 70/80 n’imaginaient certainement pas que dans nombre de territoires de la République, des femmes seraient de nouveau infantilisées, enfermées dans une communauté, une religion, réduites à leur rôle de fille, sœur, puis femme, et mère de… ; encore moins que les femmes devraient trois décennies plus tard, toujours autant redouter le harcèlement de rue, les agressions physiques, les viols dans l’espace public (ou intime d’ailleurs).

Continuer de parler d’égalité dans un tel contexte a comme un gout amer, égalité pour qui ?

 

Et pourtant, il est des féministes pour oser s’offusquer de la pétition de SOS-La Chapelle ! Il est des féministes pour douter et même critiquer, ridiculiser celles et ceux qui refusent de subir une telle situation. Une journaliste qui témoignait de son vécu quotidien dans le quartier a été contrainte de protéger ses tweets, harcelée à son tour par des féministes et des gauchistes sur Tweeter ! (*4)

Au prétexte qu’il ne faut pas stigmatiser une population, une communauté, une religion, les migrants, des féministes sont dans le déni des réalités et contestent aux femmes en danger le droit de se défendre. Comme à Cologne ! Je crois bien que les féministes des années 70/80 les auraient traitées de vendues. Vendues à une idéologie et une stratégie politiques, par clientélisme électoral. Ne parlons même pas des essentialistes et racialistes du PIR (Parti des Indigènes de la République, Houria Bouteldja) ni de leurs cautions islamo-gauchistes, c’est aussi le cas de PayetaSchnek ou de certaines Insoumises sur les réseaux sociaux, c’est le cas de Caroline de Haas qui pense que tout est question d’urbanisme et qu’élargir les trottoirs va suffire à régler le problème.

Les classes moyennes quittent le quartier, toutes les femmes ou presque qui sont amenées à y rester subissent la domination masculine la plus caricaturale qui soit, mais non, il faudrait se taire et les laisser vivre un cauchemar quotidien pour ne stigmatiser ni ne gêner personne. Une fois de plus, je suis forcée de constater que grâce à la convergence des luttes sauce intersectionnalité gauchiste, le féminisme récupéré de toute part et amplement dévoyé est en danger de mort et que la domination masculine a de beaux jours devant elle.

 

Il faut le dire haut et fort, de telles situations, les femmes n’ont pas à les payer. Tout déni, toute complaisance avec le sexisme, le machisme de la domination masculine et ses violences, et sous quelque forme que ce soit, est une trahison envers les femmes, toutes les femmes, et envers le féminisme. Beaucoup de celles qui se revendiquent aujourd’hui du féminisme, se font des illusions, elles ne font que le saborder et les femmes avec.

 

Christine Le Doaré

 

*1. http://www.leparisien.fr/paris-75018/harcelement-les-femmes-chassees-des-rues-dans-le-quartier-chapelle-pajol-18-05-2017-6961779.php

 

 

*2. https://www.facebook.com/SOS-La-Chapelle-285969888429464/

 

 

*3. http://www.ville.gouv.fr/?marches-exploratoires-de-femmes

 

*4.

Les émeutes du point de vue d’une féministe « blanche » et donc raciste !

img_9421Les émeutes du point de vue d’une Féministe « blanche » et donc raciste !

Émeutes des banlieues – Théo –

À tous/toutes les chacals islamo-gauchistes, chasseurs de tweet de « féministe blanche » et donc raciste. Ben tiens !

Un tweet ne permet pas de développer et peut donner matière à interprétation.
La mauvaise foi de ceux qui récupèrent la lutte contre le racisme au profit de la défense de l’islam politique, enfermant des personnes selon leur origine dans une religion version moyen-âge, les idiotEs utiles de l’islam politique ou islamo-gauchistes, infatués de certitudes, n’hésitent jamais à détourner et manipuler. Leur but est simple : salir, discréditer et continuer de pourrir le débat.
Qu’ils soient journalistes, universitaires, militants politiques ou associatifs, plus ou moins proches des Indigènes de la République du PIR et des thèses essentialistes et racialistes, ils sont à l’affût de la moindre occasion de lâcher leur meute de suiveurs acculturés sur tout ce qui peut nourrir leur haine pendant quelques heures.
Des féministes qui se disent intersectionnelles ne sont pas en reste, démontrant ainsi à quel point les femmes sont en réalité le dernier de leurs soucis, elles n’hésitent jamais à jeter en pâture même des militantes féministes, à la vindicte des roquets identitaires, « leurs groupes », « leurs familles », « leurs frères », « leurs alliés » réels ou imaginaires.
Solidarité féministe ? Pardon ? Faut pas rêver ! De toute façon, t’es pas féministe, t’es même pas une femme, puisque t’es blanche ! T’es juste du blanc.
Il est où le racisme ?

Le tweet en question (voir ci-dessous) signifiait – peut-être maladroitement – ceci :
– Les femmes sont victimes des discriminations et violences masculines et sociétales les plus sordides (viols/ mariage forcé/ excision … ), si pour lutter contre ces crimes les plus hideux elles faisaient l’erreur de tout mettre à feu et à sang, ce que l’on pourrait parfaitement justifier, la planète serait en guerre civile depuis longtemps.
Ce n’est pourtant pas le cas, pourquoi ?
– La communauté chinoise a été, est toujours, dans certaines villes, durement touchée par des violences racistes allant jusqu’au meurtre. Elle ne s’est pas commise dans des dégradations publiques. Il n’y a eu aucune émeute ni récupération ni instrumentalisation. Pourquoi ?
– Quand Ilan ou d’autres juifs sont assassinés, il n’y a pas d’émeute, pourquoi ?

Je dénonce le viol et/ou les violences commises par des policiers sur Théo et sur d’autres, mais je ne fais pas d’amalgame avec la police en général ou un prétendu état raciste et tortionnaire. La police doit être respectée et pour cela être respectable.

Mon tweet ne faisait allusion à aucune origine, « race » précisément, je ne parlais pas de noir ni d’arabe, Théo aurait aussi bien pu être blanc, il y a aussi des blancs qui vivent en banlieue et dans les cités.
Je ne parlais même pas des casseurs, des voyous, gangs et dealers mais de ceux qui visent la chienlit, le no système pour contrôler, s’installer et se développer.
Ce tweet parle de récupération, manipulation, instrumentalisation, il vise ceux qui organisent et attisent la haine, et ceux qui les cautionnent par leur clientélisme politique (ou syndrome du bisounours neuneu de type catho de gauche ayant tant à se faire pardonner, etc.).

Le FN est le seul à condamner certaines dérives, une partie de la gauche ayant démissionné quand une autre, ne contribue pas à attiser ce genre d’émeutes.
C’est tellement facile d’interpréter quelques mots dans le sens qui arrange, d’accuser les autres de racisme sans cause réelle ni sérieuse, juste parce que toutes les féministes blanches, tous les démocrates le sont forcément dans notre France coloniale et coupable des pires exactions, les pires pays totalitaires à côté, faisant quasiment figure de paradis !

Organiser la confusion idéologique c’est donner du pouvoir aux caïds machistes des banlieues, c’est aider l’islam politique à tirer ses marrons du feu de la révolte, c’est installer au pouvoir le FN sur un trône doré, ce n’est en rien aider les banlieues et leurs populations à s’émanciper. 

Tweet :
Heureux que femmes, homos, juifs, asiatiques, etc. ne pillent ni ne brûlent la France à chaque fois que leur groupe est visé ! D’ailleurs…

Christine Le Doaré

Affaire J. Sauvage, du grain à moudre

6456684_fusil-chasse_300x188P.- S. : afin de tenter d’éviter toute polémique stérile ou faux débat, je précise à toutes fins utiles que j’ai signé pour la libération de Jacqueline Sauvage, que j’ai considéré sa peine bien trop forte et que mon propos n’est pas de refaire le procès, encore moins de contester les violences faites aux femmes. Mon intention est de questionner les limites d’un féminisme « victimaire » qui oublie que le corolaire de l’oppression et de l’aliénation sont la résistance et la libération. Ce n’est pas en enfermant systématiquement et indéfiniment les femmes dans l’irresponsabilité, en les réduisant à des mineures bloquées dans les années 70 et même 50 que nous allons avancer. Il s’agit d’une réflexion politique sur des perspectives politiques perdues du féminisme, non pas de nier l’oppression, ni encore moins les violences faites aux femmes bien réelles et qui doivent être combattues sans relâche. Cette affaire Jacqueline Sauvage comporte bien des zones d’ombre, nier la part de responsabilité Mme Sauvage est une impasse. J’ajoute en bas de page un troisième lien, celui d’un article d’une « féministe historique » Anne Zelinski « Jacqueline Sauvage : responsabilité, ma soeur » (je précise : je n’aime pas beaucoup Causeur, mais ça dépend des auteur-e-s), je ne suis pas en accord avec tout ce qui est écrit et je trouve le texte un peu brutal, mais il a le mérite de placer le débat au niveau politique, de rappeler le sens du combat féministe : nommer, lutter, dépasser. Ce débat devrait pouvoir avoir lieu sereinement entre féministes. Mais de nos jours, l’analyse est si pauvre et l’anathème si prompt…

Je n’ai pendant longtemps rien eu envie de dire sur « l’affaire Jacqueline Sauvage ». Pourtant, mon opinion sur cette affaire est belle et bien forgée et maintenant que Madame Sauvage est libre, je peux l’exprimer.

Tout d’abord, il me paraît utile de rappeler que les violences conjugales sont l’une des manifestations les plus hideuses du système patriarcal.  Les hommes exercent une violence brutale et perverse sur l’être le plus proche et donc vulnérable, qu’ils ont sous la main.

Jacqueline Sauvage était indéniablement victime de violences conjugales.

L’enjeu de « l’affaire Jacqueline Sauvage » était peut-être moins sa libération que la situation vécue par toutes les femmes victimes de violence conjugale. Ces odieuses violences patriarcales dignes d’un autre siècle doivent cesser, il en va des droits des femmes autant que de santé publique.

Les lâches auteurs des violences faites aux femmes sont les geôliers d’un système d’oppression, ils doivent être condamnés lourdement et être mis dans l’incapacité de sévir à nouveau. 

Mais ce n’est pas, comme l’a si bien dit Luc Frémiot *, le droit qui doit changer, mais les mentalités. Toutes les mentalités : celles des institutions et pouvoirs publics en charge de prendre et d’appliquer les lois, celles des hommes que des campagnes de prévention et une juste répression doivent remettre à leur place, mais aussi celle des femmes.

En effet, il est grand temps que les femmes s’aident un peu. Le système patriarcal ne va pas tomber tout seul, les associations féministes n’y suffiront pas, les institutions non plus, si elles n’y mettent pas un peu du leur. Depuis le temps que ces violences sont perpétrées, il serait temps que les femmes analysent leur manière d’appréhender leurs rapports aux hommes :

  • mettre à distance mirages et illusions,
  • comprendre le fonctionnement des relations humaines : la séduction, le désir, l’amour, le couple
  • être un peu moins passives en tous cas un peu plus lucides, sans pour autant se méfier de tous ni faire d’amalgames.

En outre, le féminisme victimaire qui s’engouffre sans nuances dans la défense de femmes qui sont loin d’être dénuées de responsabilités,  fait beaucoup de tort aux luttes féministes.

Jacqueline Sauvage : une femme sous l’emprise d’un violent manipulateur pervers, mais aussi une femme d’emprise qui a tout de même beaucoup dissimulé, notamment aux enquêteurs et lors du procès. Elle se marie alors que les premiers coups ont déjà été portés, elle accepte d’avoir non pas un mais quatre enfants avec cet homme qui viole ses filles dans sa propre maison. N’est-elle d’ailleurs pas complice de ces viols, elle qui a tout de même choisi de croire le mari violent qu’elle connaissait parfaitement, plutôt que ses propres filles ? Jacqueline Sauvage est à mes yeux une femme définitivement antipathique. Je ne lui nie évidemment pas le statut de victime, mais elle n’a en rien tenté de sortir de la situation ni de préserver ses filles, son fils. 

Tant de femmes, ne serait-ce que pour protéger leurs enfants, prennent le risque de partir, quitte à sauter dans l’inconnu, Jacqueline Sauvage  est restée, faisant de ce fait, aussi le choix de sacrifier ses filles.

Elle a tiré dans le dos. Elle savait parfaitement se servir d’un fusil, femme de caractère, chasseuse et rompue au tir au fusil ; elle n’était à ce moment-là pas du tout en état de légitime défense. Sidération et  SPT* ont  tout de même bon dos.

Je plains les victimes que sont aussi et surtout les enfants de Jacqueline Sauvage et leurs propres enfants.

Les juges feront mieux leur travail quand ils seront plus éclairés sur la nature des violences conjugales et leurs conséquences ; ils ne devront pourtant jamais inventer une légitime défense quand elle est inexistante au moment des faits. L’inverse reviendrait à un instituer un permis de tuer, alors que les solutions résident dans la prévention et un plan de lutte généralisé. Ce n’est pas le droit, mais bien les mentalités, le droit au respect, à la sécurité, à l’égalité, qui doivent évoluer.

La grâce présidentielle est constitutionnelle, elle s’exerce en pleine âme et conscience et n’a pas à faire l’objet ni de pressions ni de commentaires, encore moins des magistrats (séparation des pouvoirs).

La lutte contre les violences faites aux femmes est un immense chantier, les violences conjugales n’en sont qu’une partie. Le retour en force du religieux et du communautarisme les accélèrent et aggravent considérablement. La lutte sera longue, très longue mais ne sera victorieuse que lorsque tous les paramètres seront mis en perspective. Le droit désormais est satisfaisant, ce sont les mentalités qui devront changer alors que pourtant, elles régressent.

Tout ce qui met les femmes en danger doit être combattu ; la société, les institutions ont un rôle majeur à jouer, mais les parents également, les garçons comme les filles, doivent recevoir une éducation non sexiste.

Les hommes violents doivent se faire soigner ou être dénoncés, jugés et mis hors d’état de nuire, aucune complaisance ne doit être tolérée jamais ; les femmes doivent vouloir être libre de leur vie sans contrainte masculine d’aucune sorte.

Nous ne sommes plus au moyen-âge mais au vingt-et-unième siècle !

Christine Le Doaré

  • Edifiant : Jacqueline Sauvage : ses filles racontent l’enfer familial :

http://madame.lefigaro.fr/societe/jacqueline-sauvage-les-filles-racontent-lenfer-familial-310116-112185

  • *Luc Frémiot  France Inter « Ce n’est pas le droit mais les mentalités qu’il faut changer 

https://www.facebook.com/franceinter/videos/1209657315736053/?pnref=story

  • Politique féministe : Anne Zélinsky : « Jacqueline Sauvage : responsabilité, ma soeur »

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

Quel-le présidentiable aura le courage de le dire ?

feminisme-1Les gouvernements de gauche ne peuvent tout simplement plus honorer leurs promesses électorales, en particulier celle de l’inversion de la courbe du chômage. Les candidats de gauche, les élus et politiques de gauche le savent, mais n’ont pas le courage de le dire.

Alors,

  • Les populistes, de gauche comme de droite, surfent sur la colère des citoyen-ne-s mécontent-e-s, leur font miroiter des rêves chimériques de sauveur providentiel et de grand soir. Pourtant, chacun-e le sait : aucune révolution ni gouvernement d’extrême gauche n’a jamais tenu ses promesses (Grèce,…) ni même instauré de démocratie (Cuba, révolutions arabes,…) ; tout gouvernement d’extrême droite, amplifie les divisions, accélère les exclusions, attise les haines et finit par mener au chaos.
  • La droite tente de nouveau de séduire les citoyen-ne-s mécontent-e-s qui savent pourtant, qu’invariablement, elle avantage la finance et les classes aisées ainsi que les valeurs conservatrices.

Il ne faut pourtant pas être grand clerc pour comprendre que si les promesses électorales pouvaient être tenues et garantir aux candidats de conserver leur siège, elles le seraient.

La vérité c’est que la courbe du chômage ne s’inversera plus. Les énergies fossiles vont s’épuiser, les moyens de production ont changé, le digital/numérique et la robotisation finiront d’ici quelques décennies par réduire à sa portion congrue, le nombre de salariés.

Les seuls exemples de quasi plein emploi cachent une myriade de postes non qualifiés tenus par des travailleurs pauvres qui s’épuisent dans des activités ni gratifiantes ni rémunératrices.

 

Je pense désormais que ceux qui se font élire en promettant l’impossible favorisent le populisme, mettent en danger la démocratie. L’échec ne pouvant se reproduire indéfiniment, nous arrivons au bout du mensonge et plus significativement du capitalisme mondialisé insuffisamment régulé qui ne survit qu’en exploitant toujours plus (délocalisations) et en surproduisant. Une sorte de spirale infernale.

Pour éviter le pire, c’est-à-dire la menace tout à fait sérieuse de régimes fascisants, qu’ils soient d’extrême droite ou de nature politico-religieuse (islamiste, etc.), et de guerres civiles, je ne vois que trois voies dans lesquelles s’engager sans tarder.

 Premièrement : Une transition écologique bien pensée pour produire et consommer autrement : il est grand temps de cesser d’enrichir des industries qui surproduisent et détruisent l’environnement à grand renfort de publicité, pour s’orienter vers des besoins authentiques pour le plus grand nombre. A ces fins, il sera nécessaire de créer de nouveaux métiers, de nouveaux emplois qui seront utiles et agréables aux êtres humains, au vivant, à notre environnement.

Deuxièmement : Une économie régulée, sociale, qui disqualifie les mauvaises pratiques (exploitation, surproduction, pollution, etc.) et valorise tout ce qui favorise la transition écologique. Une économie au service d’un projet de société et non pas d’une poignée qui tient en otage toute une civilisation, toute une planète et la détruit peu à peu. A l’évidence, de moins en moins de gens auront demain la chance d’exercer un travail au sens où nous l’entendons aujourd’hui. La seule solution acceptable consiste donc à envisager le travail d’une toute autre manière : accepter qu’il se distribuera autrement, que des gens pourront ne pas exercer d’emploi salarié de manière continue ; fournir à celles et ceux qui seront sans emploi toute ou partie de leur vie, les moyens financiers de subvenir à leurs besoins en échange d’activités bénévoles utiles à l’ensemble de la société ; former aux métiers de demain ; etc. Dans tous les cas, cesser de faire du travail une valeur centrale (et sacrée) à la réussite d’une vie humaine.

Troisièmement : Une République laïque et féministe qui :

  • retrouve le sens de sa devise « Liberté, égalité, fraternité/sororité » ;
  • laïque, rassemble au lieu d’exacerber les communautarismes et d’encourager l’islam politique (salafistes/frères musulmans…) ;
  • disqualifie les extrêmes et intégrismes de tout poil.

Une société fière de ses valeurs républicaines qui :

  • place l’humain et le vivant au cœur de son projet, encourage le respect de l’autre et de ses différences,
  • questionne pour les dépasser les rapports de domination et de pouvoir, instaure une égalité réelle entre les femmes et les hommes,
  • abolit les discriminations et les violences de toute nature.

Une société féministe en fait.

 

Etant donné la situation politique mondiale actuelle, tout autre projet politique risque bien de conduire, à plus ou moins long terme, l’humanité à sa perte.

Nous devrions cesser d’encourager les égos des hommes (et rares femmes) politiques, absorbés par leur soif de reconnaissance et de pouvoir personnel. Nous devrions exiger des candidats qu’ils s’abstiennent des vaines promesses mais s’engagent pour le seul projet de société réaliste et viable qui soit : une transition écologique sociale, laïque et féministe.

Ce projet politique n’est hélas pour l’instant incarné par personne ni par aucun parti de manière crédible. Les écologistes, gangrénés par les islamo-gauchistes, « travailleurs du sexe » et autres inconséquents, s’occupent de tout sauf d’écologie ; les féministes sont dispersées, affaiblies par la récupération et le dévoiement des fondamentaux du féminisme.

Alors à défaut de voter pour le seul programme qui vaille, je voterai une fois de plus pour celui qui au moins défendra le mieux les valeurs républicaines, et surtout pour éviter le pire.

Il faudra pourtant qu’un jour prochain, des politiques sincères, animéEs par l’intérêt général, l’émancipation des êtres humains et la sauvegarde de notre environnement, mènent à bon terme un véritable projet de société écologique, social et féministe.

Christine Le Doaré

 

Combien y a-t-il de féminismes ?

img_6122N’en déplaise aux modes médiatiques, aux révisionnistes et aux imposteurs, il y a toujours eu plusieurs versions du mouvement social qu’est le féminisme.

En résumé, en France, dès les années 60/70, ont coexisté trois principaux courants : réformiste, révolutionnaire puis socialiste et enfin radical ; sans oublier quelques théories critiques plus marginales. Ces courants, encore aujourd’hui, partagent l’idée que dans nos sociétés patriarcales, les femmes ne doivent plus être subordonnées au pouvoir masculin. Le système patriarcal organise l’appropriation et le contrôle des femmes et de leur corps pour maitriser la reproduction, la sexualité, l’organisation sociale de la famille et de nos sociétés.

Le féminisme, structurellement, fondamentalement, c’est donc avant tout, la reconnaissance d’une subordination des femmes en tant que groupe/classe des femmes (la moitié de l’humanité) à l’autre groupe/classe des hommes, et les moyens de l’abolir.

Les causes et solutions varient mais des objectifs sont communs : déconstruire pour les dépasser les rapports sociaux de sexe, et ainsi parvenir à l’égalité dans le respect des différences, proposer une société avec des relations humaines libres des rapports de domination.
Certes,

– le féminisme réformiste égalitariste s’intéresse surtout au sexisme dans l’éducation et la culture ;

– le féminisme révolutionnaire accuse lui, le capitalisme d’être responsable de l’oppression des femmes, arguant que seules les luttes de classes en viendront à bout ;

– le féminisme socialiste tente d’articuler les oppressions des systèmes capitaliste et patriarcal ;

– le féminisme radical opère une rupture majeure avec les deux autres courants en affirmant que l’oppression des femmes est première et transverse à toutes les autres oppressions qu’elles soient de classe ou de « race », et que l’ennemi à combattre c’est le patriarcat : pouvoir exercé par la classe sexuelle des hommes sur celle des femmes ;

– la critique de l’hétérosexualité conduit les lesbiennes radicales à promouvoir le séparatisme, puis à s’inscrire au sein des rapports sociaux de sexe ;

– l’afro féminisme élargit la lutte contre le patriarcat à celle contre le racisme, et ce faisant ouvre une brèche dans le socle commun des luttes contre la domination masculine, s’intéressant aux différences entre femmes, les « blanches » et les autres ;

néanmoins, ces courants, imprégnés au fil des années et à différents degrés de féminisme radical et universaliste, s’accordent au moins sur l’exigence de disposer librement de son corps dans la sexualité et la reproduction notamment, et de lutter contre les violences faites aux femmes.

Un des principaux clivages entre ces courants, nait dans les années 70, de l’influence de la psychanalyse qui met en avant les différences spécifiques communes aux femmes (biologiques et psychologiques), et à laquelle s’opposent les féministes matérialistes radicales (combinaison du féminisme socialiste et du féminisme radical) qui elles, combattent le système hiérarchique d’organisation sociale des sexes/genres féminin et masculin.

A partir des années 90 avec les théories post-modernes des universitaires américaines, apparaissent d’autres clivages qui visent à abolir les genres féminin/masculin tels que nous les connaissons, et qui d’une certaine façon, disqualifient les luttes féministes qui n’auraient plus les mêmes raisons d’être. Le mouvement Queer et le « féminisme » dit « pro-sexe » s’en inspirent allant jusqu’à imposer une vision de féminisme qui n’appartient qu’à eux, parfois avec violence à l’égard des féministes radicales. Ce mouvement qui s’éloigne des fondamentaux du féminisme, ouvre une autre brèche.

On le voit, il y a toujours eu plusieurs versions du féminisme, mais la constante à minima pour qu’un courant puisse se revendiquer du féminisme, c’est qu’il se développe à partir du noyau commun, des fondamentaux initiaux, en l’occurrence : la lutte contre des rapports sociaux de sexe préjudiciables aux femmes, lutte qui passe à minima par la revendication d’une autonomie et maitrise totale par les femmes, de leur vie (couple, famille, éducation, emploi…), de leur corps (sexualité, reproduction, …).

Depuis les années 2000 a émergé un « féminisme » relativiste qui a pour particularité de réduire les femmes à une identité culturelle, religieuse, régionale, etc. et d’aménager l’oppression.

Ce « féminisme » n’est pas apparu spontanément mais dans la foulée de la montée des religions et de l’influence grandissante de pays tel que l’Iran qui a financé des groupes antiféministes (contre l’avortement…) au sein des institutions internationales. Ces pays se sont attaqués, à l’ONU notamment, à l’universalité des droits des femmes, faisant valoir des spécificités régionales. Le relativisme culturel a engendré des « féminismes » identitaire, communautaire, essentialiste, « racialiste » qui séparent les femmes les unes des autres au profit d’autres luttes que celles contre le patriarcat, également au profit d’idéologies politico-religieuses.

Qu’il s’appelle identitaire, dé-colonial, musulman, islamique ou que sais-je demain, ce « féminisme » relativiste s’oppose au féminisme universaliste qui lui, continue de revendiquer partout dans le monde, l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles, liées dans le monde entier et ce quelles que soient leur origine, couleur de peau, culture ou religion, par un socle commun de discriminations et de violences patriarcales.

Il faut le dire très clairement, ce « féminisme » relativiste fait fi du noyau fondateur, il tente de s’imposer partout et d’étouffer les voix des féministes universalistes des pays arabes et/ou à dominante musulmane, qui elles, tentent de s’affranchir de tous les diktats politico-religieux qui s’imposent à elles, voile en tête.

La sociologue et écrivaine iranienne Chahla Chafiq a dit «En désignant la liberté sexuelle comme le point crucial de la culture occidentale, l’islamisme identifie les droits des femmes et des homosexuels comme les pires fléaux d’une occidentalisation qui détruirait l’identité islamique.»
Le « féminisme » relativiste n’est pas seulement un dévoiement du féminisme radical universaliste, c’est un contre-féminisme.

Toutes les cultures ou presque (les cultures matriarcales sont ultra marginales), toutes les religions sont patriarcales ; les religions ont même de tous temps été l’un des instruments les plus répressifs du système patriarcal.

Renvoyer les femmes à leur communauté, leur culture, leurs traditions, leur religion, le plus souvent empreintes d’un sexisme séculaire, les séparer des autres femmes, ne pourra jamais les émanciper mais retarde considérablement l’avancée de toutes les femmes.

Celles qui acceptent les règles qui scellent un apartheid genré, trouvent dans les coutumes, traditions, religions des justifications pour limiter l’autodétermination des femmes, ne peuvent en aucun cas se revendiquer du féminisme.

Les oppressions se surajoutent, être femme, noire, et pauvre par exemple, est plus compliqué qu’être homme ou même femme, blanche et riche ; le racisme et la xénophobie, tout comme l’antisémitisme et tous les autres préjugés doivent être fortement combattus, mais le repli identitaire et communautaire, le renvoi des femmes à leur groupe d’origine ont peu de chance de les affranchir du machisme qui depuis toujours, traverse toutes les classes, toutes les origines.

Il n’existe pas plus de « féminisme » musulman que chrétien ou juif car il n’y a pas d’aménagement possible de l’oppression. C’était déjà vrai dans les années 70/80 quand les féministes occidentales se battaient contre tous les interdits et ça l’est toujours aujourd’hui. C’est tout simplement indécent, aberrant, d’affubler de tels qualificatifs, le combat féministe.

Quant au « féminisme » dé-colonial qui noie les revendications des femmes dans les agendas masculins, solidarise les femmes avec la classe des hommes, avec « leurs » hommes, je me demande bien en quoi il est féministe ? Il le torpille plutôt. *1.

En outre, le colonialisme date, l’histoire de l’humanité n’est de toute façon faite que de luttes de domination et de pouvoir, nombre de pays décolonisés n’ont rien à envier dans l’horreur aux colonisateurs et le machisme n’a jamais eu besoin de l’occident ni des colonisateurs pour exister. *2.

Prétendre que seule l’expérience autorise à parler d’une discrimination est réducteur, cela signifierait par exemple, qu’il est impossible de comprendre et s’engager dans un combat contre l’homophobie si on n’est pas homosexuel-le soit même. Segmenter, diviser jusqu’à plus soif le corps social, il faut se demander au profit de qui ?

Les féministes ont besoin de travailler ensemble, d’apprendre les unes des autres pour parvenir à se libérer ensemble des systèmes d’oppression et de leur ennemi principal commun : le système patriarcal. Tout ce qui les divise sert le système patriarcal.

L’affaire du burkini est à ce point exemplaire : les « féministes » qui défendent la déferlante de vêtements islamiques destinés aux seules femmes, adhèrent de facto à l’idée essentialiste qu’il existerait des caractères, féminin peu enclin à la réserve, à la pudeur, et masculin concupiscent ; par conséquent, les femmes devraient se cacher et s’enfermer dans ces tenues. Injonction à la pudeur ségrégationniste et sexiste, marquage des femmes par l’islam politique ; en cédant, les femmes qui se voilent et leurs soutiens s’engagent dans une action prosélyte qui n’est pas sans conséquence pour les autres femmes.

Nous sommes donc à des années lumières du féminisme, mouvement social de libération DES femmes.

Dans les années 70/82, il ne serait venu à l’idée de personne d’associer des tenues imposées par des religieux avec le féminisme.

S’il n’y a pas qu’un féminisme, certains « féminismes » ne sont que des impostures : le féminisme ne s’adapte pas aux règles posées par l’oppresseur, il les renverse. L’idéologie islamo-gauchiste a perverti la pensée intellectuelle en substituant à la lutte contre le racisme, celle contre l’islamophobie ; politiques, universitaires, médias rivalisent désormais de soumission, par effet de mode et peut-être aussi parce que ce « féminisme » identitaire ne risque en rien de renverser le système patriarcal.

Cet antiféminisme essentialiste, différentialiste est tout aussi dangereux que celui des réactionnaires, masculinistes, etc., il n’a pas sa place dans un pays laïc qui a mis au cœur de son projet de société, l’égalité femmes-hommes.

Je n’oublie pas que les féministes occidentales ont chèrement acquis des droits et libertés, que la domination masculine et ses violences sévissent toujours, que l’égalité est loin d’être achevée. Ces impostures nous ramènent en arrière.

Je n’accepte pas que le féminisme soit vidé de son sens fondateur, récupéré, dévoyé, ridiculisé par des gens qui ne connaissent rien au sujet.

Je n’accepte pas la récupération politique du féminisme par les identitaires de tous bords, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Pour un féminisme radical, universaliste et laïc, debout et jusqu’au bout.

 

Christine Le Doaré

*1. Houria Bouteldja du PIR (Parti des Indigènes de la République) « Mon corps ne m’appartient pas… J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’islam ».
*2. Un des derniers esclavages fut aussi l’un des plus barbares : il a fait la fortune de Zanzibar où les africains étaient esclavagisés par les arabes.

Podcast RFI « Un ou des féminisme »

interesectionnalitePodcast Radio France International : 20 minutes

Pour écouter le « Débat du jour » de RFI, auquel je participais pour représenter les VigilantEs :

http://www.rfi.fr/emission/20160929-feminisme-feminismes?ns_campaign=reseaux_sociaux&ns_source=twitter&ns_mchannel=social&ns_linkname=emission&aef_campaign_ref=partage_user&aef_campaign_date=2016-09-29

« La polémique sur le burkini a occupé l’espace médiatique tout le mois d’août. Outre la question de l’interdiction de ce maillot de bain intégral, de la médiatisation du phénomène, la polémique a aussi posé la question de la place de la femme dans l’espace public. Comme le voile, le maillot de bain intégral a donc poussé des militantes des droits de la femme à se questionner, se positionner, et toutes n’ont pas eu la même réponse. »

 

« Pour en débattre

– Chahla Chafiq, écrivaine et sociologue iranienne – Dernier ouvrage, «Demande au miroir», Éditions L’Âge d’Homme, 2015

– Christine Le Doaré, féministe, juriste et blogueuse – Co-fondatrice du réseau féministe et laïque « Les vigilantes »

– Hanane Karimi, féministe musulmane, doctorante en Sciences sociales à l’Université de Strasbourg. »

 

Burkini, réanimez les féministes !

IMG_7123Ah les femmes et leurs corps !

En 2016 a-t-on fini par oublier que le système patriarcal a pour principales raisons d’être le contrôle et l’appropriation des femmes et de leurs corps pour la reproduction, la sexualité, l’organisation de la famille et de nos sociétés ?

En 2016 a-t-on fini par oublier que le féminisme a pour principales raisons d’être de combattre l’oppression des femmes nécessaire au maintien de ce système et de parvenir à atteindre l’égalité et l’émancipation des femmes, et plus généralement de tous les êtres humains ?

Les droits et libertés gagnés par les femmes sont toujours révélateurs de l’état de progrès et de modernité d’une société.

Alors qu’une idéologie politico-religieuse totalitaire tente de s’imposer en régentant les femmes et leurs corps, les associations féministes sont le plus généralement inaudibles voire défaillantes sur le sujet, en tous cas pas à la hauteur des enjeux ; et ne parlons pas des intellectuels, politiques et médias qui feignent de ne pas voir ce qui se passe sous leurs yeux.

 

Le corps des femmes trop exposé, pas assez exposé mais toujours suspect, jamais vraiment libre.

Pornifié ou masqué, c’est toujours un corps qui nous échappe et qu’ils contrôlent pour leurs propres obsessions : il faut tour à tour le vendre ou le cacher aux regards machistes concupiscents.

 

Le débat n’est pas, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire franco-français mais bien européen et même mondial : en Belgique, en Allemagne et en Espagne la question du burkini est également débattue, au Maroc il est interdit dans nombre de lieux touristiques.

Dans les pays les plus intégristes, Iran, Afghanistan, Arabie Saoudite, la charia impose aux femmes de ne pas se baigner autrement qu’habillées (sauf sur des plages et piscines privées).

Pour certains le burkini serait l’invention en 2004, d’une libanaise vivant en Australie mais pour d’autres il viendrait de Turquie ; en réalité des burkini sont apparus en Egypte, il y a environ 25 ans.

Jusqu’alors, les femmes au Maghreb étaient en maillots de bains sur les plages mais en 2015, le burkini soudainement à la mode, s’est répandu au grand dam de femmes qui veulent vivre libres et qui regrettent cette nouvelle censure religieuse : http://fr.allafrica.com/stories/201409050055.html.

 

Comment ne pas voir dans cette profusion de voiles, hijabs, abadas, niqabs, burqas et maintenant burkinis qui envahissent les pays occidentaux depuis peu de temps, une farouche volonté politique d’imposer aux femmes une pudeur toute fabriquée et aux musulmans l’adhésion à un islam rigoriste ?

Femmes couvrez-vous, affichez votre adhésion aux interdits inventés par des hommes mal à l’aise avec le corps des femmes, la sexualité, le respect de l’égalité et de la liberté de l’autre, des autres ; femmes, marquez votre différence avec les autres femmes, ces être impures, infidèles, ces prostituées dont vous devez vous désolidariser.

En 2016, il faut toujours le marteler : ce ne sont pas les femmes qui devraient faire preuve de pudeur mais les hommes qui devraient apprendre à se contrôler et à respecter les femmes pour ce qu’elles sont et ce qu’elles veulent. Apprendre à se connaître et à échanger en toute égalité, depuis des lustres que les êtres humains sont sur la terre, devrait être un art de vivre.

Les femmes qui se prêtent à cette mascarade obscurantiste, commettent, consciemment ou pas, un acte militant. Au début, grâce au zèle de la mode jamais en reste quand il y a de l’argent à se faire, les tenues peuvent être seyantes et colorées, elles n’en traduisent pas moins une volonté d’entraver la liberté de mouvement des femmes dans l’espace public et deviendront avec le temps, plus informes et plus sombres.

Revêtir l’un ou plusieurs de ces vêtements, c’est adhérer, que ce soit par mimétisme ou conviction, à un apartheid sexuel ; c’est se rendre complice du projet politique islamiste et participer à une action prosélyte. Bientôt, comme pour les piscines, la revendication de plages non-mixtes émergera.

 

Si cette injonction, indiscutablement sexiste, à la pudeur féminine est une constante dans toutes les religions terrifiées par les femmes, leurs corps et sexualité, au 21ème siècle, seul l’islamisme tente d’imposer sa vision du monde et des régimes politico-religieux totalitaires, soit par la force avec ISIS et Boko Haram notamment, soit idéologiquement, par la diffusion prosélyte du rigorisme wahhabite.

Les frères musulmans (1928) sont, comme les salafistes (IXe S.), des islamistes partisans de la charia, mais ils sont aussi très expansionnistes. L’Islam radical est un néofascisme, à ce titre, il ne serait pas absurde d’en interdire toutes les manifestations contraires à la constitution, au principe d’égalité et à l’égalité femmes-hommes.

Ce n’est toutefois pas à ce titre qu’a été interdite la burqa, petite faiblesse républicaine, mais pour raison de sécurité : couvrant le visage, elle empêche toute identification.

Alors, faut-il ou non interdire, comme l’ont fait en France, des maires par arrêté, le burkini sur nos plages ?

 

En premier lieu, j’ai considéré que non car en l’absence de loi, le combat doit aussi se situer au plan idéologique : interdire favorise la victimisation alors que c’est justement le but recherché ; un peu de pédagogie ne fait pas de mal, et l’humour peut aider : ce burkini qui moule les formes, produit plutôt l’effet inverse à celui recherché et attire doublement l’attention ; sexy en diable, il pourrait être qualifié d’exhibitionnisme islamiste ! J’ai aussi adoré la campagne Tweeter #unmaillotpouredwy suite au tweet lamentable d’Edwy Plenel qui comparait le burkini aux tenues de nos arrières grands-mères, noyant d’un coup d’un seul, un siècle d’avancées féministes. Merci Edwy, à toi et ton copain Tariq, nous proposons une nouvelle ligne de shortkinis bien moulants et bien collants !

Puis, je me suis ravisée : ce marquage sexiste des femmes par l’islam politique est inacceptable dans un pays laïc qui a mis au cœur de son projet de société, l’égalité femmes-hommes. Cette affaire de burkini n’est pas une question de choix individuel mais bien de projet de société et il est inadmissible de bafouer ainsi chez nous, un mode de vie et des libertés si chèrement acquises.

Puis je suis revenue à ma première impression, puis… puis je me suis demandé ce qu’en pensaient les associations féministes et à mon étonnement, je n’ai entendu que le silence, silence sur toute la ligne.

Les associations féministes ne m’aident plus à avancer. Il n’y a d’ailleurs plus de mouvement feministe à proprement parler.

Quand dans les années 1970/1980 les féministes s’affranchissaient des normes culturelles judéo-chrétiennes pour revendiquer leur liberté, elles pulvérisaient sur leur passage les ligues de vertu et moindres tentatives de retour arrière. Aujourd’hui elles se taisent, malgré les demandes incessantes des féministes qui dans les pays musulmans les supplient de réagir, ici pour repousser une emprise islamiste grandissante et là-bas pour dénoncer les violences de l’islam politique dont elles sont les premières victimes.

Quand elles ne se taisent pas, certaines crient  à l’islamophobie aux côtés d’autres idiots utiles de l’islam radical, d’autres encore, perdues,  se joignent au concert des « pas d’amalgame », culpabilisant par avance, d’être confondues avec les groupes racistes et d’extrême droite qui instrumentalisent la menace islamiste. Elles n’ont plus confiance en elles, en leurs analyses et jugements.

En 2016, elles ont oublié que ce sont les hommes qui profitent du système patriarcal qui doivent se remettre en question, s’éduquer et évoluer, et que les droits et libertés des femmes du monde entier, ici comme ailleurs, ne sont pas négociables.

C’est effrayant.

 

Christine Le Doaré

Depuis mon texte posté hier soir, 18 aout, j’ai lu d’excellents textes, féministes et pro-féministes sur ce sujet, en voici une sélection :

Fatiha Daoudi

Juriste, politiste et experte en genre et droits humains

  • Non Monsieur Plenel, le burkini n’est pas un vêtement comme un autre!

http://www.huffpostmaghreb.com/fatiha-daoudi/non-monsieur-plenel-le-burkini-nest-pas-un-vetement-comme-un-autre_b_11581122.html

Publication: 18/08/2016 11h07 CEST

LISE RAVARY

  • Pourquoi le burkini me choque

http://www.journaldemontreal.com/2016/08/18/pourquoi-le-burkini-me-choque

Publication : Jeudi, 18 août 2016 05:00

et avant

Aalam Wassef

  • «Ne soyons pas naïfs sur le symbole de cette étoffe» par Aalam Wassef

http://www.liberation.fr/debats/2016/08/17/ne-soyons-pas-naifs-sur-le-symbole-de-cette-etoffe-par-aalam-wassef_1472951

Publié 17 août 2016 à 11:45

Raphaël Enthoven

Professeur de philosophie

  • Les partisans du burkini défendent-ils, au nom de la tolérance qu’ils invoquent, le port du string sur les plages saoudiennes?

http://www.huffingtonpost.fr/raphael-enthoven/debat-interdiction-burkini_b_11560792.html

Publication: 17/08/2016 11h19 CEST

En 2015

Tahar Ben Jelloun

  • BURQA PLAGE !

http://fr.le360.ma/blog/le-coup-de-gueule/burqa-plage#.V7XhinKGSrl.twitter

Publié 03/08/2015 à 12h00


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